Charles PLANTADE
membre fondateur de la Société des Concerts et de la SACEM
auteur de romances et chansons à succès

in La Musique Populaire, n°7, 1er juillet 1870
(reprise d'un article précédemment paru in L'Art musical)

 

Charles Plantade
Charles Plantade
(  Alophe, chez Aubert, Galerie Véro-Dodat, 1850, Bnf/Gallica )

 

Encore une perte à déplorer dans le monde des arts, mais celle-ci, du moins, n'a pas devancé le terme moyen de l'existence humaine, bien au contraire, car Charles Plantade a pu atteindre sa quatre-vingt-quatrième année sans cesser d'être jeune d'esprit et d'inspiration, à l'exemple de son illustre et vieil ami Auber.

Nous devons à M. Paul Rollot, agent général de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, communication de la notice biographique suivante sur Charles Plantade, né Paris le 14 avril 1787 [à Paris].

Son père, Charles-Henri Plantade, décédé en 1839, fut l'un des plus habiles professeurs de chant du Conservatoire de musique, et de nombreux élèves de son école (entre autres Mme Cinti-Damoreau) brillèrent sur nos théâtres. Il fut aussi directeur de la musique de Louis-Napoléon, roi de Hollande, et ultérieurement maître de chapelle des rois Louis XVIII et Charles X.

Charles Plantade, son fils aîné, que la présente notice concerne spécialement, fit, après avoir achevé son éducation, des études musicales au Conservatoire, puis, appelé sous les drapeaux, il servit pendant sept années et se retira ensuite avec le grade de sous-lieutenant dans la jeune garde impériale.

Sa vocation l'entraînait vers la composition sérieuse, carrière dans laquelle, perfectionné par les leçons de Chélard et Halévy, il se fût probablement distingué, mais les désirs de son père changèrent ses résolutions, des amis bien placés dans l'administration le firent admettre au ministère des finances, où, après de longs et laborieux travaux, il parvint au grade de chef de bureau au mouvement général des fonds.

Ses occupations administratives ne l'empêchèrent pas néanmoins de cultiver la musique, son art de prédilection ; ce fut lui qui produisit une sorte de révolution dans la musique des salons, en y introduisant ces chansonnettes si divertissantes et ces scènes comiques que personne mieux que lui ne savait dire et faire valoir.

Il fut, en 1838, l'un des membres fondateurs de la Société des Concerts du Conservatoire, dont il est demeuré membre honoraire. — Il fut aussi, sous la direction d'Auber, secrétaire agent comptable de la Musique du roi Louis-Philippe.

Nous ne devons pas omettre de faire mention ici des services qu'il a rendus à la Société des auteurs, compositeurs, éditeurs de musique, du syndicat de laquelle il fut dès la création, en 1851, nommé président ; titre dans lequel, après quatre années de nombreux et pénibles travaux, il fut remplacé aux termes des statuts. Il fut alors nommé président honoraire, puis en même temps trésorier, fonctions dans lesquelles il a été depuis constamment et qu'il a exercé jusqu'au dernier moment.

Il fut enfin, en 1851, appelé au théâtre impérial de l'Opéra, comme chef des bureaux de l'administration, emploi qu'il quitta ensuite pour être attaché au ministère de la Maison de l'Empereur.

Nous terminerons cette notice sur Charles Plantade en citant un passage d'un article biographique publié dans la Galerie de la Presse par son collaborateur Frédéric de Courcy, que les arts et les lettres ont eu le malheur de perdre. "La série non interrompue de romances, chansonnettes, chansons militaire et scènes comiques qu'il a publiées, lui ont mérité presque de prime abord, la réputation incontestable et incontestée, du plus fécond de nos compositeurs de salon."

Il y a à peine quinze jours, il était encore là auprès de nous, cet aimable musicien, causant avec cet esprit qui ne l'a jamais quitté, nous rappelant les artistes qui, depuis trente ans, ont sillonné le monde musical. Sa mémoire ne lui faisait pas défaut. Il nous parlait de tous ses camarades qui ont, hélas! disparu, et il caractérisait leur talent avec un tact, une justesse d'appréciation remarquables.

Charles Plantade est mort. C'était le dernier qui restait de cette brillante pléiade de chansonniers qui ont égayé et charmé nos salons pendant un demi-siècle. Romagnesi, Panseron, Masini, Labarre, Plantade, sont des noms qui désormais appartiennent à l'histoire de l'art.

On doit à Charles Plantade plus de deux cents romances ou chansonnettes, dont quelques-unes ont fait leur tour de France.

Après avoir occupé divers emplois dans l'administration de l'Opéra et du Conservatoire, il avait été attaché au ministère de la Maison de l'Empereur ; mais ses travaux administratifs ne lui avaient pas fait oublier l'art qu'il aimait par-dessus tout.

Il est mort à l'âge de quatre-vingt-quatre ans [le 26 mai 1870 à Paris] ; il est mort regretté, laissant de nombreux et sincères amis pour pleurer sur sa tombe.

Ses obsèques ont eu lieu vendredi dernier à l'église de la Trinité. Le deuil était conduit par trois de ses plus proches parents : M. le comte Clauzel, le vicomte Clauzel, référendaire a la Cour des comptes, et M. Da Costa Athias, substitut à la Cour impériale de l'Oise. Le corps a été porté au cimetière du Père-Lachaise.

Voici les paroles émues que M. Thomas Sauvage, son ami, président de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs, a prononcé sur sa tombe.

"Messieurs,

"L'homme excellent, l'artiste distingué à qui nous venons dire un adieu suprême, Charles Plantade, fut un des créateurs de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, au nom de laquelle j'ai l'honneur de parler.

"Il y a bientôt vingt ans, quatre auteurs : Bourgef, Courcy, Delange, Guérin ; quatre compositeurs de musique : Plantade, Henrion, Masini, Parizot, fondèrent celle association qui montre aujourd'hui sur sa liste avec orgueil les noms les plus éminents dans l'art musical, en France et à l'étranger, les noms de tous les auteurs lyriques, et qui distribue près de quatre cent mille francs chaque année à ses sociétaires.

"Cette institution, ce bienfait fut, pendant les vingt dernières années de la vie de Plantade, sa joie et son occupation de prédilection. Le premier il en fonda le syndicat, il en devint président honoraire, puis, mettant au service de ses coassociés les connaissances qu'il avait acquises au ministère des Finances, il fut, il est mort notre trésorier. — Les comptes de cette année, terminés il y a peu de jours, ont été son dernier travail, il a fini en s'occupant de nous.

"Charles Plantade unit ses mélodies si aimées, si connues aux poésies d'écrivains distingués. Désaugiers, de Courcy, Alexandre Dumas, Barateau, furent ses collaborateur ; mais il s'inspira plus souvent encore de ses propres pensées, et cette fraternité de la poésie et de la musique donne particulièrement à ses oeuvres un grand charme et une remarquable originalité.

"Artiste de race et de nature, bien qu'affectionnant le genre familier, Plantade est toujours resté dans les limites du goût ; ancien militaire, il se plaisait à mettre en scène les troupiers, mais il voulait qu'ils se présentassent dans la tenue correcte du soldat à la parade. Il avait horreur du genre trivial, aussi régna-t-il dans les salons.

"Notre Société perd en lui un cœur dévoué, un artiste dont le nom l'a décorée ; beaucoup d'entre nous regrettent un bon et loyal ami."

L. E. (L'art musical)

Audio lecteur Windows Media Le Charlatan ou le Remède universel, paroles de M. Paulin, musique de Charles Plantade, à Paris, chez Frey, éditeur de musique, place des Victoires, n° 8.
Audio lecteur Windows Media Le Fantôme, "romance avec accompagnement de piano ou harpe, dédiée à sa Majesté la Reine de Hollande",
paroles de M. Despré, musique de Charles Plantade, à Paris, chez Jouve, place du Tribunal, Galerie de Pierre, n° 96.
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