L'abbé René REBOUD

 (1914 - 1984)

Pédagogue et Maître de chapelle de la cathédrale d’Amiens


 

 

Théologien, professeur, musicien, maître de chapelle et compositeur liturgique, l'abbé René-Marie Reboud a su de manière discrète laisser son empreinte sur la musique sacrée du XXème siècle. On lui doit quelques cantiques souvent chantés un peu avant et après le Concile Vatican II et des enregistrements sur microsillons.

 

Après une scolarité brillante et ses premières années au grand séminaire d'Amiens, à partir de 1938, René Reboud est parti compléter sa formation à Rome où il a obtenu le grade de licencié en philosophie scolastique et en théologie. Il a été ordonné prêtre par Mgr Martin en la cathédrale d'Amiens le 29 juin 1938. Comme il était tout aussi brillant dans les matières profanes, sa licence d'anglais lui a permis de faire carrière en tant que prêtre professeur dans différents lieux d'enseignement : il a été professeur d'anglais au petit séminaire d'Amiens de 1939 à 1966, dans les collèges Saint-Pierre d'Abbeville et Sainte-Clotilde d'Amiens de 1966 à 1968 puis aumônier au lycée du Sacré-Coeur d'Amiens à partir de 1968. Reconnaissant ses mérites et ses qualifications, l'Institut catholique de Paris en a fait aussi un de ses chargés de cours (à l'I.M.L., l'Institut de Musique Liturgique, de 1968 à 1980).

 

Quelle formation musicale a-t-il reçu ? Laissons la parole aux abbés Georges Beyron et Jean Bihan qui ont bien connu le père Reboud :

 

     « Travailleur infatigable, quoiqu'il eût toujours l'élégance de le dissimuler, il n'écrivit pas une seule note de musique pendant vingt-sept ans sans la montrer à son maître Charles KOECHLIN : c'est avec lui, après avoir été l'élève de Pierre CAMUS pour l'harmonie, qu'il étudia la fugue et le contrepoint ; durant son séjour à l'Angelicum à Rome, il travailla un an avec Jacques IBERT alors à la Villa Médicis. Musicien, il l'était : il jouait de combien d'instruments ? Les élèves de l'I.M.L. le savaient spécialiste de la flûte à bec, mais les auditeurs de nos concerts, salle des actes, l'ont vu à la flûte à bec, de toutes les tailles, au chromorne, au piano, au clavecin, à l'orgue. Il avait rédigé toute une série de règles de la musique d'ensemble dont chacune était un trait d'esprit : « Quand tout le monde a fini de jouer sauf toi, tu ne dois pas exécuter les notes qui te restent. ». A sa mort, il y avait sur son piano, un Sanctus inachevé, arrêté aux mots et aux notes : « Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire. Hosanna au plus haut des cieux. ». Il ne s'agit sans doute pas que d'une coïncidence pour celui qui a toujours chanté et joué la gloire de Dieu. Le reste : « Béni soit celui qui vient » il a dû le mettre en musique pour trois heures ce vendredi saint. »

(Revue de l'Institut catholique, juillet 1984, p. 120-121)

 

Il connaissait l'anglais, le latin et le grec appris durant son parcours dans l'enseignement secondaire et dans l'enseignement supérieur, mais également de nombreuses autres langues vivantes et anciennes :

 

     « Il cultivait avec ténacité ses dons de polyglotte. Il parlait huit ou neuf langues et se mettait, à soixante-huit ans, à l'étude de l'arabe et, récemment, à celle de l'occitan. Sans doute, ce don des langues, joint à la vertu de bienveillance, lui permit-il d'écouter attentivement et de comprendre tous ceux qui s'adressaient à lui, aussi divers fussent-ils. […]

     Un jour, à Jérusalem, ayant dû longuement parlementer avec le gardien d'un sanctuaire pour obtenir l'ouverture des portes à une heure indue, l'abbé Reboud reçoit les compliments d'un de ses pèlerins que la réforme conciliaire de la langue liturgique troublait encore. « Vous voyez bien, Monsieur l'abbé, l'avantage de savoir le latin que l'église a si lamentablement abandonné. » « En effet, cher Monsieur, le gardien ne sait pas le latin. J'ai dû lui parler en grec. ». D'ailleurs l'abbé aurait pu parler l'hébreu moderne qu'il lui arrivait même d'enseigner... »

Un des enregistrements de René Reboud dans les années 1960 : sa Messe J'étais dans la joie, par la "Chorale Alleluia" d'Amiens, placée sous sa direction, avec Germain Desbonnet à l'orgue
(disque SM 17A-178) DR.

(Revue de l'Institut catholique, juillet 1984, p. 120-121)

 

Ses compétences de musicien lui ont aussi permis d'être maître de chapelle de la cathédrale d'Amiens. Dès avant la Seconde Guerre mondiale, il avait été le parolier et compositeur de chants pour la « Cité des jeunes », mouvement d'Action catholique fondé par le père mariste Marcellin Filière (1900-1949). Il est aussi le fondateur de la chorale « Alleluia » qui est aujourd'hui encore active dans le département de la Somme et avec laquelle il a enregistré plusieurs disques de musique sacrée, de chants liturgiques, notamment.

 

Quelques chants liturgiques de l'abbé Reboud :

 

- Je veux te suivre, G154-DEV170, Bayard.

- Alleluias festifs, Al100, Levain.

- Messe « J'étais dans la joie », AL69, Fleurus.

- Un petit enfant est né, F87, Levain.

- Pleine de grâce, réjouis-toi, VP134, Fleurus-Mame.

- Cantiques de Grignion de Montfort, Paris, Schola, 1961.

- Sancta Maria, Paris, Schola, 1949.

- Répons pour les défunts, Paris, Schola, 1952.

- Ave verum corpus, Paris, Schola, 1952.

- Te Deum, Paris, Musique et Liturgie, 1954.

- Le Message d'Isaïe, Paris, Musique et Liturgie, 1957.

- Plusieurs refrains pour les Psaumes de la Bible de Jérusalem, Paris, Cerf, 1958 et 1963.

 

Autres pièces vocales : Cité des jeunes, chants à quatre voix [dont la Messe du Congrès], Senlis, Imp. Réunies, 1945.

 

Edition de musique ancienne : Messe « ad libitum » de Jean de Bournonville, Procure, 1953.

 

Musique instrumentale : Pièces pour flûtes à bec, Paris, Zurfluh, 1972.

 

Et des harmonisations de chansons françaises et canadiennes traditionnelles.

 

L'abbé Reboud est mort le jour du Vendredi-Saint, 20 avril 1984 :

     « J'étais dans la joie, Alleluia, Quand je suis parti vers la maison du Seigneur ». Ce chant, l'une de ses œuvres les plus connues et qui n'a pas pris de rides, introduit au grand orgue, alterné par les quatre-vingt prêtres concélébrants autour de l'évêque et par la foule des amis, accompagnait son cercueil dans sa montée vers le sanctuaire, le mercredi de Pâques.

     « Chantez au Seigneur car il a fait éclater sa gloire Il a jeté à l'eau cheval et cavalier ». Son Cantique de Moïse, universellement connu lui aussi, a dû résonner cette année encore, au cours de nombreuses vigiles pascales. Notre ami, déjà alors, avait accompli son Exode. »

(Revue de l'Institut catholique, juillet 1984, p. 122)

 

Olivier Geoffroy

(octobre 2019)

 

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