Mgr MAURICE KALTNECKER
(1884-1959)

Mgr Kaltnecker
Mgr Maurice Kaltnecker
( photo X..., coll. abbé Pierre Matte/O. Geoffroy )

Compositeur de cantiques dont la réputation a dépassé les frontières du diocèse de Nancy, Maurice Kaltnecker est né aux Roises dans la Meuse le 13 août 1884. Décelant une vocation précoce pour le sacerdoce, ses parents l’envoient comme élève au petit séminaire de Pont-à-Mousson logé dans la superbe abbaye des Prémontrés. Peu sportif de nature, il s’adonne à la musique et suit les cours de piano et d’orgue d’Henri Pilloy, ancien élève de l’école Niedermeyer, organiste de l’église Saint-Laurent et professeur de musique au séminaire.

Cathédrale de Nancy
Cathédrale de Nancy, 1944 : Les 20 "aiglons" de la maîtrise de la cathédrale (alors dirigée par l'abbé Alexandre Roussel, maître de chapelle) chantant l'alléluia près de l'Aigle sculpté durant l'été 1943 par M. Michel, de Pont-à-Mousson. Parmi eux : André Valette, futur maître de chœur à l'abbaye bénédictine de Randol en Auvergne (1er rang, 1er à gauche) et Claude Hilger, futur organiste de St-Martin de Sucy-en-Brie (2ème rang, 2ème à partir de la gauche)
( coll. D.H.M. )

Bachelier double mention, il entre au grand séminaire de Nancy installé dans les bâtiments des anciennes Missions Royales et se lie d’amitié avec son condisciple le futur Cardinal Tisserant. Ordonnés la même année (1907), ils évoluèrent chacun vers leur destin mais restèrent toujours en contact. Nommé professeur de lettres et maître de chapelle au petit séminaire, l’abbé Kaltnecker obtint de son évêque Mgr Turinaz de suivre les cours d’harmonie de Joseph-Guy Ropartz au Conservatoire de Nancy. La Première Guerre mondiale l’empêcha de suivre les cours de contrepoint et de fugue. Infirmier à Toul durant le conflit, il rencontra l’organiste de la Cathédrale Joseph Oury (1852-1949), ancien élève de Saint-Saëns. L’abbé Kaltnecker compléta plus tard sa formation auprès des moines de Solesmes à qui il rendait fréquemment visite et à l’Ecole Supérieure de Musique de Paris dont il fut médaillé.

Keltnecker et Tourte : Chants divers
Couverture du recueil de Chants divers pour les Saluts du Très Saint Sacrement par le chanoine Ferdinand Tourte, maître de chapelle de la cathédrale de Verdun et l'abbé Maurice Kaltnecker, maître de chapelle au Petit Séminaire de Nancy à Bosserville, 1924
( coll. O. Geoffroy )

De 1920 à 1955, il fit paraître de nombreux cantiques écrits dans un style très populaire. Il composa également plusieurs cantates et messes en alternance avec le grégorien et quelques mélodies profanes sur des fables de La Fontaine exécutées lors des remises de prix au séminaire. Il n’écrivait jamais le texte de ses cantiques et s’adjoignait pour cela les compétences de collègues (abbés Malquin, Delarue et Barbier, licenciés ou docteurs ès lettres). Son recueil Chants français et latins connut plusieurs éditions successives et remporta un vif succès dans les paroisses lorraines. Outre des compositions personnelles on pouvait y trouver des cantiques dont la musique était écrite par Guy Ropartz, Henri Pilloy, Auguste Kling (organiste de la Basilique Saint-Epvre de Nancy, mort en 1919) et Charles Caspar (1827-1905), organiste de Saint-Jacques de Lunéville.

On peut également relever une pièce pour harmonium Sur un cantique populaire parue en 1928.

Nommé Supérieur du petit séminaire en 1942, il maintint le lien entre les séminaristes dispersés dans toute la France durant l’occupation.

Son ami Eugène Tisserant, pro préfet de la Bibliothèque Vaticane venait de le faire nommer Prélat de la Maison de Sa Sainteté lorsqu’on apprit sa mise à la retraite forcée en 1955. Mgr Lallier, qui désirait rajeunir l’équipe d’encadrement du séminaire, manqua de diplomatie en l’occurrence. Très atteint dans son moral, il prit comme une consolation sa nomination comme Président de la Commission Diocésaine de Musique Sacrée. Il organisa chaque année des rencontres de chorales paroissiales conclues par un grand concert à la salle Poirel.

Kaltnecker : Sur ta Lorraine
Maurice Kaltnecker : cantique "Sur ta Lorraine", paroles de l'abbé Paul Filippi (1884-1969)
( coll. Olivier Geoffroy )

Il avait, au fil des ans, transformé son séminaire en véritable petit conservatoire. Beaucoup de jeunes suivaient des cours particuliers de piano, d’harmonium ou d’orgue. Il faisait pour cela appel à des organistes confirmés (Charles Magin, Jean Mark, Jules Bernard). Il réglait parfois lui-même les honoraires de ces professeurs pour que les élèves dont les familles étaient nécessiteuses, ne soit pas entravés dans leurs études musicales. Il avait publié un ABC du jeune accompagnateur contenant les formules de cadences et les enchaînements d’accords les plus courants en accompagnement liturgique. Il enseignait également l’histoire de la musique en passant sous silence les périodes qu’il n’affectionnait pas (la chronologie retenait la musique grecque de l’Antiquité – à propos de laquelle on n’avait pourtant pas beaucoup d’information, le Moyen-Age, la Renaissance, pour la musique baroque : Jean-Sébastien Bach uniquement, le XIXe siècle était très rapidement abordé et la période contemporaine ne semblait retenir que les noms de Guy Ropartz et... Maurice Kaltnecker !)

Très conservateur sur le plan musical, il déplorait le développement de cantiques de médiocre facture qui voyaient le jour à l’approche du Concile Vatican II. " Ces apprentis compositeurs n’ont aucun sens de la prosodie française " disait-il. Devant ses élèves qui lui demandaient des accompagnements, il s’étonnait que l’on exécutât de telles fadaises dans les églises mais fournissait l’harmonisation réclamée.

Atteint d’une leucémie, il s’éteignit au mois de janvier 1959. Ses obsèques célébrées à la cathédrale de Nancy rassemblèrent une foule nombreuse qui reprit avec émotions ses anciens cantiques (Sur ta Lorraine, sur tes Lorrains, O douce Reine étends les mains).

Olivier GEOFFROY
Agrégé de l’Université

 

 


Les professeurs du Petit Séminaire de Pont-à-Mousson en 1906, peu avant la fermeture à la suite des lois Combes : Maurice Kaltnecker debout à droite. En civil, Henri Pilloy, né en 1867, ancien élève de l'École Niedermeyer, organiste de l'église St-Laurent de Pont-à-Mousson et professeur de musique dans cet établissement où l'avait précédé son père Jean-Baptiste Pilloy.
( coll. Mlle G. Trotot, filleule de Mgr Kaltnecker )

La Commission de Musique Sacrée de Nancy
à travers La Semaine religieuse (1955-1958)

 

La semaine religieuse
Entête de La Semaine religieuse du diocèse de Nancy et de Toul avec les armes de Mgr Lallier
( coll. O Geoffroy )

Le bulletin d’informations du diocèse de Nancy et de Toul [Nancy, Vagner] présentait les différentes activités de la Commission instituée par Mgr Marc Lallier et en particulier la fête annuelle des chorales paroissiales réunies pour un concert à la salle Poirel.

Avec à sa tête Mgr Maurice Kaltnecker (1884-1959), cette commission ne manquait pas de travail. Ainsi, à la suite de la réunion de janvier 1955 :

" Monseigneur le président exprime le souhait que la Commission ne se contente pas de délibérer mais qu’elle passe à l’action.

" Il l’informe donc qu’il a signalé à MM. Les Curés de Nancy et de la banlieue l’ouverture, dès le 5 février, de cours de chant grégorien et d’accompagnement. Le cours supérieur de chant (professeur : M. l’abbé Mary) aura lieu le samedi à 15 heures, salle des catéchismes de la Cathédrale, entrée 1, rue Montesquieu. Le cours préparatoire (même professeur) aura lieu le samedi à 17 heures au même local. Le cours d’accompagnement du plain-chant et du cantique populaire (professeur : Mgr Kaltnecker) aura lieu le samedi à 16 heures. [...]

" On décide d’organiser une journée des chorales à quatre vois mixtes, le dimanche 3 juillet. [...] On entrevoit une grand-messe à la Cathédrale et, l’après-midi, un concert donné par les chorales à la salle Poirel. [...]

Kaltnecker : Messe du Sacré-Coeur
Premières mesures de la Messe en l'honneur du Sacré-Cœur de N. S. Jésus-Christ, à 4 voix mixtes, de Mgr Kaltnecker, dédiée à l'abbé Jean Mary, maître de chapelle de la cathédrale de Nancy, Nancy, SAEM, 1957
( coll. O. Geoffroy )

" L’unité de doctrine est indispensable entre le membres de la Commission ; M. l’abbé Mary a commencé et continuera l’exposé des principes rythmiques selon la méthode de Solesmes enseignés à l’Institut grégorien de Paris. M. le chanoine Roussel, à la réunion du 10 février parlera de la méthode Ward. " [p. 72]

Le chanoine Alexandre Roussel (1890-1961) était maître de chapelle à la Cathédrale de Nancy et directeur de l’Ecole Presbytérale :

" Pendant cinq lustres, M. Roussel accomplit une rude et belle besogne [...] inculquant solidement à ses clergeons les rudiments du français, du grec et du latin, les récréant avec des vocalises et des exercices de solfège, car M. Roussel, ignorant le repos hebdomadaire, assurait le dimanche, avec sa psallette, renforcée aux fêtes par le Grand Séminaire, la partie musicale des offices capitulaires. " [Semaine religieuse, 1951, p. 410]

Pour ce qui concerne les propositions, les résultats ne tardent pas à venir :

" Mgr le Président annonce à ses collègues que quarante-cinq chorales à quatre voix mixtes ont donné signe de vie. [...] Une dizaine de jeunes gens suivent le cours d’accompagnement ; douze assistent à la classe supérieure de chant grégorien ; plus de cinquante fréquentent le cours du premier degré. 

" En fin de séance, M. le chanoine Roussel expose brièvement les principes de la méthode Ward. [...] Précisons qu’elle s’adresse aux enfants de six à dix ans et que là où elle est sérieusement appliquée, elle produit des merveilles. [...] En bref, petits garçons et fillettes s’instruisent en s’amusant : c’est la musique par la joie. " [10 avril 1955, p. 215]

Les chorales sont priées de travailler quelques pièces en attendant la répétition générale : Messe grégorienne n° IX, Peuple Chrétien (M. Kaltnecker, extrait de la Cantate au Saint-Sacrement) et Pâques (C. Magin).

On apprend que l’abbé Kirchhoffer du diocèse de Strasbourg a été invité le 24 mai 1955 à présenter l’organisation " caecilienne " et la tradition musicale religieuse d’Alsace.

Enfin, la fête des chorale du 3 juillet 1955 donne lieu à des échos chaleureux :

" Pendant la messe, l’imposant Cavaillé-Coll de notre Cathédrale, aux ordres de l’organiste titulaire, M. P. Cortellezzi, nous fit entendre au prélude de Bach, une fugue de Dupré et un final de Vierne, qui encadrèrent somptueusement le chant sacré. [...]

" La salle Poirel connut, dans l’après-midi, une audition musicale à laquelle certes elle n’est point habituée. [...] Quatre cents voix, après une quart d’heure de répétition, exécutèrent sans bavure – tant le travail préliminaire avait été soigné – deux hymnes grandioses, dont l’une au moins présentait de sérieuses difficultés. " [7 avril 1957, p. 205]

Ensuite, différents groupes se succédèrent avec un répertoire éclectique incluant des pages du Messie de Haendel. Forts de ce succès, c’est durant plusieurs années que ces rassemblements de chorales se déroulèrent.

En 1957 pour la journée du 2 juin le programme commun comprenait : " L’Introït Viri Galilae grégorien, Ecce Sacerdos magnus (Mgr Kaltnecker) et le cantique Saintes Orgues (C. Caspar) ". [citation de l’abbé Pierre Matte dans le numéro du 16 juin 1957, p. 379] Comme les deux précédentes, ce fut une réussite, bien qu’ayant lieu "  à une époque où l’on est parfois tenté de se contenter de cantiques-minutes, où certains souhaiteraient, de façon excessive, éliminer le latin de la liturgie. [...] Des chorales autrefois prospères ont disparu complètement, des maîtres de chapelle et des organistes en viennent parfois à douter de leur utilité dans l’Eglise. La fête des chorales rend confiance à ceux qui seraient tentés de se décourager."

Le 1er juin 1958, le grand chœur donna l’Introït de la Pentecôte Spiritus Domini, le chant des chorales Gloire au Seigneur (de Mgr Kaltnecker, déjà exécuté en 1956) et le Psaume 150 de César Franck.

Entre temps, le 20 avril, ce sont deux cent cinquante jeunes chanteurs issus des manécanteries régionales de Nancy, Epinal et Metz qui se rassemblèrent également à la salle Poirel :

"  Chaque chorale exécuta des œuvres séduisantes des XVIè et XVIIè siècles et aussi de la musque française moderne. Le folklore étranger ne fut pas oublié. [...] Le matin, à la Cathédrale, on avait goûté la Missa brevis de Palestrina, l’Exultate justi et des extraits au grand-orgue d’une symphonie de Vierne brillamment exécutée... On est gâté à Nancy. " [27 avril 1958, pp. 328-329]

Entre les pièces vocales de la journée des chorales de juin, Pierre Cortellezzi joua le deuxième mouvement du concerto en sol mineur de Haendel et le Carillon en si bémol de Vierne.

Enfin, du 1er au 18 septembre 1958, une session Ward fut organisée et suivie par 35 participants.

Après le décès de Mgr Kaltnecker en janvier 1959, la Commission perdit en influence et cessa progressivement ses activités.

Olivier Geoffroy

Notes sur quelques serviteurs de la Musique sacrée.

 


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