Jean DOYEN
(1907-1982)
ou l'ineffable interprétation

Jean Doyen
Jean Doyen vers 1946
( cliché Harcourt, Paris )

 

Jean Doyen
Jean Doyen au début des années 1960,
avec dédicace et signature autographe : "Pour José Eduardo Martins, en souvenir très affectueux, Jean Doyen, 1962"
( cliché Harcourt, Paris, coll. J.E. Martins )

La France a produit au XXe siècle une quantité impressionnante de grands pianistes qui, pour la plupart, se sont illustrés également dans l'enseignement. Lorsque l'on dresse une liste de noms des plus distingués, il est difficile de ne pas en oublier, tant cette école française de piano a produit d'artistes valeureux. Parmi eux, Jean Doyen tient incontestablement une place privilégiée.

Né à Paris le 8 mars 1907, il révèle dès l’enfance des dons pour le piano. À l’âge de neuf ans il entre au Conservatoire de Paris, tout d’abord dans la classe d’E. Schwarz pour l’étude de solfège, puis, en 1917 dans celle de Sophie Chéné pour le piano. En 1919, il intègre la classe de piano de Louis Diémer et enfin, celle de Marguerite Long. C’est elle qui le conduit à l'obtention du 1er prix de piano en 1922. Trois années plus tard il débute comme soliste aux Concerts Colonne. De cette période on peut mentionner sa participation à la production du ballet de Jacques Ibert, Les Rencontres, à l’Opéra de Paris.

Avant d’entrer à la Radiodiffusion Française en 1926, il suit également au Conservatoire les cours de contrepoint et fugue de Georges Caussade, tout en étudiant la composition avec Paul Vidal et Henri Busser. À l’âge de trente ans il obtient le Prix Gabriel Fauré, puis succède à Marguerite Long dans sa classe de piano au Conservatoire de Paris, dont il est titulaire de 1941 à 1977. Parmi ses nombreux élèves on peut notamment citer Marie Thérèse Fourneau, Philippe Entremont, Claude Kahn, Chantal Riou, Artur Moreira Lima et bien d’autres encore. Très compétent comme enseignant, il faut aussi souligner sa grande patience et sa sérénité, faisant toujours preuve de beaucoup de psychologie envers ses élèves. Respectueux des personnalités de chacun d'entre eux, Jean Doyen parvenait cependant à les éduquer d’une façon naturelle. Cette méthode, jamais prise en défaut, avait pour énorme avantage de ne pas désorienter les goûts de chacun, tout en enseignant, avec beaucoup de rigueur, les différents étapes du répertoire classique.

Pianiste peu commun, Jean Doyen possédait en effet un répertoire immense comprenant presque toute la littérature pianistique traditionnelle, parmi laquelle on note les œuvres complètes de Jean-Sébastien Bach, Mozart, Beethoven, Chopin, Schumann, Brahms, Fauré, Ravel, Debussy. Sa mémoire prodigieuse lui permettait d'avoir à son programme plus de 60 concerts différents pour piano et orchestre. Egalement grand amateur d'œuvres peu jouées ou méconnues, on lui doit la découverte et la création, entre autres, des Variations sur un thème de Don Juan de Chopin, de la Fantaisie sur un vieil air de ronde française de Vincent d’Indy, des Trois Danses de Samazeuilh... S'il touchait le piano d’une manière absolument exquise, n'oublions pas de souligner aussi sa personnalité si attachante, sachant faire preuve de beaucoup d'humilité et de simplicité, sans attirance aucune pour le succès médiatique.

En tant que compositeur Jean Doyen a écrit plusieurs oeuvres, principalement pour son instrument, notamment un Concerto pour piano et orchestre, une Suite en si et Marine pour quatuor à cordes et quatuor vocal féminin.

Un certain nombre d'enregistrements de Jean Doyen a été réédité en CD, ce qui permet de se rendre compte de la qualité ineffable de son interprétation pianistique, avec un jeu très personnel. L'équilibre des formes, un lyrisme savamment approprié, une technique irréprochable, une clarté parfaitement maîtrisée, notamment dans les mouvements agogiques et dynamiques, et une rigueur dans l’utilisation de la pédale rendent son jeu raffiné et élégant, et font de lui un véritable modèle de l’art du piano. Un critique musical, Gérard Michel, soulignait déjà en 1946, que "le jeu de M. Doyen, sincère à l'extrême, est marqué d'une telle simplicité qu'il exclut de prime abord la monotonie et engendre à merveille la vie." Comme exemples de cette interprétation sublime, on peut mentionner l’intégrale de Gabriel Fauré pour piano seul, les Concertos de Maurice Ravel, les Variations Symphoniques de César Franck et les Valses de Chopin...

Jean Doyen est mort à Versailles le 21 avril 1982, à l'âge de 75 ans. Sa fille, Geneviève Doyen (1944-2004) sera à son tour une pianiste talentueuse.

 

José Eduardo Martins, pianiste
ancien élève de Jean Doyen à Paris
professeur de piano à l'Université de São Paulo (Brésil)

http://www.joseeduardomartins.com/


 


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