IMPRESSION DE VOYAGE D'UNE ORGANISTE FRANÇAISE
AUX ÉTATS-UNIS ET AU CANADA
en 1937

par Line Zilgien


Line Zilgien, en 1937 à bord du paquebot transatlantique Paris
Line Zilgien, en 1937 à bord du paquebot transatlantique "Paris"
( photo X..., Le Monde musical, coll. D.H.M. ) DR

 

Ma première tournée de concerts d'orgue aux Etats-Unis et au Canada a été fertile en expériences artistiques et pratiques.

On a tendance à parer les pays lointains d'un prestige enchanteur que la réalité détruit, sans pitié pour l'artiste qui voudrait demeurer sur les cimes. Il m'a fallu une force de résistance physique et morale pour supporter la fatigue et les soucis inévitables d'une pareille entreprise.

D'abord le travail intensif de préparation de plusieurs programmes complets que ma mémoire a fidèlement enregistrés. Je voulais gouverner seule, sans aide, ma console d'orgue, si compliquée fût-elle ; j'y suis parvenue grâce à cette indépendance d'esprit.

Arrivée à New-York avec un jour de retard, fatiguée, déprimée par la traversée tumultueuse au rythme des grandes oscillations de tempête fréquente en janvier, une brume opaque m'empêcha d'admirer le panorama splendide si souvent décrit. J'échappai à la pénible sensation d'isolement en pays étranger grâce à la sympathie d'un jeune français rencontré sur le bateau ; son esprit pratique, son expérience de toute chose m'ont beaucoup aidée.

A peine débarquée, vite au travail! L'organiste doit s'adapter à chaque instrument ; évaluer rapidement toutes ses possibilités, préparer la registration pour les mettre en valeur; tâche minutieuse pour éviter de désagréables surprises devant un auditoire.

Mon premier concert à New-York avait une grande importance ; mériter une bonne presse est chose difficile; elle suit pas à pas l'artiste en amie ou en juge redoutable.

Je répétai plusieurs fois sur l'orgue de Town Hall, de minuit à quatre heures du matin, seul moment où la salle était libre, en dépit d'un grand désir de sommeil réparateur.

Le jour du concert, l'électricité eut des lubies; les lampes de la salle s'allumaient et s'éteignaient sans cesse. Je gardai mon sang-froid, l'exécution des morceaux n'eut pas à souffrir du caprice de la lumière.

Le surlendemain, je donnai un second récital, avec un programme différent, sur un orgue d'église. Je garde bon souvenir de l'organiste qui m'expliqua les particularités de son splendide instrument de facture Skinner.

On connaît bien peu en France les orgues électriques qui sont rares même à Paris. J'avais joué sur celles de la salle Pleyel, des églises anglaise et américaine, sur l'excellent orgue Cavaillé-Coll de l'avenue du Maine qui mériterait d'être remis en bon service. En riant, je les appelais les « ogres électriques » et les redoutais, mais j'eus la joie de constater que je domptais vite ces « ogres électriques » sans me perdre parmi toutes leurs complications. Mon maître Marcel Dupré m'avait bien prédit que je deviendrais leur amie; en effet, l'exécution est facilitée, sur les consoles électriques, par les multiples boutons de commande des jeux et des pédales ; on est bien récompensé de l'effort préparatoire d'assimilation.

Chaque concert a été une nouvelle victoire; la presse m'a couverte d'éloges en de longs articles et interview. J'étais heureuse de faire ainsi honneur à l'école française. Mon cher Maître a connu mes succès par ses nombreux amis canadiens qui devinrent aussi les miens.

Combien suis-je reconnaissante à tous consuls, organistes, Français, Canadiens, administrateurs de la radio, directeurs de concerts ou de firmes artistiques de m'avoir si bien accueillie et aidée à chasser la nostalgie qui m'envahissait parfois.

Tout en pérégrinant de ville en ville, j'ai préparé un nouveau voyage en profitant de l'expérience acquise.

A Chicago, je donnai un récital sur un orgue Kimball, très différent des précédents, à double touche, exigeant un toucher d'une parfaite sensibilité pour éviter les sons indésirables.

Je passai là quatre jours très occupés : j'admirai le lac Michigan seulement au moment du départ.

*
* *

En route pour Montréal, voyage de vingt-quatre heures; je fais là ma correspondance, train confortable, peu rapide et cahotant. Montréal ! ville aux excellents souvenirs, paysage pittoresque du Canada, neige et froid dont je ne souffre pas ; les maisons sont surchauffées.

Dès mon arrivée, je suis entourée de sympathie; on m'appelle « la petite French Line », je suis sans cesse invitée ; je me sens en famille dans ce pays de langue française. Une première fois, je joue dans une église fort éloignée de la ville; les auditeurs, très connaisseurs, apprécient les belles œuvres de Bach, Widor, Dupré.

Pendant que je poursuis ma tournée, ils organisent, avec l'aide du Consul général de France, un nouveau concert qui réussit à merveille dans l'église principale de Montréal.

Québec m'a beaucoup plu ; j'ai joué dans la basilique sur un superbe orgue Casavant, marque aussi parfaite que Skinner. On m'installe d'abord dans le chœur, dans un fauteuil épiscopal, grand honneur! puis, après le salut, un Suisse géant, chamarré d'or, vient me chercher, me précède, en frappant de sa hallebarde, jusqu'à la tribune. Toute menue, je trottinais derrière mon superbe guide et je riais en pensant à l'ahurissement des fidèles de Saint-Louis-en-1'Isle [à Paris], s'ils avaient été présents !

Quelle ne fut pas ma stupéfaction d'entendre, après chaque morceau, des applaudissements et des bravos exigeants; je donnai plusieurs morceaux en bis; organistes et auditeurs étaient dans la joie, ce soir-là!

Je revins à New York. Un auditeur enthousiaste me prépare un récital dans sa résidence ; il me reçoit chez lui en amie!

Philadelphie possède l'orgue monumental unique : six claviers, 451 jeux; d'autres agrandissements sont encore prévus. J'étais le petit Poucet aux prises avec un géant; le charme a-t-il agi, je ne sais!! Mes bras étaient tendus par l'effort pour atteindre les claviers supérieurs. Après le concert, je visitai la machinerie colossale, répartie en plusieurs étages; promenade de plus d'une heure avec montées et descentes d'échelles qui cassent les jambes. La console peut abriter douze personnes.

Je fus guidée, dans ce labyrinthe de trente mille tuyaux, par l'éminent organiste belge, Charles Courbin, qui a choisi New-York pour seconde patrie.

Cet orgue, placé dans un énorme magasin, fut un don de M. Wanamaker, pour l'exposition de Saint-Louis. Durant toute sa vie, ce généreux mécène a protégé les organistes, les a aidés de sa bienveillance et de sa fortune, à l'exemple de nos deux regrettés organiers Cavaillé-Coll.

Age d'or pour cet art; une réputation était, par son activité, consacrée en quelques mois. Les temps ont évolué ; les orgues magnifiques demeurent, mais les organistes ont à lutter, comme partout, pour se faire apprécier. Le goût du public favorise le jazz et le chant; les fervents de l'orgue fraternisent et se soutiennent discrètement parmi la foule.

J'ai eu l'impression que le « struggle for life » existait encore à New York; les soucis économiques sont loin d'être apaisés. Pourtant, la vie pratique est organisée, facilitée, simplifiée : ainsi les professions sont rassemblées dans un quartier central, parfois dans un même building; économie de temps si précieux. Les Américains, très nets en affaires, évaluent rapidement la valeur et le rendement probable d'un projet; ils ne négligent rien pour sa réussite : publicité, dépenses, etc.

J'ai pu apprécier cette manière d'agir vite et bien.

Les gratte-ciel ne m'ont pas surprise, mon imagination les avait surpassés en hauteur; l'un d'eux possède cent vingt étages, record actuel. Des ascenseurs merveilleux y conduisent comme des ouragans silencieux, déplaçant l'air dans une course vertigineuse. On arrive haletant au sommet.

Tout a des proportions grandioses aux Etats-Unis ; je veux parler ici des orgues ; on pourrait s'attendre à une sonorité éclatante ; il n'en est rien; je répète ce que disait Guilmant: « l'orgue entier manque de résonance et d'énergie ». Peut-être à cause de l'installation dans des salles, halls, cinémas, non construits en pierre et non voûtés, mais plus encore à cause de l'harmonisation très différente de celle des orgues françaises ou allemandes inspirée par les traditions mystérieuses de recherches séculaires.

Mon voyage prévu pour un mois a duré tout l'hiver, heureusement peu rigoureux, même au Canada. Je m'embarquai le 14 avril sur le Normandie et terminai mes concerts dans la ravissante chapelle du paquebot, élégante et mystique, dotée d'un orgue à deux claviers, tout heureux de louer les grands maîtres. Le commandant et les fidèles de la messe étaient ravis de l'aubaine artistique. Une fois de plus, l'imagination devancière de Jules Verne s'est réalisée, l'orgue du Nautilus est devenu celui de Normandie. Les grands rêveurs sont ainsi des précurseurs!

Traversée sans incident, bercée par les flots paisibles.

Voici les côtes de France ! New York est presque aux portes de Paris, relié à l'ancien monde par le ruban bleu que déroule sur l'Atlantique le rapide coursier de la French Line.

Le Havre! J'aperçois des visages amis! Bienvenue à la voyageuse, à l'artiste, à l'amie !! Le présent m'a ressaisie ! Je reviens avec un trésor d'impressions, de souvenirs, d'amitiés et d'expérience.

C'est le retour!!!

Line Zilgien*

 

(* article précédemment paru in L'Orgue et les organistes de Jean Huré, publié par la revue mensuelle Le Monde musical, mai 1937)




Line Zilgien à Nancy


Bulletin paroissial - Église St-Léon IX
Couverture du Bulletin paroissial de l'église Saint-Léon IX de Nancy dans les années 1930
( Nancy, Vagner )

Née en 1906, ancienne élève du Conservatoire de Nancy dans les classes de piano et d’orgue de Louis Thirion, Line Zilgien remporta un premier prix le 24 juin 1925. C’est auprès de Marcel Dupré, au Conservatoire de Paris, qu’elle poursuivit sa formation musicale. Avant de tenir l’orgue de Saint-Louis-en-l’Ile, dans la capitale, elle fut, de 1925 à 1933 titulaire de l’orgue Cavaillé-Coll de l’église Saint-Léon IX de Nancy. Tous les ans, lors de la fête de la Sainte-Cécile, son talent était mis en valeur par un programme choisi. Le bulletin paroissial en faisait un commentaire élogieux sous la plume du critique musical Charles Bohème. 1

Ainsi en 1927 :

" Je ne saurais, sans manquer gravement à la justice... et à la reconnaissance, oublier, dans la distribution des éloges, la part très large qui revient à la jeune et remarquable organiste de Saint-Léon IX, Mlle Zilgien. Elle avait, pour cette solennité, fait un très heureux choix de pièces, où le pittoresque Matin provençal de J. Bonnet voisinait avec le séraphique Cantabile de César Franck et les amples fugues de Bach.

" Mlle Zilgien a traduit toutes ces différences avec une souplesse et une fidélité qui témoignent d’une riche culture et d’une très vive intelligence. Que dire enfin de sa vigoureuse et impeccable virtuosité dans la Fantaisie en sol mineur du vieux Cantor de Leipzig, et de l’aisance merveilleuse avec laquelle elle a détaillé la fugue terminale, si difficile et si complexe ? " 2

En 1928, les louanges pleuvent :

" Si sainte Cécile est la patronne des chanteurs, elle est aussi celle des instrumentistes. Cantantibus organis, ipsa decantabat in corde suo, est-il écrit, si je ne me trompe, dans son office du Bréviaire. Ce serait donc un gros péché d’omission que d’oublier la part de l’orgue dans un compte-rendu de cette fête, et j’ajouterai même un grave manquement à la justice, si l’on songe que l’orgue de Saint-Léon IX est tenu par une jeune artiste, chez laquelle la valeur n’a pas attendu le nombre des années. L’an dernier, déjà, j’ai essayé de dire à quel degré de talent et de virtuosité Mlle Zilgien s’était élevée, grâce à ses précieux dons naturels, à sa culture étendue et à son travail soutenu. Une fois de plus, le 25 novembre 1928, j’ai pu admirer tout ensemble la vérité de son interprétation et la perfection de son mécanisme. Les fugues les plus amples et les plus complexes de Sébastien Bach se débrouillent et se dévident sous ses doigts avec une précision et une netteté impeccables. Son jeu de pédales est d’une correction infaillible et d’une étonnante vélocité. Enfin et surtout, Mlle Zilgien possède l’art exquis et si rare d’accoupler les timbres et d’obtenir ainsi des effets charmants et très divers, qui font de son orgue l’équivalent de tout un orchestre. " [Bulletin paroissial, janvier 1929, p. 2]

En 1929, retenu à Valence pour une fête de famille, Charles Bohème ne put assister aux trois offices solennels de la Sainte-Cécile. En 1930, il reprit son habitude et, comme il l’avait fait pour la Schola, encouragea l’organiste par un hommage marqué :

" La partie instrumentale de la fête fut à la hauteur du chant. Mlle Zilgien tenait les grandes orgues. J’ai déjà dit plus d’une fois en quelle estime je tenais sa sûre virtuosité et son intelligence musicale. Hier, j’ai pu, derechef, admirer la netteté avec laquelle elle sait débrouiller les fugues les plus compliquées des vieux classiques ; mais j’ai de plus vivement goûté le charme exquis et la délicatesse du toucher avec lesquelles elle a interprété deux belles œuvres d’un grand maître actuel, M. Marcel Dupré. " [Bulletin paroissial, décembre 1930, p. 5]

Enfin, en 1932, dans la synthèse de la fête, Ch. Bohème citait une dernière fois l’artiste qui fut remplacée l’année suivante par Gaston Litaize :

" La partie instrumentale de la fête ne le cédait en rien au chant. Mlle Zilgien tenait les orgues, et c’est tout dire... car enfin, je n’ose plus répéter cette vérité dont tous les Nancéiens sont, depuis longtemps, convaincus : à savoir que Mlle Zilgien est une organiste di primo cartello, qui joint à la technique la plus sûre, l’intelligence musicale la plus raffinée, et qui possède le secret de s’adapter à toutes les œuvres et à tous les styles. Qu’il me soit permis du moins de signaler l’aisance avec laquelle elle débrouille les fugues les plus complexes de Bach et les délicieuses combinaisons de timbres qu’elle a réalisées hier, dans le charmant Noël de Claude Daquin. " [Bulletin paroissial, décembre 1932, p. 2]

Conservatoire de Nancy, concerts 1937
Couverture des programmes de la saison 1936-1937 des concerts du Conservatoire de Nancy
( illustration par Victor Prouvé )

Le dimanche 6 décembre 1936, c’est à la salle Poirel de Nancy, sur l’orgue Mutin-Cavaillé-Coll que l’organiste se produisit dans le cadre des concerts du Conservatoire, sous la direction d’Alfred Bachelet.

Voici le programme des pièces pour et avec orgue : Sinfonia de la Cantate 146 et Choral Aus tiefer Not de J.-S. Bach, L’Ascension et La Nativité d’Olivier Messiaen, Prélude et fugue en sol mineur de Marcel Dupré. Le choral De profundis de Bach était exécuté suivant la version remaniée par Alexandre Guilmant avec un chœur de trombones.

Les journalistes de L’Eclair de l’Est et de L’Est républicain rendirent compte de leurs impressions :

" La grande attraction de ce concert était le concours de Mlle Line Zilgien, notre compatriote bien connue à Nancy, qui fait si grand honneur à l’enseignement de notre Conservatoire. [...] M. Thirion, son premier maître fut donc, lui aussi, à l’honneur. [...] A quoi bon détailler toutes les qualités de l’artiste. c’est la perfection absolue. Impeccabilité, sûreté merveilleuse, registration chatoyante, style. C’est la grande virtuose à tous points de vue. [...] Avec toutes ces œuvres différentes, Mlle Zilgien a enthousiasmé le public. Et, elle me disait après le concert qu’elle travaillait encore sept heures par jour ! Alors, que nous réserve-t-elle pour l’avenir ? " [L’Eclair de l’Est, 8 décembre 1936]

" Line Zilgien est aujourd’hui l’une des premières organistes de notre temps. Elle a secoué les chaînes qui liaient sa personnalité naissante à ses maîtres et s’est affranchie avec une telle décision qu’elle peut donner une interprétation complète, finie, ayant le souci d’art qui ne doit rien à l’école ni à l’influence la plus respectée. [...] Le public fut remué profondément, et saisi par son talent éblouissant. La clarté de son style, la puissance de ses moyens lui permettant de commander en maître un instrument (auquel tant d’organistes obéissent), ont été les marques essentielles de ses exécutions. Et quelle variété dans ces moyens ! La dextérité impeccable, la virtuosité du jeu de pédalier, scandant sans jamais avoir l’ombre d’une hésitation les rythmes extrêmement rapides. La netteté de frappe de son staccato qui fut admirable de régularité dans la Sinfonia de la 146è Cantate de Bach ; l’étonnante saveur d’une registration et de son emploi unissant toujours le caractère des timbres à celui de l’œuvre. " [L’Est républicain, 8 décembre 1936]

Sa réputation n’était pas surfaite. Il faut dire qu’à l’époque, Line Zilgien, que l’on pouvait entendre régulièrement sur les ondes, avait déjà parcouru l’Europe et avait inauguré de grandes orgues aux îles Canaries sur le buffet desquelles son nom avait été gravé. Elle s’apprêtait à partir en tournée pour plusieurs mois en Amérique et au Canada (New York, Chicago, Baltimore etc.) où lui seraient réservées des soirées triomphales.

Olivier Geoffroy

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1) Née le 20 mai 1906 à Nancy, Line Zilgien est morte en 1954 d'une cruelle maladie, à l'âge de 48 ans. Elle était alors titulaire du grand orgue de Saint-Nicolas-des-Champs où elle avait été nommée en janvier 1947, après Saint-Louis-en-l'Ile. C'est Michel Chapuis qui recueillera sa succession en 1954. L'information musicale du 25 avril 1941, à la suite d'un concert donné à Pâques 1941 en l'église Saint-Louis-en-l'Ile, notait que " Mlle Zilgien fit preuve du goût le plus sûr dans la registration et d'une technique aussi précise qu'élégante. " [note DHM] [ Retour ]

2) « Sainte-Cécile » in : Bulletin paroissial Saint-Léon IX, Nancy, Vagner, décembre 1927, p. 3. [ Retour ]

 


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