A propos du poïkilorguede Cavaillé-Coll


 

Poïkilorgue
(photo Claude Germain, Paris, Musée de la musique, Cité de la musique, E.1505) DR.

 

 

Instrument dont la facture se rapproche de celle de l'harmonium, le poïkilorgue (orgue expressif varié) a été inventé en 1834 par Cavaillé-Coll. Du répertoire musical a même été composé pour le poïkilorgue, ces pièces étant jouables sur un harmonium conventionnel. Voici quelques extraits de journaux sur ce sujet :

 

« Il nous reste à peine assez d'espace pour parler d'une nouvelle invention, du piano-poïkilorgue, ou plutôt du poïkilorgue, ajouté à un piano, de quelque système qu'il soit, sans rien changer à sa forme extérieure. Le poïkilorgue a une étendue de trois octaves comprises entre le premier fa de la clé de fa et le deuxième fa au-dessous de la clé de sol. Son timbre participe du hautbois et du cor anglais et, comme sur ces deux instruments, on peut filer les sons du pianissimo au fortissimo, par saut ou d'une manière continue : on peut donc exprimer ainsi toutes les nuances d'expression indiquées dans l'art musical. Cette invention, due à M. Cavaillé-Coll père et fils, rue Neuve-Saint-Georges, n° 14, sera d'une grande utilité pour apprendre, dans les leçons de chant, à enfler ou diminuer le son, et soutenir en même temps la voix de l'élève. »

(Le Charivari, 22 juillet 1834, année 3, n° 202)

 

Paris, avril 1836, concert donné par l'organiste Alfred Lefébure-Wély, alors organiste de l'église Saint-Roch
(Revue et Gazette musicale de Paris, 10 avril 1836) DR.

« Entre tous les fabricants d'instruments de ce genre, MM. Cavaillé-Col père et fils, rue Notre-Dame de Lorette, 11, l'emportent décidément par une grande supériorité. D'ailleurs, ces messieurs sont facteurs de grandes orgues. Ce sont eux que le gouvernement a chargés de construire l'orgue de la cathédrale de Saint-Denis : ce sera un ouvrage grandiose. Il y a dans le génie une espèce de féerie. Ces messieurs ont mis le doigt sur le Fitz Harmonica, et il est soudainement devenu un instrument parfait. Imaginez un instrument d'une forme gracieuse qui occupe tout au plus le quart de la place d'un piano carré ; on le touche comme le piano, mais le son en est soutenu, susceptible de se renfler ou de s'éteindre a volonté, et d’un : suavité extrême. Si vous voulez juger de tout le charma de cet instrument, il faut l'entendre jouer par M. Lefébure, organiste de Saint-Roch, jeune homme de dix-huit ans, mais d'un talent prodigieux. Sous ses doigts cet instrument se joue de votre âme. Il soupire, il pleure et vous fait pleurer avec lui ou bien il folâtre comme une jeune fille et vous remplit de joie et de volupté.

 

MM. Cavaillé ont donné à leur instrument le nom de Poikilorgue (orgue varié, ou expressif). Décidément le poikilorgue est un usurpateur qui va bientôt chasser le piano de sa place. Ce sera lui qui régnera dans les salons, car la mode a étendu son empire jusque sur la musique. »

(Journal des artistes, Paris, 1er janvier 1837, p. 285-86)

 

1838, publicité pour le Poïkilorgue
(Journal des débats politiques et littéraires, 30 décembre 1838) DR.

« ÉTRENNES.

POIKILORGUE OU ORGUE VARIÉ EXPRESSIF.

Chez Cavaillé-Coll, père et fils, facteurs de grandes orgues, nommés par l'Institut, pour la construction du grand orgue de l'église royale de St-Denis et celui de l'église Notre-Dame-de-Lorette. Ateliers et magasins rue Notre-Dame-de-Lorette, 42. Le Poikilorgue, instrument à clavier et à anches libres, diffère néanmoins de tous les instruments analogues, par la puissance du son qui, surtout dans la basse, a quelque chose d'imposant, et qui susceptible d'être diminué et enflé à volonté, se prête à l'expression la plus variée. Prix net des poikilorgues (en acajou ou en Palissandre ; à 5 octaves, 500 fr., à 4 octaves et 1/2, 700 fr. »

(La Presse, Paris, 31 décembre 1838)

 

« Le système GRENIÉ ne reçut pas en quelque sorte d'application, la faveur du monde musical lui fit défaut, les difficultés d'exécution empêchèrent les artistes de s'y dévouer et la popularité lui manqua. — Cependant en Allemagne on fabriquait sur cette donnée de petits instruments dont la diversité indique l'existence éphémère... On les appela physarmonica, aeolodium, etc., etc. L'imitation qui en fut faite en France eut plus de succès et notre illustre facteur d'orgues à tuyaux, M. Cavaillé-Coll, inventa le Poïkilorgue mais préoccupé de choses plus importantes pour lui, M. Cavaillé-Coll abandonna cette nouvelle application. »

(Les Orgues mélodium d'Alexandre Père et Fils, exposition universelle 1855, Paris, 1855, p. 7-8)

 

« Jusqu'à ce jour, nos facteurs sont loin de la perfection obtenue par l'inventeur, M. Haeckel ; cependant il est juste de dire que le poïkilorgue de MM. Cavaillé-Coll père et fils mérite une mention toute particulière à cause de la beauté, de la puissance et de l'égalité de ses sons, ainsi que pour la justesse et la tenue de l'accord. »

(Encyclopédie du commerçant, Paris, Hachette, 1855, p. 1190)

 

« POIKILORGUE, s. m. — Ce fut le premier essai de l'orgue de salon dit orgue expressif, dû à Cavalier Coll, à qui l'art est aussi redevable de l'orgue de la Madeleine. Ce genre d'instrument, aujourd'hui plus connu sous les noms de mélodium, harmonium, etc., commence à jouir d'une très grande vogue dans le monde musicien, grâce aux admirables perfectionnements qui lui ont été apportés par MM. Debain, Alexandre, Stein, Fourneaux, Dubus et autres facteurs en renom. »

(Charles Soullier, Nouveau Dictionnaire de musique illustré, Paris, 1855, p. 241)

 

 

« M. A. Cavaillé-Coll, qui venait d'arriver à Paris, construisit un instrumenta cinq octaves, qu'il appela poïkilorgue. Cet instrument anches libres, exécuté par la main habile qui allait prochainement enrichir la facture de tant de chefs d'œuvre, fit comprendre la portée de ce nouvel agent harmonique qui, sous le modeste volume de meuble portatif, désormais prenait rang parmi les orgues de chapelle et d'appartement.

M. Cavaillé, après cet essai victorieux, entraîné par le cours de ses grands travaux, ne donna aucune suite à cette fabrication. »

(Le Travail universel, Paris, 1856, p. 585)

 

« POÏKILORGUE. Espèce de jeu de lames vibrantes, imitant la flûte, ou le hautbois, mises en vibration par un soufflet, adapté au piano et imaginé par Cavaillé-Coll, en 1834. »

(Léon Escudier, Dictionnaire de musique théorique et historique, Paris, 1872, p. 386)

 

« Le petit instrument appelé guimbarde donne une idée exacte de l'action du vent sur l'anche libre. Ce fut en 1810 que Grenié imagina des jeux d'orgues à anches libres. On en fabriqua aussi en Allemagne sous les noms de Physharmonica, Sodium, etc. M. Cavaillé-Coll y ajouta quelques perfectionnements et en fit le Poikilorgue. »

(Félix Clémant, Méthode d'orgue, d'harmonie et d'accompagnement, Paris, 1873, p. 12)

 

« M. Cavaillé-Coll était à peine âgé de vingt ans lorsque, travaillant chez son père, à Toulouse, il appliqua son activité à la création d'un instrument qu'il appelait poïkilorgue, et que l'on décrivait ainsi « Le poïkilorgue est à claviers et à anches libres il diffère néanmoins de tous les instruments que l'on a faits d'après le même principe sonore (tels que philharmoniques, pianos à soufflets, etc.), par la puissance du son, qui, surtout dans la basse, a quelque chose d'imposant, et qui, susceptible d'être diminué et renflé à volonté, se prête à l'expression la plus variée. » C'était, on le voit, le principe de l'harmonium ou orgue expressif. »

(F.-J. Fétis, Biographie universelle des musiciens et biographie générale de la musique, Paris, 1878-80, p. 162)

 

« Un instrument de musique d’origine toulousaine

Le poïkilorgue

« MM. Cavaillé père et fils ont inventé un nouvel instrument à clavier, de l'étendue de six octaves, sur lequel on peut, filer des son (sic) comme sur le violon, exprimer les modulations du basson et du hautbois, rivaliser avec les sons de la flûte, passer du pianissimo au fortissimo d'une manière continue et rendre ainsi toutes les nuances indiquées par l'art musical. Ce qui frappe surtout dans cet instrument, est la difficulté vaincue de rendre les crescendo et les smorscendo. M. Rossini, qui l'a entendu, a été frappé de cette circonstance et a écouté avec un intérêt bien marqué les sons expressifs qui s'échappaient du poïkilorgue (nom donné à cet instrument) et les accords harmonieux qui résultaient de son ingénieuse coordination. Le poïkilorgue est aujourd'hui très connu à Toulouse. On en joue à chaque représentation de Robert le Diable aux 48 et 5° actes.

MM. Cavaillé ont recueilli le fruit de leurs travaux ; leur réputation est parvenue jusqu'à la capitale ; le gouvernement les a chargés de réparations et de constructions d'orgues à l'église royale de Saint-Denis. L'Italie s'est aussi rendue tributaire de leurs talents. Il est glorieux pour Toulouse d'avoir donné naissance à une famille si remarquable. »

(Extrait d'un guide des étrangers dans Toulouse, non daté, et publié entre 1830 et 1836 chez Dagalier, libraire, 71, rue de la Pomme).

Le poïkilorgue est aujourd'hui connu sous le nom d'harmonium (N. D. L. R.). »

(L'Auta, organe de la société les Toulousains de Toulouse et amis du vieux Toulouse, avril 1935, p. 54-55).

 

Collecte par Olivier Geoffroy

(février 2021)

 

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