FRANÇOIS TRICOT

1905-1996


François Tricot
François Tricot dans les années 1990
( collection famille Tricot )

Le 15 février 1996, c'est un ami de très longue date qui nous a quittés, quelques jours avant de fêter son 91e anniversaire : François TRICOT. Né le 1er mars 1905 à Colombes (Hauts-de-Seine), il avait étudié l'orgue avec Pierre Pavie, un ancien élève de Maurice Sergent et d'Abel Decaux et débutait en 1923 sa carrière à l'orgue Merklin de l'église St-Urbain à la Garenne-Colombes, en région parisienne, tout juste âgé de 18 ans. Il restait dans cette église jusqu'à la seconde guerre mondiale, mais continuera par la suite, et jusque encore voilà quelques années, à tenir occasionnellement cet instrument en remplaçant notamment Elisabeth Brestschneider.
François et Louise Tricot, 13 septembre 1959
François et Louise Tricot, Les Boscherons, 13 septembre 1959
( collection famille Tricot )
De 1943 à 1946, François Tricot toucha l'orgue de choeur de Notre-Dame-des-Victoires, dans le deuxième arrondissement parisien, alors que Jules Fleurdeau était au grand orgue et l'abbé Paul Bessot venait de succéder à Henri Van Lysebeth au poste de maître de chapelle. En décembre 1946, il arrivait à Ste-Clotilde pour succéder à Jules Meunier, maître de chapelle. Jean Langlais était au grand orgue depuis un an. Ils collaborèrent ainsi durant plus de 40 ans, s'appréciant mutuellement. Jean Langlais lui a d'ailleurs dédié sa pièce pour orgue Dominica in palmis, destinée au Dimanche des Rameaux (1984).

Au moment de la disparition de ce dernier, en 1991, François Tricot, rapportant un entretien qu'il avait eu avec lui la veille de sa mort, nous écrivait : « Je ne puis qu'exprimer la peine et la tristesse que j'ai éprouvées en apprenant le départ si rapide de Jean Langlais auquel des liens amicaux m'attachaient depuis si longtemps. Je m'étais entretenu avec lui la veille de la crise qui devait l'emporter, et rien ne laissait présager le grand vide qui se préparait, car sa foi et son optimisme naturels dominaient notre conversation. Nous évoquions les bons moments que nous ont laissés notre collaboration sans nuages à Ste Clotilde et je lui disais le souvenir impérissable que je gardais de ses improvisations et en particulier de celle d'un jeudi Saint sur les thèmes grégoriens par laquelle il nous fit partager sa foi profonde. Ses compositions nous restent et les nombreux disciples qu'il a formés sont là pour perpétuer la mémoire de ce grand musicien qui a tant fait pour maintenir la beauté dans les cérémonies religieuses. »

Dans les années 1960, au départ de Pierre Besson, il dut également tenir l'orgue de chœur, ce poste ayant été rattaché à celui de maître de chapelle.

Parallèlement à ses activités à Ste-Clotilde, François Tricot était également maître de chapelle de St-Louis-des-Invalides, à l'époque où Bernard Gavoty était titulaire du grand orgue. De même, il exerça quelque temps, dans les années 1950, à l'église Notre-Dame-de-la-Croix, dans le dix-neuvième arrondissement de Paris.

Dès 1937 François Tricot adhérait à l'Union des Maîtres de Chapelle et Organiste (UMCO), l'année même où Henri Busser était élu président de cette association professionnelle à la suite du décès de Widor. Le 6 mars 1954 il devenait secrétaire-adjoint, puis le 16 juin 1956 secrétaire général, place qu'il partagera, à partir de mai 1960, avec Joachim Havard de la Montagne. Son activité au sein de l'UMCO ne fut pas des moindres, surtout lorsqu'il fallut prendre la défense de la Musique Sacrée et élaborer une charte professionnelle dans les années 1960. C'est ainsi, qu'avec Joachim Havard de la Montagne, il eut à négocier et à défendre les intérêts des organistes et maîtres de chapelle auprès notamment du Chanoine de Margerie puis du Chanoine Hire, directeurs du temporel de l'Archevêché de Paris, qui aboutirent, non sans mal!, à l'élaboration d'une nouvelle convention collective (30 mai 1968) et à un réajustement des tarifs du fixe et du casuel. Malgré cela, l'Ordonnance de réorganisation des cérémonies prise par son Eminence le Cardinal Feltin (novembre 1962) d'une part, et la transformation de la musique liturgique à la suite des nouvelles décisions de Vatican II d'autre part, eurent les effets catastrophiques pour les musiciens d'église que l'on a pu que constater par la suite...

En 1987, François Tricot, après 64 ans d'activité professionnelle au service de l'Eglise et de la liturgie prenait sa retraite. Le décès de son épouse, survenu en 1991, l'avait profondément affecté.... A son tour il a rejoint la maison du Seigneur, en laissant le souvenir d'un homme affable, courageux, musicien dans l'âme et animé d'une foi sincère.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

En son hommage, le Président de l’Association Elisabeth Havard de la Montagne a bien voulu écrire quelques souvenirs que nous nous empressons de publier ci-dessous :

ADIEU A UN GRAND AMI

J'ai connu François Tricot alors que j'avais dix-sept ou dix-huit ans : chantant un jour dans un petit ensemble vocal de l’église de Sainte-Marie-des-Batignolles à Paris. Je pus admirer sa maîtrise aux claviers de l'orgue tandis qu'il nous accompagnait en remplacement de l'organiste titulaire.

Quelques années plus tard, c'est lui qui accompagna la chorale de la Basilique d'Argenteuil lors de la messe de mon mariage, Pierre Pavie tenant le grand orgue sur la demande de ma toute jeune épouse Elisabeth qui en était déjà la titulaire. M'étant à mon tour engagé dans la carrière d'organiste, il eut l'occasion de me proposer quelques remplacements dans diverses églises.

Mais c'est surtout à partir des années 60 que nous nous vîmes plus fréquemment. François Tricot était alors Secrétaire Général de l'Union des Maîtres de Chapelle et Organistes lorsque Henri Busser, qui en était le président, me pria de me joindre à lui dans cette fonction qui devait se révéler assez prenante et délicate en raison des événements survenus à la suite des réformes mal engagées du Concile de Vatican II, puis des bouleversements de mai 1968.

François et Louise Tricot
François et Louise Tricot dans le jardin de leur maison de Colombes,
3 mai 1970
( collection famille Tricot )

C'est ainsi que pendant une douzaine d'années nous nous sommes fréquemment retrouvées tous deux pour divers travaux d'organisation, ou à l'occasion de réunions chez Henri Busser qui nous encourageait cordialement et nous racontait ses lointains souvenirs sur Franck, sur Debussy, sur Ravel, sur Fauré qu'il avait bien connus ou encore pour des rencontres et discussions à l'Archevêché de Paris. Notre entente était parfaite; j'admirais sa distinction et sa finesse. Plus jeune que lui d'environ vingt trois années, je l'encourageais ingénument à oublier sa timidité, sa discrétion, sa modestie au cours de nos assemblées réunissant de nombreux organistes et maîtres de chapelle. Pour rédiger les circulaires nous rivalisions de zèle pour manier le français dans toute sa précision et sa pureté. La culture de François Tricot était grande mais nos séances de travail comportaient des moments de récréation et de bavardage au cours desquels nous échangions nos opinions, nos projets, nos réalisations concernant notre métier commun de maître de chapelle ou d'organiste. Les plaisanteries n'étaient pas absentes dans ces conversations et il me semblait que mon grand ami aimait alors se défouler!

Cette sympathie réciproque nous engageait à nous retrouver amicalement en famille, soit chez moi, soit dans sa jolie maison de Colombes; son jardin et particulièrement ses roses accaparaient tous ses soins et son attention : il aimait les faire apprécier par mon épouse Elisabeth dont il admirait ouvertement le pouvoir de séduction comme d'ailleurs son talent de musicienne. De mon côté, j'appréciais la douceur, la gentillesse et la distinction de son épouse dont la disparition devait lui causer tant de chagrin, alors qu'il avait déjà perdu son fils aîné bien des années plus tôt. Il aimait aussi nous parler de son second fils, de sa "belle-fille américaine", de ses petits-enfants. Son voyage aux Etats-Unis l'avait émerveillé.

François Tricot adorait son métier d'organiste et de maître de chapelle. L'église Sainte-Clotilde et l'église Saint-Louis-des-Invalides lui apportèrent les plus grandes joies. Il accomplissait ses fonctions avec une honnêteté et une méticulosité incomparables. Il était heureux de côtoyer Jean Langlais à Sainte-Clotilde que parfois il remplaçait au grand orgue. Aux Invalides, il entretenait les meilleurs rapports avec Bernard Gavoty ou avec Pierre Gazin que, laissant sa baguette de direction, il remplaçait également aux claviers de cet orgue qui provoquait son admiration.

La médiocrité pitoyable de la nouvelle liturgie qui se propageait dans la majorité des églises le mettait hors de lui et il aimait évoquer les belles réalisations d'antan ou celles qu'il avait encore la possibilité de pratiquer aux Invalides. Son attachement au latin liturgique ne se démentait pas et il exécrait la vulgarité et l'indigence de tant de cantiques qui en avaient pris la place.

Dans les toutes dernières années, sa retraite lui pesait; il se sentait seul et trop éloigné -m'avait-il confié l'été dernier- de ce qui fut sa vocation de musicien. Sa vue baissait et les tout derniers temps il ne pouvait plus guère se consoler aux claviers de son orgue personnel.

Nul doute qu'auprès de son épouse et de son fils, les anges musiciens apportent à François Tricot les joies les plus sereines et les plus saintes.

Joachim HAVARD DE LA MONTAGNE


Audio lecteur Windows Media Écoutez François Tricot au grand-orgue de l'église Sainte-Clotilde (Prélude du Prélude, fugue et variation de César Franck et Trumpet volontary de Henry Purcell) et à celui de l'église Saint-Louis des Invalides (Choral "Très Cher Jésus, nous sommes ici" de Jean-Sébastien Bach et la Toccata en si mineur d'Eugène Gigout).


 


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