Les orgues de l'École Saint-Sigisbert de Nancy


Chapelle de l'Ecole Saint-Sigisbert à Nancy, construite par les Jésuites en 1867
Chapelle de l'Ecole St-Sigisbert, Nancy
Chapelle de l'Ecole Saint-Sigisbert à Nancy, construite par les Jésuites en 1867
( photo Bernard Grienenberger, aimablement communiquée par l'auteur )
Chapelle de l'Ecole Saint-Sigisbert à Nancy, juin 2006
( photo Christian Errard )
Chapelle de l'École Saint-Sigisbert
( coll. O. Geoffroy )

 

Aujourd’hui comme jadis, l’inauguration d’un nouvel orgue est un événement important. Grand-messe de bénédiction, sermon approprié et concert rassemblent une foule de curieux et mélomanes. A travers l’instrument construit en 1930 dans la chapelle de l’école Saint-Sigisbert à Nancy, pour lequel une recherche a permis d’exhumer quelques documents d’époque, on peut retrouver l’émotion engendrée par ces instants uniques.

Mgr Guise (1867-1947), supérieur de l’école Saint-Sigisbert depuis 1910 avait depuis longtemps souhaité voir sa chapelle embellie d’un orgue. Grâce à de généreux donateurs, le rêve devenait réalité. Le facteur Roethinger de Strasbourg avait monté l’instrument au printemps 1930. La nouvelle fut annoncée en ces termes dans le Bulletin des Anciens Elèves de la Malgrange – Saint-Sigisbert de 1930 (" Chronique de l’école Saint-Sigisbert ") :

" Au moment où nous écrivons cette chronique, la maison Roethinger à Strasbourg termine construction d’un orgue généreusement offert à notre chapelle. L’instrument du système électro-pneumatique, comportera treize jeux répartis sur deux claviers manuels à cinquante-six notes et sur un pédalier de trente marches. Il sera béni et inauguré le dimanche 18 mai. En invitant dès aujourd’hui nos lecteurs à cette cérémonie, nous ne pouvons taire notre joie ni retarder l’expression de notre reconnaissance : joie, à la pensée que nos fêtes seront plus brillantes, nos chants plus solennels, notre piété plus conforme à celle que voulait Pie X quand il demandait que l’on prie sur de la beauté, reconnaissance à ceux (Dieu les connaît...) qui ont rendu possible, malgré l’énorme majoration des prix, la réalisation d’un projet que le signataire de ces lignes caressait depuis longtemps ".



Les professeurs d'enseignements artistiques
à l'Ecole Saint-Sigisbert de Nancy

 

Voici une liste des professeurs qui, au fil du temps, ont été chargés des enseignements artistiques à l'Ecole Saint-Sigisbert de Nancy, devenue, par la fusion avec le Cours Notre-Dame, l'Ensemble scolaire Notre-Dame-Saint-Sigisbert. Apports complémentaires ou éventuelles corrections sont les bienvenus.

 

 

Dessin ou Arts plastiques :

 

Armand Guidat (1907-1974) : de 1946 à 1949

Pierre-Marie Marquet : de 1958 au 12 novembre 1963

Monique Verdier-Guyot : du 12 novembre 1963 au 15 mars 1965

Jean-Marie Godfroy (mort accidentellement en Turquie en août 1971) :
    de mars 1965 à 1966

Roger Pierhol (1908-2 décembre 1984) : de 1949 à 1976

Vincent Morot : de 1966 à 1969

Albane Esparbé :  de 1966 à 1968

Jean Dobel-Ober : de 1968 jusqu'à son décès accidentel
    survenu le 1er mars 2001

Patrick Lucas : de 1969 à 1975

Didier Szucz : de 1979 à 2019

Christiane Groscolas

Louise-Marie Dobel-Ober : jusque 2007

Karine Hickel : de 2007 à 2017

Nathalie Bachmann-Weber

Catherine Vollet-Pauget : depuis 2017

Virginie Couillard : depuis 2019

 

 

Musique ou Éducation musicale :

 

Auguste Kling (1854-1919) (piano) : années 1900 à 1915

Mme Kling et son fils Michel Kling (piano) : années 1920-1940

M. Henri Schaeffer (violon) : années 1930 à 1950

Abbé Louis Claude et abbé Jean Royer (chant) : années 1950 à 1972

Monique Seyve-Morot (chant) : de 1966 à 1971

Abbé Briolet et Mlle Geneviève Haas : culture musicale,
    début des années 1970

Michel Vançon (1951-1989) : de 1973 à 1989

Nelly Boyard (Cours Notre-Dame) : années 1960 à 1999

Benoît Richard : de 1990 à 2013

Irène Marsic-Colombain : depuis 1991

Olivier Geoffroy : depuis 1997

Anne-Lorraine Roze-Legrand : depuis 2013

 

 

Olivier Geoffroy

(décembre 2019)


Le dimanche 18 mai 1930, la chapelle était remplie pour la bénédiction solennelle de l’instrument, cérémonie dont le même bulletin s’est fait l’écho sous la plume de René d’Avril, critique musical et écrivain, auteur notamment du livret pour le Mystère de saint Nicolas, mis en musique par Guy Ropartz. L’instrument est tout d’abord décrit avec force détails, dans sa composition et son mécanisme :

" Le dimanche 18 mai, après-midi, a été béni et inauguré l’orgue de la chapelle de l’école Saint-Sigisbert, lequel, croyons-nous est unique en son genre. Cet instrument, sorti des Etablissements E.-A. Roethinger de Strasbourg réalise en effet les tout derniers progrès dans la facture moderne des orgues. Pour obtenir la douceur, la rapidité du toucher, on s’était servi jusqu’à présent des systèmes pneumatiques ou tubulaires. L’orgue de Saint-Sigisbert, suivant une formule neuve, pratiquée, paraît-il, en Angleterre, est électro-pneumatique. Le courant, produit par des accumulateurs, rend facile et sensible, non seulement l’exécution, mais encore la registration et les combinaisons de jeux. A la précision, ce système joint encore l’avantage d’un très faible encombrement. C’est ainsi qu’à Saint-Sigisbert, l’instrument est installé de part et d’autre de la tribune, laissant encore libre, au milieu et dans le fond, un assez vaste espace.

" Et pourtant, il y a là treize jeux, répartis sur deux claviers manuels (récit et grand-orgue) ainsi que sur un pédalier. Beaucoup moins de pédales d’accrochage. De simples boutons, à portée d’un doigt de l’exécutant permettent les accouplements et les effets préparés (combinaisons fixes : pp, p, mf, forte, fortissimo, plein-jeux, grands-jeux, octaves graves et aiguës, accouplements en 16, 8, 4, tirasses et trémolo). Quand aux durs registres d’autrefois, qu’il fallait parfois tirer à deux mains pour introduire la sonorité d’un jeu, des petites lames, basculant sans effort sur un pivot les remplacent. Selon que l’on pousse légèrement dans un sens ou dans un autre, le jeu chante ou devient muet.

" La soufflerie est automatique. Les accumulateurs permettent de jouer pendant cinq heures de suite. L’audition terminée, ils se rechargent d’eux-mêmes.

" N’est-ce pas là un très grand progrès ? Que d’efforts supprimés ! Ne faut-il pas, bien souvent à l’orgue deux personnes : l’exécutant et celui qui tire et prépare les jeux ? Ici tout tombe facilement sous la main d’un seul musicien.

" Tel est, dans ses grandes lignes, le mécanisme de l’instrument que les employés de la maison Roethinger ont monté en l’espace de quelques jours, ce qui constitue un véritable tour de force.

" Des dons généreux ont permis de compléter ainsi, de la façon la plus heureuse, l’élégante chapelle néo-gothique de l’établissement d’instruction secondaire du cours Léopold.

" Voici quelle est, en détail, la composition de l’orgue :

Grand-orgue : Bourdon de 16 pieds, montre de 8, salicional de 8, flûte harmonique de 8, prestant de 4.

Récit expressif : Bourdon de 8 pieds, flûte octaviante de 4, gambe de 8, voix céleste de 8, trompette de 8, basson-hautbois de 8.

Pédalier : Soubasse de 16 pieds, bourdon doux de 16.

Les deux claviers manuels comptent 56 notes chacun. Le pédalier est de trente marches. Il y a neuf accouplements, par touches à bascules et pédales. L’ensemble est de 706 tuyaux. "

La cérémonie de bénédiction est ensuite décrite, ainsi que le concert donné par Constant Pernin, l’organiste de la Cathédrale de Nancy :

" A 16h30, répondant à l’invitation de M. le chanoine Guise, directeur de l’école Saint-Sigisbert, arrivent, très nombreux, les auditeurs. M. l’adjoint Marchal se trouve parmi eux. Nous remarquons dans l’assistance un certain nombre de musiciens : le compositeur Pierre Bretagne, le violoniste Schaeffer...

" A la tribune, M. Constant Pernin, le maître organiste de la Cathédrale, chargé selon l’expression consacrée de réceptionner l’instrument ; des chanteurs ; M. le chanoine Baumgartner, les membres de la chorale mixte de Saint-Léon IX, sous la direction de M. l’abbé Gaudard.

" Ce sont ces derniers qui, avant que l’orgue résonne, réunis en un ensemble homogène, exécutent tout d’abord avec beaucoup de suavité dans l’expression, le chant O bone Jesu de l’immortel Palestrina.

" Aussitôt après, Mgr Jérôme, revêtu de la chape, coiffé de la mître, procède à la cérémonie liturgique de la bénédiction des orgues. Celles-ci, admises désormais à participer à la célébration des offices religieux, clament, en quelque sorte leur allégresse, et font valoir de pleines et rondes sonorités, en même temps que la souplesse du doigt détaché, dans la Toccata et fugue en ré mineur de J.-S. Bach, pages magistrales que M. Pernin traduit et développe dans un excellent style.

" L’orgue ayant fait entendre sa voix, c’est maintenant à M. l’abbé Charpentier, musicien averti, autrefois directeur de la Schola de Saint-Léon, aujourd’hui curé doyen de Conflans, de dire quel est le sens de la cérémonie à laquelle nous assistons [...]

" Il appartient ensuite à M. Pernin de mettre en relief, au moyen du programme, judicieusement varié, d’un récital, les qualités et les ressources du nouvel orgue. Elles sont nombreuses, diverses et recommandables. La différenciation des timbres, la promptitude des attaques, les entrées non brutales des jeux, ont été plus spécialement mises en valeur dans la Pastorale de Franck, à la fois pittoresque et contemplative. Les moelleux effets de la boîte expressive (maniée artistement) parurent dans la Prière à Notre-Dame de Boëllmann. Le Prélude de Pierné se prêta plutôt à l’élégance et à la souplesse du doigté. Et dans cette charmante Sœur Monique de Couperin, la finesse, la légèreté toute française du style, montrèrent quelle clarté l’on peut attendre de l’élocution, même rapide, de l’instrument. [...]

" La partie plus proprement religieuse de la cérémonie (salut et bénédiction) fut cependant très musicale encore, puisque la Schola de Saint-Léon y donna les chants latins sur des pièces d’écriture palestrinienne appartenant aux écoles anciennes et modernes. L’O quam suavis est de Perruchot, le Regina caeli d’Aichinger, le Surge Petre de Boyer, le Tantum de Vierne, interprétation juste et sensible, sous la direction de M. l’abbé Gaudard.

" Et l’orgue affirma une dernière fois sa puissance, avec la Toccata brillante de Théodore Dubois. "

Après la cérémonie et le concert, quelques invités furent réunis pour des agapes à l’issue desquelles, le Supérieur adressa avec humour quelques mots pour exprimer sa gratitude :

" Je me plais à constater que vous avez fait un accueil sympathique à l’hôte harmonieux que l’école abritera désormais sous son toit. Hôte harmonieux... et pieux ! Voyez : tandis que nous venions ici pour fêter son arrivée parmi nous, il est resté à la chapelle, dans la tribune à présent solitaire où il est installé princièrement comme il convient au roi des instruments. [...]

" Messieurs, il n’y a pas dans notre orgue de voix humaine... Le registre sera tenu par nos élèves. [...]

" Il me reste à lever mon verre en l’honneur de nos aimables hôtes. Ce verre est une coupe : Monsieur l’Econome, une flûte eût peut-être été de circonstance. En vous rappelant un jeu de notre orgue, elle m’eût donné l’occasion, pour vous montrer que vous l’avez échappé belle, de vous dire qu’en l’an 1689, tel tuyau de l’orgue d’Ulm pouvait contenir 315 mesures de vin, à la mode du pays : vous trouverez en Michel Pralonius ce détail savoureux. "

Cet instrument sera régulièrement mis en valeur par des concerts et lors des célébrations religieuses. Ses titulaires successifs : les abbés Navel, Masson, Charlemagne, Royer, Burgard et Mlle Geneviève Haas cédèrent parfois leurs claviers à un invité. Ainsi, en 1934, Robert Antoine, premier prix du conservatoire de Nancy et futur organiste de la Cathédrale de Toul (successeur de Joseph Oury) accompagne-t-il la messe de la fête du saint patron de l'école en jouant les pièces suivantes :

Entrée : Variations de concert de Joseph Bonnet.
Offertoire : Prélude en ré majeur de Bach.
Communion : Pièce en style libre de Vierne.
Sortie : Final de la Septième Symphonie de Widor.

Un concert avec trompette et orgue eut également lieu les 12 et 13 février 1987 avec Geneviève Haas (professeur d'allemand et ancienne élève de Pierre Cortellezzi au CNR de Nancy) aux claviers.

Avant de citer quelques passages du sermon de bénédiction de l’abbé Charpentier, il convient de signaler que la composition de l’instrument est restée inchangée jusqu’en 1986 où, à l’occasion du tri-cinquantenaire de l’école, l’économe consentit à financer une révision de l’orgue. C’est Emmanuel Cavazzana, accordeur de piano à Bouxières-aux-Dames qui fut chargé d’effectuer le démontage et les réparations urgentes de l’instrument. La composition fut remaniée selon une esthétique plus classique en recoupant certains tuyaux. La voici telle qu’elle se présente aujourd’hui :

Grand-Orgue : Montre 8, bourdon 8, prestant 4, doublette 2, larigot 1 1/3.

Récit : Bourdon 8, flûte octaviante 4, nasard 2 2/3, tierce 1 3/5, trompette harmonique 8, basson-hautbois 8.

Pédalier : Soubasse 16, bourdon doux 16.

 

Extraits du sermon prononcé par le chanoine Charpentier:

" Ce que la religion demande spontanément à l’art musical, c’est un support, un appui, un moyen d’expression qu’elle sait profondément humain. [....] Oui, la musique prend sa source au plus profond de l’âme humaine. En preuve, c’est que, non seulement toute parole passionnée, mais encore tout discours qui exprime une pensée quelque peu teintée de sentiment, module et chante à son insu. [...]

" Il semblerait que l’orgue, de par son histoire ancienne du moins, n’ait pas été particulièrement prédestiné à ce rôle liturgique qui est proprement le sien aujourd’hui. L’orgue en affet, quoi qu’en dise certaine littérature, est d’origine profane et païenne. A Rome, l’orgue jouait à l’entrée des empereurs au cirque, de même que le cérémonial des évêques prescrit son jeu à l’entrée du Pontife dans l’église ; et dans l’office de notre chère sainte Cécile, le Cantantibus organis ne désigne rien moins qu’un instrument sacré, puisque la vierge lui opposait pour ainsi dire l’exorcisme de sa prière : " fiat cor meum immaculatum ! "

" Et pourtant, ce profane, ce païen, devait lui aussi recevoir le baptême. [...] Certes, son éducation fut longue et laborieuse ! Mais grâce à des progrès techniques considérables, grâce surtout à l’apport spirituel désormais inaliénable des grand maîtres inspirés de l’art organistique, elle aboutit au triomphe que nous connaissons aujourd’hui : l’orgue est devenu le roi des instruments et comme l’a dit Lamenais : " il est la voix de l’Eglise universelle et l’écho du monde invisible ". [...]

" Tel est le rôle de l’orgue. Mais telle est surtout, car ici encore l’esprit compte bien plus que la lettre, telle est surtout la mission de l’organiste. " Mission sublime, a dit Jacques Lemmens, car c’est un sacerdoce ! " [...]

" C’est qu’en effet, et il convient de le dire aujourd’hui, le véritable organiste, si éblouissantes que soient ses techniques diverses, ne saurait exister parfaitement maître en son art, en dehors de certaines conditions spirituelles indispensables. C’est encore le maître Lemmens qui l’a dit : " l’art pur, l’art pour l’art, loin d’être dans le culte un levier pour les âmes, en devient la plus fâcheuse distraction. " Le plus grand compositeur du monde, le plus prodigieux improvisateur doit en faire son deuil. Quand même il aurait avec la fécondité d’un Mozart, l’âme tendre d’un Weber, la puissance d’un Beethoven, tout le vaste génie d’un Bach ou d’un Franck, si le Christ ne vit et ne respire en lui, et si lui-même ne vit et ne respire dans le Christ, il ne sera jamais dans l’assemblée des fidèles qu’ " un airain sonore ou une cymbale retentissante ". [...] Autant dire, avec le facteur Silbermann, qu’il faut monter à l’orgue " avec un cœur en état de grâce ".

Laus Deo ! Dieu soit loué ! L’orgue va reprendre son chant que j’ai interrompu. Puisse donc sa parole majestueuse nous enseigner encore comment l’on prie avec l’âme tout entière ; et que la beauté surhumaine des saintes mélodies nous fasse soupirer après l’audition des cantiques éternels. "

Cantique à Saint-Sigisbert
Cantique à Saint-Sigisbert roi d'Austrasie, musique de Thuber, harmonisation d'Olivier Geoffroy. Saint-Sigisbert (630-656), roi d'Austrasie (actuelle Lorraine avec partie en Allemagne), est le Patron de la ville de Nancy. Fragment d'un cantique du XIX° siècle, réduction sur 2 portées
( coll. Olivier Geoffroy )

Plus rare de nos jours, l’inauguration d’un orgue neuf constitue cependant l’occasion de rassembler une communauté. On sait que pratiquants ou non, les habitants d’un quartier sont attachés à leur patrimoine. Souhaitons que, longtemps encore, les orgues résonnent sous les voûtes de nos églises et que les propriétaires prennent davantage conscience de la valeur de ces instruments séculaires.


Les professeurs de l'École Saint-Sigisbert de Nancy, vers 1950.
Les professeurs de l'École Saint-Sigisbert de Nancy, vers 1950.
( coll. Olivier Geoffroy )

De gauche à droite,
1er rang : Chanoine René Hochenedel, professeur d'allemand, Père Bastien, professeur d'histoire, Monsieur Wendling, professeur d'allemand, Chanoine Emile Louyot, professeur de lettres, Père H. Weber, directeur, Chanoine L. Hottier, professeur de sciences, Père A. Moine, professeur de sciences, Père Hann, professeur honoraire de philosophie.
2ème rang : Père P. Watrin, directeur du primaire, Abbé Louis Claude, surveillant, Monsieur Fredrick, professeur de lettres, Père André Louyot, professeur de mathématiques, Père B. Misserey, professeur de lettres, Père L. Fersing, économe, père H. Prévôt, professeur d'histoire, Père L. Barbesant, professeur de philosophie puis directeur, Père J. Goettmann, professeur d'histoire.
3ème rang : Père M. de Metz-Noblat, professeur de sciences, Père J. Marin, professeur de lettres, Père E. Burgard, professeur de lettres, Père A. Strebel, professeur de sciences, Père L. Köll, professeur d'histoire, Père C. Marchal, professeur de lettres, Père L. Arnauld, Père P. Vilière, professeur de lettres.

UN NOUVEL ORGUE EN 2006

La transformation de 1986 fut assez malheureuse car bricolée (encoches d’accord recouvertes de ruban adhésif ce qui était problématique pour l’accord de l’instrument). A la suite des travaux dans les salles voisines de la tribune dans les années 1990, l’orgue fut empoussiéré et, à partir de l’an 2000, donnait d’évidents signes de fatigue (la transmission électrique, d’origine, pouvait aussi faire craindre l’incendie). En septembre 2004, le moteur du ventilateur grilla et l’orgue se tut définitivement.

Des contacts furent pris avec plusieurs facteurs d’orgue afin d’envisager toutes les hypothèses quant à l’avenir de l’instrument. La solution la plus intéressante et la moins onéreuse consistait en l’achat d’un instrument d’occasion. L’orgue Roethinger a été soigneusement démonté en août 2006 par des anciens élèves de l’établissement et cédé à un particulier.

Un facteur d’orgue allemand (Société Ladach) dont la spécialité est de servir d’intermédiaire entre des paroisses ou particuliers désireux de vendre leur orgue et d’éventuels acheteurs a proposé un orgue du facteur Kemper de Lübeck construit en 1961. Provenant d’une église évangélique qui souhaitait le remplacer par un instrument plus important, il comporte 10 jeux répartis sur deux claviers et pédalier. De facture robuste, la transmission pour les notes et les jeux est entièrement mécanique. Voici la composition de l’instrument, traduite en français :

Manuel I : Flûte à cheminée 8, principal 4, flûte 2, mixture 4 rangs.

Manuel II : Bourdon 8, flûte pointue 4, principal 2, sesquialtera 2 rgs.

Pédalier : Soubasse 16, basse 8.

En allemand :

Hauptwerk : Rohrflöte 8, Prinzipal 4, Waldflöte 2, Mixtur 4 f.

Oberwerk : Gedackt 8, Spitzflöte 4, Prinzipal 2, Sesquialtera 2 f.

Peadl : Subbass 16, Pommer 8.

Accouplement des claviers, tirasses et tremblant (" Tremulant ") au positif.

Orgue de St-Sigisbert, Nancy
Orgue de St-Sigisbert, Nancy
Orgue Kemper, console et tuyaux
( photos Christian Errard, professeur de mathématiques et animateur en pastorale
à l'École Saint-Sigisbert, 2006 )

Par son esthétique, il permet de jouer plus particulièrement la musique baroque de style allemand (toute l’oeuvre de J.-S. Bach, Buxtehude, Pachelbel etc.), quelques romantiques allemands (Brahms, Mendelssohn, Schumann) et une partie du répertoire du XXè siècle (Messiaen, Litaize...). Les français de la période symphonique (Franck, Vierne, Widor) sont moins bien servis mais mieux vaut un orgue bien adapté à un genre musical qu’un instrument à tout (mal) jouer, tant du point de vue pédagogique que musical.

L’orgue Kemper a été monté à la chapelle de l’école au cours du mois d’octobre 2006 et inauguré le lundi 13 novembre à 20h30 par Dominique Bréda. Le programme comprenait des pièces de N. Bruhns (Prélude et Fugue en mi mineur), G. Boehm (Choral " Vater unser "), D. Buxtehude (Magnificat du premier ton), J. Pachelbel (Partita " Was Gott tut "), J.-S. Bach (Choral " Allein Gott " et Toccata, Adagio et Fugue en ut), W.-A. Mozart (Fantaisie en fa mineur), F. Mendelssohn (Andante varié), A.-P.-F. Boëly (Andante en sol mineur), L.-J.-A. Lefébure-Wély (Choeur Andante), L. Vierne (Scherzetto), G. Litaize (Méditation improvisée), Camonin (Ave Maria) et J. Alain (Litanies).

Nous souhaitons longue vie au nouveau venu qui, en plus de sa fonction liturgique, permettra aux jeunes organistes de l’établissement et du Conservatoire tout proche de répéter dans de bonnes conditions.

 

La chapelle et les vitraux

 

Vue intérieure de la chapelle dans les années 1920
(coll. O. Geoffroy) DR.
Scène d'un vitrail aujourd'hui disparu
(coll. O. Geoffroy) DR.

Il convient lorsqu'on parle d'un orgue d'évoquer aussi l'écrin qui l'abrite. La chapelle de l'Ensemble scolaire Notre-Dame-Saint-Sigisbert de Nancy a été construite en 1867 dans le style néo-gothique pour les Jésuites qui avaient choisi le Cours Léopold pour y installer leur résidence. Accolée à cette chapelle se trouve une maison du XVIIIème siècle qui avait été la demeure de Guilbert de Pixérécourt (1773-1844). Les Jésuites avaient acquis ce bien en 1856 et lui avaient ajouté un bâtiment achevé en 1900. Le maître-autel principal de la chapelle dédiée au Sacré-Coeur avait été terminé en 1898.

 

Malheureusement, victimes de persécutions religieuses et des lois de Séparation, les Jésuites avaient quitté leur maison autour de 1905. Mgr Turinaz, évêque de Nancy, chassé de sa demeure lui aussi, convoitait le lieu pour y établir son évêché. Mais, dans la mesure où l'Ecole Saint-Léopold et l'Ecole Saint-Sigisbert à laquelle elle avait été associée étaient privées de leurs bâtiments de la rue de la Pépinière et de la Place Carnot, Mgr Turinaz accorda la priorité aux enfants et c'est ainsi qu'en octobre 1912, les élèves mettaient pour la première fois les pieds dans les bâtiments qui les accueillent aujourd'hui encore.

 

Les vitraux originels de cette chapelle étaient consacrés à des martyrs jésuites en soutanes noires, d'un effet déplorable sur l'entrée de la lumière. Aussi, à la suite du bombardement du 30 octobre 1918 qui les avait soufflés, Mgre Guise, supérieur de l'Institution avait-il décidé de les remplacer par de grandes baies avec des représentations de saints en médaillons. Parmi ceux-ci, les vitraux de la nef sont toujours en place. Ils figurent :

 

Côté Evangile : Le Saint-Curé d'Ars, saint Vincent-de-Paul, sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, saint- François-Xavier, saint Pierre Fourier, sainte Jeanne d'Arc, saint François-de-Sales et saint Louis roi de France. A l'entrée du choeur les médaillons représentent l'Eucharistie, un calice et l'arche d'alliance.

 

Côté Epître : Saint Michel Archange, sainte Catherine d'Alexandrie, saint Louis de Gonzague, saint Thomas d'Aquin, saint Jean l'évangéliste, saint André apôtre, saint Mansuy premier évêque de Toul, et saint Charles évêque de Milan. A l'entrée du choeur les médaillons représentent un ciboire, un cerf et le lion de saint Marc.

 

Pour le choeur, ce sont des scènes de la vie de saint Sigisbert (631-656) qui furent choisies : Le baptême de saint Sigisbert, Le serment des Leudes, La bataille de l'Unstrutt

 

Et au-dessus de ces scènes étaient représentés le Sacré-Coeur, la Sainte-Vierge, saint Pierre et saint Paul, saint Sigisbert et saint Léopold.

 

Ces vitraux du choeur ayant subi une nouvelle fois les assauts d'un bombardement lors de la Seconde Guerre mondiale, ils furent remplacés dans les années 1950 par les vitraux d'un style prétendument primitif que l'on peut voir actuellement et qui représentent saint Nicolas, saint Sigisbert, l'Annonciation, saint Pierre et saint Paul.

 

Au fond de la chapelle, deux vitraux sont placés dans un meuble ouvragé qui a succédé à une installation de fortune du père René Hochenédel. Ces deux vitraux de Höner remontent à 1876 et étaient placés dans la chapelle de l'ancienne Ecole Saint-Sigisbert, place Carnot. Retrouvés dans le grenier de l'école, ils avaient été restaurés et remontés dans la chapelle en 1981. Ils représentent saint Sigisbert et saint Léopold.

 
Olivier Geoffroy
Professeur agrégé d’éducation musicale
à l’école Saint-Sigisbert de Nancy
(Mise à jour: septembre 2019)




Vue intérieure de l'ancienne chapelle de l'Ecole Saint-Sigisbert (avant 1912), réaménagée de nos jours en salle de cours d'un Institut d'études commerciales situé 11 Place Carnot,
et deux vitraux de 1876, Saint-Sigisbert et Saint-Léopold, autrefois installés dans cette ancienne chapelle, conservés de nos jours dans un meuble ouvragé placé au fond de l'actuelle chapelle.
(coll. O. Geoffroy) DR.


Rapport sur l'Ecole Saint-Sigisbert

 

 

 

Rapport établi en 1908 par le chanoine Auguste-Pierre Urmès (licencié en histoire, ordonné prêtre en 1896), directeur de l'Ecole Saint-Sigisbert-Saint-Léopold de Nancy, à la demande de son vicaire général et retrouvé dans un débarras de l'Ecole au cours des années 1990. Nous portons ce document à valeur historique à la connaissance du public.

 

 

« Nancy, le 25 février 1908.

 

Monsieur le Vicaire Général,

 

Vous m'avez fait l'honneur de me demander un rapport sur la situation de l'Ecole Saint-Sigisbert-Saint-Léopold à un triple point de vue : rapports avec l'Université et le Conseil Académique - enseignement des professeurs et programme des études - esprit et travail des élèves. J'y répondrai aussi brièvement que possible, en formulant, pour conclure, certains vœux.

 

 

1 - L'Ecole est en règle avec la loi.

 

Approuvé du jour de sa fondation, elle possède un directeur responsable et pourvu du grade de licencié : les pouvoirs de celui-ci ont été sanctionnés par une décision de l'Inspecteur en date du 15 octobre 1907.

 

L'Ecole a tous ses professeurs munis des grades académiques nécessaires : des licenciés pour les classes de 2nd cycle ; des bacheliers (quelques-uns sont licenciés) pour les classes du 1er cycle ; des professeurs pourvus de leur brevet élémentaire ou supérieur pour les classes enfantines et préparatoires. Un registre contenant les noms des maîtres, leurs grades, les emplois successifs par lesquels ils ont passé et mis à la disposition de M. l'Inspecteur d'Académie et soumis chaque année à sa signature.

 

Nous avons, depuis les lois récentes, éloigné de l'enseignement les religieuses qui donnaient autrefois l'instruction dans les divisions dites « du Petit Léopold » et les avons remplacées par des institutrices laïques : deux d'entre elles possèdent, en règle, leurs pièces de sécularisation. Elles sont toutes quatre munies de leurs brevets.

 

Avec l'Université, les rapports sont purement personnels. En fait, ils existent entre un grand nombre de professeurs des facultés et de Saint-Sigisbert ; et si l'on met de côté certaines boutades qui échappent parfois aux séances d'examens publiées, de baccalauréats, même aux cours privés, ces rapports sont cordiaux.

 

Le directeur entretient des relations (de politesse) avec le proviseur du Lycée : ces relations seraient, il semble bien, désirées plus étroites par le proviseur actuel, surtout depuis la suppression des cours préparatoires, à l'Ecole Saint-Sigisbert.

 

 

2 - Enseignement des professeurs et programmes des études.

 

Nous suivons point par point, Monsieur le Vicaire Général, le programme universitaire adopté pour tous les collèges et lycées de l'Etat.

 

Les classes sont divisées en sections, suivant que les élèves du 1er cycle font du latin ou n'en font pas, que ceux du second se préparent au baccalauréat grec, langues ou sciences. Ces divisions ont l'avantage de permettre d'accueillir tous les jeunes gens désireux de suivre telle ou telle carrière. Il est à remarquer que les trois quarts de nos élèves abandonnent le grec et se dirigent du côté des mathématiques. Ce n'est que petit à petit qu'on pourra ramener aux études classiques ceux que les sciences lasseront. Pour le moment, la lutte est impossible, et d'ailleurs sans supprimer les cadres des classes de grec, l'état actuel des choses a l'avantage de constituer des cadres de classes de sciences, qui seront toujours indispensables.

 

La majorité des élèves assiste donc à l'enseignement C des programmes universitaires.

 

Les professeurs sont tous, je me plais à le reconnaître, à la hauteur de leur enseignement. Choisis entre mille par l'autorité diocésaine, ils jouissent d'un crédit très grand auprès des familles et des élèves. Il est à désirer qu'ils restent toujours spécialisés dans les branches auxquelles les préparent immédiatement leurs examens d'autrefois. L'Ecole manque actuellement de professeurs d'histoire et de géographie titularisés. Cette lacune devra être comblée pour la rentrée de 1908.

 

L'enseignement des maîtres a lieu dans les trois classes de la journée, dans les interrogations hebdomadaires et dans les leçons particulières.

 

Les classes ne doivent pas dépasser comme durée une heure et demie pour les élèves du 1er cycle. Elles sont de deux heures pour les élèves du 2nd cycle. Le professeur y interroge sur les leçons apprises et multiplie chez ses élèves les exercices oraux. Le nombre de cours dictés va en s'amoindrissant : ce qui, sans conteste, avec des manuels bien faits, constitue une économie de temps et un véritable progrès.

 

A ce propos, les livres que nous mettons entre les mains de nos élèves, Monsieur le Vicaire Général, sont des livres faits pour la plupart par des universitaires, par des professeurs de lycée. Seuls les textes d'auteurs, avec leurs commentaires, sont choisis dans la collection de l'Alliance des Maisons d'éducation chrétienne. Je dois dire que les manuels d'histoire, de géographie et les nouveaux cours de mathématiques faits par des laïques, sont de beaucoup supérieurs à ceux des ecclésiastiques. L'esprit doit être surveillé, à coup sûr, mais, si parfois il est douteux, la bataille entre le professeur et l'auteur du livre est très profitable à l'élève. Nous imitons en cela les collèges libres du Nord et depuis cinq ans, nous nous y tenons.

 

Les interrogations hebdomadaires ont lieu en dehors des classes. Le terme de « colles » qui les définit est passé dans l'usage. Elles ont l'incontestable avantage de faire repasser telle ou telle matière à l'élève, et de le contraindre, seul à seul avec le professeur et non plus devant un auditoire troublant, à s'exprimer convenablement.

 

Elles prouvent la force intellectuelle et manifestent les lacunes de la science des élèves, voire même de l'enseignement des maîtres. En général, ce sont d'autres professeurs que les professeurs habituels de l'élève qui les font passer.

 

Les colles n'ont lieu que pour les élèves de 1ère, de philosophie et de mathématiques.

 

Enfin, les leçons particulières absorbent une grande partie du temps libre des professeurs de mathématiques et d'allemand. Quelques répétitions sont données pour le latin, soit en sixième et cinquième, soit en seconde.

 

Ce court aperçu sur les études et l'enseignement, Monsieur le Vicaire Général, serait incomplet, si la question de l'instruction religieuse était laissée dans l'ombre. A Saint-Léopold, nous avions décidé, que pour les élèves du 1er cycle, le cours serait divisé comme suit :

 

     En 6ème, explication de la 1ère partie du catéchisme.

     En 5ème, explication de la 2ème partie du catéchisme.

     En 4ème, la prière et les sacrements, moins la pénitence et l'eucharistie.

     En 3ème, ces deux derniers sacrements.

Ce partage a donné, nous le croyons, de bons résultats.

 

Chargé depuis quelques mois de l'Ecole Saint-Sigisbert, j'ai dû demander au professeur de seconde de faire à ses élèves un cours sur l'Eglise. Reste un cours bien nécessaire sur la Révélation, que je me propose de faire expliquer en 1ère. Je n'ai jusqu'à présent rien voulu changer des habitudes des professeurs de 1ère, de philosophie ni de mathématiques, mais il y a lieu de mettre de l'ordre dans les leçons de morale pratique où ils se complaisent depuis longtemps.

 

D'ailleurs, vous le savez, Monsieur le Vicaire Général, la question est à l'étude ; des interrogations spéciales vont être créées ; des examens nouveaux que vous ferez passer vous-même vont changer mille choses. Et c'est très nécessaire. J'ai commencé dans mes instructions du mercredi à la chapelle à répondre aux objections courantes contre la religion et l'Eglise ; et je sens qu'un cours d'Ecriture sainte est nécessaire.

 

Je m'aperçois que j'ai oublié de parler des compositions : une par semaine, de façon à faire un tour complet de toutes les matières par trimestre ; et des examens, oraux chaque trois mois, écrits seulement à la fin de l'année et comptant avec coefficient double pour les prix.

 

 

3 - Esprit et travail des élèves.

 

L'Ecole compte, à cette date du 25 février, un chiffre de 210 élèves. Le nombre a baissé. L'Ecole Saint-Léopold elle-même avait compté, il y a trois ans, un chiffre plus considérable d'enfants. Cette année 1908, nous avons remarqué que les rentrées étaient toujours très fortes, à l'âge de 10, 11 et 12 ans, faibles pour les élèves des classes inférieures, nulles pour les étudiants de 1ère et de philosophie.

 

Le recrutement est donc difficile. Trop de familles mettent leurs enfants au lycée, et même de celles qui devraient nous soutenir. : il paraît qu'elles craignent l'avenir et ne se gênent pas pour crier sur les toits que nous ne vivrons pas deux ans. Elles connaissent en outre la situation financière de St Sigisbert, qu'elles ont toujours supposée, depuis plusieurs années, très précaire. Ne négligeons pas non plus la peur qui glace les parents dans cette époque : volontiers, l'enfant suivrait les cours des classes inférieures, mais il faut qu'il se prête – et pourquoi ? - aux exigences d'un stage scolaire que chacun juge inévitable pour demain.

           

Il faut avouer ainsi que le recrutement est pour la plupart des temps mauvais. Les nouveaux de la rentrée de 1908 – au nombre de 20 – sont à peu d'exceptions près – les derniers de leurs classes. Loin de nous la pensée d'accepter le retour des collèges de l'Etat : mais en fait, malgré les certificats délivrés, souvent excellents, et toutes les recommandations du monde, nous devons avouer que nous sommes très fréquemment trompés.

 

Je dois dire, Monsieur le Vicaire Général, que l'esprit de nos élèves est bon : encore quelques critiques et quelques ricaneurs parmi les élèves des hautes classes, mais leur nombre diminue beaucoup par suite de la discipline rigoureuse que nous avons étendue des petits aux grands ; par suite aussi de la sympathie que ne cessent de gagner, toujours plus vive, les maîtres qui multipliaient leurs entretiens avec leurs élèves en dehors des heures de classes.

 

La maison ne rendra vraiment les services qu'elle doit rendre au point de vue de l'éducation que lorsqu'on aura repris les habitudes de l'ancien St Sigisbert : élèves voyant leurs professeurs et parlant de tout avec eux soit dans la chambre de l'abbé doit en promenade sur les grands chemins ; repris aussi – car depuis quelques mois, il y a eu baisse à ce sujet – des habitudes de Saint-Léopold : professeurs en récréation avec leurs élèves, se mêlant aux conversations des grands et à tous les jeux des petits.

 

Peut-être ai-je l'air de classer ces habitudes dans le casier des vieux souvenirs ? En ce cas, j'aurais tort, car plusieurs professeurs n'ont jamais failli à cette tâche que j'indique ; mais l'Ecole ne doit pas compter un seul maître qui se contente de bien faire sa classe et de parfaitement corriger ses devoirs : il y va du bon esprit des jeunes gens.

 

Si l'esprit des élèves est, en général, bon, il n'en va pas de même du travail. Nos élèves, même ceux des classes élevées, ne sont pas des laborieux. Les moyens d'émulation et le système de notes que j'ai introduits d'après ce que j'ai vu faire à Paris (collège Stanislas, externat de Vaugirard) ne manquent pourtant pas ; les punitions, hélas, ne manquent pas non plus. Et c'est à mon avis, un devoir de maintenir dans toute leur rigueur les retenues (quatre retenues obtenues de suite, pour la discipline entraînent un séquestre – retenue de toute la journée du dimanche, avec pain sec - ; trois séquestres mettent à la porte de l'établissement) malgré le caractère de barbarie qu'elles paraissent revêtir (empêcher les élèves de sortir le jeudi).

 

Si les parents étaient moins faibles, s'ils secouaient davantage leurs fils, nous n'aurions pas tant à sévir. Mais ces parents, hantés de l'idée que les programmes feront éclater les jeunes cervelles et gâtent dans leur faiblesse de petits jeunes gens – qui savent bien mieux les défauts de leurs pères et de leurs mères que ceux-ci ne savent les leurs – ne savent plus élever nos élèves. En somme, le niveau des familles comme celui des enfants a baissé depuis dix ans dans d'effrayantes proportions. Et ce n'est qu'à coups de dévouement, on peut le dire, et avec des peines multiples, que nous arrivons aux résultats obtenus.

 

Un des moyens employés pour maintenir les élèves dans le travail et la piété est sans conteste la participation aux œuvres de charité.

 

Déjà une confrérie de la Ste Vierge maintenait dans une excellente atmosphère une vingtaine d'élèves de St Léopold.

 

A St Sigisbert, nous avons repris la confrérie Saint-Vincent-de-Paul qui visite plusieurs familles de la paroisse St Epvre. Les élèves ne vont voir les pauvres qu'en compagnie de M. l'abbé Ludvig, le directeur de cette confrérie.

 

Nous n'aurons garde non plus d'oublier, lorsque le moment sera venu, la préparation des petits forains à leur première communion. C'est ici l'oeuvre des jeunes gens de 3ème, de 2de et de Rhétorique.

           

Voilà, Monsieur le Vicaire Général, à la fois trop longuement et trop brièvement exposée la situation de notre Ecole à cette fin de février 1908. Il y aurait encore mille choses à dire : j'ai dû me borner. D'autres choses plus importantes ont pu m'échapper et j'en demande pardon.

 

Vous me permettrez, Monsieur le vicaire Général, de formuler quelques vœux, avant de terminer, ou plutôt pour conclure :

 

     1 - Que les cours d'Instruction Religieuse soient organisés dans les hautes classes d'après un plan nouveau ; et que des cours nouveaux, indispensables, en cette matière soient créés.

     2 - Que des conférences sur l'éducation soient faites dans notre chapelle aux parents de nos élèves. Il faudrait évidemment qu'elles fussent voilées et déguisées sous la forme de conseils pratiques sur telle ou telle méthode de travail pour les jeunes gens, sur les avantages de tel ou tel genre d'instruction, sur le choix des diverses carrières. On y ressaisirait les familles sur le devoir qu'elles ont de nous soutenir et de ne point perdre de vue la religion et les intérêts religieux.

     3 - Qu'un comité de propagande soit formé pour aider au recrutement de nos élèves dans Nancy, pour lutter contre l'engouement qui fait tourner les regards du côté de Florennes, ou contre cette peur de l'avenir qui jette les élèves de très chrétiennes familles au Lycée.

 

En somme, il faut qu'on sente à Nancy que nous sommes une chose presque nécessaire, que l'on peut difficilement se passer de nous, et que nous ne sommes pas près de mourir demain.

           

Veuillez agréer, Monsieur le Vicaire Général, l'hommage de mon plus respectueux dévouement.

           

A. Urmès. dir. de St Sigisbert »

 

(transcription du manuscrit : Olivier Geoffroy)

novembre 2019

 


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