Quelques œuvres de Georges Migot vues au travers des revues spécialisées


 

 

(Photo Henri Manuel/Société du Petit Parisien, 1928 ) DR.

 

Né à Paris le 27 février 1891 et décédé le 5 janvier 1976 à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), Georges Migot, élève au Conservatoire de Paris de Gédalge, Widor, Guilmant, Vierne, d'Indy a écrit une œuvre abondante, abordant pratiquement tous les genres. Il fut également l'auteur de plusieurs ouvrages musicologiques et effectua des séries de conférences sur la musique. Professeur à la Schola Cantorum de Paris à partir de 1937, il sera plus tard (1949) Conservateur du Musée instrumental du Conservatoire de Paris.

 

 

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Coupure de presse de l'hebdomadaire Chanteclerc,
édition du 30 août 1930 (DR.)

« L'intérêt du concert résida dans Cinq Mouvements d'Eau. pour quatuor à cordes, de M. Georges Migot, par quoi débutait le concert ; l'« atonalité » la plus imprécise s'y marie d'une façon intéressante à un souci d'unité tonale; encore que le troisième mouvement recèle quelques traces de debussysme, l'oeuvre, par la qualité d'indépendance mélodique et rythmique entre les instruments, possède une couleur singulière : chacun de ceux-ci s'élève, puis s'efface selon ce même désordre apparent auquel semble obéir le pinceau d'un Chinois lançant en tous les sens des lignes d'où se dégage peu à peu un paysage d'eau d'un charme mystérieux. »

(Le Ménestrel, 9 décembre 1921, p. 492)

 

« Grâce au même raffinement orchestral les Sept Petites Images du Japon de Georges Migot — autrefois écrites pour piano et chant — gagnaient en pittoresque, en animation : des premières poésies que nous avions connues d'abord, nous pensions à de vifs petits drames en équilibre entre deux coups brefs de batterie. »

(Le Ménestrel, 1er février 1924, p. 44)

 

« Le Paravent de laque de M. Georges Migot est l'oeuvre d'un artiste sincère et averti qui en cinq courtes « Images », ne bavarde jamais vainement et trace en quelques traits décisifs un tableau original et délicat. Un motif qui passe à travers toutes ces pièces leur donne l'unité thématique, la langue harmonique en est d'un séduisant modernisme, l'orchestration finement ouvragée. »

(Lyrica, avril 1924, p. 269)

 

« De M. Georges Migot, nous entendîmes un Hommage à Thibaud de Champagne, cinq monodies où la ligne sonore est absolument isolée de tout contexte harmonique et qui renouent ainsi la tradition du chant grégorien : tant il est vrai que, sous prétexte de faire nouveau, on s'évertue souvent à remonter fort loin en arrière, comme si l'art n'était qu'un éternel recommencement. Le recul, ici, était justifié par l'hommage rendu à un des plus fameux trouvères français qui illustrèrent, précisément, cette vocalise issue de l'église. Mais ces monodies ne parurent guère susceptibles aujourd'hui, en se libérant de l'harmonie, de se suffire à elles-mêmes en vue de créer musicalement l'atmosphère et l'expression. Elles furent chantées avec un art subtil par Mlle Madeleine Greslé. »

(Le Ménestrel, 27 février 1925, p. 102)

 

« La Fête de la Bergère, de Georges Migot, a, par contre, rallié tous les suffrages par l'originalité d'un ballet curieusement conçu par J. Lemierre et l'agrément d'une musique qui ne doit rien à personne. L'oeuvre fut écrite d'après les Trois Epigrammes du même auteur, dont nous connaissons la réduction pour piano déjà publiée, et qui furent joués par l'une de nos grandes associations symphoniques. Avec l'appoint d'un scénario de ballet, elle prend toute sa signification. Une orchestration vive et spirituelle anime les fermés dessins, les libres contrepoints des lignes souples. Des résonances imprévues et : dues au dispositif hardi des registres choisis justifient, à n'en pas douter, les perpétuelles recherches acoustiques de G. Migot. L'aérienneté de cette musique apparaît vraiment rare, en dépit de sa solidité constructive. Le mouvement pastoral et la fantaisie finale où fusent les sémillantes épinicies des grands oiseaux de rêve ont particulièrement plu. »

(Le Ménestrel, 22 mai 1925, p. 232)

 

« Suivait la Fête de la Bergère, ballet de M. Georges Migot. J'avoue, à ma honte, n'avoir pas très nettement saisi l'affabulation de cet acte, au cours duquel une cage contenant un oiseau joue un rôle qui m'a semblé prépondérant, mais obscur. La musique, oeuvre d'un compositeur de valeur et justement apprécié, offre le mélange, assez fréquent aujourd'hui, de parties mélodiques et presque droites venant se heurter soudain à des sonorités agressives et peu en harmonie, si j'ose ainsi parler, avec les premières. »

(Lyrica, juin 1925, p. 547)

 

« Des deux nouvelles oeuvres de M. Georges Migot, l'une un chant accompagné d'une harpe, l'autre, Ordre au Soleil pour voix, harpe, célesta, contrebasse, gong et cymbale, nous préférâmes celle-ci, remarquant combien l'inspiration de M. Migot s'est toujours rafraîchie en empruntant ses sujets à l'art extrême-oriental : il est, dans cette oeuvre, d'heureux moments où le célesta allié à la harpe viennent se détacher sur un fond bruissant de gong et de cymbale, tandis qu'à la basse se tord, tel un serpent, la voix grave de la contrebasse ; mais il est d'autres moments où M. Migot, sachant qu'il dispose d'un gong et d'une cymbale, en abuse quelque peu et gâte ainsi ses meilleurs effets. »

(Le Ménestrel,11 décembre 1925, p. 512)

 

« C'est alors qu'intervinrent Trois Chants écrits par M. Georges Migot sur des poèmes de M. Tristan Derême, Le premier évoque, nous assure-t-on, « une vision charmante ». Nous ne l'eussions jamais deviné ! Le second dit « Nous nous taisons », ce qui n'est malheureusement pas exact. Le troisième est censé évoluer dans le calme, et le poète y « songe à son amie endormie ». Quel bruyant réveil pour l'infortunée ! Nulle trace de mélodie dans ces enchaînements de notes heurtées, mais qu'accompagne - soyons juste ! — une orchestration curieusement neurasthénique... J'oubliais de vous confier que les poèmes ainsi sonorisés sont envers. Vous en doutez, peut-être ? En ce cas, oyez :

Des feuilles tombent.

Lune Coutumière.

Décor banal.

Tourterelles, crépuscule...

Vous n'êtes pas convaincu ? Seriez-vous donc à ce point insensible à la grâce du mètre, à l'imprévu de la rime ? »

(Le Ménestrel, 11 mars 1927, p. 110)

 

« La Suite en trois parties pour piano et orchestre de M. Georges Migot m'a semblé plus longuement développée qu'en a coutume ce compositeur, véritablement artiste et intellectuel. Fidèle à son esthétique, il ne dit rien d'inutile, s'interdit toute digression et s'efforce par un accent décisif, une touche appropriée d'éveiller une sensation chez l'auditeur. Les thèmes nets apparaissent et vont, au cours des trois parties, se combinant, se transformant, quasi classiquement, en une forme délicatement ouvragée, en une diversité harmonique et rythmique réellement inventive, enchâssés en une parure instrumentale finement sertie. »

(Lyrica, mars 1927, p. 934)

 

« Vint ensuite Prélude pour un poète de M. Georges Migot. Pièce courte, d'allure sereine où perce néanmoins à mille détails l'angoisse et l'émotion initiatrices de l'éclosion des oeuvres. La pensée est jolie et M. Georges Migot a su la parer des plus heureuses alliances de timbres, souvent audacieuses, jamais provocatrices. »

(Le Ménestrel, 14 juin 1929, p. 273)

 

« Rien de ce qui sort de la plume de M. Georges Migot, fin et sincère artiste qui suit fidèlement son esthétique, ne saurait manquer d'intérêt. Ennemi de toute rhétorique il trace d'une main sûre de rapides tableaux dans lesquels, avec un sens aigu des proportions, il n'expose que les choses essentielles ; celles qui ont une signification précise, absolue. Ses Deux Préludes témoignent qu'il sait ne pas être uniquement cérébral, qu'il possède à un degré éminent la sensibilité, le rythme, le goût et qu'il excelle à ciseler délicatement une parure orchestrale en se contentant d'un nombre restreint d'instruments. »

(Lyrica, février 1930, p. 1543)

 

« M. Georges Migot, artiste de race, s'attachait jusqu'ici en de brèves pièces, à la concision et à la subtilité. Il change sa manière et apporte avec la Jungle une large fresque décorative aux couleurs vibrantes ; il décrit la marche d'un troupeau d'éléphants à travers la forêt vierge, le pas pesant des pachydermes, la féerie sauvage et luxuriante de la végétation. L'orgue apporte à l'orchestre, dans lequel il tient une place très curieuse, l'appoint de ses sonorités personnelles qui, le compositeur le démontre, ne sont pas exclusivement de caractère religieux. »

(Lyrica, janvier 1932, p. 2123)

 

Photo X...
(revue Zodiaque, 1991, consacrée à "la musique religieuse de Georges Migot") DR.

« Les trois pièces extraites du Zodiaque de M. Georges Migot (le Taureau, la Vierge et le Capricorne) sont d'un rang nettement plus élevé. Ce sont des études pour piano destinées à mettre en valeur les ressources si diverses de cet instrument trop souvent employé comme un complément ou même un ersatz de l'orchestre. La musique de M. Georges Migot est toujours intéressante, car elle dénote un effort sincère pour traduire une idée nouvelle en employant des formules nouvelles. Je ne crois pas qu'il ait voulu nous faire entendre ici la musique des espaces infinis que Pascal croyait silencieux, ni davantage qu'il ait songé au symbolisme médiéval des signes du Zodiaque (ces signes figurant les douze apôtres, alors que les saisons représentaient les quatre évangélistes). A-t-il écrit une musique dont la signification secrète ne puisse être comprise que des seuls astrologues ? Je ne le pense pas non plus. Cependant, ces trois pièces m'ont paru presque trop intellectuelles et avoir été composées avec un excès de recherches qui sacrifie l'inspiration au désir de trop bien faire. Celle que je crois la mieux réussie des trois est la Vierge où l'écriture garde toute sa transparence et sa pureté. »

(Le Ménestrel, 24 mars 1933, p. 126)

 

« Voici maintenant, en la personne de M. Georges Migot, une autre vedette, si j'ose m'exprimer ainsi, de la maison de la rue St-Honoré. Même ceux qui peuvent discuter les tendances très particulières, l'esprit peut être plus pictural et poétique qu'exclusivement musical des œuvres de Migot, s'accordent, je pense, à rendre hommage à sa multiple activité, à son désir de renouvellement. Il les atteste une fois de plus aujourd'hui en nous offrant la petite partition de ces Sept petites images du Japon pour chant et orchestre dont la subtile liberté épouse étroitement les paroles du texte les pièces séparées de ces Poèmes du Brugnon dont je vous ai dit déjà la diversité d'accent ; trois Nocturnes Dantesques pour piano où s'exprime, dans un langage qui semble souvent appeler l'orchestre, une incontestable force de suggestion poétique enfin un Lexique de certains termes utilisés en musique que je n'ai pas malheureusement la place d'examiner ici en détail, mais qui contient maintes vues originales et pénétrantes. »

(L'Art musical, 10 janvier 1936, p. 210)

 

« Société Nationale (11 janvier.) — Le Trio ou Suite à trois de M. Georges Migot se détache nettement de ce bouquet de cinq premières auditions que présentait la Société. Il s'en distingue autant par la forme, qui est celle d'un compositeur de race et qui force l'estime, que par l'inspiration : cette violence véhémente, tour à tour désespérée, sarcastique et toujours tragique, qui se donne cours au long de quatre mouvements de valeur inégale, mais tous attachants, appartient à la meilleure veine de l'auteur. »

(Le Ménestrel, 17 janvier 1936, p. 22)

 

« PSAUME XIX (Georges Migot). — L'Abbé Sylvain Pons écrit dans la Vie Catholique du 30 avril 1932 au moment de l'édition du Psaume XIX : « Le Psaume de Migot est d'une ample et majestueuse coulée. Migot utilise une version française faite directement sur le texte. Le majestueux unisson du début sera bientôt développé par une polyphonie de plus en plus serrée et reviendra, dans la suite de l'ouvrage comme un thème unificateur. D'un bout à l'autre les nuances du texte sont traduites par la musique qui glorifie le Seigneur avec la diversité même de la création, et, comme le soleil dans la magnifique image du psalmiste, parcourt l'univers d'une extrémité à l'autre, jusqu'au repos extatique, pianissimo. »

(L'Art musical, 4 décembre 1936, p. 225)

 

« Tout autre est le caractère du Psaume XIX de M. Georges Migot. Ecrit primitivement pour choeur, orchestre et orgue, il a été depuis réinstrumenté par l'auteur ; seuls de l'orchestre subsistent un quintette à cordes, la harpe et la batterie. C'est sous cette forme qu'il fut présenté au concert qui nous occupe. Dans cette œuvre puissante, le sentiment religieux s'exprime d'une façon parfois dramatique. Dès le début, c'est un déchaînement sonore dans lequel la batterie ne joue pas le moindre rôle. Par la suite, le ton de ce Psaume reste généralement véhément. Vers la fin, le calme est curieusement ramené par un trille confié à l'orgue et le morceau s'achève dans le recueillement. L'impression qui s'en dégage est imposante, encore que certains effets eussent peut-être gagné à être employés avec plus de parcimonie. »

(L'Art musical, 25 décembre 1936, p. 288)

 

« Au cours d'une réunion privée qui vient d'avoir lieu chez M. et Mme Georges Michel, M. Georges Millot a exposé la genèse de son Oratorio d'après le Sermon sur la Montagne, dont M. Robert Franc a chanté quelques fragments. Tout en suivant le plan général des Béatitudes auquel il ajoute, d'ailleurs, de fort personnelles et fort poétiques conceptions symbolistes, M. Georges Migot, dans sa musique, ne s'écarte pas de l'atmosphère musicale qu'il a toujours réalisée et qui semble avoir trouvé ici son maximum d'intensité; la souple ligne des vocalises, aux continuelles transformations, s'enroule éperdument autour des paroles divines répétées par le choeur, se confond avec celles des cordes tandis que l'orgue les soutient. Il était malaisé, au cours d’une audition aussi fragmentaire, de réaliser exactement l'ensemble de cet oeuvre dont on peut cependant dès maintenant prévoir l'importance dans la production de l'auteur. »

(L'Art musical, 19 février 1937, p. 474)

 

Olivier Geoffroy

(février 2021)

 

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