Quelques œuvres de Paul Ladmirault

à travers Le Ménestrel


 

(coll. BnF-Gallica) DR.

 

Voici quelques extraits du périodique relatifs à ce musicien et compositeur éclectique un peu oublié aujourd'hui. Né le 8 décembre 1877 à Nantes (Loire-Atlantique) et mort le 30 octobre 1944 à Camoël (Morbihan), élève du Conservatoire de Paris à partir de 1895 (classes de Gabriel Fauré, Antoine Taudou et André Gedalge), professeur au Conservatoire de Nantes, militant breton convaincu, une grande partie de ses compositions est étroitement liée avec la Bretagne.

 

« Peut-être n'était-il point indispensable d'écrire, après Wagner, de la musique en l'honneur de Tristan et d'Yseult, Mais, puisque M. Paul Ladmirault a jugé bon de le faire ne le chicanons pas à cet égard. Reliant par un Interlude les actes deuxième et troisième du drame écrit par MM. Joseph Bédier et Louis Artus, il nous a symphoniquement décrit les préparatifs du châtiment de la reine coupable, l'arrivée de Tristan qui l'enlève sur son cheval, la poursuite, sorte de « course à l'abîme » qui s'achève plus heureusement, sous les calmes ombrages de la forêt du Morois. Apaisement. Hymne d'amour murmuré par les arbres hospitaliers...

La musique de M. Ladmirault est intéressante, pittoresque, et forme un vivant commentaire du tableau qu'elle s'est proposé. Cette pièce ne constitue d'ailleurs qu'un fragment de la partition, laquelle, si je ne me trompe, n'est point encore totalement achevée et formera un « drame lyrique » que nous entendrons prochainement sur une de nos scènes parisiennes. »

(23 avril 1920, p. 172)

 

« [Les Concerts de la Schola de Nantes] Au concert de février sera donnée l'une des œuvres de l'éminent compositeur nantais Paul Ladmirault : Tristan et Isolde dans la Forêt, poème symphonique d'une admirable envolée et d'une science musicale de premier ordre. »

(27 août 1920, p. 338)

 

« L'autre nouveauté était représentée par Tristan dans la forêt du Morois, poème symphonique de M. Paul Ladmirault, où s'affirme en maints endroits la marque d'un talent très solide et très sûr, mais qui a paru développé à l'excès parce que le plan en reste incertain, que les idées y manquent de relief et d'expression, enfin parce que le double sentiment descriptif et dramatique qui, dans l'intention de l'auteur, doit animer tout l'ouvrage, ne se dégage que trop tard et trop timidement. Signalons pourtant quelques beaux effets sonores, les uns très personnels, les autres un peu trop prévus. »

(4 février 1921, p. 45)

 

« Opéra. — La Prêtresse de Korydwen, ballet en deux tableaux de MM. Albert JUHELLÉ et Georges CLÉRET ; musique de M. Paul LADMIRAULT.

Il y a entre les deux tableaux de ce ballet un déséquilibre singulier.

Le premier nous montre le rapt de Huheldeda, prêtresse de Korydwen (la Cérès celtique) par le chef calédonien Morvar'ch (dont le nom, s'il ne s'agissait d'une pantomime, risquerait de sonner désagréablement aux oreilles de la police). Cela ne va pas sans cortèges religieux, cérémonies, danses symboliques, bacchanales, batailles entre les druidesses et les pirates, et éclipses de lune ; bref, deux cultes, deux dieux, deux mondes, avec leurs prêtresses, leurs fidèles et leurs soldats, s'affrontent d'abord longuement sur la scène de l'Opéra. Tout cela semble annoncer un grand ouvrage.

Après quoi, le second tableau expédie tout bonnement en un quart d'heure le mariage du pirate et de la druidesse, ramené aux proportions d'une noce de campagne, avec quelques danses, un ou deux chants et la bénédiction nuptiale donnée à la hâte par un druide barbu. En sorte que ce second tableau laisse la plus fâcheuse impression de brièveté étriquée.

La partition de M. Paul Ladmirault abonde en mérites estimables. Le premier tableau se recommande par une réelle solidité symphonique et par le plus louable souci de donner à la pantomime un judicieux commentaire musical. Quelques thèmes essentiels sont employés, rappelés, variés et développés à bon escient. Les danses, à demi rituelles, à demi sauvages, où évoluent tour à tour les druidesses et les pirates, ont de l'animation et du mouvement. On y voudrait seulement une invention plus personnelle et une instrumentation plus colorée.

Il semble que M. Paul Ladmirault ait fait appel, dès ce premier tableau de son ouvrage, à des emprunts au folklore celtique, dont le second tableau paraît presque tout entier rempli. Mais tout n'est pas également précieux dans ces « trésors » de la tradition populaire. Les thèmes ainsi utilisés par M. Ladmirault ont pour l'ordinaire assez peu de saveur : en outre, leur allure mélodique et rythmique, cette sorte de déhanchement heurté qui caractérise les thèmes celtiques, les rend peu propres à l'élaboration symphonique selon les habitudes de notre art, tel qu'il est aujourd'hui et la recherche de la couleur locale aboutit de la sorte à un effet de contrainte et d'artifice.

Mlle C. Bos a montré beaucoup de grâce dans le rôle de la prêtresse et M. Peretti, de juvénile ardeur dans celui du guerrier calédonien. A côté d'eux Mlle Soutzo et M. Thariat ne méritent que des éloges. Les chants du second acte ont été bien dits par Mlle Tessandra et M. Cambon, moins bien par Mlle Lalande. M. Ruhlmann conduit l'orchestre avec sa maîtrise accoutumée.

Quant au spectacle, il faut convenir qu'il est terne, monotone et, pour tout dire, ennuyeux.

Jean CHANTAVOINE. »

(24 décembre 1926, p. 547)

 

« [Concerts Pasdeloup] Ce fut une heureuse idée que la mise au concert d'un fragment de la Prêtresse de Koridwen de M. Paul Ladmirault. Les Danses du festin, empreintes d'un attrayant exotisme, sont intéressantes parleurs mélodies si bien dessinées et par leurs rythmes si entraînants. Le succès en fut vif, et nous souhaitons qu'il engage nos associations symphoniques à mettre moins rarement sur leurs programmes le nom de ce musicien de sûre valeur. »

(24 février 1928, p. 85)

 

« Théâtre Sarah-Bernhardt. — Tristan et Iseut, pièce en trois actes et neuf tableaux dont un prologue, par MM. Joseph BÉDIER et Louis ARTUS ; musique de scène de M. Paul LADMIRAULT.

Qui ne connaît et n'apprécie le Roman de Tristan et Iseut que M. Joseph Bédier a tiré de nos vieux poèmes celtiques ? C'est une belle œuvre ; un charmant talent d'écrivain y a partout su cacher la rare science d'un érudit. Avec une indéniable habileté, M. Artus a transposé sur la scène le roman de M. Bédier. Cela pour faire plaisir à M. André Brûlé, dont le talent de metteur en scène s'est déjà maintes fois révélé. Dans de justes décors de M. André Boll, nous avons vu vivre les illustres et chers personnages ; Mme Madeleine Lély nous a touchés, nous a émus. Mais la vie sur la scène, pour tous ces héros, n'est qu'une réduction de la vie qui est leur dans le libre domaine de notre mémoire et de notre imagination. Sur la scène, une mystérieuse quatrième dimension leur fait défaut. Cette quatrième dimension, seul un Wagner peut la porter sur la scène, par la magie de la musique. La musique de M. Ladmirault, fort judicieusement voulue tout autre que celle du grand Germain, et qui fait appel à de vieux thèmes celtiques, est de bonne qualité, mais n'ajoute rien au texte.

Telle quelle, ce nouveau Tristan est une œuvre d'artistes, bien présentée, bien interprétée, dont la création, cependant, ne s'imposait pas.

Jacques HEUGEL. »

(29 mars 1929, p. 144)

 

« Orchestre Symphonique de Paris.

Dimanche 31 janvier. — La Musique à programme est bien souvent une arme à double tranchant ; si elle offre certains avantages, elle présente aussi quelques inconvénients, entre autres celui de jeter la perturbation dans l'entendement de l'auditeur. Il est bien certain, par exemple, que la deuxième partie du poème symphonique de M. Paul Ladmirault, En Forêt, donné en première audition aujourd'hui, ne montre pas très bien « l'existence libre et vagabonde de deux amants ». — Cela d'ailleurs, n'a pas beaucoup d'importance, l'essentiel étant que l'auteur ait fait, en l'occurrence, un morceau digne de la réputation dont il jouit : c'est ce qu'il fit. — La pièce est peut-être un peu trop longuement développée ; elle n'en reste pas moins une chose fort intéressante, écrite de main de maître. Sur la trame serrée sont brodés maints dessins et arabesques d'un charme qui retient l'attention, force l'admiration ; et puis de l'oeuvre entière se dégage un sentiment très poétique, très noble, sans les contingences d'une précision descriptive tout à fait inutile : l'entité transposée en musique, c'est la forêt avec ses arômes, ses bruissements, son caractère sacro-saint de nef gothique. — Voilà ce que M. P. Ladmirault nous a révélé. »

(5 février 1932, p. 59)

 

« Œuvres de Paul Ladmirault (9 mars). — Dans une récente séance, les Concerts Servais ont consacré une large part de leur programme à des oeuvres de musique de chambre de Paul Ladmirault. Quatre chansonnettes de Baïf et l'Aubépine, interprétées par Mlle Branèze, la délicieuse suite pour piano intitulée Les Mémoires d'un Ane, la belle Sonate pour violon et piano jouée par MM. R. Debonnet et M. Servais, des quatuors vocaux exécutés par « l'Accord parfait » permirent d'apprécier, sous ses divers aspects, l'incontestable talent du compositeur. Il est à souhaiter que de telles pages soient entendues plus fréquemment dans les concerts. J. V. »

(29 mars 1935, p. 11)

Collecte par Olivier Geoffroy

(janvier 2021)

 

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