HOMMAGE A CORNEIL DE THORAN

CHEF D’ORCHESTRE ET DIRECTEUR DU THEATRE ROYAL DE LA MONNAIE DE BRUXELLES

(Liège, 15 janvier 1881 - Bruxelles, 6 janvier 1953)

Corneil de Thoran jeune officier
Corneil de Thoran jeune officier
( photo G. Dupont, Bruxelles, coll de l'auteur )

En guise de préambule, l'auteur tient à préciser que cet hommage est constitué d’un article commémoratif et non d’une biographie. Dans le cadre d’interviews et d’entretiens exclusifs qu’il a pu mener avec des artistes lyriques et des musiciens ayant côtoyé le musicien belge Corneil de Thoran, l’auteur a recueilli de nombreuses anecdotes et témoignages se rapportant à l’activité musicale et lyrique de la seconde moitié du XXème siècle en Belgique. Si cette époque peut paraître désormais lointaine, elle demeure pourtant proche de nous, grâce à l’apport musical substantiel qu’elle aura engendré dans la création lyrique et musicale belge et française. Cet hommage à Corneil de Thoran est peut-être tardif, mais il lui est indéniablement dû.

Bruxelles, en 2004.

 

 

Corneil de Thoran : une existence tout entière consacrée à la musique, d’abord le piano, puis le violon, la musique de chambre et enfin, la direction d’orchestre couvrant ainsi près de trois siècles d’évolution musicale et théâtrale – de Haendel à Berg, en passant par Gluck et Honegger. Pourtant, cette figure emblématique de la scène musicale belge et plus particulièrement, du Théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles, paraît comme occultée par la plupart des références bibliographiques spécialisées et par les principales encyclopédies musicales. Son nom y est certes cité, mais sans notice biographique.

Victime d’une carrière qu’il décidera de cantonner principalement à la Belgique, la France sera pourtant le fief de ses premiers engagements professionnels dès 1902, en qualité de pianiste-accompagnateur puis de chef d'orchestre. Dirigeant des œuvres lyriques inscrites au répertoire de théâtres de province et de villes de moyenne importance, il ne négligera pas l’opérette, tradition qu’il maintiendra à la Monnaie. Il optera pour un programme d’alternance et de saison estivale pour présenter des succès plus populaires, au rang desquelles figurait l’opérette, pourtant taxée par d’aucuns de genre musical mineur.

 

Corneil de Thoran dirigera, parallèlement au répertoire traditionnel, plusieurs pièces symphoniques et de la musique de ballet, de maîtres belges et français, qu’il conduira avec discernement et une habile précision, dirigeant souvent de mémoire. A son programme, il veillera à accorder une place de choix aux créations de compositeurs belges (Paul Gilson, Léon Jongen, Gaston Brenta, Jean Absil, Fernand Brumagne ou encore, Armand Marsick.) Il en dirigera lui-même un certain nombre (cf. chapitre Les compositeurs belges à l’honneur : 1918 à 1948), travaillant étroitement avec les auteurs et passant de longues heures à préparer ses musiciens, travaillant volontiers directement avec les solistes du théâtre, en se substituant de fait à la fonction de répétiteur.

Fédérateur de talents, devenu Directeur de la Monnaie, ce brillant Liégeois d’ascendance française contribuera largement à la diffusion et au rayonnement de la musique du XXème siècle en Belgique, en France et en Europe. De nombreuses œuvres lyriques ou symphoniques françaises verront le jour sur la scène de la Monnaie, avant de poursuivre leur chemin expérimental dans leur pays d’origine, pour ensuite tomber en désuétude ou dans l’oubli le plus absolu. L’intense collaboration artistique que Corneil de Thoran parviendra à établir avec des poètes, librettistes, dramaturges et compositeurs de veine contemporaine, favorisera l’éclosion d’un répertoire au langage musical novateur, que certains qualifieront d’éphémère ou de trop moderne (à l’instar de Pelléas et Mélisande ou Le Pauvre matelot, créés à la Monnaie en 1907 et 1927 respectivement.) Les critiques eux-mêmes se méfieront de cette avant-garde musicale et leurs articles, peut-être par souci de respect envers les compositeurs et les auteurs, paraîtront figés dans un moule éditorial étroit, laissant peu transparaître les réels mérites d’une veine créatrice qu’ils révélaient à un public mélomane, mais peu enclin à ce renouveau. Cependant, les saisons annuelles présenteront un sage équilibre alternant des reprises avec des créations: le public des abonnés sera en outre fort gâté car l’on jouera pratiquement chaque soir, parfois même deux fois par jour, en matinée et en soirée.

La foisonnante période de créativité musicale à laquelle Corneil de Thoran soumettra son théâtre constituera un terrain expérimental propice et permettra d’asseoir la réputation de nombreux jeunes compositeurs. Ne prétendra-t-on pas que "si le succès est assuré à Bruxelles, l’Opéra Comique ou Garnier devraient sortir vainqueurs de l’aventure" ? En effet, nombreux compositeurs français et non des moindres, verront l’aboutissement de leurs créations lyriques ou symphoniques : Alfred Bruneau, Gustave Charpentier, Claude Debussy, Paul Dukas, Arthur Honegger, Vincent d’Indy, Jules Massenet (qui confiera à la Monnaie la création absolue de son Hérodiade en 1881), Darius Milhaud, Gabriel Pierné, Henri Rabaud, Maurice Ravel, Albert Roussel, Camille Saint-Saëns et de nombreux autres. Du côté des artistes lyriques, plusieurs membres de la troupe permanente ou des artistes invités de la Monnaie (payés au cachet) seront des artistes français et se feront un plaisir d’inclure la première scène lyrique de Belgique dans leur périple artistique, appréciant l’excellente qualité du travail et l’accueil chaleureux qui leur était réservé, même si les cachets étaient peu élevés.

Parmi ces interprètes, retenons les noms des soprani Lise Landouzy, exquis soprano coloratura, Hilda Nysa (fille du célèbre soprano tchèque Elise Kutscherra, fort appréciée par Corneil de Thoran), Laure Bergé (imposant soprano dramatique), Danielle Brégis (beau soprano lyrique, parfait pour l’opéra comique), Jane (Jeanne) Bonavia – la Princesse Turandot de la création mondiale en langue française à la Monnaie de l'opéra éponyme inachevé de Giacomo Puccini, dans la version remaniée de Paul Spaak. Cette création aura lieu le 17 décembre 1926 avec Corneil de Thoran au pupitre. Outre Jane Bonavia, la distribution comprendra deux autres chanteurs français : le soprano Annie (Annette) Talifert (Liù) et Alexis Boyer (Ping.) Le rôle du Prince Calaf était confié au séduisant ténor belge Victor Verteneuil ; Louis Richard, baryton (Timur), José Lens, ténor (Pang), Roger Lefèvre, baryton (l’Empereur) et le vétéran Jules Salès, baryton (le Mandarin) complétaient cette distribution prestigieuse. La création de Turandot à la Monnaie aura même lieu deux ans avant la première française à l’Opéra Garnier avec la puissante Maryse Beaujon et le rayonnant Georges Thill, Princesse Turandot et Prince Calaf respectivement. Menue, avec une voix légère, une autre ravissante Française, en la personne de Cécile Eyreams, sera elle aussi une habituée de la Monnaie, chantant le répertoire de Dugazon. Quant à Marcelle Bunlet, resplendissant soprano dramatique, elle chantera à Bruxelles l’un de ses rôles préférés, qu’elle avait interprété à Bayreuth: celui d’Yseult, dans Tristan et Yseult. Simone Ballard (épouse d’Albert Wolff), mezzo-soprano, abordera également les emplois plus graves de contralto et plus tard, l’élégante Solange Michel, pensionnaire de l’Opéra Garnier et de l’Opéra Comique, viendra chanter à la Monnaie Carmen, rôle qu’elle chantera plus de cinq cents fois dans sa longue carrière internationale et la superbe Suzanne Sarroca, qui abordera d’abord Carmen et Charlotte de Werther à la Monnaie, pour ensuite chanter le registre de soprano, notamment pour une reprise de La Route d’émeraude du compositeur belge Auguste De Boeck (rôle de Francesca.) Au rang des ténors, il convient de citer Eric Audouin, Thomas-Eustache Salignac, André Burdino (qui fera ses adieux à la Monnaie dans Carmen en 1955 avec, dans le rôle-titre, le mezzo-soprano belge Yetty Martens [1915-2004]), Paul Razavet, Charles Richard, Claude Hector et Michel Sénéchal. Parmi les barytons Alexis Boyer (un sympathique artiste, vénéré à la Monnaie et à la carrière très longue), Emile Colonne (magnifique baryton, injustement ignoré des enregistrements), Jean Laffont (vibrant artiste et acteur envoûtant), Georges Vaillant (autre brillant acteur) et parmi les basses, citons Etienne Billot et Albert Huberty. Bien que de nationalité belge, cette célèbre basse axera l’essentiel de sa carrière en France et à l’international. Certainement, c’est en oublier de nombreux autres.

Une figure irremplaçable de la scène musicale belge et européenne, Corneil de Thoran, à l’instar d’Albert Carré, de Jacques Rouché ou de Giulio Gatti-Casazza, saura insuffler un rayonnement sans pareil à la création musicale et lyrique du XXème siècle. Il fera appel aux meilleurs éléments de sa troupe et n’hésita pas à s’adjoindre la collaboration de brillants et ingénieux maîtres de ballet, régisseurs, décorateurs et peintres de l’époque. Perfectionniste, parfait visionnaire et interlocuteur privilégié des meilleures forces vives de la Monnaie, il décédera quelques jours après un malaise cardiaque qui le saisira sur la scène même de son théâtre, en janvier 1953. Sa disparition plongera le monde musical belge dans une indicible et inconsolable tristesse.

 

 

TEMOIGNAGES D'ARTISTES DU THEATRE ROYAL DE LA MONNAIE
CONFIES A L’AUTEUR

[La publication sur Internet d’extraits des interviews conduites par l’auteur a été approuvée par les artistes.]

 

 

" Corneil de Thoran fut un homme extraordinaire, doté d’un vaste talent et avec un contact chaleureux. Sur le plan musical, il fut un excellent chef d’orchestre, artiste de haute valeur. "

Bruxelles, en 2003,
Simone BOUCHERIT, Soprano français.

 

" Un demi-siècle me sépare des années passées au Théâtre Royal de la Monnaie. Je garde de Corneil de Thoran le souvenir d'un grand homme menant avec sagesse, bienveillance et fermeté toute sa troupe. En tant que chef d'orchestre, il dirigea ses musiciens avec talent et connaissance de son Art. En bref, il fut aimé et respecté de tous. "

Bruxelles, en 2004,
Gabriel BOUVIER, Baryton belge.

 

"Peu bavard de nature, très juste et équitable, il ne prodiguait pas souvent des conseils. Corneil de Thoran était en quelque sorte ’spécial’ : il observait et ne disait rien. Il était très généreux pour la passion qu’était son métier, au point de soutenir occasionnellement le Théâtre à l'aide de ses propres deniers ! Corneil de Thoran était un musicien affiné, en fait un véritable mozartien dans l'âme: j’ai d'ailleurs chanté sous sa direction l’Enlèvement au sérail avec Clara Clairbert dans le rôle de Constance. S’il s’octroyait de temps en temps une direction d’orchestre, il était avant tout le Directeur de la Monnaie ! En outre, il avait une belle intuition pour choisir ses artistes, mais ses meilleures qualités se sont révélées dans ses fonctions de Directeur. Corneil de Thoran respectait le cahier des charges des œuvres imposés pour chaque saison. Il a hautement défendu la Monnaie qui su garder, grâce à lui, une belle renommée "

Ottignies, en 2003,
François-Louis DESCHAMPS, Ténor belge.

 

" Corneil de Thoran fut, à mes yeux, le meilleur des chefs d’orchestre de cette époque. Nous l’appelions le ' Patron' et le respections énormément. Je me souviens qu’il aimait diriger Beethoven et en particulier, ce chef d’œuvre qu’est Fidelio, notamment avec ses fameuses ouvertures (dites Léonore II et III.) Il fut un très grand Monsieur, distingué et de noble stature. Il avait une vaste expérience en matière de distribution des rôles, qu’il connaissait sur le bout des doigts, car il était un spécialiste de voix. Peu de temps avant son décès, Corneil de Thoran me proposa le rôle-titre de David pour la création de l’œuvre Darius Milhaud, un rôle écrasant que je considérai alors quelque peu au-dessus de mes forces. J’allai donc voir ‘Le Patron’, partition en mains et lui dis : Maître, je regrette infiniment, mais je dois renoncer à cette partie et quitter les répétitions !’. Il me répondit alors : ’Ne vous inquiétez pas, oubliez ce rôle pendant deux semaines et nous en reparlerons ensuite.’ C’est ce que je fis et en effet, le rôle de David s’était naturellement ancré en moi, et ce fut un véritable succès, avec huit représentations, mais dirigées alors par Maurice Bastin, puisque Corneil de Thoran décédera en 1953. La Monnaie était à l'époque une véritable famille, fort organisée, dont je n’eus jamais à me plaindre. Que de beaux souvenirs ! "

Springe (Allemagne), en 2004,
Gilbert DUBUC, Baryton belge.

 

" Corneil de Thoran était un tout grand Monsieur, d’allure aristocratique. A cette époque, le Théâtre Royal de la Monnaie était pauvre, si je puis dire – c’était une période difficile: pour tenir et passer le cap dans de telles conditions, il fallait beaucoup de force et de courage. Ce que Corneil de Thoran parviendra à réaliser force le respect et il avait énormément de mérite. Je ne l’ai pas véritablement connu personnellement, mais je me souviens bien de lui, de l’image un peu inaccessible qu’il diffusait. Contrairement à ses successeurs Georges Dalman, Joseph Rogatchewsky et Maurice Huisman, ‘le Patron’, lorsqu’il traversait la scène du théâtre pour rejoindre la fosse d’orchestre, il ne visitait pas les ateliers ou les coulisses. Il se dirigeait directement vers la fosse, d’un pas ferme et décidé, bien trop préoccupé qu’il était, je crois, par l’œuvre qu’il s’apprêtait à diriger ! Cependant, il ne manquait jamais de saluer tout le monde sur son passage, des artistes les plus importants aux petites mains. La Monnaie du début des années 1950, était bien différente de celle que nous connaissons aujourd’hui. Les saisons présentées à Bruxelles étaient littéralement décalquées sur la programmation parisienne et vice-versa : figurez-vous que des cars entiers se déplaçaient de la capitale française vers Bruxelles pour assister à des représentations de Faust, par exemple, une œuvre pourtant bien française, à la Monnaie ! Il faut dire que la basse Lucien Van Obbergh avait souvent interprété ce rôle (plus de 800 fois rien que dans cette vénérable maison!) Bien que je l’aie connu vers la fin de sa glorieuse carrière, sa voix et son émission vocale avaient encore beaucoup de mordant : il était le Diable réincarné à la scène ! Homme charmant, il se maquillait toujours dans sa loge en laissant la porte grande ouverte. Il était très disponible, jovial, aimable et accueillant. A la Monnaie, l’on réalisait de bien belles choses, croyez-moi ! Corneil de Thoran aura consacré sa vie entière à son théâtre. En janvier 1953, je me trouvais dans la salle lors de la répétition pendant laquelle il fut saisi d’un soudain malaise : il s’effondra littéralement sur son pupitre pour décéder quelques jours plus tard. Nous étions tous sous le choc et plongés dans la plus grande consternation à l’annonce de son décès, survenu le 6 janvier. Vous venez d’ouvrir un tiroir plein de souvenirs, de si beaux et intenses souvenirs… "

Raymond HUYBRECHTS,
Cordonnier, puis Artisan-chausseur de 1948 à 1986.

 

" J’ai peu connu Corneil de Thoran et à vrai dire, seulement au travers de la très grande admiration que lui portait mon mari, le ténor Robert VERNAY. Le seul contact que j’aie eu avec lui, ce fut lors de l’audition d’engagement de Vernay, que j’avais accompagné pour lui donner la réplique, dans le duo du 1er acte de Madama Butterfly. Dans la conversation qui a suivi, nous avons pu nous rendre compte dès ce premier contact de la très vaste compétence de Corneil de Thoran, de sa vision d’avenir et aussi, de son extrême amabilité et de sa courtoisie. Il était, ce qu’il convient d’appeler, ‘Un grand Monsieur ‘ ! "

Bruxelles, en 2003,
Josette LAHAYE, Veuve VERNAY, Soprano belge.

 

" Celui qui vous doit cinquante années d'une carrière internationale de baryton Verdi s'incline devant vos incommensurables qualités de coeur. Merci, Maître, merci 'Patron'... Vous nous avez quittés trop tôt. "

Bruxelles, en 2002,
Jean LAFFONT, Baryton français.

 

" Corneil de Thoran fut un très bon chef d’orchestre, inspirant le plus vif respect. Il était un bel homme, racé et de noble stature. En 1953, nous répétitions la Flûte enchantée, peu de temps avant son décès inopiné et j’interprétais la seconde Dame. Le baryton Ernest Delmarche était Papageno. Soudainement, frappé d’un trou de mémoire, commença à improviser et les mots de substitution qui lui vinrent à l’esprit, avec son sens de l’humour prononcé, nous firent rigoler, le soprano Jacqueline Vallière et moi, au point que nous ne pouvions plus maîtriser ce terrible fou rire ! Corneil de Thoran ne dit rien, mais dès le lendemain, Jacqueline et moi fûmes convoquées par le régisseur, Roger Lefèvre, qui nous remit un billet d’amende, équivalent à une déduction sur nos émoluments ! Il était très précis et scrupuleux dans sa direction d’orchestre et j’ai éprouvé le plus grand plaisir à chanter sous sa direction. Il était, je crois, fort exigeant avec lui-même et il exigeait toujours le meilleur de chacun de ses chanteurs et musiciens ; il nous permettait, nous membres de la troupe, de nous sentir en confiance et rassurés, tout en donnant le meilleur de nous même. Pour en revenir à la ‘Flûte enchantée’ de 1953, sa toute dernière, Corneil de Thoran vint assister à la représentation 'à l’italienne' et c’est alors qu’il fut pris d’un soudain malaise sur scène et qu’à la stupéfaction générale, il décéda quelques jours plus tard, privant ainsi la Monnaie et le monde musical d’une personnalité de tout premier plan. "

Bruges, en 2003,
Diane LANGE, Mezzo-soprano belge.

 

" Corneil de Thoran fut un excellent chef et directeur, d’une rare distinction. Après ma collaboration avec le Ballet des Champs-Elysées, dans la troupe de Roland Petit, j’auditionnai à la Monnaie et c’est alors que la maîtresse de ballet, Marthe Coeck, me présenta Corneil de Thoran, lors de la saison 1948-49. Il me donna d’emblée une vive impression de courtoisie et d’amabilité. Je me souviens qu’en 1950, lors de la réception qui suivit le brillant gala commémorant le 250ème anniversaire de la Monnaie, la Reine Elisabeth était présente. En parfait maître de maison, le ‘Patron’ avait pris le soin de présenter chacun des invités, premier soliste ou technicien, à la Reine en se souvenant du nom de chacun ! Après mon engagement, je m’absentai, sur autorisation exceptionnelle de Corneil de Thoran, qui m’aimait bien et m’appelait affectueusement ‘le petit’, pour effectuer une saison à l’Opéra d’Anvers et grâce à lui, je pus revenir à la Monnaie. Après la création du ballet héroïque en deux actes Prométhée de Beethoven en 1949 (j’y incarnai le rôle-titre), je fus nommé par Corneil de Thoran ’Premier Danseur Etoile. ‘ Je retravaillai ensuite avec lui, notamment pour Thyl Uylenspiegel, puis pour Jeanne d’Arc au bûcher, peu de temps avant son décès. "

Anvers, en 2004,
André LECLAIR, Premier Danseur Etoile belge.

 

" Il fut un homme follement racé : il fascinait mon jeune âge. Je revois encore sa main aristocratique pianotant sur son avant-bras croisé. J’étais entrée en 1945 à la Monnaie en qualité de chef de chant, titre alors donné aux accompagnateurs apprenant les nouveaux rôles, assurant les raccords et répétitions, et descendant le soir dans le trou du souffleur. C’était le régime du théâtre d’alternance. Corneil de Thoran m’avait engagée sans audition: il m’avait entendue ailleurs et cela lui suffisait pleinement. Très vite, il me confia l’étude des créations contemporaines. Un soir, il dirigeait La Flûte enchantée qu’il adorait. Franc-maçon notoire, il y avait fait dispenser bon nombre de symboles. J’étais au foyer du théâtre, plaisantant avec des collègues et je n’ai pas pris garde au déroulement de l’action. Mon ‘Glockenspiel’ resta alors muet pour l’air de Papageno, chose impossible à masquer ! Lorsque je me rendis compte de la situation, il était trop tard et toute tremblante, le cœur battant, je craignis une scène bien méritée, une réprimande de la part de Corneil de Thoran. Or, rien ! Quand le ‘ Patron ‘ m’a croisée à l’entracte, j’eus droit au coup d’œil le plus glacial et le plus méprisant ! Jamais, je ne l’ai oublié. Jamais je ne me suis plus attardée durant une exécution, je vous l’assure ! "

Bruxelles, vers 1970. "
Lysette LEVÊQUE, Chef de chant et Accompagnatrice, Théâtre Royal de la Monnaie.
[Anecdote confiée à son élève, Jean-Louis Muschs, ami de l’auteur.]

 

" Il fut un chef d'orchestre remarquable. Lors de la création du Viol de Lucrèce de Benjamin Britten à la Monnaie, la scène du théâtre fut réduite, pour céder de la place, tant à gauche qu'à droite, à deux petites loges. A droite prit place un récitant: le ténor José Lens et à gauche, moi-même. Nous ne disposions d'aucune partition, ni de souffleur. Nous devions donc connaître notre texte de mémoire, sans pouvoir regarder ce qui se passait sur la scène. Corneil de Thoran nous a beaucoup aidés, en indiquant du bout de sa baguette qui devait enchaîner et surtout, en articulant doucement pour chacun de nous, les premiers mots de notre texte. Ce fut ainsi magnifique pour Lens et pour moi car, ne pouvant regarder la scène, il nous était impossible de savoir où nous en étions dans le déroulement de l'oeuvre. Ainsi, grâce au chef d'orchestre, tout nous fut rendu plus facile, ce qui permit de contribuer au total succès de la création de cette oeuvre. Mes partenaires furent Mina Bolotine, Marie-Louise Derval, Yvonne Herbos, Maurice De Groote et Ernest Delmarche. "

Bruxelles, en 2003,
Yetty MARTENS, Mezzo-soprano belge.

 

" Corneil de Thoran était, comme souvent, en coulisses, écoutant les artistes sur scène. Une artiste avait, il est vrai, chanté faux ... trop haut! A sa sortie de scène, il l'interpella et lui dit 'Mademoiselle, vous avez chanté trop haut, mais n'espérez pas pour autant que votre cachet soit augmenté!' C’est cette anecdote amusante qui me vient à l’esprit. Corneil de Thoran fut un excellent directeur, aimé et respecté de tous et, comme vous pouvez vous en rendre compte, animé d'un certain sens de l'humour ! Sur le plan musical, il était très scrupuleux, travaillant dans les moindres détails avec chacun des musiciens et des solistes ; il prêtait une intense attention aux moindres inflexions et montrait une totale maîtrise de son art et de la partition. "

Bruxelles, en 2003,
Ysel POLIART, Soprano belge.

 

" Une très forte personnalité qui en imposait. Un directeur de théâtre lyrique aux connaissances fort étendues. De plus, Corneil de Thoran était un chef d'orchestre d'une haute compétence qui savait se faire respecter. Il était, sur le plan musical, particulièrement exigeant. Il exerçait son métier avec infiniment de classe et d'élégance, ce qui lui valut d’être très apprécié et respecté de l’ensemble des musiciens de l’orchestre et des solistes. "

Bruxelles, en 2003,
Lise ROLLAN, Soprano belge, puis vedette internationale du disque et de la radio-télévision.

 

" Corneil de Thoran fut un très bon chef d'orchestre et surtout, un magnifique directeur. Il m'a toujours traitée de façon remarquable, mon mari la basse Maurice De Groote également, tout en me témoignant une constante sympathie. Nous avons bien travaillé ensemble et j'ai notamment chanté Pelléas et Mélisande sous sa direction: il était un excellent et fin musicien, indéniablement. Je conserve de Corneil de Thoran un inaltérable et agréable souvenir. "

Bruxelles, en 2003,
Lydia SARIBAN, Soprano belge d’ascendance russe.

 

Je garde de tous mes passages à la Monnaie un souvenir sans tache ; de l’époque de Corneil de Thoran, à celle de Joseph Rogatchewsky, Maurice Huisman jusqu’à celle de Gérard Mortier. L’impression générale qu’il me reste est celle d’un travail toujours de grande qualité dans une ambiance chaleureuse et d’un accueil amical. La Monnaie a été pour moi ma première maison d’opéra importante, avant même mes débuts à l’Opéra de Paris "

Lettre à l’auteur, en 2002,
Suzanne SARROCA, Mezzo-soprano, puis soprano français.

 

Peu après mes débuts à la Monnaie en 1947, Corneil de Thoran me proposa le rôle-titre de Madama Butterfly, la petite geisha de Puccini car en effet, j'étais jeune et je possédais surtout le physique du rôle! Toutefois, je refusai, car vocalement, je considère Butterfly trop dramatique pour une jeune voix. Corneil de Thoran me dirigea dans Albert Herring, La Flûte enchantée et dans Elektra: après son décès, je travaillai entre autres avec Maurice Bastin, Robert Ledent et René Defossez. Il fut très gentil, agréable et aimable: il me poussa à apprendre de nouveaux rôles et à élargir mon répertoire. En tant que chef d'orchestre, il fut vraiment superbe: précis et l'on sentait qu'il adorait Mozart! Je chantais alors la Première Dame, avec mon amie Diane Lange. Que de beaux souvenirs et son décès m'attrista beaucoup, j'en fus sincèrement peinée. Je conserve de ma courte collaboration avec Corneil de Thoran un souvenir ému. "

Paris, en 2004,
Jacqueline VALLIERE, Soprano français.

 

Un tout grand 'Patron', qui recueillait toute la confiance et l'estime de tous. Un musicien raffiné, un homme de coeur d'une suprême courtoisie, connaissant parfaitement chacun de ses artistes et sachant admirablement réaliser d'harmonieuses distributions. Corneil de Thoran était le gentleman de la Monnaie, dans toute l'acceptation du terme. Outre l'admiration, nous lui portions une respectueuse affection. Cet état d'esprit se répercutait sur l'ensemble du personnel; vraiment, nous formions une véritable famille. A la mort de son mari, Mme de Thoran souhaita une cérémonie simple et intime, exception faite pour sa ... ‘Famille de la Monnaie.’ "

Verviers, en 2002,
Huberte VECRAY, Soprano belge.

 

Le Théâtre Royal de la Monnaie : au faîte du rayonnement de la création musicale au XXème siècle

L'année 2003 aura marqué le cinquantième anniversaire de la disparition de l’une des figures les plus emblématiques de la vie musicale belge et en particulier, du Théâtre Royal de la Monnaie: Corneil de Thoran. Il en fut son co-directeur, puis directeur jusqu'à sa mort, survenue le 6 janvier 1953. Si Corneil de Thoran accédera à la fonction directoriale suprême peu après le décès de Jean Van Glabbeke en février 1943, son exemplaire association artistique avec ce théâtre, judicieusement situé au carrefour des cultures latines et germaniques remonte à 1902 déjà, époque où, tout jeune et brillant musicien, il se voit recruté ponctuellement par la Monnaie en qualité de pianiste-accompagnateur. Cette première collaboration artistique s'avérera indéniablement décisive dans l'orientation professionnelle que prendra le jeune musicien liégeois. Fait important: elle s'échelonnera sur près de cinq décennies pour foisonner d'innovation, de créativité et de modernité. Bien qu'à l'heure actuelle, bon nombre de ces oeuvres ne soient plus représentées, cette vague créatrice laissera une empreinte, surtout sur le répertoire dit français, puisqu'elle permettra aux compositeurs de collaborer étroitement avec la Monnaie et de voir la réalisation scénique de leur composition. Corneil de Thoran pourra compter sur les talents d'auteur et de traducteur de Maurice Kufferath (surtout pour le répertoire wagnérien), Paul Spaak et Georges Dalman. Paul Spaak assurera la traduction et l'adaptation vers le français de quelque dix-neuf opéras. Il sera en outre co-directeur de la Monnaie après le décès de Maurice Kufferath. Dès lors les créations in loco comprendront un nombre impressionnant d'opéras et d'opérettes traduites vers la langue française, comme il était de coutume à l'époque. Plusieurs opéras italiens, allemands, russes et espagnols seront donc adaptés, puis traduits et certains renaîtront de leurs cendres sur la scène de la Monnaie. Malgré une situation financière souvent précaire et l'avènement de la seconde guerre mondiale, cette vénérable maison s'affirmera, nous l'aurons compris, comme une terre d'élection fertile en créations musicales.

Les compositeurs belges seront à l’honneur: Jan Blockx (pour la version remaniée de Thyl Eylenspiegel), Gaston Brenta (Le Khadi dupé), Fernand Brumagne (L'Invasion, Le Miracle de Saint-Antoine, Le Marchand de Venise – Brumagne deviendra pianiste-accompagnateur, puis chef de chant à la Monnaie), Léon Dubois (Vers la gloire), Albert Dupuis (La Victoire), César Franck (Rebecca), Léon Jongen (Thomas l'Agnelet), Armand Marsick (L'Anneau nuptial), François Rasse (‘1914’), Victor Vreuls (Olivier le simple et Le Songe de nuit d'été.) Les auteurs français seront largement représentés et le répertoire d'opéra et d'opéra-comique touche une corde sensible et chère à Corneil de Thoran: Alfred Bachelet (Quand la Cloche sonnera), Georges Bizet (Djamileh), Emmanuel Chabrier (Le Roi malgré lui), Claude Debussy (Le Martyre de Saint-Sébastien, Pelléas et Mélisande), Gabriel Dupont (Antar), Camille Erlanger (Aphrodite), Arthur Honegger (Antigone puis Jeanne d’Arc au bûcher) et Jacques Ibert (L'Aiglon), Darius Milhaud (Le Pauvre matelot), Henri Rabaud (Mârouf, savetier du Caire, L'Appel de la mer, La Fille de Roland), Maurice Ravel (L'Enfant et les sortilèges, L'Heure espagnole), Samuel Rousseau (Le Bon roi Dagobert) ou encore, Camillle Saint-Saëns (Henry VIII.)

Certes, les créations qui essaimeront pendant près d'un demi-siècle sur la première scène lyrique de Belgique ne se hisseront pas toujours au rang de chef-d'oeuvre et pêcheront parfois par quelque faiblesse de composition, des procédés d’écriture disparates ou par un livret à l’intrigue trop complexe ou peu crédible. Ce nouveau langage musical écorchera les oreilles somnolentes d’abonnés de la Monnaie pour qui l’opéra ne pouvait se résumer qu’en l’affrontement de deux géants : Verdi et Wagner, avec leur lot respectif de partisans et de détracteurs. La Monnaie aura apporté la preuve depuis le XIXème siècle de sa verve créatrice : c’est ainsi qu’elle permettra le foisonnement et l’éclosion d’une riche palette de compositions : comédies féeriques et lyriques, farces, poèmes symphoniques, musique de ballet et d’opéra-ballet, comédie musicale,

Le succès sera donc variable et la salle sera occasionnellement à moitié vide, mais opérette et bien sûr, l’opéra comique et l’opéra. le public et la presse s'attacheront autant que possible à saluer l'éminente qualité du travail d'ensemble. Les artistes lyriques étaient conscients qu’au-delà même de ses aptitudes directoriales et des éminentes qualités de chef d’orchestre qu'il déployait, Corneil de Thoran, était particulièrement réceptif et disponible à leur égard. Il leur prodiguera maintes fois de judicieux conseils et son approche proactive et constructive incitera les artistes à donner le meilleur d'eux-mêmes. Il convient ici de saluer la faculté des chanteurs de la troupe à passer d'une oeuvre de veine classique à une création contemporaine, en passant par l'opérette ou l'opéra-comique. Pour cela, Corneil de Thoran sera un chef d'orchestre attentif et montrera une connaissance exemplaire des voix, n'hésitant pas à faire travailler lui-même un chanteur en l'absence du chef de chant ou du répétiteur. Ses qualités humaines seront hautement appréciées par l'ensemble du personnel, même si une partie des artistes de la troupe le considérera comme froid et parfois, distant.

Lorsque la Monnaie connaîtra des périodes d'austérité financière, Corneil de Thoran apportera aussi souvent que possible - en fin diplomate qu’il était -, une solution satisfaisante, aux doléances d'artistes et de certains membres du personnel. Il n'hésitera pas à puiser dans ses propres deniers tout au long de sa longue association avec la Monnaie, tant pour renflouer les caisses exsangues du théâtre, que pour venir en aide à un musicien nécessiteux. Son rôle d'interlocuteur et de négociateur respecté avec les instances tutélaires du théâtre, entre autres avec la Ville de Bruxelles, sera souvent ingrat et son parcours jonché de nombreux obstacles. Au-delà même de la figure emblématique de directeur qu'incarna Corneil de Thoran, c'est aussi grâce à la réunion de toutes les forces vives de la "Maison" que la Monnaie deviendra un théâtre où il fera bon travailler et où tant l'esprit de camaraderie que le goût du défi artistique prévaleront, affirmant la réputation du théâtre sur le plan d'abord national, puis international. Corneil de Thoran aura insufflé à la Monnaie un esprit novateur et conceptuellement original. De nombreux artistes, ainsi que les différents corps de métier, resteront longtemps affectivement attachés à la Monnaie, leur " Maison. " Corneil de Thoran aura indéniablement été à la source de cette éternelle reconnaissance de la part de ses artistes et de son personnel.

 

Eveil de la vocation artistique de Corneil de Thoran et ses premiers engagements professionnels

D'ascendance française, Corneil de Thoran, fils cadet d'une famille de trois enfants, naît à Liège le 15 janvier 1881. Son père, Paul Ernest, est armurier, mais il exerce la fonction administrative de Contrôleur au Théâtre Royal de Liège. Quant à sa mère, Sylvie Marguerite Englebert, elle est française, originaire de la ville d’Angers. Par ailleurs, l’origine de la famille de Thoran est française, puisqu’elle puise ses racines au XVIIème siècle, avec les Comtes de Rochefort, desquels Charles de Rohan est issu. C’est la grand-mère de Corneil de Thoran, la Comtesse Pauline de Rohan, qui dès son arrivée à Liège modifiera le nom de la famille en de Thoran, pour des raisons qui seront personnelles à la famille. Enfant, Corneil de Thoran manifeste d’évidentes prédispositions pour la musique et c’est au Conservatoire de sa ville natale qu’il suit une formation complète, notamment dans la classe d’instruments, en parallèle à sa scolarité obligatoire. Cette formation intensive comprendra le piano, la composition, la fugue, le contrepoint, la musique de chambre et enfin, l’étude du violon. Elève consciencieux et assidu, Corneil de Thoran remportera plusieurs prix: un second prix de musique de chambre (1898), un premier prix de piano (1899), un premier prix d'harmonie (1899) et enfin, un premier prix de fugue (1901.) Il étudie sous la houlette de professeurs et de compositeurs tels que François Duyzings (musique de chambre), Sylvain Dupuis (harmonie) - une autre figure emblématique de la Monnaie -, Jean-Théodore de Radoux (fugue) et Joseph Jongen (composition.)

Dès 1902, bardé de diplômes et avide de débuter une carrière musicale s'annonçant prometteuse, Corneil de Thoran entreprend alors un parcours initiatique complet en devenant successivement pianiste-accompagnateur, chef de choeurs puis chef d'orchestre invité auprès de théâtres et casinos français, hollandais et belges. Entre 1902 et 1911, ses responsabilités le conduisent, outre des engagements ponctuels au Théâtre Royal de Gand et occasionnellement, au Théâtre Royal de Liège (pour des œuvres symphoniques principalement), en France dans des théâtres lyriques, salles de concerts et casinos en qualité de chef invité, notamment à Nice puis au Théâtre des Arts de Rouen. Il sera engagé pour plusieurs saisons à Tourcoing, Laval, Roubaix, Lille, Brest, Angoulême, Calais, Nîmes, Nice et Toulouse, avec un passage au Casino des Sables-d'Olonne en qualité de pianiste et " chef de choeur de coulisse" en 1904. Corneil de Thoran se familiarisera ainsi rapidement avec des œuvres de compositeurs modernes, dont certaines seront taxées, par une phalange récalcitrante de critiques musicaux et de puristes, d’avant-gardistes et donc, peu à même d'attirer un large public. Pendant ses séjours réguliers en France, il aura l’occasion de se familiariser avec le répertoire symphonique et lyrique qui avait atteint, loin des grands centres musicaux parisiens, un fertile terrain expérimental dans des théâtres de province, notamment dans des villes de moyenne importance.

Au rang des compositeurs dont il se fera l'interprète figurent Camille Saint-Saëns (1835), Vincent d’Indy (1851), Claude Debussy (1862), Maurice Ravel (1875), Albert Wolff (1874), Henri Rabaud (1873), Arthur Honegger (1892) et Darius Milhaud (1892). Il est intéressant de relever que le chef d’orchestre et compositeur français Albert Wolff (1884-1970), a lui aussi mené une longue carrière similaire à celle de Corneil de Thoran, puisque sa collaboration avec l’Opéra de Paris a duré quelque cinquante ans, jalonnée de plus de vingt créations mondiales ou locales sur la première scène lyrique française. Albert Wolff assumera lui aussi des fonctions directoriales (directeur de la musique, puis directeur.) Il épousera le mezzo-soprano français Simone Ballard, une habituée des théâtres lyriques de Belgique. Parmi ses compositions lyriques : Sœur Béatrice (1911 : à ne pas confondre avec l’opéra homonyme de François Rasse, dont la création vit le jour à la Monnaie en 1944), L’Oiseau bleu (1919) et Le Marchand de masques (1914.) Par ailleurs, L’Oiseau bleu, dirigé par Corneil de Thoran, fut créé en 1920 avec des membres de la troupe : Emma Luart, Lucienne Despy, Terka Lyon, Abby Richardson, Nancette Gianini, Rose Helbronner, Maria Prick, Marc Chantraine, Hubert Raidich. Cette découverte progressive d'avant-curseurs d’un modernisme musical naissant suscitent chez le jeune musicien un éveil, puis un goût qui le guidera peu à peu dans sa carrière à la Monnaie, notamment dans le choix judicieux qu’il fera des œuvres de compositeurs français créées à Bruxelles. Cette affinité avec la musique française, loin de s’estomper avec le temps, s’affirmera au contraire davantage. Ces premières expériences permettront ainsi à Corneil de Thoran d'apprécier sa propre évolution et la maturation de son art en devenir, mais il restera alors à se fixer un port d'attache...

 

Début d'une féconde collaboration artistique avec le Théâtre Royal de la Monnaie

Fort de ses succès grandissants, Corneil de Thoran poursuit une collaboration ponctuelle avec la Monnaie où Sylvain Dupuis y est premier chef d'orchestre permanent, homme qu'il connaît bien, ayant étudié l'harmonie dans sa classe au Conservatoire de Liège. La direction musicale du théâtre est alors assurée, outre Sylvain Dupuis, par François Rasse (second chef, ayant repris le flambeau de Franz Rühlmann lors de la saison 1901-1902. Ce dernier poursuivra une partie de sa carrière en France, à l'Opéra de Paris dès 1916 en qualité de chef d'orchestre, à l'Opéra Comique, puis comme directeur de la Société des Concerts Populaires de Bruxelles.) Corneil de Thoran prend très à coeur sa fonction de pianiste-accompagnateur, celle-ci lui permettant de se familiariser avec la préparation musicale générale d'une part et le travail spécifique avec les artistes, d'autre part. Dès les premiers mois de cette coopération artistique, le talentueux musicien travaille avec les chanteurs de la troupe et ceux en représentation, conduit par son acuité musicale et son souci d'excellence. C’est ainsi qu’il pourra développer un sens aiguisé de l'écoute et de la connaissance des voix et des instruments. En outre, il aura l'occasion de rencontrer et de s'entretenir régulièrement avec les compositeurs ou les librettistes eux-mêmes, développant ainsi un réseau fidèle d'amis dans les cercles musicaux belges et étrangers. La qualité du travail qu'il fournira lors de ses engagements successifs à la Monnaie inciteront ses directeurs, Maurice Kufferath et Guillaume Guidé, à lui proposer un poste permanent, sur la recommandation de Sylvain Dupuis, démissionnaire et élu à la tête du Conservatoire de Liège. C'est ainsi qu'il est nommé second chef d'orchestre et " premier au besoin, dans l'opéra, l'opéra comique et le ballet ", dès la saison 1911-1912, au côté de l’excellent chef allemand Otto Lohse (1858-1925.) Ce chef d’orchestre fut directeur de l’Opéra de Leipzig, ville natale de Richard Wagner, entre 1912 et 1923 ; il fut en outre un ami de Richard Strauss et dirigea plusieurs opéras du répertoire germanique à la Monnaie, notamment lors des Festivals Richard Strauss pendant la première guerre mondiale (dans des œuvres telles que Salomé, Elektra, Le Chevalier à la rose – dirigé à la Monnaie avec les trois artistes féminines de la création.) Les éminentes qualités artistiques de Corneil de Thoran s'épanouissent encore davantage lorsqu'en 1918, après le décès de Guillaume Guidé, la Monnaie lui offrira la fonction de co-directeur artistique avec Jean Van Glabbeke. Tout en assumant ses nouvelles responsabilités avec la probité et l’enthousiasme qui le caractérisent, Corneil de Thoran prêtera son concours à la direction d'orchestre, lors de reprises et de créations absolues ou in loco qui remporteront un retentissement médiatique important, prouvant là l'audace et le modernisme d'un théâtre qui se hissera parmi les plus intéressants et originaux d'Europe. Non seulement Corneil de Thoran dirigera le plus souvent la plupart des opéras, mais il abordera avec la même conscience professionnelle, sinon avec une affinité plus affirmée, les pièces symphoniques et la musique de ballet, qui connaîtront également des créations à la Monnaie. Son goût pour le répertoire musical des XIXème et XXème siècles, tout en occupant une place prépondérante dans son activité artistique, ne l'empêchera nullement de diriger la reprise d’oeuvres inscrites au répertoire de veine plus classique, à l'instar de Mozart ou de Verdi. A cet égard, il est pertinent de relever l'appréciation que fait le ténor et concertiste belge François Deschamps de la direction d'orchestre de Corneil de Thoran: "... Il était un musicien affiné, en fait, un véritable mozartien dans l'âme: j’ai d'ailleurs chanté sous sa direction le rôle de Belmont dans l’Enlèvement au sérail avec Clara Clairbert dans le rôle de Constance, lors de la saison 1946-1947." 1 Si Corneil de Thoran demeure un "véritable mozartien dans l'âme", nul doute que sa direction d'orchestre d'opéras mozartiens (il dirigera à la Monnaie, entre autres, Les Noces de Figaro, Così fan tutte et La Flûte enchantée.) Etrangement, la Flûte enchantée sera l'un des tous premiers opéras de Mozart que Corneil de Thoran dirigera et ce sera avec cette même oeuvre qu'il tirera tragiquement sa toute dernière révérence.

Dès la saison 1911-1912, il assurera lui-même des créations, dont Le secret de Suzanne, d'Emmanuele Wolf-Ferrari (première de la version française, sur une traduction de Maurice Kufferath), Rhéna, de Jean Van den Eeden, S'Arka, de Joseph Jongen et Oudelette, de Charles Radoux. Dès cette première association avec le théâtre, Corneil de Thoran montrera toute la mesure de son attachement à la défense des mérites artistiques de compositeurs belges sur la première scène lyrique de Belgique.

Entre 1919 et 1939, deux-cent-trente-six œuvres seront présentées au public de la Monnaie, dont cent-dix-neuf nouveautés, comprenant quelque quarante-six créations absolues. 2 Comme en témoigne l'intéressante correspondance autographe adressée à Corneil de Thoran (don de Alain Bosquet – consultable sur Internet : www.lamonnaie.be, archives digitales, c.a.r.m.e.n., documents, de Thoran) par des compositeurs tels que Jules Massenet, Henri Rabaud, Honegger, Darius Milhaud, Paul Dukas, Alfred Bruneau, Alfred Bachelet, Riccardo Zandonai, Felice Lattuada, Marcel Samuel Rousseau, Serge Prokofiev, Alban Berg, la reconnaissance de ses derniers au chef d’orchestre sera en tous points indéfectible. A titre d'exemple, Jules Massenet écrira dans une lettre autographe signée du 12 septembre 1911 (au sujet d’une reprise de son opéra Manon à la Monnaie, dirigée par le jeune Corneil de Thoran:) " [...] qu'en lui écrivant, Corneil de Thoran ajoute "encore au plaisir [qu'il a eu] sachant [qu'il conduirait] Manon" et que si la Monnaie lui "fait un jour la faveur de penser à un autre de [ses] ouvrages, [il sera] honoré d'apprendre que [de Thoran l'a] aussi dirigé"."3 Cette missive donne une idée de combien le talent de chef d’orchestre de Corneil de Thoran s’était déjà affirmé en France : Jules Massenet ne tarira pas d’éloges à son sujet et deviendra tout naturellement l’un de ses meilleurs ambassadeurs dans la capitale française. Corneil de Thoran jouira de son appui inconditionnel : le maître tenait la Monnaie et son équipe directoriale dans la plus haute estime. Au delà de la création absolue à Bruxelles de son Hérodiade, Jules Massenet sera comblé par les succès remportés par d’autres premières sur la scène de la Monnaie, à l’instar de sa redoutable Esclarmonde (en 1889), un rôle terrifiant composé pour l’une de ses égéries, le soprano américain Sybil Sanderson. Le compositeur passera d’ailleurs de fréquents séjours à Bruxelles, assistant aux générales et aux premières, travaillant aux côtés des prédécesseurs de Corneil de Thoran, à l’instar de Joseph Dupont (qui accédera lui aussi à la fonction de directeur du théâtre), Léon Jéhin (époux du mezzo-soprano et contralto français Blanche Deschamps-Jehin), Franz Servay, Sylvain Dupuis et François Rasse. Le maître rencontrera Corneil de Thoran d’abord à Paris, lors d’un déplacement de ce dernier à l’Académie de Musique, puis il le côtoiera à Bruxelles, à la Monnaie, notamment lors d’une reprise de Manon et de Werther.

Parmi les autres créations qui verront le jour à la Monnaie sous la direction de Corneil de Thoran, citons Marôuf, savetier du Caire, d'Henri Rabaud (1919), le conte dramatique Shéhérazade, de Nikolaï A. Rimksy-Korsakov (1919), le conte lyrique L'Invasion, de Fernand Brumagne (1919), La Fille de Roland, de Rabaud (1921), Francesca da Rimini, de Riccardo Zandonai pour sa première en langue française (1923), le drame lyrique - ou scène de la vie au Groenland -, Kaddara, d'Hakon Borresen (1924), puis les Malheurs d'Orphée et la complainte lyrique Le Pauvre matelot, de Darius Milhaud (1927), Judith et Antigone, d'Arthur Honegger (les deux opéras furent créés en 1927), Le Joueur, comédie lyrique de Serguei S. Prokofiev, en création mondiale en langue française (1929), Le Coq d’or, de Nikolaï A. Rimsky-Korsakov, également une création en langue française (1937.)

Quelque cent-cinquante autres créations verront le jour à la Monnaie, dont près d'un tiers sera consacré aux créations de compositeurs belges et français. L’étroite collaboration musicale qu’entretiendra Corneil de Thoran avec des musiciens de l’époque s’avérera fructueuse et nul doute que de nombreuses créations lyriques ou symphoniques n’auraient pu voir le jour à la Monnaie sans son parfait discernement et son esprit visionnaire. Tout au long de sa longue association avec la Monnaie, il sera encadré à la direction d’orchestre par Otto Lohse, Léon Van Hout, Georges Lauweryns, Charles Strohy, Maurice Bastin (qui grâce à sa longue expérience musicale s’élèvera au rang de solide allié artistique), François Ruhlmann, Auguste (Augustus) Andelhof, Léon Molle, René Defossez, Robert Ledent et par Edgar Doneux.

Il est intéressant de souligner le précieux apport particulier de quatre artistes belge : James Thiriar, costumier et dessinateur (qui dirigeait ses propres ateliers dans le centre de Bruxelles, rue Joseph II), Jean Delescluze, décorateur et peintre (qui deviendra chef de l’atelier des décors), son fils Edmond Delescluze, décorateur et costumier, et enfin, Suzanne Fabry, costumière et épouse de ce dernier. Le couple Delescluze consacrera une part importante de leur riche activité artistique au service du théâtre et en particulier, de la Monnaie. L’association artistique de ces quatre créateurs avec ce théâtre fut donc très fructueuse. La Monnaie fera régulièrement appel aux talents de ces créateurs : c’est ainsi que James Thiriar montrera toute l’ampleur de son talent dans de splendides créations. Pour la création mondiale en langue française de Turandot, en décembre 1926, James Thiriar s’inspirera de plusieurs croquis du légendaire dessinateur, sculpteur et architecte de la Renaissance italienne, Filippo Brunelleschi (1377-1446.) Il optera pour des costumes somptueux mais tout à la fois sobres, dans une palette de teintes chatoyantes, empreintes d'influences symboliques davantage occidentales qu'orientalistes à proprement parler. Corneil de Thoran fera donc souvent appel à ces artistes en leur confiant les costumes et décors de nombreuses créations : chaque nouveau spectacle était une commande spéciale, soit une véritable double création artistique. Seuls quelques décors fixes seront réutilisés pour des reprises d’œuvres inscrites au répertoire : extirpés des entrepôts ou des méandres des coulisses du théâtre, ils seront dépoussiérés, puis adaptés au goût du jour, mais toujours dans un scrupuleux souci de respect esthétique et spatial.

Quant aux costumes, la garde-robe du théâtre était certes abondante, ceux-ci étant savamment dessinés et constitués pour des créations dans les ateliers mêmes de la Monnaie. Toutefois, certains solistes avaient leur propre couturier et faisaient confectionner leurs costumes à leurs frais. Le baryton Emile Colonne dépensait une grande partie de ses cachets pour la confection de ses costumes. A titre d’exemple, le somptueux costume qu’il arborera lors de la création de Le Roi malgré lui d’Emmanuel Chabrier, créé à la Monnaie en mai 1931 et dirigé par Corneil de Thoran, lui coûtera quelque six-mille francs belges de l’époque, soit environ soixante-mille francs belges actuels ou mille-quatre-cent quatre-vingt-sept Euros, somme considérable, au vu du cachet modeste perçu par l’artiste. Quant au légendaire ténor Fernand Ansseau, ses costumes étaient confectionnés à Paris ou aux Etats-Unis, avec un soin et un souci de perfectionnisme exemplaire : ses fabuleux cachets lui permettront, il convient de le souligner, de s’offrir le meilleur dans la création du costume de théâtre.

Ce sera donc cet esprit de collégialité, de perfection et de vision d'ensemble qui permettra la réalisation musicale, scénique et donc visuelle, de l'opéra tel qu’il sera revisité, recréé et présenté à la Monnaie, la première scène lyrique de Belgique et indéniablement, l’une des meilleurs d’Europe.

 

Les années de guerre et leurs conséquences

Dès 1914, Corneil de Thoran s'engagera comme sergent volontaire dans l'Armée belge. Il y sera recruté en qualité de télégraphiste à la 6ème division d'artillerie, "soldat 2ème classe": son sens du devoir animera sa détermination à servir sa Patrie, mais comment pourrait-il délaisser la musique, le filigrane de sa vie? Eloigné de la scène de la Monnaie, démobilisé en Hollande, le jeune soldat demandera à pouvoir être admis comme pianiste-accompagnateur lors de concerts organisés par les troupes de soldats belges. Sa réputation de musicien étant déjà solidement affirmée, celle-ci incitera ses supérieurs à accepter d’emblée sa proposition et c'est ainsi qu'il accompagnera au piano des ensembles musicaux, notamment le premier régiment de Ligne. Il se rendra sur divers lieux de repli, tels que des hôpitaux militaires ou des casernes de fortune, qui tentent alors d'organiser, tant bien que mal, des modestes concerts ou récitals en faveur des blessés belges du front. Tout en honorant ses obligations militaires, Corneil de Thoran poursuivra avec la passion et le sérieux qui le caractérisaient, sa vocation première: celle de musicien. Ces concerts donneront quelque soulagement et répit aux troupes qui évidemment, considèrent ces interludes comme bénéfiques pour leur moral. Corneil de Thoran aura ainsi l'occasion de diriger un premier concert de musique de chambre au château de Wulverenghem, qui était à l'époque le noyau central d'un groupe de musiciens expatriés, tels que le légendaire violoniste belge Eugène Ysaÿe ou le compositeur Léon Jongen. C'est de ce premier mouvement musical que naîtra, en 1917, le Cercle Artistique et Littéraire de l'Armée de Campagne (également connu sous le nom de l’Orchestre Symphonique de l’Armée de Campagne), soit le mûrissement d'une initiative de Corneil de Thoran qui recevra l’aval inconditionnel des autorités militaires. En cela, il bénéficiera, outre l’appui de ses nombreux amis musiciens, de celui de la souveraine, S.M. la Reine Elisabeth de Belgique, qui veillera personnellement à la réalisation matérielle de ce projet. L'amour de la souveraine pour les Arts, notamment la peinture, la sculpture, la musique (surtout le violon, un peu moins l’art lyrique) feront de son auguste personne la meilleure ambassadrice de ces disciplines artistiques qu'elle n'aura cesse d'embrasser et de défendre jusqu'à son décès, survenu en 1965. L'Orchestre remportera des échos positifs à l'étranger et la formation se produira en concert au prestigieux Royal Albert Hall de Londres en 1918. Entre 1914 et 1918, la Monnaie, par souci de précaution, fermera ses portes, pour les rouvrir officiellement en décembre 1918. La troupe reconstituée ne sera alors plus que fragmentaire, une partie de ses membres ayant préféré fuir la capitale belge et dès lors, aucun tableau complet ne pourra être publié. D'autres concerts suivront aux Pays-Bas puis en France, remportant de retentissants succès.

La fin des hostilités et l’armistice verront la dernière représentation de l'Orchestre de la Reine (c'est ainsi que Corneil de Thoran nommera cette formation, en hommage à la souveraine) sous la forme d'un concert de gala à la Monnaie, au profit des Orphelins de Guerre, en novembre 1918. Si les tristes événements du second conflit mondial apporteront leur lot de contraintes et de souffrances, ils n'engendreront pas de fermeture prolongée du théâtre, sauf pour une interruption lors de la saison 1939-1940 au moment de la déclaration de la guerre, qui laissera la saison en cours inachevée. Entre 1940 et 1944, Corneil de Thoran ne fléchira pas et restera fidèle à son poste, en refusant les diverses propositions de collaboration de l’occupant : il subira même des menaces, mais il montrera la plus grande probité et noblesse d’esprit.

 

Les postes successifs occupés par Corneil de Thoran

Guillaume Guidé décédera en juillet 1918. Ce sera donc avec Maurice Kufferath que Corneil de Thoran présidera aux destinées du théâtre, dès sa réouverture en décembre 1918. Hélas, la santé de Maurice Kufferath est bien chancelante : il devra d’ailleurs effectuer plusieurs séjours thermaux et s’imposer de longues semaines de repos à plusieurs reprises entre 1917 et 1919. En 1918, Corneil de Thoran sera engagé en qualité de co-directeur artistique au côté de Jean Van Glabbeke, qui assume alors la fonction de co-directeur administratif. Finalement, en décembre 1919, au terme d'une pénible maladie, Maurice Kufferath - ce génial critique musical, peintre, écrivain, auteur et traducteur, ardent défenseur de Wagner -, décédera. Corneil de Thoran accédera alors, dès 1920, au poste de directeur, avec Jean Van Glabbeke et Paul Spaak. Ce dernier, docteur en droit, dramaturge et professeur de littérature française, notamment à l'Ecole coloniale d'Anvers est l'auteur d'un recueil de poèmes, Voyages vers mon pays (1907), d'une pièce, Kaatje (1908), de deux drames en vers, A Damme en Flandre (1912) et Malgré ceux qui tombent (1919). Il fut le père de Paul-Henri Spaak, l'homme d'Etat et politique belge, l'un des pères fondateurs de l'Europe, celle que l'on connaît aujourd'hui sous le nom d'Union européenne. La direction de la Monnaie le chargera régulièrement d'assurer la traduction, vers le français, de livrets d'opéras, à l'instar de Turandot (création en décembre 1926, placée sous la direction de Corneil de Thoran ou d'Ariane à Naxos (création en mars 1930.) La nouvelle équipe, encadrée par Georges Dalman à la mise en scène et régie générale (et plus tard, par Roger Lefèvre, en qualité de régisseur général adjoint), James Thiriar, "concepteur de costumes" - qui épousera en secondes noces le soprano dramatique français Laure Bergé -, Jean Delescluze, "dessinateur de décors", François Ambrosiny, maître de ballet, avec Maurice Bastin et Léon Molle au pupitre de chef d'orchestre, présentera au public une programmation équilibrée et novatrice, alternant des oeuvres du répertoire courant, avec des créations en langue française, des créations symphoniques, et de la musique de ballet. En juillet 1947, on recensait, parmi les œuvres du répertoire ayant fait l’objet de reprises régulières : mille-quatre-cents représentations de Faust, cinq-cents de Mignon, quatre-cent-cinquante de Madame Butterfly, trois-cent-cinquante d’Hérodiade et d’Aida, trois-cents de Cavalleria rusticana, deux-cent-cinquante de Werther, deux-cents des Pêcheurs de perles, cent-cinquante de Mârouf, savetier du Caire et enfin, cinquante seulement pour une opéra majeur verdien, Otello et cinquante également pour La Passion.4

 

De longues années de tourmente financière

Depuis la création de la Belgique en tant qu’Etat-nation en 1830, la Monnaie sera placée sous l’autorité d'administrations communales successives qui en fixeront collégialement les différentes modalités de fonctionnement, de subvention et de subsides. La marge de manœuvre directoriale s’avérera en quelque sorte limitée, puisqu’elle n'accordera qu’une liberté toute relative aux directeurs successifs du théâtre en matière de gestion. Cette dernière sera placée sous la tutelle administrative et le contrôle effectif de la Ville de Bruxelles qui, en octroyant des subsides à la Monnaie (qui par ailleurs conservera son appellation de Théâtre " Royal " de la Monnaie) exigera une totale transparence en matière de gestion, avec un cahier des charges extrêmement précis. La concession sera d’une durée de neuf ans, renouvelables et il sera dès lors du ressort du concessionnaire d’assumer tous les risques de cette entreprise. En outre, l’orchestre sera tenu de dénombrer au tableau des effectifs officiels quatre-vingts musiciens, soixante chanteurs parmi les chœurs et cinquante danseurs. Un nombre permanent de solistes devra être maintenu, celui-ci étant généralement représenté par des artistes, membres de la troupe permanente. Le rôle de concessionnaire impliquera en outre la gestion d'une entreprise sans autre sécurité financière parallèle que celle émanant du bailleur principal et présentera, pour de nombreuses raisons, des risques substantiels: les pertes ou les éventuels profits seront entièrement et exclusivement solidaires de ce même concessionnaire et donc redevables aux autorités communales. La situation financière générale demeurera bien sombre: le cahier des charges s'alourdira, les marges bénéficiaires seront minimes, voire inexistantes et les coûts engendrés par le volet social ne cesseront d'augmenter, rendus désormais obligatoires sur le plan légal, pour garantir une couverture sociale à chaque membre du personnel du théâtre. Les récentes revendications sociales du personnel, regroupé en une association semblable à un syndicat, culmineront en une nouvelle grève en 1946, et placeront Corneil de Thoran dans une nouvelle impasse financière et personnelle inextricable: accorder une augmentation salariale au personnel, tout en garantissant contractuellement une protection sociale adéquate, ou quitter sa fonction. Refusant tout compromis ou solution de facilité, Corneil de Thoran accepte et signe, soucieux du bien-être et de la survie de son théâtre et de tout son personnel. Afin d'honorer ses engagements et les obligations solidaires qu'il avait souscrites, Corneil de Thoran ira même jusqu'à engager une partie de la fortune familiale. En effet, certains descendants de Corneil de Thoran, victimes malgré eux de cet enchevêtrement de situations pénibles – ce poids du passé - devront assurer le versement de pensions " de survie ", allouées aux tous derniers membres de l’Orchestre de la Monnaie, près d’un demi-siècle après le décès du directeur. En effet, l’engagement pris par Corneil de Thoran le sera à titre " individuel " et scellera ainsi sa responsabilité financière propre.

Si une alternance entre les reprises et les créations, généralement plus onéreuses, pourra être maintenue, l'équilibre budgétaire de la Monnaie, quant à lui, demeurera très fragile. Le théâtre jouant chaque semaine plusieurs œuvres (opéras, parfois des concerts symphoniques couplés avec de la musique de ballet ou en saison, de l’opérette), les effectifs du chœur devront être disponibles et rémunérés au mois pour assurer la variété du répertoire proposé à l’affiche (quelque quatre-vingts membres.) Ces coûts financiers auront des répercussions non négligeables sur le fonctionnement de la Monnaie. Il faudra attendre l’arrivée de Maurice Huisman à la tête du théâtre pour présenter à l’affiche une œuvre unique, jouée à plusieurs reprises, en succession, tel un film à l’affiche d’un cinéma. Grâce à ce changement, les effectifs du chœur pourront être adaptés aux besoins spécifiques de chaque opéra : à titre d’exemple, Mozart exige un nombre restreint de choristes, par opposition à un compositeur tel que Verdi qui s’attachera à lier le recours aux chœurs à l’évolution même de son langage musical. Le constat de ces coûts toujours croissants, conduira la direction de la Monnaie à réduire les effectifs de chœurs (jusqu’à quarante membres), avec des conséquences bénéfiques financièrement, mais éprouvantes sur le plan humain. Certains choristes reviendront, occasionnellement, prêter main forte aux productions, sans être employés permanents de la Monnaie, une solution finalement pratique pour la viabilité financière du théâtre.

Les négociations entre l'équipe directoriale de la Monnaie et les autorités compétentes de tutelle, notamment la Ville de Bruxelles, alors propriétaire de la Monnaie, seront souvent houleuses et âpres, laissant Corneil de Thoran désemparé à plus d'une reprise face au poids de ses responsabilités. Le cahier des charges restera serré et les subventions allouées à la Monnaie ne subiront que peu d'augmentations lui permettant de faire face à des frais généraux et coûts de production exponentiellement élevés, le tout étant subordonné aux recettes réalisées par la vente de billets. Les directeurs, nommés à l'issue d'un vote de confiance par le Collège de la Ville, sont dès lors solidairement responsables de l'avenir du théâtre et de la viabilité financière de la maison. D'ailleurs, cette crise naissante résultera inévitablement en un déficit budgétaire et financier progressif pour la Monnaie, à une époque où de profondes mutations seront nécessaires auprès d’un public en quête de renouveau. C'est ainsi que l'équipe directoriale décidera, en 1931, de réduire la saison traditionnelle en la faisant passer de onze à huit mois et d'instaurer une saison estivale d'opérette. Ce choix s'avérera judicieux et aura pour conséquence notoire de générer de nouvelles recettes et d'engager des artistes dans un genre nouveau, plus populaire, bien qu'il soit taxé par d'aucuns de genre musical mineur. Ainsi, des chanteurs de la troupe (premiers et seconds plans) ou une minorité d'entre eux, parmi ceux payés au cachet, s'illustreront dans des oeuvres telles que La Vie parisienne, Véronique, Monsieur Beaucaire, Paganini, Le Pays sourire, La Veuve joyeuse, Ciboulette et de nombreuses autres. Cette période ponctuelle de deux mois ne suffira hélas pas à rétablir un équilibre financier viable sur le moyen, voire sur le long terme. De plus, les revendications croissantes du personnel, ajoutées aux critiques parfois virulentes de chanteurs invités déplorant le niveau résolument bas des cachets, n'auront cesse d'accabler le moral de la direction. L'un des éléments marquants de ce mécontentement général surviendra lors de la saison 1946-1947 et culminera par une grève du personnel (une autre, celle des choeurs avait frappé la Monnaie en 1932. Par ailleurs, la direction du théâtre procédera à une sensible diminution de places dès le début de la saison 1932-1933.  La grève portera principalement sur des revendications d’ordre salarial, la baisse sensible de la fréquentation du public sera déterminante dans cette période d’entre-deux guerres. Les choristes verront leur salaire mensuel revalorisé de quelque trois pourcent, voire quatre pourcent pour les plus anciens membres du chœur.) L’enchevêtrement de ces facteurs économiques conduira inexorablement au démantèlement progressif de la troupe (à mi-parcours du mandat du successeur de Corneil de Thoran, l’ex-ténor Joseph Rogatchewsky - surnommé par ses collègues "Rogat" -.) Pourtant, ce dernier parviendra à maintenir un niveau artistique élevé pendant la durée de son mandat, de 1953 à 1959 avec des dotations financières reconduites, certes, mais dans une proportion toujours fragile. De prestigieux artistes internationaux seront invités en représentation, payés au cachet et côtoieront ainsi l'essentiel de la troupe, ou plutôt, ses rescapés. Elle brillera alors de ses tous derniers feux ! Ce ne sera qu'avec l'arrivée de Maurice Huisman, dès l'automne 1959 que la troupe sera finalement dissoute et que de nombreux pensionnaires seront privés de la reconduction de leur contrat. Parmi eux, quelques-uns reviendront occasionnellement chanter à la Monnaie et seront également payés au cachet. Quant aux seconds et troisièmes plans, une infime partie d'entre eux pourra rester en s'intégrant dans le nouveau tableau fraîchement repeint. Malgré les soubresauts d'une tourmente quasiment généralisée (l'Opéra de Paris connaîtra aussi de plein fouet des vicissitudes financières, dues à la reconduction trop précaire des subventions accordées), la Monnaie continuera, tant bien que mal, à afficher une haute qualité musicale d'ensemble, malgré une assiduité et une fréquentation inégales du public. Le public boudera résolument une partie des spectacles, notamment les reprises quasi-quotidiennes d'oeuvres au répertoire (en 1912, un abonnement général donnait droit à cent-soixante représentations, soit vingt par mois en moyenne !) 5 et le taux de fréquentation atteindra péniblement les quarante-cinq pourcent. La saison estivale d’opérette aura le mérite d’attirer un public plus populaire, qui traditionnellement, ne se rend pas à l'opéra et d'autres théâtres bruxellois, à l'instar du Théâtre de l'Alhambra, du Théâtre de la Gaîté, du Théâtre des Galeries, du Pathé-Palace, du Coliseum ne désemplissent pas, bien au contraire et font salle comble, offrant ainsi aux artistes de plus alléchants cachets en présentant des opérettes ou comédies musicales à grand succès. Tout en se penchant sur la programmation à moyen et à long terme (celle-ci devant être de nature à ménager des susceptibilités déjà rudement éprouvées par le contexte politique), Corneil de Thoran deviendra l'interlocuteur privilégié des instances publiques mais peu à peu, le poids des responsabilités, les contraintes imposées par sa fonction et surtout, celles qui seront causées par la situation financière, finiront par l'épuiser.

Le décès de Jean Van Glabbeke en 1943 aggravera cette situation et dès le 1er mars, Corneil de Thoran se retrouvera seul aux commandes de la Monnaie, responsabilité qu'il assumera pleinement et avec véhémence jusqu'à son décès. Il parviendra néanmoins à maintenir des liens suivis et réguliers avec la Maison Royale, et en particulier, avec la souveraine, qui restera proche et fidèle sur le plan artistique. Toujours en 1943, il sera nommé administrateur de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth. En septembre 1944, afin de commémorer la libération de la capitale belge, la Monnaie donnera une représentation exceptionnelle de La Muette de Portici, oeuvre emblématique, avec des artistes de la troupe, sous la direction de Maurice Bastin. Le mandat de concessionnaire octroyé à Corneil de Thoran sera reconduit dès 1946, ce qui lui vaudra de nombreux témoignages de sympathie de la part du public, des membres du personnel, des autorités de la Ville et du milieu musical et artistique en général.

 

Des événements musicaux exceptionnels

Dès le début de sa collaboration artistique avec la Monnaie, Corneil de Thoran s'attachera, nous l’avons compris, à proposer des spectacles de la plus haute qualité d’exécution musicale et d’interprétation vocale et instrumentale.

C'est dans cet esprit que des événements musicaux exceptionnels verront le jour à la Monnaie, à l'instar du fastueux gala du 30 avril 1930 commémorant le centenaire de l'indépendance de la Belgique. L'opéra-ballet héroïque du Liégeois André-Ernest-Modeste Grétry, Céphale et Procris sera présenté au public, oeuvre rarement jouée en Belgique. Au rang des nombreuses créations, celle de Wozzeck d'Alban Berg, en février 1932, consacrera la création mondiale en langue française de cette oeuvre, dans une traduction française de Paul Spaak. Le titulaire du rôle-titre, la légendaire basse belge, Lucien Van Obbergh, éprouvera quelques difficultés à s'immerger dans une partition fort moderne, très novatrice et éloignée dans son style des œuvres classiques qui étaient inscrites à son répertoire. Après avoir consulté la partition, effrayé par l’effort de mémorisation presque surhumain à fournir, la basse dans un premier temps, refusera de relever le défi. Corneil de Thoran l’en dissuadera et le fera travailler patiemment, l'aidant à décortiquer littéralement la partition tout entière, phrase par phrase, jouée au piano puis avec l'orchestre. Ensuite, ils étudieront le rôle, figure complexe, mesure par mesure, avec le répétiteur. Bien que Wozzeck ait été créé à la Monnaie en langue française, les difficultés résideront davantage dans le langage et la forme musicale adoptées par Berg et propres à cette œuvre en quinze scènes distinctes, découpées en trois actes. Ce travail acharné portera ses fruits car la répercussion médiatique de cette première de Wozzeck sera flatteuse et soulignera l’admirable travail effectué par l'ensemble des artistes, y compris les membres de l'orchestre. La presse saluera la qualité d'exécution, la fougue et la sensibilité de la direction, placée sous la baguette experte du maître des lieux, et la bonne tenue générale du spectacle. Corneil de Thoran lui-même se montrera, comme à l'accoutumée, reconnaissant et remerciera chaleureusement les artistes de l'orchestre du théâtre, dans une lettre datée du 1er mars 1932 : "Mes chers Amis, Je tiens à vous exprimer à nouveau toute ma reconnaissance et mes plus sincères félicitations pour les soins attentifs, le talentueux dévouement dont vous avez fait preuve au cours des études et à la première représentation de Wozzeck. C'est un magnifique effort qui affirme que malgré les difficultés de l'heure présente, loin de diminuer de valeur et de conscience professionnelle, l'orchestre de la Monnaie reste digne de son passé en renouvelant à cette occasion les plus grandes et les plus belles traditions auxquelles il doit sa réputation. De tout coeur, merci et bravo."6

Les vingt années de carrière de l'artisan de ces succès seront célébrées en 1932 par l'ensemble de la Monnaie. Sur scène, son personnel et une grande partie de la troupe, ainsi que les musiciens et de nombreux amis lui rendront hommage lors d’un entracte au moment d’une représentation de La Dame de pique. Ils se rendront ensuite à la Taverne Royale, établissement sis à quelques pas de la Monnaie pour une joyeuse réunion. A cette occasion, le théâtre avait adressé des invitations à un nombre important de représentants et acteurs de la société civile belge et étrangère. Certaines réponses laissent transparaître combien la figure emblématique de Corneil de Thoran était respectée dans les milieux musicaux et politiques du pays.

Télégramme de félicitations adressé par M. et Mme Verhees-Cagniart à Corneil de Thoran
Dinant, le 17 mars 1932, télégramme de félicitations adressé par M. et Mme Verhees-Cagniart à Corneil de Thoran
( coll. C.P. Perna )

Cette estime du public et de ses collègues redonnera à Corneil de Thoran une confiance qui allait en s'érodant. En effet, les soucis financiers, ainsi que les lourds tracas administratifs saperont non seulement son moral, mais aussi celui de l'équipe directoriale en place. C'est ainsi qu'il dirigera, toujours dans les années trente, plusieurs concerts, principalement symphoniques et plus ponctuellement lyriques (à la Monnaie, au Palais des Beaux-Arts, au Conservatoire de Musique et dans la Salle de la Société d'Harmonie de Bruxelles.) Au Palais des Beaux-Arts, on pourra l'applaudir en 1932, 1933 et en 1935.) Corneil de Thoran sera invité à Paris, notamment pour une série de représentations de La Dame de pique, au Théâtre du Châtelet. Dans la distribution figurera le ténor Joseph Rogatchewsky. Corneil de Thoran dirigera aussi un concert d'oeuvres symphoniques contemporaines au Palais de Fêtes de l'Exposition Universelle (compositions de Raymond Chevreuille, Charles Koechlin, Jef van Durme et Albert Roussel) - la presse de l'époque, unanime, se plaira à souligner ses qualités de chef "moderne et soucieux du moindre détail." En mars 1936, une autre création musicale importante verra le jour à la Monnaie: Saint-François d'Assise, de Gabriel Pierné, avec dans le rôle-titre, Joseph Rogatchewsky qui interprétera par ailleurs cette oeuvre en tournée en France, notamment avec le baryton belge José Beckmans dans le rôle du Lépreux. En mai de la même année, Paul Spaak décède inopinément sur les marches du perron de sa demeure bruxelloise: Corneil de Thoran se retrouve alors propulsé à la barre de la direction du théâtre avec Jean Van Glabbeke, qui assumera la charge d'administrateur. Ils décideront de lui rendre hommage en présentant son poème lyrique en quatre actes Kaatje, dont il était l'instigateur avec Joseph Jongen et le librettiste Henri Cain, que Victor Buffin mettra en musique (créée à la Monnaie en février 1913.)

Répétition de Louise
Création de Blanche-Neige de Franz Schubert, La Monnaie, 1947
Répétition de Louise de Gustave Charpentier, 1941
( photo H. Vermeulen, Bruxelles, coll. de l'auteur )
Création de Blanche-Neige de Franz Schubert, La Monnaie, 1947
( photo G. Van Parys, Bruxelles, coll. de l'auteur )

Si le nombre des créations absolues sera réduit, tous ces événements ne freineront pas substantiellement l’élan que la Monnaie mettra à poursuivre son approche novatrice. Le compositeur britannique Benjamin Britten verra trois de ses œuvres créées à Bruxelles: Le viol de Lucrèce (1947), Albert Herring et Peter Grimes (1948.) Cette dernière œuvre sera interprétée par les forces vives du Royal Opera House Covent Garden de Londres, avec l’Orchestre Symphonique de la Monnaie, les chœurs du Covent Garden, placés sous la baguette de Sir Reginald Goodall.

François Ambrosiny, danseur
Léonid Katchourovsky, danseur, 1937
François Ambrosiny, danseur
( photo Klary, Bruxelles, coll. de l'auteur )
Léonid Katchourovsky, danseur, 1937
( photo Stone, Bruxelles, coll. de l'auteur )

Lors de la saison 1934-1935, un nouveau maître de ballet sera recruté: le danseur et chorégraphe russe Léonide Katchourowsky, remplaçant le vétéran François Ambrosiny, ex-danseur et auteur, entre autres, du livret du ballet-pantomime Hopjes et Hopjes, créé à la Monnaie en 1910, sur une musique du compositeur et chef d'orchestre belge Georges Lauweryns, qui vient de prendre sa retraite, au terme d'une carrière de plus de vingt ans à la Monnaie. Léonide Katchourowsky, personnage quelque peu fantasque et caractériel, parallèlement à de nouvelles chorégraphies, continuera de se produire de temps à autre sur la scène du théâtre en tant que danseur. Contrairement à son habitude, Corneil de Thoran dirigera en avril 1930 un opéra-ballet héroïque d’André-Ernest-Modeste Grétry, Céphale et Procris pour un gala de la presse, avec des membres de la troupe lyrique et de l’ensemble du ballet. En 1936, il renouvellera l’expérience avec une "création chorégraphiée" sur une musique de Gioachino Rossini et d’Ottorino Respighi intitulée La Boutique fantasque: le succès sera tel que vingt-cinq représentations de cette oeuvre resteront à l'affiche.

Léonide Katchourowsky quittera la Monnaie lors de la saison 1940-1941, celui-ci ayant montré une sympathie trop manifeste pour l'occupant et ses déboires répétés avec les autorités temporaires de tutelle finiront par agacer la direction du théâtre. Ce sera alors la sympathique Marthe Coeck qui le remplacera en qualité de danseuse et de maîtresse de ballet. La troupe du ballet, malgré une louable volonté de renouveau, restera fort éloigné dans son concept, de la variété et la richesse de styles et dynamique du ballet contemporain ! Il ne se fondra pas encore dans l’opéra, mais il en demeurera son appendice. Il faudra patienter jusqu'à l'arrivée de Maurice Béjart en 1956 et la création de sa fameuse compagnie, le Ballet du XXème siècle, pour que cette discipline artistique s'épanouisse dans un magnifique élan créatif à l'échelle planétaire, aidant par la même à la réhabilitation et au positionnement de la Monnaie dans le monde.

 

Les compositeurs belges à l’honneur : 1918 à 1948

Corneil de Thoran se montrera particulièrement perméable à la création musicale contemporaine et accordera une place importante aux auteurs belges. Il leur ouvrira, avec un esprit constructif et un œil brillant de discernement, les portes de la Monnaie. Il dirigera lui-même de nombreuses premières et cette direction d’orchestre sera le fruit d’un long et acharné travail entre le chef d’orchestre, le compositeur et parfois, le librettiste. Les journées de travail harassantes se succédaient, avec leur lot de préoccupations et de contrariétés, mais la concrétisation musicale de ces créations sera à chaque fois un aboutissement artistique que Corneil de Thoran appréciera au plus haut point et qui lui donnera confiance. En qualité de chef d’orchestre, puis de co-directeur et de directeur, il prendra certains risques à présenter en première absolue des œuvres inédites, nouvelles ou traduites pour la première fois dans leur version française, mais la confiance qu’il placera dans ses musiciens et dans les compositeurs belges lui garantira les plus grands succès face à cette entreprise audacieuse.

Il dirigera personnellement L’Invasion de François Brumagne (1919), Rébecca de César Franck (1922), Un Songe d’une nuit d’été de Victor Vreuls (1925), Céphale et Procris d’André-Ernest-Modeste Grétry (1930), Le Marchand de Venise de Fernand Brumagne (1933), La Passion d’Albert Dupuis (1934.) Il confiera la direction d’orchestre d’autres créations d’auteurs belges à Charles Strony, François Ruhlmann, Léon Molle, Maurice Bastin, Sylvain Dupuis, René Defossez et Robert Ledent.

 

L'heure des bilans et le décès de Corneil de Thoran

Les deux conflits mondiaux verront la fermeture partielle de la Monnaie entre 1914 et 1918, puis la réquisition du théâtre par l’occupant allemand et l’exil volontaire de Corneil de Thoran (engagé comme volontaire), Guillaume Guidé et Maurice Kufferath. Des actes de rébellion, de délation ou des attentats mineurs contre l’occupant perturberont le bon déroulement de la programmation des saisons, mais lors du second conflit armé, la Monnaie ne fermera pratiquement pas ses portes. Elle affichera des opéras interprétés par les forces vives des théâtres allemands ou autrichiens avec, il faut l’avouer, le meilleur de leur troupe. Corneil de Thoran fera le choix de ne pas diriger de spectacle et il confiera cette tâche ponctuellement au brillant Maurice Bastin (qui décédera un mois avant son centième anniversaire), Léon Molle, René Defossez, puis à Robert Ledent, d'abord dans une fonction peu précise d'attaché à la direction, puis de chef d'orchestre, dès 1946. Cette collaboration artistique se prolongera jusqu'en 1953 environ, pour se renouveler occasionnellement comme chef invité (notamment en octobre 1959 pour une unique reprise du Dialogue des carmélites, avec la majeure partie des créateurs de l'oeuvre de Francis Poulenc qui avait été créée à Gand la même année.)

Sur le plan financier, la concession accordée par le Conseil de la Ville de Bruxelles sera reconduite en 1943. Toujours soucieux d'insuffler une nouvelle vigueur à la programmation de la Monnaie et à accroître l'intérêt du public, Corneil de Thoran lancera une initiative visant à intéresser davantage les jeunes à l'opéra, en programmant des représentations en matinée. En partenariat avec la SNCB (Société Nationale des Chemins de Fers Belges), la Monnaie recevra plusieurs milliers de jeunes (dix-mille-cinq cents, du 1er octobre 1949 au 28 février 1950), curieux de découvrir un genre musical nouveau pour eux: l'art lyrique, le monde un peu poussiéreux de l'opéra. Si cette innovation remportera de vifs succès, la mobilisation complète des services du théâtre quant à elle, causera de nombreux problèmes d’ordre logistique, mais ceux-ci seront rapidement surmontés grâce aux efforts réunis de la direction et de tout le personnel de la Monnaie.

27 mars 1950, 250e anniversaire du Théâtre de la Monnaie
27 mars 1950, 250e anniversaire du Théâtre de la Monnaie
( photo H. Vermeulen, Bruxelles, coll. de l'auteur )
27 mars 1950, 250e anniversaire du Théâtre de la Monnaie
27 mars 1950, 250e anniversaire du Théâtre de la Monnaie
( photo H. Vermeulen, Bruxelles, coll de l'auteur )

Puis, en 1950, aura lieu le fastueux gala commémorant le 250ème anniversaire de la Monnaie qui le soir du 27 mars fera salle comble, avec un programme varié et savamment pensé, alliant plusieurs courants musicaux. Le gala débutera par l’hymne national belge La Brabançonne, pour se poursuivre avec un ballet, La Bouquetière de la violette et enchaîner avec Les Noces de Figaro (ouverture et le final du 2ème acte), La Muette de Portici (le duo entre le ténor et le baryton), Manon (l’air et le duo de Saint-Sulpice), La Bohème (la scène finale du 1er acte), Le Chevalier à la rose (le trio final), Princesse d’Auberge (la scène du Carnaval), Pelléas et Mélisande (le neuvième tableau), Prométhée, ballet héroïque (des extraits du 2ème acte), Lucile, comédie en un acte (le quatuor) et enfin, Vers l’avenir, un hymne enjoué de François A. Gevaert. Les membres et le personnel de la troupe prêteront leur concours à cette soirée, ainsi que quelques artistes de réputation internationale, en représentation : les soprani Lily Djanel (artiste belge, mais souvent considérée comme française) et Huguette Rivière, la mezzo-soprano Edith Jacques, le ténor Frans de Guise (le Tony Poncet belge, brillant par sa quinte suraiguë, surtout dans Les Huguenots ou Guillaume Tell) et enfin, le ténor français Charles François Richard. Au terme du gala, une brillante réception aura lieu dans la propriété de Corneil de Thoran, manifestation à laquelle Sa Majesté la Reine Elisabeth se joindra et plantera, selon la tradition britannique des garden parties très en vogue à l'époque, un jeune arbre. Le respect et l'amitié liant Corneil de Thoran à la souveraine sont manifestement indéfectibles. Les dernières années du mandat du "Patron" verront le ralentissement progressif de ses activités de chef d'orchestre, celles-ci étant constamment subordonnées aux impératifs découlant de la gestion administrative du théâtre dont il avait la charge. Parmi les dernières oeuvres dont il assurera la direction d'orchestre figurent des reprises des Noces de Figaro et d'Elektra et Jeanne au bûcher, l'oratorio dramatique d'Arthur Honegger, créé en novembre 1952, qui sera la toute dernière création musicale de Corneil de Thoran.

L'heure des bilans sonnera et les années de tourmente, malgré des décennies de succès artistiques mérités et de juste reconnaissance médiatique, affaibliront la santé de Corneil de Thoran. Les dernières années de sa direction musicale seront ralenties par les soucis administratifs et les laborieuses négociations avec les autorités de tutelle. Epuisé, les dernières photographies le présentent les traits tirés, un voile de lassitude couvrant son visage émacié : Corneil de Thoran se doutait-il alors qu’il vivait les derniers jours de son existence ?

Masque mortuaire de Corneil de Thoran
Masque mortuaire de Corneil de Thoran
( coll. C. P. Perna )

Alors qu'il assistait à la répétition à l'italienne de la Flûte enchantée, le 3 janvier 1953 sur la scène de la Monnaie, il fut pris d'un soudain malaise et en dépit de tous les efforts déployés pour le sauver, il succombera le 6 janvier 1953 des suites d'une crise cardiaque, laissant sa famille, le personnel, les artistes de la Monnaie et le monde musical, dans la plus grande stupéfaction et dans une indicible tristesse. La presse musicale unanime lui rendra un vibrant hommage.

 

L'apport des artistes lyriques et des membres de la troupe de la Monnaie

La troupe aura permis d’affirmer le talent et la versatilité de bon nombre d’artistes pensionnaires de la Monnaie. Autant les premiers plans, que les seconds et l'ensemble du corps de ballet auront l’occasion de laisser éclore l'éventail complet de leurs capacités interprétatives dans un répertoire fort vaste. Si de prestigieux chanteurs en représentation participeront à des créations, des reprises ou à des concerts ponctuels, l'essentiel des rôles seront tenus par les pensionnaires de la troupe. Au nombre des artistes en représentation, on comptera plusieurs membres de la troupe de l’Opéra Garnier et de l’Opéra Comique, ainsi que des vedettes de l’Opéra de Paris, venues à la Monnaie prêter leur concours lors de créations. Certes, si la troupe – au-delà de toute considération d’ordre financier - peut présenter l'inconvénient de cimenter les artistes dans des emplois ne correspondant plus à leurs capacités vocales ou à leurs aptitudes physiques ("il ou elle n'a plus l'âge du rôle!"), elle a l'indéniable mérite de créer un ensemble cohérent, dans une atmosphère de travail constructive. Corneil de Thoran pourra maintenir ce niveau d'harmonieuse excellence. D'autre part, des artistes de la troupe regretteront, aujourd'hui encore, que leur attachement à celle-ci ait parfois rendu impossible des engagements à l'étranger, la direction de la Monnaie ne pouvant les dispenser, même temporairement, de leurs obligations contractuelles. Toutefois, les artistes ayant vécu l'heure de gloire de la troupe s'accordent à reconnaître que la Monnaie était leur "Maison", leur port d'attache et soulignent combien ils aimaient à y évoluer. Ce seront les forces vives de l'ensemble des artistes, soliste ou troisième plan, choriste ou figurant, premier danseur-étoile ou petit rat, qui apporteront une pierre substantielle au bel édifice qu'est une représentation d'opéra.

 

Aperçu des artistes ayant travaillé avec Corneil de Thoran et/ou ayant fait partie de la troupe de la Monnaie

Il serait long et fastidieux de dresser un tableau exhaustif des artistes ayant travaillé de près ou de loin avec Corneil de Thoran et avec son équipe directoriale ou membres de la troupe de la Monnaie: ce n'est pas le but de cet hommage. L'auteur ne citera donc que quelques noms, tout en réalisant que c'est assurément en omettre de nombreux autres - notamment la pléiade de vedettes internationales ayant chanté à la Monnaie en tant qu'artistes en représentation -.

 

Des soprani

Michèle Auber, Giulia Bardi (plus tard Sylvia Stahlman), Tina Baritza, Aline Bellin, Mary Béral, Alice Bérelly, Laure Bergé, Lucy Berthrand, Nyza Bladel, Jane (Jeanne) Bonavia, Claudine Boons, Simone Boucherit, Vina Bovy, Danielle Brégis, Rachel de Carlez (ou Carlai), Clara Clairbert, Betty Dasnoy, Liliane Delcampe, Lisette Denié, Marie-Louise Derval, Lucienne Despy, Eglantine Deulin, Gabrielle (Gaby) Dorley, Germaine Dupont, Cécile Eyreams, Madeleine Farrère, Marie-Louise Floriaval, Suzanne de Gavre, Rose Helbronner, Fanny Heldy, Marie-Louise (Mia) Hendrickx, Julia Jacobs, Mimy Josy, Germaine Lamprenne, Lily Leblanc, Emma Luart, Jeanne Marsanne, Julia Milcamps, Gita Nobis, Hilda Nysa, Ysel Poliart, Angèle Pornot, Maria Prick, Lise Rollan, Lydia Sariban, Suzanne Sarroca, Marguerite Soyer, Madeleine Stradel, Annette (Annie) Talifert, Alberte Tinelli, Jacqueline Vallière, Renée Varly, Huberte Vecray, Yvonne Ysayë.

 

Des mezzo-soprani

Yvonne Andry, Simone Ballard, Mina Bolotine, Micheline Cortois, Gilberte Danlée, Rose Degeorgis, Lucienne Delvaux, Mancette Gianini, Yvonne Herbos, Germaine Lamprenne, Diane Lange, Terka Lyon, Yetty Martens, Livine Mertens, Solange Michel, Jeanne Van Montfort, Dorine Pauwels, Line Ramakers, Abby Richardson, Madeleine Stradel.

 

Des ténors

Tomaz Alcaide, Fernand Ansseau, André d'Arkor, Jean Arnold, Eric Audouin, Francis Barthel, René Bergerioux, Emile Blaimont, Simon Bricoult, Marcel Claudel, Jean Coutelier, Arthur Darmel (Arthur François), Albert Delhaye, Louis Deru, Arthur Descamps, François Deschamps, Louis Dister, Hector Dognies, Octave Dua, Fernand Faniard, Emile Frandy, Emile Gallins, Louis Girod, Hector Grimard, Claude Hector, José de Trévi, André Burdino, Franz Kaisin, José Lens, Arthur Lheureux, Valère Mayer, André Perret, Paul Razavet, Eugène Regnier, Charles Richard, Paul Rouffart, Michel Sénéchal, Thomas Eustache Salignac, Laurent Swolfs, Frans Toutenel, José de Trévi, Robert Vernay, Victor Verteneuil, Jean Villard.

 

Des barytons

Henri Albers, Francis Andrien, Francis Barthel, Charles Bogaerts, Auguste Bouilliez, Jean-Louis Bourbon, Gabriel Bouvier, Alexis Boyer, Maurice de Cléry (ou Decléry), Georges Clauzure, Emile Colonne, Charles Danlée, Jules Decock, Ernest Delmarche, Gaston Demarcy, Louis Destrée, Hector Dognies, Gilbert Dubuc, Hector Dufranne, Louis Dufranne (devenu ténor), Alexis Ghasne, Raoul de Lay (ou Delay), Jean Laffont, Roger Lefèvre, René Lits, Albert Mancel, Jean Noté, André Perret, Jean-Benoît Pestiaux, Jacques Piergyl, Louis Richard, Ernest Rodia (baryton-basse), Edouard Rouard, Léopold Roosen, Jules Salès, John-Charles Thomas, Emile Tilkin-Servais, Franz Toutenel, Georges Vaillant (baryton-basse.)

 

Des basses

Jules Baldou, Etienne Billot, Marc Chantraine, Georges Clauzure, Jean Coutelier, Charles Danlée, Maurice Demoulin, Edgar Druine, Joseph Grommen, Maurice De Groote, Albert Huberty, Maurice Marcelly, Lucien Van Obbergh, Antoine Parny, Richard Plumat, Wladimir Resnick, Ernest Rodia, Antoine Parny, Richard Plumat, Hubert Raidich, Gaston La Taste, Olivier Wilkin, Milorád Yovanovitch.

 

Le ballet

Les Dames: Germaine d’Astra, Josette Cerny, Marthe Coeck, Bella Darms, Rosa Delvigne, Olga Ghione, Dolorès Laga, Colette Leblanc, Irma Legrand, Josette Longuehaleine, Sonia Mertens, Monique Querida, Clémy Schelfhout, Félyne Verbist, Paulette Verdoot, Renée Simon, Marie Tchernova, Janine de Vally.

Les Messieurs: François Ambrosiny, Edgar de Ghistelles, Raymond Heux, Leonid Katchourowsky, André Leclair, Gaston Le Préal, Sacha Sarkoff, André Van Damme.

 

 

Claude-Pascal PERNAã

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1) Déclaration du ténor François-Louis Deschamps (1919-2004) faite à l'auteur lors de sa toute dernière interview. [ Retour ]

2) Brochure extraite de L'Eventail: "Théâtre Royal de la Monnaie, saison 1939-1940", archives de l'auteur. [ Retour ]

3) Lettre autographe signée par Jules Massenet, le 12 septembre 1911, Archives du Théâtre Royal de la Monnaie, exemplaire 15160, TLET 1/1. [ Retour ]

4) L'Eventail, N° 36, du 13 juillet 1947, archives de l'auteur. [ Retour ]

5) Programme annonçant la saison 1911-1912, archives de l'auteur. [ Retour ]

6) Lettre reproduite dans "Le Théâtre Royal de la Monnaie et son Orchestre", Imprimerie Moderne. [ Retour ]

 

 

Remerciements

L'auteur remercie Denis Havard de la Montagne d’avoir assuré la publication de cet article sur le site musical Musica & Memoria. Il remercie son ami Gilles Remy et toute la famille de Thoran de son indéfectible soutien et disponibilité à son égard. En outre, il exprime sa reconnaissance à toutes les personnes qui l’ont assisté de près ou de loin dans la préparation et la relecture du texte. Il tient également à souligner l’esprit de bonne collaboration dont a fait preuve Jan Van Goethem, Archiviste du Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles, dans le cadre du travail de bénévole mené par l’auteur à la Monnaie. Surtout, il exprime son indéfectible gratitude aux artistes qu'il a interviewés, ainsi qu’à leurs familles, qui lui ont ouvert les tiroirs de leurs archives. L'exercice de mémorisation est parfois difficile après plus d’un demi-siècle et leur mérite n'en est que redoublé. L’éveil des souvenirs, s’il éclaire et enrichit les connaissances du musicologue et canalise des informations pour la plupart inédites, a le défaut de parfois plonger les artistes dans la mélancolie. Ce ne fut guère le cas, bien au contraire et il convient de souligner ici combien l’accueil qui fut réservé à l’auteur fut des plus chaleureux, débouchant sur des amitiés des plus enrichissantes.

 

[Aucun extrait du présent texte ne peut être reproduit sans l’autorisation expresse de Musica & Memoria et de son auteur.]

 

 

Bibliographie de référence:

* Le Théâtre de la Monnaie, depuis sa fondation jusqu'à nos jours, par Jacques Isnardon, Ed. Schott Frères, 1890.
* Souvenirs de théâtre et de coulisses, par Laurent Swolfs, Ed. H. Wellens & W. Godenne, -.
* Théâtre Royal de la Monnaie 1856-1926, par Arthur De Gers, Ed. Presses Dykmans, Bruxelles, 1926.
* Théâtre Royal de la Monnaie: 1856-1970, par Jules Salès, Ed. Havaux, Bruxelles, 1971.
* De la Muette au Sacre, Ed. Crédit Communal de Belgique, 1979.
* Une Vie à l’Opéra, Suzanne Fabry et Edmond Delescluze, Ed. La Renaissance du Livre, Crédit Communal de Belgique-Groupe Dexia (ISBN 2-8046-0377-6.)
* Le Théâtre de la Monnaie au XIXè siècle: contraintes d'exploitation d'un théâtre lyrique: 1830-1914 , par Roland Van der Hoeven, édité par l'Université Libre de Bruxelles, 2000, Cahiers du Gram. Série Théâtre Royal de la Monnaie; 6 (ISBN 90-5349-324-7.)
* Au Bonheur des Musiciens: 150 ans de vie musicale à Bruxelles, Ed. Lannoo, -. (ISBN 90-2093669-7.)
* Belgian Opera Houses and Singers, par Richard T. Soper, Ed. Pathway Book Service, 1999 (ISBN 087152516X)

 


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