Amédée de VALLOMBROSA
(1880 – 1968)

Amédée de Vallombrosa vers 1930
Amédée de Vallombrosa, vers 1930
( coll. Jean de Sabran-Pontevès, avec son aimable autorisation )

Curieux personnage que le comte Amédée Manca-Amat de Vallombrosa! Artiste modeste mais de grand talent, il refusait de faire état de son titre nobiliaire qu’il ne portait jamais dans la vie courante, tout comme le baron Louis de Niedermeyer d'Altenbourg, autre musicien de grande valeur, se contentant de la notoriété que lui valaient ses talents de musicien d'église. Il voua toute sa vie à la musique.

Né à Cannes le 24 mars 1880, issu d'une vieille famille de Sardaigne, petit-fils du duc des Cars par sa mère et frère du marquis de Morès, Amédée de Vallombrosa fut élève d'Henri Libert et de Widor pour la composition, et de Vierne pour l'orgue. Tout juste âgé d’une vingtaine d’années, il pratiquait déjà la musique avec ferveur et fit partie quelque temps du " Double quatuor vocal " dirigé par Paul Locard. Composée de Mlles Marie-Louise de Bertrand, Jane Goupil, Jeanne Fayel, Mme Portal et de MM. David, Victor Debay, Landormy et de Vallombrosa, cette formation se produisit notamment le 29 mai 1903 à l’audition annuelle des élèves d’orgue et de composition de l’Ecole d’orgue d’Eugène Gigout. Cette année-là le concert eut lieu chez M. Edmond de Laheudrie, 139 boulevard Montparnasse, sculpteur et statuaire, sociétaire des Artistes Français (1901) et amoureux des arts sous toutes ses formes. Le 20 novembre 1906, il épousait Mlle A. de Montebello, fille du comte Jean de Montebello et arrière-petite-fille d'André Massena, duc de Rivoli, Prince d'Essling. Mais la carrière musicale d’Amédée de Vallombrosa ne débuta réellement qu’un peu plus tard lorsqu’il fut nommé à l'orgue de l'église Sainte-Eugène-Sainte-Cécile (IX° arrondissement), avant de succéder en 1910 à Camille Rage au grand orgue de l'église Saint-Leu-Saint-Gilles, tout en occupant également le poste de maître de chapelle. A cette même époque, il suppléait aussi parfois son maître Widor aux grandes orgues de St-Sulpice (1908). Au début de l’année 1928, il quittait Saint-Leu pour Saint-Sulpice mais ne restait là que peu de temps pour aller recueillir une difficile succession : celle de Félix Raugel, maître de chapelle et organiste de chœur de Saint-Eustache qui venait d'être nommé à Saint-Honoré-d'Eylau. Il tint également plus tard l'orgue de chœur de Saint-Germain-l'Auxerrois au cours des années 1950.

Ego Sum (Vallombrosa)
Premières mesures du motet Ego sum, solo de ténor, choeur à 4 voix et orgue, d'Amédée de Vallombrosa. Editions Musicales de la Schola Cantorum et de la Procure Générale de Musique, Paris, S.1049 N.C. (coll. D.H.M.)
La revue internationale de musique religieuse Musique et Liturgie (n°11, septembre-octobre 1949) commentait : "Pièce facile, qui sonne bien. Simplicité et grandeur s'y rencontrent dans une note foncièrement religieuse qu'accuse très légèrement l'émotion se dégageant d'une ligne mélodieuse souple et bien calibrée."

Son activité musicale ne fut pas des moindres car, alors âgé de 85 ans il touchait encore le petit orgue de Saint-Eustache! Il fut également l'un des premiers membres actifs de l'Union des Maîtres de Chapelle et Organistes en tant que trésorier dès sa fondation en 1913. Cette société professionnelle, disparue dans les années soixante-dix, après avoir été dirigée par Widor et Busser, s’occupait de tout ce qui intéresse la musique sacrée et plus particulièrement veillait à l’intérêt et à la défense des musiciens d’église. En décembre 1964, Amédée de Vallombrosa participa encore, à l’âge de 84 ans , à la création de Una Voce dont il fut le premier président. L’on sait que cette association, destinée à la sauvegarde et le développement de la liturgie latine, du chant grégorien et de l’art sacré dans le sein de l’Eglise catholique romaine, est très active, encore de nos jours.

Décédé le 9 février 1968 à Paris, dans le septième arrondissement où il avait toujours vécu, Amédée de Vallombrosa a principalement composé de la musique religieuse. Parmi sa production citons un Noël Hollandais à l'unisson, édité par la Société des éditions Philippo dans la collection " La musique d'église, conforme au motu proprio de S.S. Pie X ", les motets Ego sum, Salve sancta parens et Jesu corona virginum, publiés par les Editions musicales de la Schola, la cantate Filiae Jerusalem, donnée en première audition à Saint-Eustache le Vendredi-Saint 1934, une Messe de Te Deum pour voix seules (Combre), une autre Messe brève pour chœur et orgue (Hérelle) et des pages pour orgue : Trio sur les flûtes, Prélude, Fugue sur un sujet de Sarti, Paraphrase sur Salve sancta, Elévation (Musique Sacrée-L’Organiste)...

A Saint-Sulpice, il avait été nommé sur la chaude recommandation de Widor. Les deux hommes se connaissaient de longue date : Widor lui avait enseigné la composition, puis de Vallombrosa suppléa son maître au grand orgue de Saint-Sulpice. En outre ils furent tous deux longtemps membres très actifs de l'Union des Maîtres de Chapelle et Organistes, Widor en tant que président et de Vallombrosa trésorier. Enfin Widor institua son ancien élève et ami son exécuteur testamentaire en juillet 1930.

Signature d'Amédée de Vallombrosa
Signature autographe d'Amédée de Vallombrosa, avril 1932
( coll. D.H.M. )

Au cours de sa longue carrière de plus d’un demi siècle de musicien d’église Amédée de Vallombrosa s’est efforcé de défendre ces chants Grégoriens " chefs-d’œuvre séculaires que l’Eglise se doit défendre comme de précieux trésors contre certains à qui ne coûterait guère de sacrifier les divines mélodies du Te Deum ou du Lauda Sion. " Il ne voulut jamais faire de l’art pour l’art, aspirant seulement du plus profond de son âme à se mettre au service de la beauté sacrée. S’il eut beaucoup de joies en tant que musicien d’église, Amédée de Vallombrosa dut cependant surmonter quelques épreuves difficiles dans sa vie : il eut le malheur de perdre son fils au Champ d’honneur en 1941 et la même année disparut également l’une de ses petites-filles. Sa descendance, issue de sa fille Roselyne, est actuellement représentée dans les familles de Sabran-Pontevès et s'est alliée avec la famille royale d'Orléans par le mariage, en 1969, de sa petite-fille Gersende de Sabran-Pontevès avec le Duc Jacques d’Orléans, fils de Mgr Henri Comte de Paris. Celle-ci d’ailleurs a hérité des dons artistiques de son aïeul et pratique le piano avec beaucoup de talent.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

 


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