Emile BOURDON

(1884 - 1974)

 

Emile Bourdon aux claviers du grand orgue de la cathédrale Notre-Dame de l'Immaculée Conception de Monaco, 1955
(photo Louis Sauvé) DR.

 

Jeune violoniste en 1896, à l'âge de 12 ans
(coll. Louis Sauvé) DR.

Joseph-Antoine-Emile Bourdon voit le jour le 14 février 1884 à Lapalisse (Allier), où son père Gabriel Bourdon (1843-1919), receveur particulier des Finances, est alors en poste. Le berceau de la famille se situe à Versailles, mais celle-ci s'est par la suite installée à Paris. Orphelin de mère à l'âge de 4 ans, il passe son enfance en Normandie, à Bernay (Eure), lieu de la nouvelle affectation de son père, après avoir officié à Issoudun, puis à Coutances. Corbeil (Essonne) en région parisienne, sera ensuite sa dernière affectation. C'est à Bernay, qu'il prend ses toutes premières leçons de musique en cours particuliers auprès d'un professeur dont la postérité n'a pas retenu le nom. Débutant par l'étude du violon, en 1895 il a pour professeur à Paris Alphonse Weingaertner, ancien directeur du Conservatoire de Nantes qui vient de s'installer dans la capitale et y fonder des séances de quatuor. C'est lors d'une de ces séances, le 5 avril 1897 salle Pleyel, que le « Quatuor Weingartner », composé de son fondateur, de H. Lammers (second violon), C. Le Métayer (alto) et de Furet (violoncelle) qu'est interprétée une des toutes premières oeuvres du jeune Bourdon alors âgé de 13 ans, un Petit quatuor pour instruments à cordes, op. 2 (Costallat, 1897). L'on sait par la presse de l'époque que cette œuvre de jeunesse fut bien accueillie par le public, ainsi en témoigne une brève du Ménestrel (édition du 11 avril 1897) :

 

« La dernière séance du quatuor Weingaertner a été très intéressante. En plus du beau quatuor en mi mineur de Mendelsshon, on y a entendu la grande sonate de Rubinstein, dans laquelle M. et Mlle Weingaertner ont rivalisé de brio, de charme et de virtuosité. Deux pièces inédites pour violon et piano de Mme Raoul Bardac, jouées par M. Weingaertner et l'auteur, et dont une a été bissée, ont plu par leur fraîcheur, l'ingéniosité des détails et leur piquante harmonisation. On a beaucoup applaudi un fragment de quatuor d'un jeune compositeur de onze ans, Emile Bourdon, auquel un bel avenir semble réservé. »

 

Par l'intermédiaire de Widor, ami de son professeur de violon, à partir de 1896 Emile Bourdon prend des leçons d'harmonie par correspondance auprès de Vierne, puis chez lui avec également l'étude du piano. Dans l'ouvrage Louis Vierne, in memoriam (Paris, Desclée de Brouwer, 1939), le futur organiste de Monaco raconte ainsi ses débuts :

 

« C'est en 1896 que Vierne voulut bien, après que Widor m'eût confié à lui, faire travailler le piano et l'harmonie au petit garçon que j'étais. Chaque fois que, venant de Normandie, je m’arrêtais à Paris, je me rendais place Dancourt, près le Théâtre Montmartre, pour lui montrer ce que j’avais fait. Il ne contrecarrait pas m'instinct qui me poussait à écrire avant de savoir l’orthographe, mais, le premier, il me représentait la somme de travail que je devrais fournir pour être autre chose qu'un amateur. Je le vois me détaillant, sur le grand piano-pédalier de chez Erard, les « Inventions » de Bach. [...] Déjà il me faisait saisir la structure des œuvres et leurs divers plans, pressentir dans telle Sonate de Beethoven, les timbres et les oppositions de l'orchestre, mais surtout goûter la beauté des thèmes. En un mot il me faisait aimer la musique comme lui l'aimait ». Quant à Louis Vierne, de son côté, dans ses Souvenirs il raconte ainsi cet épisode : « Il avait dix ans quand son père, receveur particulier des finances à Bernay, me demanda de lui faire travailler l'harmonie par correspondance. L'enfant avait écrit d'instinct des pièces pour quatuor à cordes qui ne laissaient aucun doute sur son avenir musical. Quand son père vint se fixer à Paris, je me chargeai de son éducation pianistique et organistique. »

Avec son fils Gabriel, 1919
(coll. Louis Sauvé) DR.

 

Mais, c'est l'orgue qui l'attire. Il 'avait découvert cet instrument dans la famille de sa mère, chez son cousin germain André Villatte de Peufeilhoux, propriétaire du château de Cerclier près de Néris-les-Bains (Allier). En effet, celui-ci avait fait installer en 1894 dans la chapelle un orgue Cavaillé-Coll de 13 jeux répartis sur deux claviers et pédalier, qu'il jouait en dilettante. En 1899, Louis Vierne, récemment marié, quitte la place Dancourt pour s'installer 3 rue Coëtlogon dans le sixième arrondissement. Là, l'année suivante, année-même de sa nomination à Notre-Dame, il fait placer dans son nouvel appartement un orgue Mutin de 9 jeux. C'est sur cet instrument que son professeur initie Emile Bourdon et, en 1902, le fait entrer au Conservatoire national supérieur de musique. L'année précédente, en juin 1901, une de ses nouvelles œuvres, un caprice pour violon et piano, était donnée en première audition lors d'un concert parisien organisé par Alphonse Weingaertner ; il était alors âgé de 17 ans. Deuxième prix d'harmonie en 1905, dans la classe d'Albert Lavignac, il fréquente cette même année la classe d'orgue d'Alexandre Guilmant décrochant un 1er accessit en 1907, Marcel Dupré et Paul Fauchet obtenant le 1er prix (pas de 2ème prix décerné cette année-là) et Albert Alain, un 2ème accessit. Le jury du concours à huit-clos qui se déroule le 27 juin au Conservatoire est ainsi composé : Gabriel Fauré (président), Eugène Gigout, Raoul Pugno, Auguste Chapuis, Georges Caussade, Henri Dallier, Alexandre Georges, Césarino Galeotti, Charles René, Charles Tournemire et Charles Quef. Précédemment, le jeudi 29 juin 1905, Guilmant avait organisé chez lui, à Meudon, une séance d'orgue toujours très suivie, pour faire entendre les élèves de sa classe du Conservatoire. Ce jour-là, Emile Bourdon se produisait en compagnie de ses condisciples Augustin Barié, Auguste Bernard, Joseph Bonnet, Achille Philipp, Alexandre Cellier, Edouard Mignan, Paul Fauchet et Joseph Boulnois. En 1908, il reçoit un 2ème prix de contrepoint dans la classe de Georges Caussade, et l'année suivante il entre dans la classe de composition de Widor. Mais, souffrant d'une forme de tuberculose, à la fin de l'année 1911, il doit abandonner ses études pour se faire soigner en Suisse. Entre temps, en 1908 Louis Vierne l'avait pris comme suppléant à son Cavaillé-Coll de Notre-Dame. Durant les cinq années passées au sanatorium de Montana Vermala, situé dans le Valais, il se livre principalement à la composition, livrant ses premières œuvres importantes, entre autres une Ballade pour violoncelle et piano (1914, Costallat), Le Rêve de la Vierge pour voix et piano (1917, Costallat) et des pièces pour orgue : Canzona (1916, Leduc), Choral varié sur « Ave Maris Stella » (id.). Revenu en France en 1917, pour des raisons de santé il s'installe à Beaulieu-sur-Mer, à coté de Nice, dans une région où le climat lui est plus favorable que dans la capitale. Et le 17 novembre de cette année, il épouse à Lyon Jeanne Barbezat née en 1888, issue d'une famille de soyeux et d'industriels lyonnais, qu'il avait connue dès 1912 au début de son séjour en Suisse. Elle-même, quelque peu musicienne, avait été un temps élève de piano d'Isidore Philipp. Deux garçons naîtront de cette union : Gabriel et Maurice.

 

Orgue Cavaillé-Coll installé en 1894 dans la chapelle du château de Cerclier
(coll. Louis Sauvé) DR.

En 1917, à Monaco la nouvelle cathédrale qui avait été consacrée le 18 juin 1911, se voit offrir un grand orgue par un généreux mécène, le Suisse Jean Bartholoni (1880-1937), Consul de Monaco à Genève et compositeur à ses heures. L'instrument, précédemment propriété depuis peu du baron Albert de L'Espée, un orgue symphonique de 3 claviers de 61 notes et un pédalier de 32 touches (50 jeux réels), construit par le facteur Charles Mutin, est installé à partir de 1920, le projet ayant été retardé par les années de guerre. Dès 1919, Camille Saint-Saëns, très lié avec le Prince Albert Ier intervient pour faire nommer titulaire son élève Albert Périlhou, mais le Conseil municipal de Monaco s'y oppose voulant voir ce poste donner à un Monégasque ou du moins à un résidant de la région. C'est ainsi qu'est nommé titulaire Emile Bourdon, qui inaugure l'orgue le samedi 8 avril 1922, en alternance avec Césarino Galeotti (1er prix d'orgue 1887), avec au programme par ordre d'exécution : Improvisation à l'Entrée par Galéotti, Elégie pour violon et orgue (Saint-Saëns) en première audition, par Henry Wagemans (violon), futur professeur au Conservatoire de Bruxelles à partir de 1936 et Galéotti (orgue), Prélude et Fugue en sol mineur (Bach) par E. Bourdon, Cantabile (Franck) par Galéotti, Prière (orgue) et Page mystique pour violon et orgue du donateur Jean Bartholoni, par Wagemans (violon) et Galéotti (orgue), Triptyque (Bourdon) par l'auteur, Grand Choral en si mineur (Franck) par Bourdon, et à la Sortie, Improvisation par Galéotti. L'instrument avait été réceptionné la veille par une Commission spéciale désignée par S.A.S. Le Prince Albert Ier de Monaco, présidée par Mgr Bruley des Varannes, évêque de Monaco et formée de Charles Mutin, facteur d'orgues, Césarino Galéotti, organiste et compositeur de musique, M. Labande, conservateur des Archives du Palais, Mgr Lazare Perruchot, Vicaire général et Maître de chapelle de la cathédrale, Marc-César Scotto et Georges Lauweryns chefs d'orchestre au Casino, Joseph Palmaro, Conseiller pour les Finances, Charles Palmaro, Administrateur des Domaines. Il fera l'objet d'une réfection complète en 1944 par Merklin, avant d'être électrifié et agrandi en 1950 (12 jeux supplémentaires) par la maison Puget, puis remplacé en 1975 par un instrument neuf construit par le facteur Jean-Loup Boisseau (de Poitiers) suivi de travaux de relevage des parties mécaniques réalisés en 1988 par Tamburini.

 

Emile Bourdon va rester titulaire du grand orgue de la cathédrale de Monaco durant 46 ans, jusqu'à sa retraite prise en juin 1968. "Organiste de grande classe, doublé d'un liturgiste convaincu et averti" Emile Bourdon excellait dans ses improvisations. Mais, faisant preuve dans ce domaine de beaucoup de modestie, il se pliait néanmoins aux exigences des époques liturgiques, qu'il ornait habilement de thèmes et de couleurs. Quelque peu mystique, Henri Carol raconte qu'avant chacune de ses matinées au grand orgue de la cathédrale, il s'agenouillait devant la chapelle du Sacré-Coeur, perdu dans une longue contemplation intérieure. Son vaste répertoire couvrait des pièces anciennes de Clérambault, de Grigny, Dandrieu, Balbastre, des auteurs modernes et contemporains (Franck, Vierne, Saint-Saëns, Widor, Gigout, Huré, Barié, Bonnet, Dupré) et des compositeurs des écoles italienne et allemande (Frescobaldi, Bach, Haendel, Vivaldi, Mendelssohn, Schumann). Grâce au critique musical Isidore Dupont, nous connaissons précisément le nom des œuvres de ce répertoire au début des années trente :

 

     « La cathédrale de Monaco n’a pas seulement une maîtrise et un chœur d’orphelines de toute première qualité ; elle possède, aussi, en M. Emile Bourdon, un organiste de grande classe, doublé d’un liturgiste convaincu et averti. Et j’en parle, non d’après le témoignage d’autrui, mais en parfaite connaissance de cause, puisque, aussi bien, je le vois à l’œuvre et l’entends, à peu près tous les dimanches, durant cinq ou six mois, régulièrement, chaque année, depuis 1923.

     J’ai déjà dit, ailleurs, les mérites et tout le bien que je pense de M. E. Bourdon. Je n’y reviendrai pas aujourd’hui. Mais il est bon que les lecteurs de la Petite Maîtrise sachent, au moins par le simple énoncé des pièces que l’organiste titulaire du grand orgue Cavaillé-Coll de la cathédrale de Monaco a jouées au cours des douze derniers mois, quel caractère, toujours noble et élevé, il donne à son activité organistique.

 

     Ecole Française :

 

Pièces anciennes (XVII et XVIIIe siècles) :

N. Clérambault : Basse et dessus de Trompette ; Récit de Nazard.

N. de Grigny : Récit de tierce en taille.

N. Gigault : idem.

G. Jullien : Fugue renversée (sur « Ave maris stella »).

Le Bègue : Noëls et fugues.

Dandrieu : idem.

G. Balbastre : Noëls.

C. D’Aquin : Noël en sol.

 

Pièces d’auteurs modernes et contemporains :

C. Franck : Fantaisie en ut ; Grande Pièce symphonique ; Prélude, fugue et variation ; Pastorale ; Final ; Cantabile ; Pièce héroïque ; Choral en la mineur.

C. Saint-Saëns : Préludes en mi b, mi, si majeur, ré mineur, ut majeur, sol majeur ; Fugues en mi majeur, ré mineur, sol majeur.

Ch. M. Widor : Marche pontificale de la 1ère Symphonie ; Salve Regina et Final de la 2ème Symphonie ; Prélude de la 3ème Symphonie ; Toccata funèbre et Fugue de la 4ème Symphonie ; Toccata de la 5ème Symphonie ; Allegro et Intermezzo de la 6ème Symphonie ; Symphonie gothique ; Cantilène de la Symphonie romane.

E. Gigout : Toccata, Rhapsodie sur des Noëls ; Grand Chœur dialogué.

L. Vierne : Allegro vivace, Final de la 1ère Symphonie ; Scherzo de la 2ème Symphonie ; Cantilène, Adagio, Finale de la 3ème Symphonie ; Pièces diverses extraites des 24 Pièces en style libre et de la « Messe basse » ; Toccata en si b mineur.

Journal de Monaco, 9 mai 1922 (DR.)

J. Huré : Communion sur un Noël.

A. Barié : Fugue et Final de la Symphonie.

J. Bonnet : Angélus du soir.

M. Dupré : Verset sur « Ave maris stella » ; Préludes en si majeur, sol mineur ; Fugues en si, fa mineur, sol mineur.

E. Bourdon : Offertoire pour une fête de la T.S. Vierge ; Carillons ; Méditation ; Veni Creator ; Bénédiction nuptiale ; Triptyque sur « Lauda Sion » ; Prélude et Choral de la 1ère Symphonie.

 

     Ecoles italienne et allemande :

 

Frescobaldi : Toccata per l'Elevazione ; Fugue en sol mineur.

Vivaldi-Bach : Concerto en ré mineur.

J.-S. Bach (Edition Peters) :

Vol. I : Sonates I, III, IV, V (fragments) ; Passacaille et fugue en ut mineur ; Pastorale (fragments).

Vol. II : Préludes en ut majeur, sol majeur, la majeur, fa mineur, la mineur, si mineur.

Vol. III : Prélude et fugue en mi b ; Fantaisie et fugue en ut mineur ; Toccata en fa majeur ; Toccata, adagio et fugue en ut ; Prélude en mi mineur.

Vol. IV : Prélude et fugue en ré majeur ; Toccata et fugue en ré mineur ; Fugue en sol mineur.

Vol. V : Chorals n° 2, 9, 10, 11, 12, 21, 30, 31, 34, 35, 44, 45, 50, 55.

Vol. VI : Chorals n° 9, 12a, 17, 20.

Vol. VII : Chorals n° 56, 39b, 60, 62, 38, 57 de la 2e série.

Vol. VIII : Concerto en la mineur (1er mouvement).

Transcription : Air de la Pentecôte (Bach-Gigout).

Hændel : Fugue en mi mineur ; Aria et Final du Concerto en ré min. (Ed. Guilmant).

Mendelssohn : Prélude en sol majeur ; Fugues en ut mineur et en ré mineur ; Sonates 1, 2, 3, 4, 6 (fragments).

Schumann : Etudes en forme de canon (la b., si mineur, si majeur.) ; Esquisses (ut mineur, ut majeur, fa mineur) ; Fugue n° 5 sur le nom de Bach.

 

     Et tout cela, sans préjudice des improvisations où M. E. Bourdon excelle. Je suis bien sûr que si M. Samson [Maître de chapelle de la cathédrale de Dijon] avait la joie de l’entendre, il s’exprimerait sur son compte, comme il faisait, récemment, à propos de l’éminent organiste M. Poillot. Il noterait et admirerait, en lui, comme en son émule de la cathédrale de Dijon : « cette modestie qui soumet... l’improvisateur aux exigences d’une époque liturgique ou d’un jour, suggère des choix, impose des thèmes, dicte des couleurs ». (in la Petite Maîtrise, avril 1933)

 

Mariage du Prince Rainier III avec Grace Kelly, le 19 avril 1956 à la cathédrale de Monaco
(Journal de Monaco du même jour) DR.

En 1956, au mariage de S.A.S. le Prince Souverain Rainier III avec Grace Kelly, célébré le 19 avril en la cathédrale de Monaco, Emile Bourdon est aux claviers de son grand orgue et joue, entre autres œuvres, 4 pièces de Bach : le Prélude et fugue en sol majeur, En Toi est la joie, le Prélude en mi bémol et le Prélude en ut majeur ; le Prélude et fugue en fa majeur de Buxtehude, le Concerto en ré d'Haendel, ainsi qu'une page de son cru : le Cortège nuptial (dédié « à leurs Altesses Sérénissimes »), le reste de la partie musicale étant assurée par la Maîtrise de la cathédrale sous la direction du chanoine Carol, les Solistes et l'Orchestre de l'Opéra de Monte-Carlo successivement sous la direction de Nadia Boulanger, alors Maître de chapelle du Prince de Monaco, et de A. Locatelli (chef d'orchestre du Casino de Monte-Carlo) et accompagnés à l'orgue par Emile Bourdon, Fernand Bertrand (organiste de chœur de la cathédrale, futur directeur de l'Académie de musique) et le tout jeune Dominique Merlet, alors âgé de 18 ans, élève de Nadia Boulanger au Conservatoire de Paris dans sa classe d'accompagnement et nommé quelques mois plus tard organiste de Notre-Dame des Blancs Manteaux à Paris. La messe se terminait par le chant du Domine Salvum fac.

 

En 1951, parallèlement à ses activités d'organiste liturgique, Emile Bourdon est nommé professeur d'orgue au Conservatoire de Nice, poste qu'il occupe jusqu'en 1954, puis il enseigne à l'Académie de musique Rainier III. Parmi ses élèves on peut citer en premier lieu René Saorgin (1928-2015) qui lui succédera dans sa classe d'orgue (1954 à 2005) et plus tard, en 1984 (après Henri Carol, successeur direct de Bourdon) au grand orgue de la cathédrale de Monaco, après avoir exercé (1954 à 1984) à la tribune de Saint-Jean-Baptiste de Nice, puis Marie-Véra Maixandeau (née en 1929), professeur d'orgue à l'Institut National des Jeunes Aveugles de Paris, Marie-Hélène van Brabant, peintre, dessinatrice, organiste de Saint-Valusien de Foix (Ariège) avant la cathédrale Saint-Maurice de Mirepoix (Ariège) où elle exerce durant une trentaine d'années jusque vers 1992, Georges Blanchi, organiste à Monaco de l'église Saint-Martin et organiste-adjoint de la chapelle Palatine dans les années 1950-1960, Henri-Jean Schubnel (né en 1935), qui ensuite étudiera la composition dans la classe de Tony Aubin au Conservatoire de Paris, mais fera une carrière de minéralogiste, professeur au Muséum d'histoire naturelle de Paris, Monique Morgant, professeur d'orgue au Conservatoire de Bayonne, Lily Rose (Mme Husson), organiste dans les années 1960-1970 de l'église Sainte-Dévote à Monte-Carlo, et Marc Giacone (né en 1954), organiste de la chapelle des Carmes de Monaco, Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, depuis 2012.

Chalet de Combloux, non loin de Chamonix (Haute-Savoie), maison de campagne d'Emile et Jeanne Bourdon, où étaient reçus chaque été des amis musiciens, tels Marcel Dupré, Albert et Marie-Claire Alain, Paul Paray, André Marchal, Marcel Paponaud...
( aquarelle de Marie-Hélène van Brabant, vers 1960, coll. Louis Sauvé ) DR.
Villa Le Vallon" à Tenao, Beausoleil-sur-Mer, près de Monaco, habitée durant un demi-siècle par Emile et Jeanne Bourdon
( aquarelle de Marie-Hélène van Brabant, 1961, coll. Louis Sauvé ) DR.

 

Le catalogue de ses œuvres est très varié avec des pages pour orchestre, de la musique de chambre, des motets et des chœurs, et tout un corpus de pièces pour orgue. On relève dans sa musique d'orgue l'influence du langage harmonique de Franck et de Fauré, en passant par Vierne. Henri Carol parle d'une "inspiration d'une noblesse qui frappe... Minutie de l'écriture et de la registration... Sens de l'orgue symphonique exploité au maximum..." Parmi son catalogue, soulignons plus particulièrement tout d'abord 3 pièces enregistrées en 2009 par Olivier Vernet (« Musique sacrée à Monaco », Ligia Digital, Lidi 0104211-10) : Andantino religioso (violoncelle et orgue) op. 15, n° 1 (1931), Tantum ergo (choeur, cor obligé et orgue) op. 15, n° 2 (1934) que certains qualifient d'admirable, et une fort belle Marche solennelle pour orgue, op. 19 (1941), dédiée à S.A.S. le Prince Louis II, que l'auteur interpréta lui-même au grand orgue de la cathédrale de Monaco le samedi 17 mai 1941, lors d'une audition solennelle de musique religieuse au profit des œuvres diocésaines, placée sous le haut patronage de S.A.S. le Prince Souverain, avec le concours d'Albert Ribollet, la Maîtrise de la cathédrale et le Choeur de l'Orphelinat placés sous la direction du Chanoine Aurat, Maître de chapelle ; puis un Quatuor en la mineur pour cordes, op. 16 (1ère audition à Paris, le 7 mars 1936), un second Quatuor en sol mineur pour cordes avec piano, op. 20 (1939), un Trio pour violon, violoncelle et piano, op. 12 (1926-29) ; Poème berceuse pour violon et piano, op. 5 (1918, Janin à Lyon), Poème élégiaque pour violoncelle et orchestre, op. 11 (1925), Trois Légendes pour alto et piano (1919-1920) ; et pour l'orgue : Symphonie pour orgue ou 2 pianos, op. 10 (1923, Leduc), Dix pièces pour orgue, op. 7 (1921, Leduc), Dix nouvelles Pièces pour orgue, op. 18 (1952, Lemoine), Marche solennelle pour grand orgue, dédicacée « à S.A.S. Le Prince Louis II de Monaco », op. 19 (1941, Bornemann), ainsi qu'une vingtaine d'autres pièces écrites entre 1922 et 1966. Soulignons encore la réédition en 2009 chez Delatour de « Six Pièces pour orgue » réunissant des œuvres composées entre 1926 et 1971 : Thème développé ; Final en ré ; Complainte ; Communion sur "Dic nobis, Maria" de la prose de Pâques ; Allegro symphonique ; Élégie.

 

Emile Bourdon est décédé le 11 juillet 1974 à Monaco. Moins d'un mois plus tard, le 6 août à Monaco, son épouse Jeanne le suivait dans le tombeau.

 

Denis Havard de la Montagne [1]

(mars 2018)


Portrait au crayon d'Emile Bourdon par son élève
Marie-Hélène van Brabant
(coll. Louis Sauvé) DR.

[1] Nos vifs remerciements au Dr. Louis Sauvé qui à fêté son centenaire en octobre 2017. Neveu d’Emile Bourdon, il a consacré un ouvrage à son parent intitulé Emile Bourdon, organiste et compositeur, préfacé par Marie-Claire Alain (Paris, Editions de l'Officine, janvier 2004, 342 pages). Le lecteur peut utilement s’y référer pour davantage de précisions sur la vie et les œuvres du musicien. Nous lui sommes reconnaissant d’avoir bien voulu répondre à nos questions en 2010 et de nous avoir communiqué une grande partie des illustrations présentées dans cette page. Concernant les œuvres, mentionnons aussi le catalogue Les compositeurs et leurs œuvres, XIXe et XXe siècles d'Alain Melchior (CD-ROM, version 2.0, mars 2004, Delatour).

 

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