Raymonde SERVERIUS
soprano belge

Bruxelles, 4 août 1924 - Anvers, 25 décembre 2006

Raymonde Serverius
Raymonde Serverius
dans le rôle de Lia de L'Enfant prodigue de Debussy.
( © photo Hugo Jehle/Süddeutscher Rundfunk, Stuggart, coll. C.P. Perna, avec l'aimable autorisation de M. Jehle )


" Avec la disparition de Raymonde Serverius, c’est une excellente artiste qui nous quitte et pour moi, une bonne camarade de scène, dont je conserve le meilleur souvenir. Nous avons partagé à plusieurs occasions la scène dans le répertoire lyrique, tant au théâtre, que dans le cadre de prestations radiodiffusées. Je me souviens en particulier d’une représentation d’un opéra de Richard Strauss, ‘Ariadne auf Naxos’, dans lequel Raymonde Serverius incarnait le rôle du Compositeur, alors que j’étais Ariadne, sous la direction de Daniel Sternefeld. Grâce à sa parfaite préparation, elle apporta à sa caractérisation du personnage une touche toute personnelle mais convaincante. La dernière occasion pour nous de vivre l’émotion partagée de la scène fut lors d’une inoubliable représentation d’un autre chef-d’œuvre de Richard Strauss que j’affectionne : ‘Elektra’, toujours sous la direction de Daniel Sternefeld, en 1962. Raymonde Serverius y campait une Chrysothemis exaltée, son chant plein et vigoureux reposant sur une fameuse interprétation de la sœur d’Elektra. Elle était une très bonne technicienne dans l’âme et surtout, une interprète intense, avec une belle voix de soprano lyrique qu’elle savait parfaitement conduire, jusque vers des caractérisations plus dramatiques. "

Marie-Louise HENDRICKX, Soprano de l’Opéra (Belgique)
Anvers, janvier 2007.

 

" Raymonde Serverius : une belle artiste et une femme charmante, à l’attachante personnalité. Son souvenir m’est très agréable, un visage riant, très plaisant, une joie de vivre. Sur le plan musical, elle possédait une indéniable et frappante capacité de lecture de la partition en brillante musicienne qu’elle était. Nous avons partagé à plusieurs reprises l’affiche et ce, à différents titres : déjà à l’opéra, puis au concert et pour moi, en qualité de ténor, puis de chef d’orchestre. Nous avons participé à maintes créations ensemble dont la liste serait trop longue à énumérer. Je me souviens en particulier de la création en Belgique d’une œuvre de Pierre Boulez, ‘Le Soleil des eaux’, pour voix de soprano, ténor, basse et orchestre ou encore, de ‘Les Noces de Figaro " de Robert Herberigs dans lesquelles Raymonde Serverius affichait une parfaite préparation musicale. Nous avons également chanté à l’étranger, en Suisse, pour des représentations en version concertante de ‘Der Fliegende Holländer, lors desquelles elle incarnait une Senta très convaincante. Je conserve en outre un excellent souvenir de sa caractérisation du rôle-titre d’Ariadne, dans ‘Ariadne auf Naxos’, alors que j’incarnais Brighella. J’ai pu, lors de ces concerts, apprécier sa profonde préparation non seulement musicale, mais aussi, stylistique. Nous partagerons ensemble un répertoire large et je citerai de mémoire : ‘Le Chapeau chinois’ (de Jean Absil), ‘Les Noces’ (d’Igor Stravinsky), ‘Inferno’, Op. 23 (de Norbert Rosseau, tiré de l’œuvre de Dante Alighieri dans la ‘Divina commedia’, Inferno’, XV, 82), ‘La Lune amère’ (opéra de chambre de Pierre Froidebise), ‘Le Mariage de Rosine’ (autre œuvre de Robert Herberigs), ‘Le Soleil des eaux’ (de Pierre Boulez, sous la direction de Bruno Maderna) ou encore, ‘Le Chapeau de paille d’Italie’ (de Nino Rota.) Sur le plan vocal, son instrument était très plaisant : une voix assez forte, bien corsée et souple, réellement capable d’affronter un répertoire très ample, des classiques jusqu’aux contemporains. Je conserve un souvenir ému et attendri de cette inoubliable artiste. Sur le plan personnel, nous étions amis, ainsi qu’avec son époux, Roland Verhavert et sa disparition, inutile de vous le dire, me peine énormément. Merci, Raymonde. "

Louis DEVOS, Violoniste, Chef d’orchestre et Ténor de l’Opéra (Belgique)
Bruxelles, le 14 janvier 2007.

Raymonde Serverius
Raymonde Serverius
dans le rôle-titre de Madame Butterfly au Théâtre Royal de la Monnaie, à Bruxelles.
( Photographie Henri Vermeulen, Bruxelles,
fonds musical de l'auteur )

 

" Je suis extrêmement peinée d’apprendre la disparition de Raymonde Serverius. Elle fut une excellente partenaire à la scène, notamment au Théâtre Royal de la Monnaie, où je chantai Suzuki et qu’elle incarnait une vaillante ‘Madame Butterfly’. Je participai également avec elle à la création de ‘Les Voix de la mer’, un opéra du compositeur belge Jean Absil, en mars 1953 (Op. 75, opéra en trois actes et sept couleurs.) Elle chantait Marie et j’étais la Fille du bar. Sa voix était corsée, solide et de belle couleur. Au-delà de la musicienne accomplie, capable d’affronter un répertoire très étendu, j’ai pu apprécier en elle ses nombreuses qualités humaines. Je me souviens également de sa fille Christiane, qui a parfois brièvement partagé la scène avec sa mère, pour jouer l’enfant de la geisha et du Lieutenant Pinkerton. Enfin, Raymonde Serverius a donné de nombreux concerts sur la scène de la Monnaie et ailleurs, en Belgique et dans toute l’Europe: sa capacité d’interprétation de la musique contemporaine et surtout, son irréprochable préparation musicale était absolument épatante. "

Diane LANGE, Mezzo-soprano de l’Opéra (Belgique)
Bruxelles, le 12 janvier 2007

 

" J’ai connu Raymonde Serverius à mes débuts au Théâtre Royal de la Monnaie, lorsque j’étais un jeune chef d’orchestre, particulièrement lors des saison 1954 à 1959 et j’en conserve un excellent souvenir. J’avais postulé à une fonction de second chef et un concours fut organisé. Retenu avec trois autres finalistes, chacun de nous devait alors diriger un acte de La Bohème et Mimi était justement Raymonde Serverius. Ce fut notre tout premier contact au théâtre. Je retiens d’elle sa méticuleuse préparation musicale : quand elle se présentait sur scène, elle était tout à fait prête et sa conscience professionnelle était hautement appréciable. Elle était une très bonne musicienne et jouait du reste fort bien le piano, au-delà de son excellente maîtrise de la partition qu’elle abordait : ces qualités sont précieuses pour tout artiste d’opéra et de concert. Je la dirigeai dans plusieurs œuvres lyriques, un peu moins au concert. Plus tard, je la retrouvai en tant que directeur de la musique et chef d’orchestre à l’Opéra Royal Flamand d’Anvers et notre travail ensemble fut toujours des plus heureux. Elle était une artiste de tout premier plan, insufflant à ses caractérisations à la scène beaucoup de fougue et de tempérament. "

Frits CELIS, Chef d’orchestre belge
Ardennes belges, le 17 janvier 2007

 

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Sort du destin : c’est le jour de Noël, que le soprano Raymonde Serverius est décédée, entourée de l’affection de sa famille, à Anvers, ville où elle résidait et où elle s’était retirée depuis une dizaine d’années. La presse nationale belge a largement couvert sa disparition car l’artiste était en effet une figure emblématique et hautement appréciée de la scène musicale belge et européenne. Une existence tout entière consacrée à la musique : l’art lyrique et l’opérette, la création contemporaine, surtout au concert, puis l’enseignement ; Raymonde Serverius était une véritable interprète dans l’âme.

Autant à l’aise dans le répertoire classique de soprano lyrique puis dramatique, le soprano défendra des œuvres de compositeurs aussi divers que Paul Abraham, Jean Absil, Flor Alpaerts, Alban Berg, Luciano Berio, Jan Blockx, René Bernier, Gérard Bertouille, Pierre Boulez, Gaston Brenta, Michel Brusselmans, Raymond Chevreuille, Claude Debussy, René Defossez, Nico Dostal, Pierre Froidebise, Paul Gilson, Arthur De Greef, Robert Herberigs, Joseph et Léon Jongen, Emmerich Kálmán, Franz Lehár, Guillaume Lekeu, Bruno Maderna, Armand Marsick, Lucien et Etienne Mawet, Louis De Meester, Marcel Poot, Henri Pousseur, François Rasse, Norbert Rosseau, Nino Rota, Henri Sauget, Camille Schmit, Arnold Schönberg, Berthe Di Vito-Delvaux, Anton Webern, Kurt Weill, Albert Wolff, et tant d’autres.

Avant de débuter à l’opéra, l’artiste se produira souvent au récital puis au concert avec les Grands Concerts Symphoniques. Plus tard, à l’apogée de sa carrière, elle sera soliste de la Radio Belge francophone et néerlandophone (Orchestre Philarmonique), pour l’Orchestre National de Belgique. Au terme de ses études et avant son perfectionnement musical en France, elle fera de brillants débuts à la radio, en y interprétant des airs mozartiens, ainsi que des extraits de chefs-d’œuvre tels que Le Nozze di Figaro, Cosi fan tutte, Don Giovanni, La Clemenza di Tito, où son timbre fruité apportera une lumineuse chaleur à ses interprétations. Par ailleurs, elle aura l’occasion, au faîte de sa gloire, de chanter le soprano solo dans le magnifique Requiem de Mozart, sous la direction d’André Cluytens. De retour en Belgique, elle débutera en 1951 au Théâtre Royal de la Monnaie : ce sera une autre étape importante dans la vie de la musicienne et le point de départ d’une belle carrière de première soliste, non seulement dans son pays natal, mais dans toute l’Europe, ainsi qu’en tournée au Canada. Son impeccable musicalité, ainsi que sa parfaite intuition interprétative lui permettront d’aborder des compositions ardues, à l’instar de Marie dans Wozzeck (des extraits en concert) ou des mélodies à la tessiture tendue, que sa grande maîtrise vocale et technique pourra soutenir efficacement. L’artiste redonnera un véritable souffle à des œuvres aujourd’hui totalement reléguées dans l’oubli, quelques décennies à peine après leur création. Son esprit curieux et son inlassable quête de perfection, seront transmis bien plus tard à ses élèves qui aujourd’hui encore, lui en sont fort reconnaissants. A l’opéra, Raymonde Serverius participera à plusieurs créations importantes, dont il convient de rappeler celle de Anne Trulove dans The Rake’s progress ou Le Libertin d’Igor Stravinsky (traduction française de André de Badet, au Théâtre Royal de la Monnaie le 26 mars 1952, sous la direction d’orchestre de René Defossez ou de Marie dans Les Voix de la mer du compositeur belge Jean Absil, toujours à la Monnaie, le 26 mars 1954, à nouveau sous la conduite de René Defossez.) Au-delà même du déploiement d’une intense activité musicale à l’opéra, Raymonde Serverius consacrera une part importante de sa carrière à l’enseignement du chant, au Conservatoire Royal de Musique de Liège, pendant près de 30 années, charge qu’elle assumera entre 1962 et 1992, tout en continuant, pendant les premières années du moins, à assurer des centaines de représentations en Belgique et à l’international.

Artiste extrêmement précoce, Raymonde Serverius sera bercée dès sa plus tendre enfance par la musique et par une mère qui, bien qu’assumant parfaitement son rôle de mère, passera beaucoup de temps sur les planches des théâtres de Belgique, puisqu’elle n’était autre que Maria Serverius (1902-1976.) Elle connaîtra son apogée entre 1927 et 1948 en s’illustrant, grâce à sa puissante voix de Falcon, dans des œuvres de Richard Wagner et de Richard Strauss (elle interprétera d’ailleurs les rôles-titres de Salomé et d’Elektra sous la direction du compositeur au Théâtre Royal d’Anvers.) Elle excellera dans une imposante caractérisation d’emplois de grand spinto en remportant de francs succès dans Brangäne (Tristan und Isolde), Ortrud (Lohengrin), Rachel (La Juive), Sélika (L’Africaine), Salomé (Hérodiade), etc. Maria Serverius participera à plusieurs créations absolues ou in loco à l’Opéra Royal Flamand et au Théâtre Royal d’Anvers. Toutefois, elle cantonnera sa carrière lyrique à la Belgique (Bruxelles, Liège, Gand, Verviers, Charleroi), en la ponctuant néanmoins de tournées aux Pays-Bas (Amsterdam, La Haye et Rotterdam), ainsi qu’en plusieurs villes françaises, où elle recueillera de nombreux succès. Elle accordera aussi une place de choix, bien que mineure, à l’activité concertante, notamment auprès du Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles et avec la Société des Concerts Philarmoniques de Belgique.

Le tout premier pédagogue de Raymonde Serverius sera donc sa mère : cette dernière veillera à assurer sa formation musicale, notamment le solfège et le piano, tout en lui permettant de découvrir fort tôt le répertoire lyrique. Sa vocation était née. Tout en poursuivant sa scolarité classique à Bruxelles, Raymonde Serverius accomplira de rapides progrès dans l’apprentissage de la musique et dans le placement de sa voix, sésame pour ses premiers récitals et soli pour la Radio Belge (I.N.R.) particulièrement dans l’oratorio, entre autre pour l’Association des Amis de Mozart où son jeune mais très sûr talent sera remarqué par la S.M. la Reine Elisabeth de Belgique, qui lui consentira une bourse d’étude, ainsi qu’une substantielle donation. C’est ainsi que le jeune soprano sera en mesure de poursuivre ses études musicales complètes en France, à Paris, dans la classe du soprano Gabrielle Ritter-Ciampi (1886-1974), elle-même fille du soprano français Cécile Bennel, qui avait épousé en secondes noces le baryton italien Ezio Ciampi. Une formation complémentaire complète : perfectionnement de l’émission, style italien, phrasé et diction, puis art lyrique seront les ingrédients des cours que dispensera l’illustre pédagogue. Enchantée par les progrès obtenus par sa talentueuse élève, elle organisera régulièrement des récitals auxquels ses meilleurs élèves participeront et surtout, elle recommandera à Raymonde Serverius une formation complémentaire à Salzbourg, auprès du réputé Mozarteum. Au terme de ce fructueux passage en Autriche, l’artiste débutera sa carrière de concertiste, tout en abordant ses premiers rôles de soprano lyrique à la Radio et au concert. Très vite et naturellement, elle alternera les incontournables classiques du répertoire avec des créations contemporaines, difficiles d’exécution et au langage musical inédit, avec une inaltérable vigueur et surtout, une facilité déconcertante. En 1951, le directeur du Théâtre Royal de la Monnaie, Corneil de Thoran, auditionnera le soprano et l’engagera sur-le-champ, l’audition s’étant avérée tout à fait concluante. L’artiste débutera dans Mimi (La Bohème), puis dans le rôle-titre de Madame Butterfly, en recueillant dans ces deux rôles pucciniens un vif succès. Elle affectionnera les héroïnes de Puccini, auxquelles elle saura insuffler une caractérisation très humaine et intensément passionnée : outre Mimi et Madame Butterfly, Raymonde Serverius chantera à la scène et au concert Lauretta (Gianni Schicci), les rôles-titres de Suor Angelica, puis celui de Manon Lescaut (en extraits), allant jusqu’à oser à la scène le rôle-titre meurtrier de Turandot à l’Opéra Royal d’Anvers. Elle abordera également Nedda (Pagliacci), Micaela (Carmen) et participera, au-delà des créations du Libertin et de Les Voix de la mer, à celle de L’Oiseau bleu, une féerie lyrique de Albert Wolff, sur un texte du poète belge Maurice Maeterlinck, le 14 février 1956 dans le rôle du Chef des bonheurs, œuvre placée sous la conduite de son compositeur. Raymonde Serverius assurera à la Monnaie de nombreuses prestations concertantes entre 1962 et 1967, notamment pour la voix de soprano solo dans Les Noces d’Igor Stravinsky en 1964 (qu’elle alternera avec le soprano belge Ysel Poliart) dans la splendide chorégraphie de Maurice Béjart, pour une trentaine de représentations, qui donneront lieu à des tournées internationales. Elle partagera l’affiche avec le mezzo-soprano belge Diane Lange, le ténor, violoniste, compositeur et chef d’orchestre belge Louis Devos et la basse Jules Bastin. Toujours à la Monnaie, le soprano prendra part à une série de concerts d’hommage (avec les Ballets de Maurice Béjart, notamment en tournée au Canada, remportant un immense succès) au compositeur autrichien Anton Webern, renouant ainsi avec une écriture musicale moderne et de veine singulière pour la voix, le dodécaphonisme (le soprano interprétera par ailleurs régulièrement des pièces d’Arnold Schönberg, d’Alban Berg et de Pierre Boulez), en y chantant plusieurs de ses Lieder. Elle abordera plus tard sa Cantate N° 1 pour soprano, chœur mixte et orchestre. Tout en assurant des dizaines de tournées à l’étranger, le soprano donnera des représentations au Théâtre Royal de Gand (en artiste invitée entre 1961 et 1963), ainsi qu’au Théâtre Royal de Liège. Mais ce sera à Anvers, auprès de l’Opéra Royal Flamand (Anvers), que Raymonde Serverius déploiera la majeure partie de son intense activité musicale, en y interprétant son répertoire lyrique de premier soprano (auquel elle ajoutera Concepción dans L’Heure espagnole et Mélisande dans Pelléas et Mélisande.) Une anecdote singulière vaut la peine d’être reportée par l’auteur, telle qu’elle lui a été confiée par la fille de l’artiste et concernant une représentation de Pelléas et Mélisande à l’Opéra Royal Flamand. Raymonde Serverius souffrait d’appendicite chronique et un soir de représentation, la crise fut si forte qu’il fallut dégager tous les moyens possibles à disposition afin de la calmer et lui permettre d’assurer jusqu’au bout le rôle. Des calmants ne soulagèrent pas l’artiste au premier acte, alors au second, un sac contenant des glaçons fut plaqué sur le bas-ventre de la malheureuse Mélisande, qui tentait tant bien que mal de le dissimuler sous sa longue robe. L’exercice fut périlleux, mais le soprano trouva ainsi quelque soulagement et seules les premières rangées de spectateurs purent se rendre compte des tourments non prévus par Maeterlinck ! La presse s’empara bien entendu de l’anecdote et salua le courage de Raymonde Serverius, en admirant son courage et surtout, sa vaillance à assurer le spectacle. Tout en alternant les emplois de lyrique, de spinto et de dramatique, l’artiste ne manquera pas d’accorder à sa galerie de portraits des caractérisations plus légères, par des incursions dans l’univers de l’opérette (Friederike, Gräfin Maritza, Der Graf von Luxemburg, Die Viel geliebte, Viktoria und ihr Husar, etc.) Dans ce genre plus léger et frivole, Raymonde Serverius affectionnait tout particulièrement Friederike dont la musique gaie et enjouée apportait un contraste avec les héroïnes dramatiques des premiers plans à l’opéra. Parallèlement à l’opéra, le concert occupera de manière accrue l’emploi du temps de l’artiste, tant en Belgique, qu’à l’étranger (France, Allemagne, Pays-Bas, Grande-Bretagne, Espagne, Suisse, Suède, Danemark, Norvège, Pologne, Yougoslavie, Luxembourg, Canada.) Son répertoire s’enrichira de dizaines de d’œuvres couvrant plusieurs siècles d’histoire de la musique, en renouant avec les grands classiques tels que Mozart jusqu’à Ravel (les superbes trois Poèmes de Tristan Klingsor, Asie, La Flûte enchantée et L’Indifférent, plus connus sous le nom de Shéhérazade), Menotti et Maderna. Raymonde Serverius, à l’instar de sa mère Maria, aura une prédilection pour les compositions de Richard Strauss et lors de ses récitals et concerts, elle ne manquera jamais d’inclure ses superbes Lieder. L’artiste s’attachera tout naturellement, dans sa quête permanente d’un chant exalté et profondément humain, à véhiculer une émotion toute exacerbée et pourtant contenue, donc vécue, dans ses sublimes Vier letzte Lieder, l’un des plus émouvants testaments musicaux que le génial compositeur de Garmisch aura laissés pour la postérité. A Milan, Raymonde Serverius interprétera – en création locale - sous la direction de Pierre Boulez, plusieurs de ses œuvres, notamment ses trois Improvisations autour de la figure de Stéphane Mallarmé, L’Improvisation I sur Mallarmé " La Vierge, le vivace et le bel aujourd’hui ", L’Improvisation II " Une dentelle s’abolit ", pour soprano solo et neuf instruments et Improvisation III "A la Nue accablante tu", pour soprano et orchestre. Sa musicalité sans faille et son instinct très sûr la guideront vers la création contemporaine et c’est ainsi qu’elle participera à d’innombrables créations sous la direction compositeurs et de chefs aussi prestigieux que Darius Milhaud, Richard Kraus, Corneil de Thoran, André Cluytens, André Vandernoot, Franz André, Luigi Martelli, Ferenc Fricsay, Norman Del Mar, Joseph Krips, Anthony Bernard, Frits Célis, Louis Devos, Daniel Sternefeld, Pierre Boulez, Bruno Maderna, avec des ensembles orchestraux de tout premier plan. Dès 1962 déjà et désireuse de transmettre un flambeau aux jeunes générations, Raymonde Serverius enseignera le chant au Conservatoire Royal de Musique de Liège, fonction qu’elle occupera pendant trois décennies, en ralentissant à peine ses activités à la scène. Excellente pédagogue, elle prendra très à cœur ses nouvelles fonctions et grâce à son don inné pour la musique, ses cours s’avéreront précieux pour ses nombreux élèves qui décèleront en elle un professeur passionné, patient et dévoué à la tâche. Reconnaissants, ses élèves auront non seulement appris à chanter et à perfectionner leur technique, mais ils auront surtout appris à découvrir et à maîtriser la musique. Ses excellents dons d’actrice et son naturel confondant pourront être appréciés au cinéma dans De Vijanden (Les Enemis) film de guerre, dirigé par Hugo Claus (rôle de la mère de Jeannette), en 1968 et dans la série télévisée Televisite, sous la direction de Lies Huylebroeck, en 1955. Vers la fin des années quatre-vingt-dix, l’artiste se retirera de la scène musicale et choisira la discrétion, vivant entourée des siens et de ses nombreux souvenirs. Elle laisse plusieurs enregistrements radiodiffusés, dont une intense Chrysothemis dans Elektra aux côtés de la lumineuse et impérieuse Elektra de Marie-Louise Hendrickx (avec Mina Bolotine, Marcel Vercammen, Jef Vermeersch, Berthe Van Hyfthe, Marian Balhant et Diane Lange), dans un enregistrement public du 7 février 1962 à l’I.N.R. de Bruxelles, sous la direction de Daniel Sternefeld.

De nombreuses captations radiodiffusées ressurgissent peu à peu des archives des radios nationales, notamment la R.T.B.F. (Radio Télévision Belge Francophone), grâce au travail mené par les collaborateurs de cette institution. L’art de Raymonde Serverius est représenté dans les œuvres suivantes : Improvisations sur Mallarmé (2), pour soprano et orchestre, La Lune amère, opéra de chambre de Pierre Froidebise (avec Lucienne Delvaux, Louis Devos, Jean Laffont et Georges Genicot – les deux versions -, Oreste, fresque radiophonique d’après Eschyle pour soli, récitant, chœur et orchestre, d’Eric Feldbusch, Psaume 56, pour Soprano, Chœur et Orchestre, de Michel Brusselmans, Psautier, pour mezzo-soprano, trio à anches à piano, de Camille Schmit, Le Soleil des eaux, de Pierre Boulez,, des extraits de Les Voix de la mer, pour orchestre et chœurs, ainsi qu’un CD consacré à des compositeurs et auteurs belges tels que Jean Absil, Arthur De Greef, Lucien et Etienne Mawet, etc. Enfin, il existe plusieurs enregistrements privés offrant une intéressante galerie de portraits aux caractérisations étonnamment contrastées de cette belle artiste (Abigaille dans Nabucco ou une exécution publique des Vier letzte Lieder.) Egalement, le soprano a enregistré Sonatine, une œuvre pour soprano, flûte et alto du compositeur belge Albert Huybrechts, avec le Quatuor Rondo, disque 33T référence EH9722. Raymonde Serverius était l’épouse du cinéaste, producteur et réalisateur belge Roland Verhavert. Elle était Chevalier de l’Ordre de Léopold (Belgique.)

Claude-Pascal PERNA ã
janvier 2007

 


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