Le Grand-Orgue de la Cathédrale Saint-Pierre de Nantes

Le grand orgue de la cathédrale de Nantes en 1991 (photo B. Winkel)Le grand orgue de la cathédrale de Nantes en 2005 (photo Pascale Winkel)
Le grand orgue de la cathédrale de Nantes
( respectivement: photos B. Winkel (1991) et Pascale Winkel (2005) )

 

C’est en 1466 que l’on trouve la première mention d’un orgue à la Cathédrale de Nantes, le Chapitre de la cathédrale ayant payé " quatre livres, quinze sols " à René Parajaud qui avait "réparé les orgues".

En 1531, un nouveau marché est passé avec Grégoire Ambrosy pour des orgues nouvelles, tandis que le buffet d’orgue est commandé à deux menuisiers. Il devait donc déjà s’agir d’un instrument important.

En 1555, on fit ajouter un jeu de cornet qui coûta " vingt écus sols " et on transporta l’orgue au niveau du jubé qui existait alors. A sa démolition, on construisit la tribune où l’instrument se trouve actuellement. Cette tribune présente d'intéressants détails comme les clés de voûtes, particulièrement ouvragées.

Le 11 septembre 1619, le Chapitre de la Cathédrale commande un nouvel instrument à Jacques Girardet ;Le contrat est signé devant la grande porte de l’église Cathédrale (la copie du procès-verbal original existe encore aujourd'hui). Cet orgue, constitue la base même de l’instrument d’aujourd’hui. Il comportait 2 claviers de 49 notes et une pédale de 30 notes.

Au cours du 17ème siècle, divers facteurs d’orgue interviennent sur l’instrument ; la dernière réparation date du 14 juillet 1698 où Maître Antoine Vincent toucha 166 livres, 11 sols pour avoir réparé l’instrument.

En 1744, Collar, facteur d’orgue à Paris fait un relevage de l’instrument.

En 1767, Adrien Lépine intervient une première fois sur l’orgue , pour le réparer et poser le " jeu de bombarde ".

L’année suivante, il est chargé d’agrandir l’instrument : le grand buffet s’augmente de deux tourelles latérales contenant 10 nouveau tuyaux de montre.

Lépine pose également de nouveaux jeux.

En 1780, l’organiste Denis Joubert alerte le Chapitre sur le mauvais état de l’instrument ; c’est François-Henri Clicquot, " facteur du Roi ", qui est chargé du chantier, le devis portant sur 200000 livres. L’instrument s’étend alors à 49 jeux , répartis sur 5 claviers manuels et un pédalier. Il était alimenté en vent par 10 soufflets.

Pendant la Révolution française, l’orgue ne doit son salut qu’à la présence d’esprit de son titulaire, Denis Joubert, qui sut convaincre le Comité révolutionnaire que l’orgue pouvait encore être utile et ajouter à l’éclat des fêtes qui se déroulaient dans la Cathédrale, transformée en "temple décadaire".

Sous le Directoire, une circulaire, émanant du Ministère de l’Intérieur, réclame "la conservation et l’emploi des buffets d’orgues". Denis Joubert avait vu juste !

La fin du 18ème et le début du 19ème siècle constituent une période " noire " : faute de financement, l’état de l’orgue se dégrade de plus en plus.

Enfin, en 1866, le Chapitre se décide à désigner une commission chargée d’étudier l’état de l’instrument,. Les membres de cette commission visiteront divers ateliers de facture d’orgue ainsi que des orgues , à Paris et en province, avant de statuer.

Le choix portera entre Aristide Cavaillé-Coll et Merklin. C’est ce dernier qui, finalement, l’emportera, son devis étant le moins élevé. Les réparations porteront essentiellement sur la soufflerie qui était dans un état pitoyable et quelques modifications. Merklin remplace le plein-jeu du Positif par un Salicional de 8 , supprime le nasard et la grosse tierce du Grand-Orgue pour ajouter un violoncelle de 8. Il ajoute un bourdon de 8 au Récit. Pourtant, l’essentiel de l’orgue de Clicquot subsiste.

Au début du 20ème siècle, l’instrument était confié aux soins de la Manufacture nantaise Beuchet-Debierre.

De 1927 à 1933, l’instrument est restauré sous la direction de Mr Gloton, Directeur intérimaire de la Manufacture Beuchet-Debierre. Le titulaire, le Chanoine Courtonne, avait tout fait pour que cette restauration se fasse ; il s’agissait , tout en conservant au vieil orgue le caractère de ses timbres anciens, de le doter d’un mécanisme moderne et de l’enrichir de sonorités permettant l’exécution de la musique romantique et symphonique.

Le dimanche 19 février 1933, Monseigneur Le Fer de la Motte, Evêque de Nantes, bénissait l’instrument restauré tandis que Louis Vierne donnait le récital traditionnel. Outre une nouvelle console remplaçant l’ancienne en fenêtre, un Récit expressif était mis en place tandis que le clavier d’Echo était supprimé. Le pédalier normalisé permettait l’exécution de toute la musique d’orgue classique et moderne. Un système pneumatique, le système Debierre, remplaçait la transmission directe.

En 1939, la seconde guerre mondiale venait mettre à nouveau l’instrument en péril. Nantes était bombardée régulièrement ; A plusieurs reprises, le souffle des bombes ébranla la cathédrale ; celle-ci fut touchée en juin 1944 et la chute des voûtes endommagea l’orgue.

A la fin de la guerre, la nécessité d’une nouvelle restauration s’imposait.

En 1952, un projet de restauration était proposé par le facteur Joseph Beuchet.

En 1955, une première tranche de travaux porte l’orgue à 74 jeux, sur les 89 prévus.

En 1960, l’Architecte des Monuments historiques constate que le badigeon qui recouvre les voûtes de la Cathédrale s’effrite et tombe. Il faut commencer d’abord par restaurer la tribune et les voûtes.

Le dimanche 12 février 1961, l’orgue se fait entendre pour la dernière fois. Console, tuyaux et soufflerie sont démontés.

Il faudra attendre 1971 pour voir l’orgue réintégrer peu à peu la tribune ; le buffet est réparé et décapé, les tuyaux de montre remis à leur place.. La traction des claviers et des jeux est désormais électrique. La nouvelle console est pourvue de 36 poussoirs de combinaisons réversibles pour les tirasses, accouplements et appels., d’une pédale expressive pour le récit et d’une pédale de crescendo.

L’instrument possède 74 jeux réels 

Les 4 claviers sont portés à 61 notes, le pédalier à 32.

Le nombre des tuyaux s’élèvera à 6800 lorsque l’orgue sera définitivement terminé, mais le sera t'il, du moins dans cette optique ?

Inauguré le 21 novembre 1971 par Gaston Litaize et Félix Moreau, le Grand-Orgue fut menacé gravement par un incendie, dû à l'imprudence d'un ouvrier plombier, qui ravagea complètement la magnifique charpente de la toiture de la Cathédrale et endommagea les voûtes, l'après midi du 28 janvier 1972.

L'orgue n'eut pas à souffrir du feu, mais subit quelques dégâts consécutifs à l'arrosage de la toiture par les lances d'incendie. La Cathédrale fut fermée au Culte pendant 2 ans environ, mais l'instrument restait jouable et son titulaire s'y rendait plusieurs fois par semaine, ce qui évita un empoussièrement trop important. La restauration de l'édifice se poursuivit pendant de longues années et, en 1985, un Office solennel, où l'orgue tint une grande place, consacrait la réouverture du chœur de la cathédrale.

A Pâques 2002, Marie-Thérèse Jehan, organiste reconnue, premier prix d'orgue du CNSM de Paris, fut nommée co-titulaire du Grand-Orgue par l'Evêque de Nantes Mgr Soubrier, avec l'accord du curé affectataire

Après Joseph Beuchet, les facteurs agréés qui eurent la charge de l'instrument furent successivement :

- Jean Renaud, qui, à la demande de l'organiste titulaire et du technicien-conseil, revoit l'harmonisation des jeux de mixtures du Grand-Orgue et du Positif, opération qui devrait se poursuivre.

- Après Jean Renaud, son successeur, Gildas Ménoret, poursuit l'entretient de l'instrument

- Aujourd'hui, c'est le facteur nantais Nicolas Toussaint qui en a la charge.

A l’heure actuelle (janvier 2005), une nouvelle restauration s'imposerait ou du moins un sérieux relevage.

 

Le grand orgue de la cathédrale de Nantes, détails de la façade
Le grand orgue de la cathédrale de Nantes, détails de la façadeLe grand orgue de la cathédrale de Nantes, détails de la façadeLe grand orgue de la cathédrale de Nantes, détails de la façade
Le grand orgue de la cathédrale de Nantes, détail du cornet positif
Le grand orgue de la cathédrale de Nantes, détails de la façade et du cornet positif
( Photos Pascale Winkel )

 

Composition

Cath. de Nantes, console du grand orgue (Photo Pascale Winkel, avr. 2005)
Console du grand orgue de la cathédrale de Nantes
( 9 avril 2005, photo Pascale Winkel )

Grand-Orgue (61 notes)

1) montre 16
2) bourdon 16
3) montre 8
4) flûte harmonique 8
5) principal 8
6) diapason 8
7) bourdon 8
8) grosse quinte 5 1/3
9) prestant 4
10) flûte 4
11) grosse tierce 3 1/5
12) quinte-flûte 2 2/3
13) quarte 2
14) doublette 2
15) tierce 1 3/5
16) grosse fourniture 2 à 4 rangs
17) fourniture 4 rangs
18) cymbale 4 rangs
19) cornet (dessus)
20) 1ère trompette 8
21) 2ème trompette 8
22) clairon 4

 
Positif (61 notes)

23) montre 8
24) salicional 8
25) bourdon 8
26) prestant 4
27) flûte douce 4
28) nasard 2 2/3
29) doublette 2
30) tierce 1 3/5
31) larigot 1 1/3
32) piccolo 1
33) fourniture 4 rangs
34) cornet dessus)
35) trompette 8
36) clairon 4
37) cromorne 8

 
Récit expressif (61 notes)

38) quintaton 16
39) principal 8
40) flûte 8
41) bourdon 8
42) gambe 8
43) voix céleste 8
44) prestant 4
45) flûte 4
46) nasard 2 2/3
47) quarte 2
48) tierce 1 3/5
49) doublette 2
50) plein-jeu 4 rangs
51) cymbale 4 rangs
52) bombarde acoustique 16
53) trompette 8
54) clairon 4
55) hautbois 8
56) voix humaine 8 (tremblant)

 
 
Bombarde (61 notes

57) cornet (dessus)
58) bombarde 16
59) trompette 8
60) clairon 4
61) hautbois (anc. du Positif)

 
Pédalier (32 notes)

62) soubasse 32, soubasse 16 (par extension)
basse 8 (par extension)
63) flûte 16
64) flûte 8
65) flûte 4
66) principal 16 (emprunté à la montre du GO)
67) principal 8
68) principal 4
69) principal 2
70) plein-jeu 4 rangs
71) bombarde acoustique 32
72) bombarde 16
73) trompette 8
74) clairon 4

Tirasses, copulas
pédale de crescendo

Pascale Winkel      
( d'après les travaux de Marcel Courtonne et de Félix Moreau )

Le Grand-Orgue de la Cathédrale de Nantes, par Félix Moreau
Paru en 2005
:

Le Grand Orgue de la Cathédrale de Nantes

(du XVe siècle à nos jours)
par Félix MOREAU, organiste titulaire


plaquette 81 pages + "tableau comparatif des restaurations successives"
nombreuses illustrations et photographies couleurs
Parution: juin 2005
Editeur : Association Hymnal, 98 rue du Commandant Gâté, 44600 Saint-Nazaire
Tél. : 02 40 70 07 54 ou e-mail : hymnal.orgue@tele2.fr


 


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