Le Panthéon des musiciens

De juillet 2005 à décembre 2005

Piero CAPPUCCILLI - Hubert VARRON - Jean HENRY - Jean CATOIRE - Denise ROGER - James KING - György SANDOR - François VERCKEN - Georges DANION - Birgit NILSSON

 

Considéré par certains comme le successeur de Tito Gobbi, le baryton italien Piero CAPPUCCILLI s’est éteint le 11 juillet 2005 à Trieste, sa ville natale, à l’âge de 75 ans. Sa carrière, qui dura de 1957 à 1992, conduisit ce spécialiste du répertoire verdien sur les plus grandes scènes mondiales. On a dit de lui qu’il était un "héritier des grands barytons italiens du [dix-neuvième] siècle par la noblesse du phrasé et l’étendue spectaculaire du souffle" (Claude Nanquette). Ajoutons qu’il avait également acquis, à force de travail, un sens profond du jeu scénique très apprécié du public. Il expliquait sa capacité de souffle, peu ordinaire, par la pratique régulière d’un sport durant sa jeunesse : la plongée en apnée. Iago (Otello), Gérard (Andrea Chenier), Posa (Don Carlo) et Amonastro (Aïda) sont quelques-uns des rôles, parmi la cinquantaine de son répertoire, dans lesquels il brilla. En France, il s’était produit de nombreuses fois, notamment à l’Opéra de Paris, où à partir de 1973, invité par Rolf Liebermann puis par son successeur Bernard Lefort, il chantait Le Comte de Luna dans Le Trouvère, Carlo de Vargas dans La Force du destin, et surtout Simon Boccanegra (rôle-titre) en octobre 1978, avec Ghiaurov, Luchetti, Freni (sous la conduite d’Abbado) et Rigoletto en mai 1982, dirigé par Ricardo Chailly. En 1985, on le vit également chanter à Orange, aux côtés de Montserrat Caballé (Simon Boccanegra).

Piero Cappuccilli
Piero Cappuccilli
( photo X... )

Né à Trieste (Italie), le 9 novembre 1929, d’un père officier de marine, Piero Cappuccilli s’engage tout jeune dans les chœurs de San Carlo et entreprend des études d’architecture. Mais un oncle remarque sa voix exceptionnelle et le fait bifurquer vers une carrière lyrique. Il étudie alors le chant durant cinq années sous la conduite de la basse verdienne Luciano Donaggio au ThéâtreVerdi de Trieste, remporte le célèbre "concours Viotti" de Vercelli et débute en 1957 au Teatro Nuovo de Milan dans Paillasse de Leoncavallo (rôle de Tonio). Après avoir effectué ses premières armes à Parme et Modème, et entrepris une tournée en Allemagne où il chante Figaro du Barbier de Séville, le 26 mars 1960 il interprète Germont de La Traviata au Met de New York. Quatre années plus tard il est engagé à la Scala et fait ses débuts dans Lucia di Lammermoor de Donizetti (rôle d’Enrico) et Aïda de Verdi (rôle d’Amonastro). Le succès est immédiat et les rôles du grand répertoire vont dès lors s’enchaîner au fil des mois : La Traviata à Rio de Janeiro (1964), Rigoletto aux Arènes de Vérone (1966), La Traviata au Covent Garden de Londres (1967), I due Foscari au Lyric Opera de Chicago (1969), Le Trouvère à l’Opéra de Paris (1973), Andrea Chenier au StaatsOper de Vienne… et encore Buenos Aires, Salzbourg, Bruxelles, Edimbourg, Moscou… A la Scala, il marque de son sceau de grandes interprétations, parmi lesquelles : Les Vêpres siciliennes (rôle de Monforte, avec Renata Scotto, 1970), Simon Boccanegra (1971), Aïda (rôle d’Amonastro, 1972), Macbeth (sous la direction d’Abbado, 1975), Otello (rôle de Iago, avec Placido Domingo, 1976), Don Carlos (1977), La Bohème (rôle de Marcello, avec Pavarotti, sous la conduite de Carlos Kleiber, 1979). Si Cappuccilli prisait plus particulièrement les opéras de Verdi, il n’empêche qu’il chanta bon nombre d’autres œuvres lyriques du répertoire italien : La Favorite et Roberto Devereux de Donizetti, Cavalleria rusticana de Mascagni, La Gioconda de Ponchielli, Guillaume Tell de Rossini, La Wally de Catalini, Béatrice de Tende de Bellini…, et quelques autres rôles de compositeurs non italiens : Escamillo du Carmen de Bizet, Valentin du Faust de Gounod, Don Giovanni de Mozart… En 1992, à la suite d’un grave accident de voiture, Piero Cappuccilli doit se retirer de la scène. Réservé, bienveillant et courtois, il se voue dorénavant à l’enseignement du chant dans sa ville natale ou lors de masterclass, tout en se consacrant à ses proches. Il aide aussi très activement sa fille Patrizia dans la fondation de son Opera Studio (bureau d’organisation de concerts, séminaires, spectacles musicaux, marterclass).

Le "Prince des barytons", comme d’aucuns le surnommaient, a beaucoup enregistré, tant en studio qu'en live. Son catalogue discographique, débuté en 1959 chez EMI, est important. On y trouve bien évidemment la plupart des opéras de Verdi, parmi lesquels (actuellement disponibles sur le marché) : Macbeth avec Nicolas Ghiaurov, Placido Domingo et Abbado (DG), Simon Boccarena avec José Carreras et Abbado (DG), Nabucco avec Placido Domingo et Sinopoli (DG), Ernani (Myto Records), Rigoletto (Mondo Musica), Don Carlos (Mondo Musica), Le Trouvère (RCA), Aïda (Emi classics), et parmi ses autres interprétations : La Gioconda (Emi Classics), Lucia di Lammermoor (Westminster), Cavalleria rusticana (Decca), ainsi que la Messe de Gloria de Mascagni...

D.H.M.

Digne représentant de l'école de violoncelle française dans laquelle se sont illustrés avant lui Maurice Maréchal, Pierre Fournier, André Navarra et Maurice Gendron et Paul Tortelier, Hubert VARRON est décédé le 16 août 2005, à l'âge de 72 ans, dans sa maison de Courtonne-les-deux-églises (Calvados). Longtemps premier violoncelliste supersoliste de l'Orchestre de l'Opéra de Paris, à l'image d'un Rostropovitch avec lequel il avait été lauréat du Concours international de violoncelle de Prague en 1950 à l'âge de 16 ans, il interprétait les oeuvres du répertoire classique avec beaucoup d'émotion, de finesse et d'ardeur. Mais les aléas de la vie et surtout les exigences du vedettariat et du pouvoir médiatique dans lesquelles l'art tient bien peu de place!, ont fait qu'Hubert Varron, pourtant reconnu par ses pairs comme un brillant musicien, n'a pas atteint la notoriété. Personnage affable, fuyant les honneurs et les mondanités, travailleur, il mit également son talent au service des répertoires de la variété, du jazz et de la musique de film.

Hubert Varron
Hubert Varron
( coll. Véronique Varron )

Ne lé 23 juin 1933 à Paris d'un père passionné de musique, Hubert Varron est un enfant précoce et dès l'âge de 7 ans apprend le violoncelle. Sans doute subit-il l'heureuse influence de ses trois frères aînés Emile, (né en 1927), pianiste amateur qui se tournera plus tard vers le hautbois, et surtout Pierre (né en 1928) et Michel (né en 1930), qui tous deux vont faire également une carrière musicale : le premier sera violoniste chez Colonne au temps de Paul Paray, puis à Radio-France; le second altiste chez Lamoureux, puis à l'Orchestre de l'Opéra. Dans une telle famille où la musique est ainsi honorée, les dons d'Hubert Varron se développent rapidement et à l'âge de 12 ans il rejoint ses frères au Conservatoire de Paris. Elève particulièrement doué, au bout de seulement deux années passées dans la classe de violoncelle de Maurice Maréchal, avec pour répétiteur Gaston Marchesini (1er violoncelle solo de l'Opéra de Paris), il décroche un 1er prix en 1948 à peine âgé de 15 ans. Tout comme ses frères, il fréquente également la classe de musique de chambre de Joseph Calvet. En mai 1950, il se présente au Concours international de violoncelle pour le prix de Hans Wihan (fondateur du Quatuor tchèque), organisé dans le cadre du festival international de musique "Printemps de Prague" et remporte un brillant deuxième prix (ex aequo avec le russe J. Slobodkin), derrière les russes Rostropovitch et D. Safran qui se partagent le premier prix. Il n'a pas encore atteint sa dix-septième année et concourt avec 26 autres candidats! Le troisième prix est remporté par le russe A. Lazko et un autre français, Mlle. M. Lafra. Le professeur Josef Smékal écrivait alors que " les deux Français se distinguèrent par leur rare talent musical et de tendre ton". Au mois d'octobre de la même année, il gagne le 1er prix au 6ème Concours international d'exécution musicale de Genève, présidé par Henri Gagnebin. A cette même époque il est engagé comme 1er violoncelliste dans l'Orchestre des Concerts Pasdeloup, alors dirigé par Albert Wolff. Ses collègues violoncellistes avaient pour noms : Pierre Coddée, qui sera par la suite violoncelle solo à l'Orchestre de Zurich et à l'Opéra de Paris, Renou, Jean Lamy, qui intégrera l'Orchestre de la Garde Républicaine, Louis Ingigliardi, Mme Alexandre, Jumellet et Schricke. Au cours de ces années cinquante, il se produit aussi comme chambriste au sein du "Trio Varron" fondé avec ses frères Pierre et Michel, qui se présente la première fois en public le 24 janvier 1950, lors du 116e concert du Mouvement Musical des Jeunes, avec un Divertimento de Mozart. Son répertoire est vaste, comme en témoigne ce concert donné le dimanche 6 mars 1955 au Théâtre en Rond de Paris (rue Frochot) -salle de spectacles où la musique de chambre était alors bien accueillie-, au cours duquel sont interprétées des pages de Felice de Giardini (Trio n° 5, op. 20), de Haydn (Trio n° 1, op. 53), de Beethoven (Trio n° 2, op. 9 n° 1) et de Jean Rivier (Trio à cordes). La critique musicale accueille d'ailleurs cette manifestation avec bienveillance, soulignant plus particulièrement l'émotion ressentie dans l'Adagio de Beethoven et dans le Largo du Trio de Rivier... En 1955, avec l'Orchestre des Concerts Pasdeloup et la Chorale des Jeunesses Musicales de France placés sous la direction de Louis Martini, il participe à l'enregistrement du Magnificat à 8 voix et 8 instruments (H. 74) de Marc-Antoine Charpentier (Erato, LDE3017). Quatre années plus tard (décembre 1959), avec ce même chef et ces mêmes formations, il enregistre le Te Deum de Ryswick pour soli, chœurs et orchestre, de Jean Gilles (Erato, STE50037). Il quitte Pasdeloup en 1955 pour rejoindre l'Orchestre de l'Opéra de Paris, dont il devient rapidement 1er violoncelliste solo. Après 37 années passées dans les fosses du Palais Garnier et de l'Opéra Bastille, il prend sa retraite en 1992, Myung-Whun Chung étant le dernier chef sous lequel il a joué. Durant ces décennies passées dans ces théâtres nationaux, Hubert Varron a connu et joué sous la baguette des plus grands chefs d'orchestre, parmi lesquels : Pierre Dervaux, Jean Fournet, Georges Prêtre, Sir Georg Solti, Daniel Barenboïm. Avec Jésus Etcheverry il avait gravé en 1961 Rigoletto de Verdi, aux côtés de Renée Doria, Robert Massard et Alain Vanzo (opéra complet chanté en français, Polygram international, réédité en coffret de 2 CD en 1997, Philips 4565982/PY 925).

Musicien complet, universel, refusant le cloisonnement des genres, Hubert Varron fut également apprécié et souvent sollicité par le monde musical où son talent et sa virtuosité étaient connus. La musique de film, il est vrai parfois très proche du classique, l'a plus particulièrement attiré. C'est ainsi qu'il a interprété bon nombre de partitions de Georges Delerue, Michel Legrand, Francis Laï et Vladimir Cosma. Ses exécutions du Prélude de la Suite en ré mineur BWV 1005 de Bach, et de La Wally (avec Raymond Allessandrini au piano) d'Alfredo Catalani dans le film "Diva" de Jacques Beineix (1981) ont été particulièrement remarquées à l'époque. Quant à la musique de variétés qu'il pratiquait souvent, il a notamment fait partie de l'orchestre de Franck Pourcel et de celui de Saint-Preux avec lequel il a enregistré en 1974 l'album "La Fête triste" (Polydor 8232571/POL 393) et a participé à la gravure d'albums de nombreuses vedettes de la chanson, parmi lesquelles Barbara ("L'aigle noir", 1961, et "Seule", 1980), Frida Boccarat (album, 1978), Claude Jaquin ("Jeux de mains", 1980), Christophe ("Cliché d'amour", 1983), Dany Brillant ("Cest toi", 1993), Jean Ferrat ("Poèmes d'Aragon, vol.2, 1995), Anne Sylvestre ("d'Amour et de mot", 1996), Enzo ("Oui", 1997)...

Hubert Varron a été inhumé dans le petit cimetière de Saint-Paul-de-Courtonne à Courtonne-les-deux-églises en Normandie, où il s'était retiré depuis quelques années. Il laisse une veuve, Véronique Varron avec un enfant Pierre, et une fille Emmanuelle issue d'une précédente union.

D.H.M.

Le 27 octobre 2005 à La-Ferté-Bernard (Sarthe) s'est éteint dans sa quatre-vingt-seizième année le flûtiste et pédagogue Jean HENRY. Généreux, modeste, dévoué, désintéressé et fuyant les mondanités il a oeuvré toute sa vie durant à promouvoir l'apprentissage de la musique par la flûte à bec en milieu scolaire, dans les conservatoires et dans les écoles normales. Il a ainsi activement participé au renouveau de cet instrument au XXe siècle.

Jean Henry
Jean Henry
( coll. famille Henry )

Né le 27 janvier 1910 à Epinal (Vosges) d'un père polytechnicien, Jean Henry monte très jeune avec sa famille à Paris, avant de résider au lendemain de la première guerre mondiale à Sartrouville (Yvelines) où il débute sa scolarité. Il apprend en premier lieu le violon, dont il jouera jusqu'en 1948, avant de se tourner vers la flûte, instrument d'une valeur pédagogique certaine pour enseigner la musique aux jeunes enfants. Ses professeurs de flûte, dans les années cinquante, ont pour noms Carl Dolmetsch en Angleterre, Rudolf Barthel et Linde Höffer en Allemagne. Dès 1936, il est professeur titulaire d'éducation musicale au Collège Langevin de Sartrouville, poste qu'il occupe jusqu'en 1973, tout en enseignant également dans les Ecoles Normales de la Seine. Ses activités en faveur de la jeunesse sont nombreuses. C'est ainsi qu'au sein des J.M.F. il organise, entre 1946 et 1968, des camps de loisirs artistiques tant en France qu'à l'étranger. Plus tard, dans les années 1970, il anime les stages internationaux annuels de flûte à bec, musique et danses anciennes organisés par l'Association des Amis du Royaume de la Musique de Mme Raynaud-Zurfluh. Ces rencontres s'adressaient principalement aux joueurs de flûtes à bec de tous niveaux, poursuivant un but pédagogique (enseignants) ou culturel (animateurs socio-éducatifs) ainsi qu'aux amateurs avertis. Il fut aussi un temps (1959 à 1968) inspecteur de La Ligue de l'Enseignement (mouvement d'éducation populaire présent sur l'ensemble du territoire avec 2 000 000 d'adhérents), pour laquelle il dirigea les premiers stages franco-britanniques (1962-1968) aux côtés d'Edgar Hunt, et professeur de flûte dans les Conservatoires de Paris XVe et XVIe (1969-1972), de Montesson (Yvelines, 1970-1976), de Dugny (Seine-Saint-Denis, 1971-1976), au C.N.R. d'Aubervilliers-La Courneuve (Seine-Saint-Denis, 1975-1983), ainsi qu' à la Schola Cantorum (1970-1972). Parmi ses nombreuses actions pédagogiques, il convient encore de rappeler que Jean Henry est à l'origine de l'introduction en 1959 de la flûte à bec à l'épreuve du baccalauréat musical, qu'il fit partie de la commission du Ministère des Affaires Culturelles chargée en 1981 de créer le C.A. de flûte à bec et qu'il dirigea les Rencontres internationales d'Arras entre 1973 et 1987.

Cette générosité et ce dévouement dont fit preuve toute sa vie Jean Henry -ne fut-il pas aussi directeur de colonies de vacances, directeur de l'orchestre d'harmonie et de la chorale de la commune où il résidait (Sartrouville), fondateur et directeur de la Maison des jeunes et de la culture de cette même commune (1946) et éducateur musical à la Maison d'enfants de Sèvres?- est sans doute à rechercher dans le drame effroyable qu'il subit au cours de la seconde guerre mondiale : le 10 juin 1944, sa femme Gilberte avec laquelle il devait bientôt célébrer leur troisième année de mariage, sa fille Michelle âgée de 2 ans et ses beaux-parents périrent dans la tragédie d'Oradour-sur-Glane. Il ne fait pas de doute que cette épreuve si cruelle a eu notamment pour conséquence d'accroître encore davantage les qualités humaines dont il était naturellement doté. Au lendemain de cette catastrophe, qui rappelons-le fit 642 victimes exécutées par les nazis, malgré la douleur d'avoir perdu les siens, "il a apporté au Maire un précieux concours, se dévouant sans compter pour aider à soulager les sinistrés." Par la suite, plusieurs témoignages, laissés par son entourage, attestent de son altruisme ; entre autres celui d'un participant au stage international de l'Union des Fédérations des Oeuvres Laïques et de l'Education Artistique (U.F.O.L.E.A.), dont il était inspecteur et instructeur national, et qui s'était tenu du 3 au 10 septembre 1967 à Albi avec le thème de l'initiation musicale par la flûte à bec et la guitare : "Il [Jean Henry] utilise le meilleur de lui-même, suscite le meilleur en ceux qu'il touche : activité, instinct, intuition, calme, sourire, confiance, associations multiples, efforts dosés, difficultés dépassées avant d'être senties comme des difficultés, adaptation constante à chacun, respect d'autrui, souci de sa liberté. Ce n'est pas un art qu'il enseigne et son écriture nécessaire, mais une nouvelle façon de respirer, de s'exprimer, une nouvelle façon d'être."

Parmi les nombreux élèves auxquels il fit découvrir la flûte citons Michel Sanvoisin, Christian Billet, Pascal Premier, ainsi que Nicole Millot-Kynast et Huguette Leblond qui par la suite deviendra sa fidèle collaboratrice jusqu'au début des années 1970. On doit à Jean Henry un arrangement pour flûte à bec alto du Choral pour clarinette et piano de Max Pinchard (A. Zurfluh, 1959) et surtout la publication d'un ouvrage pédagogique en 4 cahiers, bien connu des flûtistes, intitulé : Initiation instrumentale par la flûte à bec, préfacé par Georges Migot (A. Zurfluh, 1957-1959). Jean Temprement lui a dédié le 1er mouvement de sa Suite exotique pour flûte à bec (A. Zurfluh) et Gaston Saux l'une de ses oeuvres. Passionné par la musique ancienne, il fut un temps flûtiste à la "Société de musique d'autrefois" de Mme de Chambure à l'époque où Pierre Chaillé en assurait la direction musicale. Il avait lui-même constitué au fil des années une collection importante d'instruments anciens et de partitions qu'il légua au Musée instrumental du Conservatoire de Paris, à la Bate collection d'Oxford et au Gemeente Museum de La Haye. Parallèlement il a fait don à la ville de Sartrouville, pour son école de musique, d'une bonne partie de sa bibliothèque et de ses ouvrages musicaux. Remarié après le drame d'Oradour, il était père de 6 enfants.

D.H.M.

Extrait des Mémoires de Jean Henry


Compositeur particulièrement prolifique avec près de 500 numéros d'opus, Jean CATOIRE est décédé le 9 novembre 2005, à l'âge de 82 ans. Musicien original pour ne pas dire marginal, il se plaisait à écrire une musique volontairement dépouillée, répétitive, d'une lenteur inhabituelle cherchant ainsi à atteindre la pureté originelle du son, ou mieux encore à refléter "la vision du son". Nicolas Bacri a écrit que sa musique "est un univers dont le monde musical ne soupçonne pas encore l'originalité et l'importance".

Jean Catoire - photo Yannick Coupannec
Jean Catoire
( © photo Yannick Coupannec, aimablement communiquée par Mme Catherine Verdure-Catoire )

Petit-neveu du compositeur russe d'origine française Georges Catoire (1861-1926), qui enseigna la composition au Conservatoire de Moscou, Jean Catoire est né à Paris le 1er avril 1923 de parents russes immigrés en France au moment de la Révolution russe. Sa mère, d'origine allemande, lui prodigue ses premières leçons de musique, puis il entre en 1938 tout naturellement au Conservatoire russe Serge Rachmaninoff qui avait ouvert ses portes une quinzaine d'années auparavant dans le seizième arrondissement parisien, sous l'impulsion de Chaliapine, Glazounov, Gretchaninov et Rachmaninoff. Dans cet établissement, il étudie le piano et la composition auprès de Pavel Kovalev, un ancien élève de Max Reger au Conservatoire de Leipzig installé à Paris depuis 1927, et de Vadim Butzov, un musicien de l'école russe. Sorti de cette école ses diplômes en poche, la seconde guerre mondiale l'oblige à interrompre ses études qu'il ne peut reprendre que bien plus tard. En 1949 à Tanglewood, aux Etats-Unis, il suit les cours d'été de Messiaen, mais, si cet enseignement lui élargit son horizon musical, Catoire se garde bien d'adhérer aux théories de ce maître à penser alors très en vogue et va même s'en éloigner dans son langage. C'est à cette époque qu'il étudie également la direction d'orchestre à Paris auprès du chef américain d'origine belge Léon Barzin, premier chef du New York City Ballet. Plus tard, lorsque Léon Barzin se fixe en France (1959), où il fonde la Société Philharmonique, son ancien élève deviendra son assistant.

De retour à Paris au début des années cinquante, Jean Catoire se forge son propre langage musical et va suivre un chemin qui l'éloigne peu à peu des courants traditionnels ou modernes alors en vogue. Refusant de pratiquer la musique comme un art dans lequel le son est sculpté pour être intégré dans un ensemble, il cherche plus précisément à le pénétrer en tant que vibration perceptible par l'oreille humaine, l'ordonnant savamment dans une contemplation mystique en dehors de toute pensée musicale habituelle. Il désire en somme retrouver l'origine divine du son, en s'abrogeant de toute forme artistique, se rapprochant en cela des incantations des musiques primitives où la musique est seulement utilisée comme le facteur déclenchant d'une réaction psychique. C'est sans doute pour cela que certaines oeuvres de Catoire peuvent durer jusqu'à 12 heures, comme son opus 540 pour 4 violons ou 541 pour douze voix de femme et douze voix d'homme.

Si d'aucuns n'apprécient guère ce genre de musique que l'on peut qualifier de minimaliste, il n'empêche qu'au travers de son oeuvre immense qui s'étale sur un demi-siècle, bon nombre d'idées et de thèmes musicaux fort habiles se font jour. Les genres musicaux de son catalogue, dont la plupart des partitions ne porte pas de titre mais seulement un numéro d'opus, se divisent principalement en oeuvres instrumentales (orchestre, musique concertante, musique de chambre) et pages pour la voix (voix seule avec ou sans accompagnement, et chœurs). Parmi les premières on relève notamment 11 Symphonies, 3 Concerto pour violon, une Sonate pour douze instruments, 4 Sonate pour piano, 7 Quatuor à cordes, un Trio avec piano... et au sein des oeuvres pour voix : 5 Cantiques orthodoxes, 2 Requiem, 6 Messes, une douzaine de motets. La plupart des oeuvres citées supra a été écrite au cours de la première période de création (années 1940-1950) où Jean Catoire s'oriente vers un mysticisme sacré. Dans une seconde période créatrice (à partir des années 1960), approfondissant davantage ses théories, il produit une musique cette fois totalement dépouillée de toutes formes traditionnelles pour aboutir à une contemplation résolument mystique du phénomène sonore. C'est à partir de ce moment que ses oeuvres ne portent plus de titre et que celles pour la voix sont sans paroles appliquant en cela ce que disait déjà Saint-Augustin au Ve siècle parlant de la vocalise sans mot et de son religieux mystère : "Qui jubile ne prononce points de mots : c'est la voix de l'esprit [...] qui exprime ce qu'il sent sans en saisir le sens."

Les oeuvres de Jean Catoire ne sont pour l'instant pas éditées et peu enregistrées. Il existe à ce jour seulement 2 disques: 1 CD "Extasia" chez Virgin classics 54453242, distribué par EMI music France (1999) contenant le Requiem op. 573 (1991), les Antiennes de Requiem op. 195 et les Interludes pour orgue op. 84, par le Chapel Choir of Harrogate Ladies' College sous la direction d'Harvey Brough avec W. Marshall à l'orgue, démontrent admirablement bien ce que Joseph Gélineau écrivait en 1962 dans son ouvrage Chant et musique dans le culte chrétien (éditions Fleurus) : "La perfection de la musique pure vient de la transparence de son message. Elle semble ne rien dire d'autre qu'elle-même [...], elle renonce à rien dire de la raison qui discourt, elle peut tout dire du cœur qui aime et de l'esprit qui voit." C'est pour cette raison que dans ce CD figurent également des compositions du XIIe siècle d'Hildegard von Bingen dont la musique mélismatique rejoint quelques huit siècles plus tard celle de Jean Catoire; et 1 CD intitulé "Messe basse" chez Albermarle Records (1005), enregistré en 2004 par The American Boychoir dirigé par James Litton, avec Scott Dettra à l'orgue (www.americanboychoir.org), qui comporte sa Messe op. 571 (Kyrie, Gloria, Sanctus, Benedictus, Agnus Dei), ainsi que la Messe des Pauvres de Satie et des pages de Fauré et Franck.

Le goût pour la musique est encore présent de nos jours dans la famille Catoire avec notamment Alexandre Catoire, arrière-petit-neveu de Georges, fondateur en 1998 à Lyon d'une "École de musique Georges Catoire" et directeur général du Centre de Formation Professionnel de la Musique (CFPM) de Lyon et de Paris. Il en est de même pour la branche russe, avec Katia Messner (arrière-petite-fille de Georges) qui enseigne au Conservatoire de Moscou.

D.H.M.

Âgée de 81 ans, Denise ROGER, compositeur et pianiste, sociétaire définitif de la SACEM. s'est éteinte le 15 novembre 2005 à son domicile parisien. Lauréate du Concours international d'exécution musicale de Genève en 1953, elle fit tout d'abord une carrière de pianiste comme récitaliste et chambriste avant de se consacrer davantage à la composition à partir de 1957. Refusant d'adhérer à un quelconque courant au sein de la musique contemporaine, elle sut conserver son indépendance et utilisait un langage chromatique d'une grande liberté d'harmonie avec appuis tonals. Son écriture, d'une grande pureté, est linéaire et contrapuntique. Son style est puissant et bien souvent dramatique, plus particulièrement dans ses nombreuses oeuvres de musique de chambre, genre dans lequel elle excellait. Sa quarantaine de mélodies, écrites sur des textes français et allemands, nous emmène dans un monde éthéré où s'expriment la mélancolie et la douceur, voire l'angoisse.

Denis Roger
Denise Roger
( photo aimablement communiquée par le Dr. Jean-Marie Bouvet )

Née à Colombes (Hauts-de-Seine) le 21 janvier 1924, Denise Roger débute ses études musicales en 1929 à l'âge de 5 ans, puis quelques années plus tard (1933) entre au Conservatoire de Paris. Première médaille de solfège à 10 ans, elle étudie ensuite l'harmonie avec Jean Gallon, le contrepoint et la fugue avec Noël Gallon et le piano avec Jean Batalla puis Marguerite Long. Premier prix d'harmonie en 1942, de fugue et de piano 1948, elle perfectionne sa technique pianistique auprès d'Yvonne Lefébure et achève son cursus dans les cours de composition d'Henri Busser. Lauréate du 9e Concours de Genève en 1953 auquel s'étaient présentés 226 candidats, c'est à partir de cette époque que démarre réellement sa carrière de pianiste. Comme soliste, on lui doit notamment la création en 1956 sous la direction de l'auteur du Concertino pour piano et cordes de Georges Delerue qui lui est dédié. Comme chambriste elle se produit notamment avec l'altiste Colette Lequien, les violoncellistes Jean Huchot et Aimé Bourrié, les clarinettistes Claude Desurmont et Philippe Salaberry, les pianistes Nicole Coulange et Franz Eichberger, et les chanteurs Jean-Christophe Benoît, Gérard Friedmann et de Pierre-Marc Daltroff. A la même époque, elle est invitée à plusieurs reprises par France-Yvonne Bril dans son émission musicale produite par le célèbre "Club d'essai de la Radiodiffusion française" de Jean Tardieu. Mais à partir du début des années soixante Denise Roger se consacre plus particulièrement à la composition, sans abandonner pour autant ses activités d'interprète. En 1986 la Ville de Paris lui décerne la Médaille de Vermeil pour l'ensemble de ses activités musicales.

L'œuvre de Denise Roger, près de 150 oeuvres (une centaine d'opus), est principalement axée sur la musique pour instrument seul, la musique de chambre et la voix, avec cependant quelques pages pour orchestre : une Symphonie pour cordes (1973), un Diptyque pour cordes (1980, 1988), Trois mouvements pour vents (1971), un Poème symphonique pour orchestre à cordes qui est l'un ses derniers opus écrit en 2003, et 4 oeuvres concertantes : un Concertino pour trompette et orchestre à cordes (1967), un Concertino pour hautbois et orchestre à cordes (1961, 1977), un Concerto pour piano et orchestre (1962, 1999) et un Concertino pour clarinette et orchestre à cordes (1964). Ses pièces pour un instrument concernent le piano, le violon, le violoncelle, la flûte, la clarinette, le cor et le tuba. Dans sa musique de chambre, on relève une Sonate pour violon et piano, deux Trios à cordes, trois Quatuors à cordes et une page pour quintette de cuivres (Ciselures). Quant à sa musique vocale, elle touche tous les genres : voix seule, mélodies, chant et divers instruments, chœurs a cappella, chœurs avec accompagnement. Citons en son sein 2 Monodies et 2 Poèmes de Goethe pour baryton ; une série de Poèmes d'Appolinaire, d'Hölderlin, de Baïf, de G. Trakl, de Verlaine, de Rilke, de Rimbaud et de Ronsard pour voix et piano (ou pour voix et flûte ou encore pour voix, flûte et harpe) ; 2 Invocations : Cantique des graduations (poème de Blaise de Vigenère) et Offrande (poème de Verlaine) pour quatuor vocal et piano ; un chœur pour voix d'enfants ou voix de femmes (Le Pont Mirabeau, sur un poème d'Appolinaire), un Alleluia pour chœur mixte, un Requiem pour soprano, baryton élevé et trio à cordes dont la version avec orchestre à cordes a été créée en 1972 à Saint-Nicolas-du-Chardonnet par Alain Sabouret. Signalons encore ses oeuvres ultimes : des Chants bibliques : psaumes 23, 61 et 70 pour baryton et piano (2002), une mélodie Rencontre sur un poème d'Apollinaire (2003), une Sonatine pour violon seul (2003), un Duo pour violon et violoncelle (2003), en 2004 l'orchestration pour flûte, hautbois, violoncelle et piano de ses Six Mélodies d'Hugo von Hofmannsthal pour baryton élevé, écrites à l'origine pour baryton élevé et piano (1962) et la même année Appel, chœur mixte de caractère religieux pour soprano, mezzo-soprano, basse et piano, achevé peu de temps avant sa dernière maladie. Une partie de ses oeuvres est éditée chez Combre, Robert Martin, Billaudot, Leduc et I.M.D., les pièces inédites étant conservées par son mari, le Docteur Jean-Marie Bouvet et son fils Alain. Certaines ont également été enregistrées, notamment Triptyque pour 4 trompettes (1992, Arion, ARN 68.196), Supplique - Polychromie pour quintette de cuivres ( Adda 581.153 et Crystal Records, CD 562 USA), Ciselures pour quintette de cuivres (BNL 112841) et l'intégrale des mélodies chantées par Pierre-Marc Daltroff (baryton) et l'auteur au piano (production privée).

Les obsèques religieuses de Denise Roger ont eu lieu le 18 novembre en l'église Saint-Charles-de-Monceau (Paris XVIIe), suivies de l'inhumation dans le caveau de famille au cimetière du Père-Lachaise.

D.H.M.

James KING, célèbre ténor américain à la voix puissante, qui avait remporté de grands succès au cours des années 1960-1970, s'est éteint le 20 novembre 2005 à Naples (Floride) à l'âge de 80 ans. Spécialiste du répertoire lyrique allemand, principalement des rôles wagnériens (Siegmund, Lohengrin, Parsifal, Walther...) et straussiens (Egisthe d'Elektra, L'Empereur de La Femme sans ombre, Bacchus d'Ariane à Naxos....), il lui arrivait néanmoins d'aborder d'autres répertoires avec les rôles de Florestan de Fidelio, (Beethoven), de Manrico du Trouvère (Verdi), de Cavaradossi et de Calaf de La Tosca et de Turando (Puccini), d'Abimelech de Samson et Dalila (Saint-Saëns), d'Achille de l' Iphigénie en Aulide (Glück)... Son timbre de voix, chaud et raffiné, lui permettait aussi de chanter dans des genres bien différents, comme la cantate pour ténor, chœur d'hommes et orchestre Rinadlo de Brahms ou l'intégrale du Chant de la terre de Mahler. Retiré de la scène en 1984, il s'était ensuite consacré jusqu'en 2002 à l'enseignement du chant à l'Université d'Indiana C’est là d’ailleurs qu’il chantait pour la dernière fois en 2000, à l’âge de 75 ans.

James King, autobiographie
James King, autobiographie
"Nun sollt Ihr mich befragen"
( Berlin, Henschel Verlag, 2002 )

Né le 22 mai 1925 à Dodge City (Kansas), d'un père shérif de la ville, James King entreprend d'étudier la musique ainsi que le violon et le piano aux Universités de Louisiane puis de Kansas City d'où il sort diplômé en 1952. Tout d'abord professeur de musique à l'Université de Kentucky, il opte pour une carrière dans le chant et débute en 1957 au théâtre de San Francisco. Il se perfectionne ensuite auprès du baryton français Martial Singher alors établi aux Etats-Unis, qui compte parmi ses autres élèves Louis Quilico et Jeanine Altmeyer, et du ténor allemand Max Lorenz, spécialiste du répertoire wagnérien. Ils l'encouragent à utiliser le registre de ténor mieux approprié à sa voix, plutôt que celui de baryton dans lequel il chantait depuis ses débuts. Après avoir remporté en 1961 l'American Opera Auditions de Cincinnati et fait ses débuts de ténor dans Don José à l'Opéra de San Franscico, il se rend la même année au théâtre de Florence où il chante La Tosca (Cavaradossi). L'année suivante James King se produit au Festival de Salzbourg dans Iphigénie en Aulide (Achille) et est engagé pour une durée de 3 années à l'Opéra de Berlin. Au cours des années suivantes, il est applaudi à l’Opéra de Munich (1963), à Bayreuth (1965), au Covent Garden de Londres (1966), à la Scala de Milan (1968), à l'Opéra de Vienne… et au Palais Garnier. Sur cette dernière scène le public parisien l’ovationne pour la première fois le 22 janvier 1968 dans Turandot conduit par Georges Prêtre, aux côtés de Birgit Nilsson et dans une mise en scène de Jacques Dupont. Il revient chanter à plusieurs reprises à l’Opéra de Paris, notamment dans La Femme sans ombre avec Rysanek et Ludwig (13 octobre 1972), Don Giovanni avec Raimondi (14 novembre 1979), Le Trouvère, Parsifal. A partir de 1966 James King se produit également au Metropolitan Opera de New York où il débute dans Fidelio (Florestan) qui lui vaut un immense succès auprès du public américain, répété peu après avec Lohengrin. Il apparaît pour la dernière fois dans cette salle en avril 1996 lors de la célébration des 25 ans d'ancienneté au Met du chef James Lévine. A partir de 1984, abandonnant les planches, il enseigne le chant à la Jacobs School of Music de l'Université d'Indiana à Bloomington jusqu'en 2002, époque où il se retire définitivement du monde musical.

Au sein de l'abondante discographie de James King, l'on se doit de signaler certains de ses enregistrements qui ont fait date : en 1967 La Walkyrie avec Régine Crespin, Hotter, Ludwig et Nilsson sous la direction de Georg Solti, qui lui valut un "Grammy du meilleur enregistrement d'opéra" (réédition 4 CD's chez Decca 455 559-2), en 1971 Lohengrin, aux côtés de Gundula Janowitz, dirigé par Rafael Kubelik (réédition 3 CD's Deutsche Grammophon, 449 591-2), La Femme sans ombre, sous la conduite de Karl Böhm (DG, 3 CD's) et en 1978 Ariane à Naxos dirigé par Rudolf Kempe (DG). N'omettons pas également de mentionner son enregistrement en 1980 d'un des opéras les plus marquants du XXe siècle : Mathis le peintre de Paul Hindemith aux côtés de Fischer-Dieskau, sous la direction de Rafael Kubelik (EMI Classics, réédition coffret 3 CD's en 1995) et l'admirable Chant de la terre de Mahler, interprété avec le même et l'Orchestre Philharmonique de Vienne conduit par Léonard Bernstein (mars 1966, Decca) dont la réédition en CD en 1997 fut récompensée par un "Choc" du Monde de la Musique et un "Diapason d'Or". Il a laissé une autobiographie intitulée Nun sollt Ihr mich befragen parue en 2000 chez Henschel Verlag à Berlin.

D.H.M.

Le 9 décembre 2005, à New York, s'est éteint à l'âge de 93 ans le pianiste américain d'origine hongroise György SANDOR. Merveilleux interprète de Bartok et de Kodaly, ses maîtres à Budapest, il avait enregistré l'intégrale de leurs oeuvres pour piano, ainsi que celle de Prokofiev. Ses transcriptions de L'Apprenti sorcier de Dukas et de la Danse russe de Chostakovitch sont assurément les meilleures du genre. Fidèle serviteur de la musique, à l'âge de 92 ans il faisait encore partie en 2004 du jury de l'épreuve de piano du Concours de Genève! Ses master classes données dans le monde entier, notamment au CNSM de Paris, étaient particulièrement prisées, attirant bon nombre de pianistes de haut niveau. En France, il s'était produit ces dernières années dans la capitale le 26 septembre 1995 au Théâtre des Champs-Elysées, jour du cinquantième anniversaire de la mort de son maître Bartok et le 12 avril 2003 à La Cigale. Cet artiste hors normes, qui avait su conserver la verve de ses 20 ans à un âge canonique, était aussi un sportif accompli pratiquant l'alpinisme, le ski et le tennis! En 2002, il effectuait encore plusieurs tournées, notamment en Corée du Sud et en Egypte, se produisant pour la dernière fois en public en Turquie au Printemps 2004!

György Sandor
György Sandor
joue Pokofiev en 1967
( CD VOX 25514/Abeille Musique )

Né le 21 septembre 1912 à Budapest (Hongrie), György Sandor est un cousin d'Arpad Sandor (1896-1972), l'accompagnateur de Jascha Heifetz et de Lily Pons. A l'image de ce dernier il effectue ses études musicales auprès de Bela Bartok (piano) et de Zoltan Kodaly (composition) à l'Académie royale de musique (Conservatoire Liszt) de Budapest où il débute sa carrière de pianiste au tout début des années trente. Le succès ne tardant guère, il effectue une tournée en Europe, puis aux Etats-Unis où il s'installe définitivement en 1939. Son cousin Arpad l'avait précédé dans ce pays quelques 6 années auparavant. Ils adopteront tous deux la nationalité américaine en 1943. C'est là que György Sandor effectue l'essentiel de sa carrière, se produisant aussi, après la guerre de 1939-1945, en Amérique du Sud, en Australie et sur la plupart des grandes scènes mondiales. Interprète de prédilection de Bartok il créée notamment le 8 février 1946 son Concerto pour piano n° 3 avec l'Orchestre de Philadelphie, sous la direction d'Eugène Ormandy et donne au Carnegie Hall de New York la première exécution publique de la version pour piano de sa Suite de danses. Cependant si Bartok, Kodaly et Prokofiev sont ses compositeurs préférés, il possède néanmoins un répertoire très riche de plusieurs centaines de pièces avec des oeuvres de : Bach, Beethoven, Chopin, Brahms, Liszt, Schumann, Debussy, Rachmaninov, de Falla, Dvorak... Sa haute technique pianistique, sa puissance expressive et surtout sa grande compréhension des oeuvres interprétées lui ont valu de remporter un grand succès tout au long de ses longues 70 années de carrière musicale!

Professeur de piano, il a longtemps enseigné son art à l'Université du Michigan et à la célèbre Juilliard School, sans compter de nombreuses master classes dispensées un peu partout dans le monde. Il s'efforçait, tout comme Bartok lui avait enseigné, de révéler avant tout à ses élèves l'essence des oeuvres interprétées. Parmi ceux-ci, il convient de citer Denis Pascal et Hélène Grimaud.

György Sandor fit ses débuts dans le monde des disques dès 1946 avec le Concerto n° 2 de Rachmaninoff (Columbia) et surtout la première gravure des 3 Concertos pour piano de Bartok avec le Hungarian State Symphony Orchestra dirigé par Adam Fischer (Columbia). Sony (label CBS) a réédité en 1991 cet enregistrement historique (3 CDs). Sandor a par la suite enregistré à deux reprises l'intégrale pour piano solo de Bartok en 1963 et en 1993. La première, gravée à New York, a été rééditée en 2003 chez Vox (coffret de 5 CDs). Cette même maison a également ressorti en 2002 des enregistrements de l'intégrale pour piano de Prokofiev enregistrée en 1967 (Toccata, Dix Pièces pour piano, Sarcasmes, Pièces enfantines, Visions fugitives, Pensées...), mais ses enregistrements de Kodaly sont hélas épuisés depuis bien longtemps, ainsi d'ailleurs que ceux du Concerto pour piano n° 2 en si bémol majeur de Brahms (avec l'Orchestre Symphonique de Baden-Baden dirigé par Rolf Reinhardt), les opus 9, 11 et 16 de Schumann, le Concerto pour piano et orchestre n° 1 en mi mineur de Chopin (avec l'Orchestre de Philadelphie et Eugène Ormandy). On lui doit également la publication d'un ouvrage sur la technique du piano intitulé : "On piano playing : motion, sound and expression" (New Yory, Schirmer, 1981, réédité en 1995 par Wadsworth Publishing, ISBN: 0028722809) et l'adaptation pour piano de Tempo di ciaccona and fuga : from the sonata for solo violin de Bartok (Londres, Boosey & Hawkes, 1977).

D.H.M.

Chef de chœur, responsable de programmes à l'O.R.T.F puis à Radio-France, critique musical au "Monde de la musique", secrétaire général de la section française de la Société Internationale de Musique Contemporaine (1992), compositeur, François VERCKEN s'est éteint à Paris le 11 décembre 2005 à l'âge de 77 ans. S'il s'était très tôt consacré au chant choral, ce n'est qu'à l'âge de 27 ans qu'il décida d'entreprendre des études de composition. Grand Prix audiovisuel de l'Europe (1984), décerné par l'Académie du Disque Français et Prix "Pierre et Germaine Labole" de la Sacem (1989), il laisse néanmoins un catalogue constitué d'une centaine d'œuvres de musique instrumentale et de pages vocales. Le Ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres , dans un communiqué daté du 13 décembre, lui a rendu hommage en ses termes : "Avec la disparition de François Vercken, nous perdons un très beau compositeur et certainement l’un des meilleurs chefs de chœur de sa génération. Cette longue pratique, cette profonde expérience de la voix et du chant choral, auquel il avait été initié très jeune, à la Maîtrise de Notre-Dame de Paris, aura marqué tout son parcours professionnel et son itinéraire de création... C’était un homme aux multiples talents qui sut servir la musique et les musiciens de bien des manières et toujours avec un égal bonheur : comme chef de choeur, bien sûr, mais aussi, pendant de nombreuses années, comme producteur à l’ORTF et à Radio France... Il était un aussi fin connaisseur de la musique du Moyen Age que de Django Reinhardt. Cette diversité dans ses goûts comme dans ses amitiés était la marque d’un esprit vraiment libre et étranger à tout conformisme."

François Vercken
François Vercken
( © Patricia Dietzi / Editions Durand, Paris )

Né à Paris le 8 avril 1928, François Vercken pratique très jeune le chant choral, notamment au sein de la Maîtrise de Notre-Dame de Paris à l'époque du chanoine Merret. Tout naturellement il s'oriente ensuite vers la direction de chœur qu'il pratique intensément entre 1944 et 1957. C'est ainsi qu'en 1948, tout juste âgé d'une vingtaine d'années, il créée la chorale "La Cigale Notre-Dame" au sein du collège de Juilly, qui parmi ses plus illustres élèves compte Montesquieu et Jérôme Bonaparte. Avec cette formation, qu'il dirige jusqu'en 1952, à l'image des Petits Chanteurs à la Croix de Bois il se produit à travers toute la France. En 1957 François Vercken débute des études approfondies d'écriture et de composition musicale auprès de Daniel-Lesur et de Serge Nigg qu'il achève en 1964. Il gardera une profonde estime pour ses deux maîtres, à laquelle il convient d'ajouter l'influence que va exercer sur lui Maurice Ohana et Pierre Dutilleux. Parallèlement à ses études et ensuite à ses activités de compositeur, il entreprend une carrière professionnelle au sein de l'O.R.T.F. puis à Radio-France comme responsable de programmes. Au cours d'une trentaine années passées dans ces institutions jusqu'en 1983 il est notamment producteur et animateur à France Musique d'un magazine hebdomadaire plus spécialement consacré au chant choral. Sa passion pour ce genre musical ne le quittera jamais jusqu'en 1999, époque où il se retire de la direction du "Chœur Sine Nomine" (devenu en 2001 "le Choeur François Vercken") qu'il avait fondé au milieu des années 80. Entre temps, il avait également créé le "Chœur municipal de Jouy-en-Josas" (1970), dirigé durant 6 ans la célèbre "Chorale populaire de Paris", fondée en 1937 par l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires, avec laquelle il enregistre en 1988 des "Chants de révoltes et de liberté" (Dom 1009) et aidé à la création d'un ensemble vocal au sein de l'Association "Musique au Val-de-Grâce" qu'il présidait encore de nos jours.

A partir de 1983, libéré de ses obligations professionnelles, François Vercken se consacre entièrement à la composition et à la diffusion de ses oeuvres. La plus grande partie de celles-ci est éditée chez Durand, avec cependant quelques unes parues chez Eschig, Combre, Chant du Monde, Billaudot et De Plein Vent. Ses toutes premières compositions parmi lesquelles des Antiennes à la Vierge pour 3 chœurs de femmes égales ou voix d'enfants, écrites au début des années cinquante sont d'essence religieuse et s'adressent à la voix. Par la suite il compose bien d'autres oeuvres religieuses : Cantate pour un Vendredi Saint (1968), Messe pour une Fête (1977), Ave Maris stella pour 3 voix de femmes ou d'enfants (1993), Pange lingua pour chœur (1994), Ave Maria pour chœur à voix égales (1996), Magnificat (1997), Alleluia pour chœur à 3 voix égales (1999), et plusieurs pages chorales profanes pour voix seule (Comptine de l'Ourson, La Ronde des années, Mouvement poétique, Moi Poète?....) ou chœurs a cappella ou avec accompagnement (Le Colonel a disparu, Mosaïques, Atelier, Hommage à Blaise Cendrars, La danse des animaux...), ainsi qu'un opéra oratorio (An Serpent 1, 1985-86). Mais, si François Vercken est surtout connu pour ses compositions religieuses, il ne faut pas oublier ses nombreuses oeuvres de musique instrumentale qui occupent d'ailleurs plus de la moitié de son catalogue. On lui doit en effet des pièces pour orchestre : Facettes, Gigognes, Pastel, Polytone, Remanescences..., un Concerto pour orgue et ensemble instrumental, des Visages de Nature pour orchestre de guitares, une vingtaine d'œuvres pour piano (2 Petits Préludes, Un Petit garçon aux semelles de vent), pour orgue (Tango-Rondo-Barjo, Reflets de Vitrail, Dialogue à trois voix, Contournement-Détournement), pour cello (Esquisse pour un soleil d'aurore), pour guitare (Et l'heure apprivoisée qui sort de la pendule, Prétextes) ou encore pour carillon (Carillon perpétuel, Litanie Procession) et de nombreuses pages de musique de chambre parmi lesquelles : C'est comme l'orée d'une prière pour quatuor à cordes, Fanfare en mémoire de Claude Lejeune pour 4 trompettes et 4 trombones, Manège pour 4 clarinettes en si bémol, Marina de Talaris pour quintette de cuivres, Revêtons les armes de lumière pour orgue et 5 cuivres, Evidences pour violon et orgue... Ses ultimes compositions, en 2000, sont une Sinfonia pour 3 cordes (Le Chant du monde), un chœur mixte a cappella : Les portes du jour et un autre chœur mixte avec ponctuations de piano : Le grain qui meurt (Editions A Coeur joie). Le catalogue complet des oeuvres de François Vercken peut être consulté sur le site d'Hervé Désarbre consacré au Val-de-Grâce (http://www.desarbre.com/pages/page30.html)

Plusieurs oeuvres de François Vercken ont fait l'objet d'enregistrements. Parmi eux citons les plus récents : "Une face de Janus" pour 11 cordes (DPV CD 9784), "Oeuvres diverses" : Sine Domine, Contournement-Détournement, 6 Instances poétiques (DPV CD 9679), Les combats de Dieu" pour ensemble vocal, double chœur, 2 orgues, ensemble de cuivres et percussions, direction : Stéphane Caillat (DPV CD 9467) et "Lucernaire" par les Petits chanteurs de Lyon dirigés par Jean-François Duchamp (Pavane Records, 19940604).

D.H.M.

Georges Danion, jeune
Georges Danion, jeune
( coll. Annik Danion-Gonzalez )

Le 24 décembre 2005 à Lodève (Hérault) s'est éteint le maître facteur d'orgues Georges DANION dans sa quatre vingt quatrième année. Avec son épouse Annik Gonzalez (autre texte sur Georges Danion) ils dirigeaient tous deux la "Manufacture languedocienne de grands orgues" créée par leurs soins en janvier 1980, le gérant actuel étant le facteur d'orgues et harmoniste Charles-Emmanuel Sarélot, le fils du facteur d'orgues du même nom. Auparavant, ils avaient dirigé de 1956 à 1988 la Sarl Gonzalez, qui avait racheté en 1962 la Maison Jacquot-Lavergne de Rambervilliers (Vosges), la plus ancienne manufacture d'orgues dans le monde toujours en activité depuis 1750 (de nos jours "Manufacture Vosgienne de grandes orgues" dirigée par Bernard Dargassies). Les instruments remarquables construits par Georges Danion sont nombreux, mais parmi ceux-ci il était plus particulièrement fier des grandes orgues des cathédrales de Chartres (4 claviers manuels et pédalier, 67 jeux, 1969), Beauvais (4 claviers manuels et pédalier, 77 jeux, 1979), et Bordeaux (4 claviers manuels et pédalier, 76 jeux, 1982).

Né le 28 janvier 1922 à Luçon (Vendée), Georges Danion est très tôt attiré par la musique et débute des études de violon en cours particuliers. Il atteint un niveau suffisamment élevé pour débuter assez jeune une carrière de violoniste dans un orchestre symphonique parisien à la veille de la seconde guerre mondiale, interrompue par les hostilités au cours desquelles il doit vivre dans la clandestinité. C'est à cette époque qu'il fait la connaissance de sa future épouse, Annik Gonzalez, l'une des trois filles de l'organier Fernand Gonzalez (1904-1940). Ce dernier travaillait alors avec son père, le facteur d'orgues Victor Gonzalez (1877-1956). D'origine espagnole, disciple de Cavaillé-Coll dans ses ateliers de la rue du Maine à Paris, Victor avait ensuite étudié la facture ancienne en Allemagne et en Autriche puis fondé avec son fils en région parisienne, au début des années 1920, la Sarl Etablissements Gonzalez. Il était à l'origine, aux cotés de Norbert Dufourcq et d'André Marchal, du concept de l'orgue néo-classique, sorte de synthèse des esthétiques antérieures, qui fera par la suite couler beaucoup d'encre et suscitera de nombreuses querelles et polémiques au sein du monde de l'orgue de la part de ceux qui refusaient toutes évolutions dans la manufacture d'orgues, notamment les néo-baroqueux. On doit à Victor Gonzalez la construction ou la restauration d'un grand nombre d'instruments, dont les plus importants sont ceux des églises Saint-Eustache (1930) et St-Merry à Paris (1947), des cathédrales de Bayonne (1935), Reims (1938), Rennes (1939), Agen (1954), Soissons (1954), du Palais de Chaillot (1938) et de la chapelle royale de Versailles (1953)...

Georges Danion
Georges Danion
( coll. Annik Danion-Gonzalez )

Le 9 juin 1940, Fernand Gonzalez meurt pour la France dans un combat aérien à l'âge de 36 ans. En juin 1945, Georges Danion épouse sa fille Annik qui lui fait découvrir la facture d'orgues. C'est ainsi qu'il entre peu après (1947) dans la Manufacture Gonzalez, installée à cette époque à Châtillon-sous-Bagneux, après avoir été à Malakoff et auparavant à Vanves. Ses études et sa culture musicales, doublées d'une grande habilité pour les choses manuelles, lui permettent de se lancer dans le métier d'organier auquel il est initié par Victor Gonzalez. Celui-ci décèle rapidement en lui son futur successeur capable de remplacer son fils disparu au début de la guerre. En 1956, à la mort de son maître, Georges Danion devient PDG de la S.A. Gonzalez. Quelques années plus tard, en 1962, il rachète la Maison Jacquot-Lavergne et transfère les ateliers des Etablissements Gonzalez à Rambervilliers (Vosges), tout en gardant des bureaux en région parisienne, à Brunoy. A cette époque, il a déjà travaillé sur des instruments renommés : construction de l'orgue monumental (101 jeux), du studio 104 (actuel auditorium "Olivier Messiaen") de la Maison de la Radio à Paris (1957-1966), restauration et agrandissement du grand orgue de la cathédrale de Chambéry (1958), reconstruction complète de celui de la cathédrale d'Auch (1958) et construction de celui de la cathédrale de Limoges (1960). En 1988, Georges et Annik Danion-Gonzalez se séparent de leur entreprise de Rambervilliers au profit de Jean-Michel Jamet et Bernard Dargassies, et s'installent à Lodève, où il avait fondé huit années auparavant une autre entreprise la S.a.r.l. "Manufacture languedocienne de grandes orgues", employant 9 personnes, dans des locaux qui avaient abrité un temps les ateliers du facteur d'orgues Edmond Costa ("Manufacture Lodévoise de grands orgues", 1961 à 1972). Ils en assurent la direction et la gérance jusqu'en 1998, année au cours de laquelle la gérance est confiée à Charles-Emmanuel Sarélot qui occupe encore ce poste de nos jours.

A la tête des Etablissements Gonzalez, qui employaient près de 50 personnes, Georges Danion a restauré ou construit un nombre très important d'instruments. En dehors de ceux cités précédemment, mentionnons encore les grandes orgues des cathédrales de Troyes (1966), de Nevers (1966), du Mans (1966) et de Meaux (1980), ainsi que ceux de l'église St-Pierre de Caen (1968), de l'abbaye de Royaumont (1968), de la basilique St-Denis d'Argenteuil (1971), de la collégiale St-Martin de Montmorency (1979) et des églises parisiennes : Notre-Dame-de l'Assomption (1970), St-Gervais (1974), St-Merry (orgue de chœur, 1968), St-Paul-St-Louis (1972), St-Etienne-du-Mont (1975), Notre-Dame-des-Champs (orgue de chœur, 1969), St-Pierre-du-Gros caillou (1978), La Madeleine (grand orgue 1971, orgue de chœur 1976), St-Augustin (orgue de chœur, 1973), St-Louis-d'Antin (1973), St-Vincent-de-Paul (1970), St-Joseph-Artisan (1966), St-Joseph de la rue St-Maur (1963), Notre-Dame-de-la-Salette (1970), St-François-de-Sales (ancienne église, 1985), St-Jacques-St-Christophe de la Villette (1983), églises réformées de l'Oratoire du Louvre (1962) et de Paris-Luxembourg (1955), église évangélique Baptiste (1965) et église Arménienne (1970)...

Avec la "Manufacture languedocienne des grandes orgues", on lui doit notamment les constructions ou reconstructions des orgues de St-Estève d'Andorre-la-Ville, de St-Vincent de Carcassonne, de St-Paul de Clermont-L'Hérault, les restaurations des instruments des cathédrales de Béziers, de Lodève et de Carcassonne, des églises Notre-Dame de La Ciotat, St-Pierre de Prades, de Prats-de-Mollo.., et plus récemment la reconstruction de l'orgue de l'église St-Sauveur d'Aix-en-Provence (39 jeux) et les restaurations de ceux de St-Pierre de Céret (36 jeux) et de Ste-Bernadette de Montpellier (13 jeux).

Les obsèques de Georges Danion ont été célébrées le 27 décembre en la cathédrale St-Fulcran de Lodève auxquelles assistaient son épouse Annik Gonzalez, son fils Patrick (artiste peintre), son petit-fils Benjamin, toute sa famille et de nombreux collègues et amis.

D.H.M.

''My Memoirs in pictures'', souvenirs de Birgit Nilsson
''My Memoirs in pictures'',
souvenirs de Birgit Nilsson
( Da Capo Press, 1982 )

Le jour de Noël 2005 (25 décembre) nous a quittés la cantatrice suédoise Birgit NILSSON à l'âge de 87 ans. Merveilleuse soprano lyrico-dramatique, elle fut l'une des plus grandes Brünnhilde (La Walkyrie), Isolde (Tristan et Isolde), Elsa (Lohengrin) et Elisabeth (Tannhäuser) du XXe siècle. Elle a souvent été comparée à la Norvégienne Kisrten Flagstad (1895-1962), sans doute la plus grande interprète wagnérienne de tous les temps. Le Ministre de la culture, Renaud Donnedieu de Vabres, a déclaré publiquement qu'elle était "l’une des voix les plus admirables de notre temps, une immense interprète wagnérienne qui a bouleversé plusieurs générations de mélomanes à travers le monde entier", insistant plus particulièrement sur "la puissance et la jeunesse miraculeuse de sa voix, son timbre ineffable, son talent de tragédienne, [qui] avaient porté cette petite fille de paysans suédois au pinacle de la gloire..." et assurant qu'"elle restera dans nos mémoires comme une inoubliable Isolde, son premier triomphe à la Scala de Milan en 1956, ou comme une bouleversante " Elektra " de Richard Strauss sur la scène de l’Opéra national de Paris et dans le Théâtre antique d’Orange, rôle qu’elle y interpréta sous la direction de Carl Böhm..." Jacques Bourgeois, alors directeur artistique d'Orange, écrivit un jour [Panorama de la musique, avril 1975] que "sa voix est d'une stabilité parfaite, sa puissance sans égale, son timbre parfaitement homogène sur deux octaves, tour à tour d'une pureté, d'une chaleur ou d'une vaillance prodigieuse." Ajoutons à cela qu'elle était également une actrice à forte capacité émotionnelle et nous avons là la recette qui fit d'elle une grande dame du chant, longtemps adulée par un nombreux public reconnaissant.

Birgit Nilsson chante des airs d'opéras de Mozart, Weber, Wagner, Strauss
Birgit Nilsson chante des airs d'opéras de Mozart, Weber, Wagner, Strauss
( CD Deutsche Grammophon
paru en mars 2006 )

Née le 17 mai 1918 dans la petite ville de Västra Karup située dans le district de Kristianstad (Suède), Birgit Nilsson apprend très jeune le chant au sein de chorales religieuses, notamment avec l'organiste Ragnar Blennow à l'église de Bastad (située non loin de sa ville natale), puis entre, en 1941, à l'Académie royale de musique de Stockholm dans les classes du ténor Ecossais Joseph Hislop et d'Arne Sunnegaardh. Sortie de cet établissement au lendemain de la seconde guerre mondiale, elle débute la même année (1946) à l'Opéra de la capitale suédoise dans le rôle d'Agathe du Freischütz de Weber. Elle chante ensuite dans Macbeth de Verdi, Turandot de Puccini, Idoménée de Mozart en Allemagne, en Italie et au Festival de Glyndebourne (1951). Peu après elle aborde le répertoire wagnérien avec les rôles de Sieglinde et Elsa à l'Opéra de Vienne (1953), Brünnhilde à l'Opéra de Munich (1955), Isolde à Bayreuth (1957). Parallèlement, elle triomphe aussi dans Aïda (Verdi), Fidelio (Beethoven) et surtout dans Turandot (Puccini) à la Scala de Milan (1958), car Birgit Nilsson, bien qu'elle brille plus particulièrement dans Wagner, fait également carrière dans les répertoires italien et allemand dans lesquels elle remporte beaucoup de succès. Les scènes du monde entier la fêtent, et au cours des années 1960 et 1970 ses apparitions provoquent de véritables bousculades à l'entrée des théâtres. En février 1966, l'Opéra de Paris qui la voit se produire dans Tristan et Isolde, dans une mise en scène de Wieland Wagner, le petit-fils du compositeur, aux côtés de Wolfgang Windgassen, sous la direction de George Sebastian, affiche complet durant plusieurs soirées et sa remarquable prestation fait dire à la presse spécialisée qu'"elle rayonne et elle éteint tout ce qui gravite autour d'elle." Elle rencontre le même succès au Palais Garnier dans Turando avec James King (janvier 1968), puis dans Elektra de Strauss aux côtés de Léonie Rysanek et de Crista Ludwig (juin 1974), ainsi qu' aux Chorégies d' Orange dans Tristan et Isolde avec Jon Vickers, sous la direction de Karl Böhm (juillet 1973), se produisant pour la dernière fois en France en 1978 au Théâtre des Champs-Élysées. Elle triomphe également au Covent Garden de Londres dans Fidelio en 1957 et au Met de New York dans Tristan et Isolde en 1959. Elle fait ses adieux à la scène à Francfort, en 1982, dans Elektra, se livrant ensuite un temps à l'enseignement. En 1996, elle se produit une ultime fois au Met, à l'occasion des 25 ans d'ancienneté de James Levine, dans des répliques de Brünnhilde, étonnant le public new-yorkais par la puissance et la justesse de sa voix malgré ses 78 ans!

Birgit Nilsson possédait un vaste répertoire d'une quarantaine de rôles, comprenant non seulement les rôles wagnériens et straussiens (Ariane à Naxos, Elektra, La Femme sans ombre, Le Chevalier à la rose, Salomé), mais également quelques-uns du répertoire contemporain qu'elle aborda avec Judith dans Le Château de Barbe-bleue de Bartok, Ursula dans Mathis le peintre d'Hindemith et Pénélope (rôle-titre) de Liebermann. N'omettons pas aussi Lisa dans La Dame de pique de Tchaïkovski, la Messe solennelle et la 9e Symphonie de Beethoven, la Messa da Requiem de Verdi et le trio Pieta di me, benigni Dei, (pour 2 sopranos, ténor et orchestre) de Haydn, ainsi que bon nombre le mélodies ou lieder de Beethoven, Grieg, Schubert, Sibelius et de compositeurs nordiques quelle aimait interpréter : Adolf Lindblad, Carl Nielsen, Erkki Melartin, Tour Rangström, Emil Sjörgren, Olof Peterson-Berger... A l'image de son succès, la discographie de Birgit Nilsson est impressionnante. Aussi nous ne retiendrons que quelques enregistrements qui ont fait date dans l'histoire du disque : Tristan et Isolde avec Windgassen, les Chœurs et l'Orchestre du Festival de Bayreuth sous la conduite de Karl Böhm (DG), l'Anneau du Nibelung avec les mêmes (Philips) ou sous la conduite de Solti (Decca), Elektra avec Resnik, les Chœurs de l'Opéra de Vienne et l'orchestre philharmonique de Vienne dirigés par Solti (Decca), Salomé également avec Solti (Decca), la Femme sans ombre sous la direction de Carl Böhm (DG), Turandot avec les Chœurs et l'Orchestre de l'Opéra de Rome dirigés par Molinari-Pradelli (EMI). La plupart de ces enregistrements des années soixante ont fait l'objet de nombreuses rééditions au fil des années.

Birgit Nilsson a été inhumée le 11 janvier 2006 dans le cimetière de sa ville natale à Västra Karup. Elle était mariée depuis 1948 à Bertil Niklasson, vétérinaire de son état et laisse deux livres de souvenirs : "Mina minnesbilder" (Stockholm, Bonnier, 1977), traduit en anglais sous le titre de "My memoirs in pictures" (Da Capo Press, 1982) et une biographie : "La Nilsson – Mein Leben für die Oper" (Francfort, Fischer, 1999).

D.H.M.

 


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