Le Panthéon des musiciens
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De janvier 2026 à décembre 2026
Michel Cocheril - Jean-Bernard Pommier - Michel Merlet
Le 28 janvier 2026 à Saint-Martin-des-Champs (Finistère) s’est éteint à l’âge de 80 ans Michel COCHERIL, spécialiste reconnu des orgues de Bretagne. Né le 15 mai 1945 à Rennes, il étudiait le piano dès l’âge de 6 ans, et plus tard, se tournant vers l’orgue devenait élève de Jean Boyer et Michel Bouvard à l’Ecole Nationale de Musique de Brest y décrochant en 1983 une médaille d’or. Egalement docteur d’Etat en musicologie avec une thèse portant sur « Les facteurs d’orgues en Bretagne de 1600 à 1900 » soutenue en 1992 à l’université de Rennes 2, ancien responsable technique de la Commission des orgues auprès du Conseil général du Finistère, président honoraire de l’Association des Amis de l’orgue de Morlaix et sa région, il fut encore, dans les années 1980-1990, professeur agrégé d’anglais à l’Institut national des sciences appliquées de Rennes.
Michel Cocheril en 2015 (DR.)
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En premier lieu organiste de Saint-Aubin de Rennes dans les années 1960, il est ensuite en 1973 nommé organiste de Saint-Mathieu de Morlaix (orgue Jules Heyer, 1872), poste qu’il occupe durant plusieurs décennies et en 1989, il devient aussi organiste de Saint-Miliau de Guimiliau (Finistère). C’est grâce à son action dans cette dernière église, « perle des enclos paroissiaux du Haut-Léon », que l’orgue de Thomas Dallam, daté de 1677, a pu être restauré en 1989 par le facteur Gérard Guillemin ; il l’inaugura le 1er octobre de cette année aux côtés de Jean-Albert Villard et Jan-Willem Jansen.
Ses importantes recherches entreprises au fil des années lui ont permis de publier, entre autres, deux précieuses études dactylographiées : Les orgues du Finistère (l’auteur, 1982), Dictionnaire des facteurs d’orgues ayant travaillé en Bretagne (l’auteur, 1983) et un ouvrage sur Les orgues de Bretagne (éditions Ouest-France, 1981). On lui doit également plusieurs enregistrements de bombarde et orgue avec Claude Mérer ou Bernard Pichard, et avec le Quatuor vocal du Léon et la Chorale Saint-Mathieu des chants et cantiques bretons. A l’orgue, il réalise aussi plusieurs enregistrements : « Orgue de Guimiliau », œuvres de Jean Denis, Couperin, Nivers, Guilain, Sweelinck, Scheidemann, Frescobaldi, Stanley, etc… (cassette audio, éditions Sarabande, Nantes, « Les Amis de l’Enclos ») ; « Les orgues historiques de Morlaix », avec des pièces de Muffat, Widor, Hesse, Grimont, Bach, Saint-Saëns, Vivaldi, Mozart et une page de son cru intitulée Variations sur un cantique breton (CD, Association des Amis de l’orgue de Morlaix, 1996) ; « Les orgues de l’Enclos » : Haendel, Couperin, Stanford, Wesley, Franck…, enregistré sur quatre instruments différents sur les orgues de Sizun, Guimiliau, Lampaul-Guimiliau et Saint-Thégonnec (CD, 2016).
Laissons maintenant la parole à Eric Cordé, organiste de la cathédrale Saint-Samson de Dol-de-Bretagne depuis 2011, et de l’église anglo-américaine de Dinard à partir de 2015, directeur artistique du festival estival « La clé des orgues », qui lui a rendu récemment hommage en ces termes :
[… ] il a effectué un travail de fond remarquable et exemplaire pour les orgues du Finistère dès les années 60, via des recherches, des articles, ouvrages et enregistrements, à une époque où la région Bretagne était totalement ignorée des grands pontes de l'orgue et faisaient fi de la richesse organistique de cette région. Que n'ai-je lu et écouté des ouvrages et enregistrements de Michel Cocheril, lorsque tout jeune garçon j'étais avide de connaissances, d'informations et de découvertes sur les orgues bretons, à une époque où trouver une simple composition d'orgue relevait de l'exploit et où l'ordinateur et internet n'allaient pas encore de soi !
Je lui serais toujours reconnaissant de son aide, sa simplicité, sa disponibilité et sa gentillesse lorsqu'en tant qu'étudiant à Rennes 2, j'effectuais mon master sur les buffets d'orgues bretons. Il mit à ma disposition le fruit de toutes ses longues et patientes recherches (étalée sur plus de quarante ans) sur les orgues bretons, via notamment sa remarquable thèse doctorale revue et augmentée sur les "Facteurs d'orgues Bretons de 1600 à 1900", tout cela avec beaucoup de générosité. Je fus heureux de pouvoir rencontrer pour la première fois, à Morlaix, ce monsieur dont j'avais tant lu de fois le nom.
Ces dernières années, il prit une certaine distance avec l'orgue, de part des problèmes auditifs notamment qui l'affectèrent beaucoup, il me semblait même poindre un certain découragement et de tristesse/amertume, lui qui avait pourtant tant donné pour les orgues bretons et chérissait tant l'orgue dont il était titulaire à Guimiliau. "C'est le plus bel orgue, j'en suis le titulaire !" disait-il.
Quoique certains aient pu dire, au fil des années/décennies, il fait partie des noms indubitablement liés à l'orgue en Bretagne, et mérite en cela notre respect et notre considération […]
Michel Cocheril fut aussi durant quelques années conseiller municipal, adjoint au Maire de Saint-Martin-des-Champs et bénévole à la médiathèque de cette commune. Ses obsèques ont été célébrées le 3 février 2026 à 15h au Centre funéraire du Launay.
Denis Havard de la Montagne
photo X... (DR.)
Le 23 avril 2026 à la polyclinique Saint-Privat de Boujan-sur-Libron (Hérault) est décédé d’une longue maladie le pianiste et chef d’orchestre Jean-Bernard POMMIER à l’âge de 81 ans. En octobre 2025, il présidait encore en tant que directeur artistique le 13e Festival Piano Prestige de Cazouls-les-Béziers et y dirigeait le Concerto pour piano en si bémol majeur, op. 19, de Beethoven avec Philippe Cassard au piano, et la Symphonie n° 1 en ré majeur de Haydn.
Né le 17 août 1944 à Béziers, il est tout jeune initié à la musique par son père Robert Pommier (1904-1968), professeur de musique, directeur artistique de Radio-Béziers, qui est également, au fil du temps, organiste à Béziers de Saint-Jacques, maître de chapelle de la cathédrale Saint-Nazaire, puis de Sainte-Madeleine durant plusieurs décennies. Très jeune, son père lui fait prendre des leçons auprès de la pianiste russe Mina Kosloff alors résidant à Béziers, mère du violoniste Marc Kosloff. A la veille de ses 9 ans, la radio Paris-Inter diffuse sur ses ondes le samedi 15 août 1953 à 11h10, dans son émission « Petites étoiles à tous les firmaments », Jean-Bernard Pommier interprétant à l’orgue des Préludes de Bach. Le jeudi de l’Ascension 27 mars 1954, lors de la séance solennelle de distribution des prix de la « Société d’archéologie, scientifique et littéraire de Béziers », il joue au piano la Fantaisie en ré mineur de Mozart et avec son oncle maternel, le flûtiste Emile Roquefort (1896-1956) ancien élève du Conservatoire de Toulouse, l’Andante du même compositeur.
Cette même année 1954 Jean-Bernard Pommier donne son premier concert dans la capitale et entre pensionnaire à la Maîtrise de Notre-Dame de Paris. Quelques années plus tard, après avoir complété son éducation pianistique en privé avec Yves Nat, il est accepté au Conservatoire de Paris. Dans cet établissement, il fréquente, entre autres classes, celle de piano de Pierre Sancan où il obtient en 1961 un 1er prix à 16 ans et celle de direction d’orchestre d’Eugène Bigot, puis se perfectionne auprès du pianiste newyorkais Eugène Istomin. Premier prix en 1960 du Concours international des Jeunesses musicales à Berlin, il remporte la même année le prix de la Guilde des artistes solistes français. Deux années plus tard, en 1962, il est le plus jeune finaliste du Concours international Tchaïkovski récompensé par un premier diplôme d’honneur avec félicitations du jury. Cette même année, le critique Clarendon dans Le Figaro du 29 juin commentant un concert parisien écrit : […] le jeune disciple de Pierre Sancan a reçu du ciel un don qu’on trouve rarement dans un berceau : la simplicité. D’autres l’acquièrent à force de travail, de réflexion, d’épurement ; celui-ci en bénéficie d’emblée. Dès son premier « solo » dans le Concerto en la nous étions fixés : il joue le texte sans rien ajouter - ou, plus exactement, en feignant de n’y rien mettre de lui, alors qu’en fait, clarté, transparence, pudeur sont, en matière d’art, des artifices invisibles. Toujours est-il qu’il a cette sonorité d’ange, cette diction sans emphase, cette retenue qui s’accordent si bien au sublime larghetto en fa dièse mineur, à la fois limpide et mystérieux : tout n’est-il pas mystère dans la musique de Mozart, dont Louis Aguettant dit avec bonheur : « Quand les auteurs clairs ont du génie, ce sont les grands impénétrables. Les secrets gardés par la lumière sont, de tous, les mieux défendus. » […] Dix années plus tard, en 1972, ce même critique note : « […] Il y a quelques années que je n’avais entendu Jean-Bernard Pommier : quel saut en avant il a accompli ! D’éblouissant virtuose, le voilà promu poète sensible, doté d’une palette sonore merveilleusement riche et souple. En énonçant les premières mesures de la Sonate de Brahms, il a fait s’élever, du fastueux Bösendorfer placé sous ses doigts, de ces rumeurs profondes comme le vent en arrache aux vieux grands arbres, souverains majestueux de nos forêts. […] » A la même époque, dans Le Guide musical du 6 février 1971, on peut aussi lire : « Pour illustrer son concert du 23 janvier dernier, l’Orchestre de Paris [sous la direction de Georges Prêtre] avait fait appel au jeune pianiste J.-B. Pommier, dont les promesses sont devenues des réalités indiscutables. Une grande aisance, une assise rythmique parfaite et une légèreté de toucher que seuls peuvent obtenir des doigts d’acier sont les qualités majeures et indispensables qui présidèrent à l’audition du troisième concerto de Bela Bartok. »
Une carrière de concertiste international s’ouvre à lui durant une vingtaine d’années, au cours de laquelle il joue, entre autres, avec, Samson François et Pablo Casals et sous les baguettes d’Herbert von Karajan, Daniel Barenboïm, Georges Prêtre, Pierre Boulez, Ricardo Mutti, Zubin Mehta… En formation de chambre on le rencontre avec Isaac Stern, David Oistrakh, Paul Tortelier et Itzhak Perlmann, ainsi qu’avec les quatuors Guarneri, Bernède et Vermeer. Puis, au début des années 1980, il entame une seconde carrière de chef d’orchestre. Il va ainsi diriger au fil des années l’Orchestre national du Capitole de Toulouse, l’Orchestre de Paris, l’Orchestre National de France, le Philharmonia Orchestra de Londres, l’Orchestre symphonique de San Francisco, le Chicago Symphony Orchestra, le Concertgebouw, le Northern Sinfonia, le Scottish Chamber Orchestra, l’English Chamber Orchestra, l’Orchestra Filarmonica de Turin, l’Orchestre symphonique de Liège. Parallèlement, dès les années 1967 il est le directeur les concerts « Renaissances » de Narbonne et de l’abbaye de Fontfroide (Aude) durant une vingtaine d’années et plus tard, en 2006, du Festival de musique de Menton, avant de succéder en 2011 à Jérôme Savary en tant que directeur du Théâtre des Franciscains de Béziers. Cette même année, dans cette même ville, a lieu la première édition du Festival Piano Prestige, auquel il va collaborer jusqu’en 2025. Egalement grand voyageur, en dehors de l’Europe qu’il parcourt fréquemment, il se rend notamment invité au Japon ainsi qu’en Australie, où il est nommé directeur du festival d’été en 1990 et donne des master-classes à Londres, Chicago et Tokyo. Il avait aussi fondé en 2011 à Bédarieux (Hérault) l’« Ensemble International Musiké » réunissant les meilleurs jeunes musiciens internationaux pour explorer toutes les formes : solistes, formations de chambre et symphonique du répertoire (30 à 40 jeunes professionnels venant de toute l’Europe) en déclarant « Il faut donner la possibilité de se produire devant un public, parce qu’il faut du courage pour l’affronter. Et leur apprendre que jouer, c’est physique et qu’il faut avoir de solides abdos. » Quelques mois avant sa disparition, il dirigeait toujours cette Académie.
Au sein de son importante discographie, on peut retenir plus particulièrement l’intégrale des 7 Toccatas pour clavier de Bach (La Voix de son Maître, 1975), les 15 Inventions à 2 et 3 voix BWV 787-801 de Bach (EMI, 1977), l’intégrale des Sonates pour piano de Mozart (M&C Records, 1982), les 32 Sonates pour piano de Beethoven (Erato puis Warner, 1998), le Concerto pour 2 pianos de Francis Poulenc, avec Anne Quéffec et le City of London Sinfonia dirigé par Richard Hickox (EMI, 1996). Et, en tant que chef d’orchestre : « Chefs-d’œuvre de la musique française, Satie, Fauré, Massenet…, avec l’English Chamber Orchestra (EMI, 2007), les Concertos pour piano n° 25 et 26 avec le Philharmonia Orchestra (Erato puis Warner, 1994), n° 21 et 23 avec le Sinfonia Varsovia (Virgin France, 1989)
Résidant depuis 2004 dans une maison vigneronne à Cazouls-les-Béziers, sa région natale, où trônent deux pianos, les obsèques de Jean-Bernard Pommier, chevalier de la Légion d’honneur, ont été célébrées le lundi 26 avril à 15 heures en la cathédrale Saint-Nazaire de Béziers suivie de la crémation au crématorium de Pech Bleu de cette même ville. Il laisse 2 filles (Marie-Cécile et Magdalena) nées d’un premier mariage avec Irena Podleska, et une veuve, Olga Martinova. Cette dernière, violoniste internationale, née dans une famille de musiciens à Leningrad, a émigré en Occident en 1979 et parcouru le monde dans des tournées de concerts et autres festivals (Europe, Etats-Unis, canada, Mexique, Israël, Japon…)
Denis Havard de la Montagne
(photo X...) DR.
Michel MERLET (1939-2026)