Le Panthéon des musiciens

De janvier 2012 à juin 2012

Alexis WEISSENBERG - Gustav LEONHARDT - Jean LESCANNE - Michel MARTIN - Michel BERGES - Devy ERLIH - Maurice ANDRÉ - Dietrich FISHER-DIESKAU - France CLIDAT - Jean-Pierre LAFFAGE - Brigitte ENGERER

 

Le 8 janvier 2012 à Lugano (Suisse), est mort dans sa 83e année le pianiste bulgare naturalisé français Alexis WEISSENBERG. Atteint de la maladie de Parkinson, il avait dû mettre un terme à sa carrière au début des années 1980. Le Ministre de la culture a déclaré qu'avec lui "c'est une grande voix du piano qui s'éteint, un ambassadeur à la fois prestigieux et familier de la musique qui nous quitte." Célèbre interprète de Bach et de Rachamaninov, maîtrisant parfaitement la technique pianistique, avec un jeu dépouillé et exempt de toute fioritures, on l'a parfois qualifié, à tort, de "cérébral". En fait, ce passionné était constamment à la recherche de la perfection dans l'interprétation pour retrouver l'état d'esprit et la pensée du compositeur au moment de la création de son œuvre. Toute sa conception de l'interprétation se résume dans ces mots qu'il prononçait en décembre 1966 lors d'une interview à l'ORTF : J'aime que l'artiste n'existe pas visuellement pour le public. Il ne faut pas qu'il distraie l'auditeur de l'œuvre. En juin 1968, lors d'un récital consacré à Chopin, Clarendon (Bernard Gavoty) écrivait "… il est difficile de mieux jouer du piano, d'avoir un registre plus varié, une sonorité plus rayonnante, un choc plus éblouissant, de plus grands moyens, une ambition mieux récompensée." [Le Figaro, 8 juin 1968]. Polyglotte, parlant 7 langues, il possédait en outre une vaste culture acquise au fil de ses nombreux séjours et voyages à travers le monde.

Alexis Weissenberg
Alexis Weissenberg
( photo X..., coll. DHM ) DR

C'est à Sofia (Bulgarie) que voit le jour Alexis Sigismond Weissenberg le 26 juillet 1929, d'un père diplomate et d'une mère pianiste, ancienne élève du Conservatoire de Vienne, qui lui donne ses toutes premières leçons de piano à l'âge de 4 ans. Il bénéficie ensuite de l'enseignement de Pancho Vladigerov (1899-1979), alors professeur de piano, de musique de chambre et de composition à l'Académie de musique de Sofia. A 10 ans, il donne son premier concert. Durant la guerre, pendant l'occupation de son pays natal par les Allemands, Alexis Weissenberg et sa mère, après un séjour dans un camp d'internement, parviennent à se réfugier à Istanbul, puis s'installent en Palestine, tout d'abord à Haïfa puis à Jérusalem, où, en 1943, il rejoint l'Académie de musique. Là, il travaille avec le Professeur Schröder, un condisciple d'Artur Schnabel, et à 14 ans, effectue sa première expérience orchestrale avec la 3e Symphonie de Beethoven et l'Orchestre de la Radio de Jérusalem. L'année suivante, c'est sa première tournée de concerts en Afrique du Sud et à la fin de la guerre il est engagé pour 3 saisons comme soliste de l'Orchestre Philharmonique d'Israël. A la fin de l'été 1946, il part à New York pour achever sa formation à la Juilliard School of Music de New-York avec Olga Samarov pour le piano et Vincent Persichetti pour la composition et l'analyse musicale. En 1947, poussé par Vladimir Horovitz, il s'inscrit au prestigieux concours Leventritt de New qu'il remporte aisément avec la Sonate de Liszt. La même année il reçoit également le 1er prix du Youth Competition de l'Orchestre de Philadelphie et qui l'accueille (dirigé par Eugène Ormandy) et fait ses débuts au Carnegie Hall avec l'Orchestre Philharmonique de New York, sous la conduite de George Szell. Dès lors, une carrière internationale s'ouvre à lui avec de nombreuses tournées à travers le monde entier (Amérique, Afrique, Europe…), mais en 1957, il s'installe en France, adopte la nationalité française et s'impose une retraite volontaire de plusieurs années durant lesquelles il se consacre à la peinture, aux collages et à l'enseignement. A son retour sur scène en 1967, Karajan le choisit pour soliste au sein de l'Orchestre Philharmonique de Berlin et l'année suivante, il se produit au Festival de Salzbourg. Invité par de nombreux orchestres prestigieux, à partir d'avril 1968 il collabore notamment un temps avec l'Orchestre de Paris avec lequel il effectue une tournée aux Etats-Unis et enregistre en 1970 le Concerto pour piano et orchestre n° 1 de Tchaïkovski (EMI)… En 1982, il devait mettre fin à sa carrière pour cause de maladie et s'installait en Suisse, à Lugano.

Comme pédagogue, il a enseigné aux Etats-Unis (Harvard, Tanglewood, Ravina), et a donné de nombreuses masterclasses dans le monde entier. On lui doit aussi la fondation de la "Alexis Weissenberg’s Piano Master Class" à Engelberg (Suisse), où il a accueilli des pianistes de grand talent, tels Nazzareno Carusi, Simon Mulligan, Kirill Gerstein, Cédric Tiberghien, Ido Bar Shai, Vesselin Stanev, François Weigel et bien d'autres encore. Egalement compositeur, Alexis Weissenberg est l'auteur d'une comédie musicale La Fugue, écrite sur un livret de Francis Lacombrade, créée le 26 février 1979 au Théâtre de la Porte Saint-Martin avec Ariel Dombasle, sur une mise en scène de Jean-Claude Brialy ; d'une Sonate pour piano et d'arrangements de chansons de Charles Trenet. Sa production discographie est importante et au sein de celle-ci, on peut citer les intégrales des Partitas de Bach (EMI), des Nocturnes de Chopin (EMI), des Préludes de Rachmaninov (RCA) et des Concertos de Beethoven avec Karajan (EMI), ainsi que des enregistrements de plusieurs Sonates de Domenico Scarlatti (DG) et d'œuvres de Brahms, Hadyn, Liszt, Mozart, Moussorgski, Prokofiev, Schumann, Scriabine, Stravinsky, Tchaikovski, Turina, Bartok et Franck, Saint-Saëns, Ravel, Debussy…

Denis Havard de la Montagne

Le 16 janvier 2012 est mort à Amsterdam le claveciniste, organiste et chef d'orchestre néerlandais Gustav LEONHARDT âgé de 83 ans. Un mois avant, le 12 décembre, il s'était produit à Paris aux Bouffes du Nord ; se sachant gravement malade, il avait déclaré lui-même que c'était son dernier concert et on pu l'entendre dans des œuvres de Ritter, Purcell, Pachelbel, Böhm, d'Anglebert, Duphly et Bach. Pour son ultime interprétation, c'est la 25e Variation Goldberg de Bach qu'il joua en bis… Surtout connu pour sa carrière de claveciniste, il a remis à la mode les musiques des XVIIe et XVIIIe siècles dès le début des années 1950. On lui doit notamment, avec Nikolaus Harnoncourt, la première intégrale des Cantates de Bach (entre 1971 et 1989). C'est lui qui avait joué le rôle du Cantor dans le film de Jean-Marie Straub : La Petite Chronique d'Anna-Magdalena Bach (1967).

Gustav Leonhardt
Coffret 15 CD (Sony B.M.G.) pour son 80e anniversaire en 2008 (Bach, Scarlatti, Corelli,Telemann ...)

Né le 30 mai 1928 à Graveland (Pays-Bas), de parents amateurs de musique passionnés et pratiquant la musique de chambre à la maison (son père, Hollandais, joue de la flûte et sa mère, Autrichienne, du violon ; son frère aîné du hautbois et sa sœur, Trudelies, de 3 ans sa cadette, du piano), Gustav Leonhardt débute ses études musicales dans son pays natal où il étudie le piano dès l'âge de 6 ans. Il est probable que l'épinette qui siégeait dans la maison familiale ait quelque peu orienté le jeune garçon dans ses goûts pour la musique ancienne. A l'âge de 15 ans, il abandonne le piano pour se consacrer au clavecin et, en 1947 entre à la Schola Cantorum Basiliensis de Bâle, où il a pour professeur de clavecin et d'orgue Eduard Müller (1912-1983), organiste et maître de chapelle de l'église Saint-Pierre de Bâle. Il y suit également les cours de musique de chambre d'instruments anciens dispensés par le violoncelliste et gambiste suisse August Wenzinger. En 1950, il part étudier la composition auprès de Hans Swarrowsky à l'Académie de musique de Vienne, et là fait la connaissance de Nikolaus Harnoncourt qui le renforce dans son choix de pratiquer la musique ancienne. Deux années plus tard il est nommé professeur de clavecin dans cette Académie (1952 à 1954). Puis, il retourne dans son pays natal pour enseigner son instrument au Conservatoire d'Amsterdam, où il va officier durant 34 ans (1988). Dans cette même ville, il assure aussi les fonctions d'organiste à la Waalse Kerk, avant d'être nommé plus tard à la Nieuwe Kerk. En 1955, avec son épouse Marie Leonhardt-Amsler, violoniste, il fonde le "Leonhardt Consort" en compagnie d'Eduard Melkus (violon), Alice Harnoncourt-Hoffehner (alto), Nikolaus Harnoncourt (violoncelle) et Michel Piguet (hautbois). Cette formation, qui évoluera au fil du temps, va tenir un rôle important dans le renouveau de la musique baroque. Alfred Deller, les frères Kuijken et Philippe Herreweghe travaillent également un temps avec lui, puis il collabore avec d'autres ensembles de musique baroque : à partir de 1960 avec le "Quadra Amsterdam", composé de Frans Brüggen (flûte et direction), Anner Bylsma (violoncelle) et Jaap Schröder (violon) et bien plus tard (1999), avec le "Café Zimmermann", fondé par Pablo Valetti (violon et direction) et Céline Frisch (clavecin), actuellement en résidence à Aix-en-Provence. Entre temps, en 1972, il intègre "La Petite Bande", dont les membres jouent sur des instruments anciens. A l'origine, créé en 1972 par le violoniste et gambiste belge Sigiswald Kuijken à la demande d'Harmonia Mundi pour enregistrer le Bourgeois Gentilhomme de Lully, avec Gustav Leonhardt comme chef, cet orchestre obtient un tel succès qu'il est rapidement invité à se produire en concerts et devient une formation permanente. Au fil des années, le répertoire baroque français est abordé (Lully, Rameau, Campra, Muffat), puis italien (Vivaldi, Corelli…), ensuite allemand (Bach) et ces dernières décennies, c'est un répertoire des maîtres classiques qui est d'actualité (Mozart, Haydn…). La direction de cet ensemble est au début assuré simultanément par Kuijken, son chef permanent, et Leonhardt. Après le Bourgeois Gentilhomme, ce dernier enregistre avec "La Petite Bande" L'Europe galante (extraits) de Campra (1974), Zaïs de Rameau (1978), Pygmalion de Rameau (1981), Le Jugement de Midas (extraits) de Grétry (1981), la Hohe Messe de Bach (1986) et La Passion selon St-Matthieu de Bach (1990). Mais, c'est principalement comme soliste (orgue, clavecin, clavicorde) qu'il se produit durant près de six décennies à travers le monde entier, avec une centaine de concerts annuels. Connu pour sa rigueur, voir sa sévérité, il considère que l'interprète n'est qu'un maillon entre le compositeur et l'auditeur, l'important étant l'œuvre, ce dont bien des interprètes actuels devraient méditer. Respectant son public, il s'ingéniait à ne jamais donner deux fois de suite le même programme. C'est pour toutes ces raisons que cet homme courtois et raffiné, pionnier du renouveau de la musique baroque, considéré comme une sommité dans l'histoire de l'art musical, n'a jamais recherché ni les honneurs ni le vedettariat. Egalement musicologue, il a écrit plusieurs ouvrages, notamment en 1952 (en anglais) L'Art de la fugue, dernière œuvre de Bach pour le clavecin (La Hague, M. Nijhoff, 1952, in-8°, 58 p.), a édité des partitions de Sweelinck, et s'est longtemps livré à l'enseignement, que ce soit au Conservatoire d'Amsterdam, à l'université d'Harvard où il avait obtenu une chaire en 1969 ou encore lors de nombreuses master classes dispensées à travers le monde entier. Il avait d'ailleurs été reçu docteur honoris causa de cette université, ainsi que de celles de Yale, Washington, Dallas, Amsterdam, Leyde, Padoue, et en France de Metz. Parmi ses nombreux élèves d'orgue ou de clavecin, citons Ton Koopman, Christopher Hogwood, Christophe Rousset, Denis Bédard, Jan Willem Jansen, Bernard Foccroulle et Elisabeth Joyé.

Sa discographie est très importante avec plus de 200 enregistrements et il n'est pas de notre propos d'en dresser une liste exhaustive. Mentionnons néanmoins ici quelques disques marquants : l'intégrale des Cantates de Jean-Sabastien Bach (coffret de 60 CD, Teldec), les Suites anglaises et Partitas du même (coffret 4 CD, Virgin Classics), les 6 Concertos brandebourgeois du même (Sony), les 14 Sonates pour clavecin de Scarlatti (Sony), les "Œuvres pour le clavecin" de Froberger (Harmonia Mundi), La Passion selon St Matthieu de Bach (Harmonia Mundi), celles de Saint-Jean et de Saint-Luc de Schütz (Teldec), les Sonates, Rondos, Fantaisies pour orgue de Carl Philippe Emanuel Bach (Sony), "Musique d'orgue d'Allemagne du Nord" (Sony), "Musique d'orgue de France et du Sud du Pays-Bas" (Sony)…

Prix Erasme des Pays-Bas (1980, partagé avec Harnoncourt), Commandeur des Arts et des Lettres (2007), Commandeur de l'Ordre de la Couronne de Belgique (2008), Médaille d'honneur de l'Ordre de la Maison d'Orange du Pays-Bas (2009), Gustav Leonhardt s'est éteint dans sa grande maison du XVIIe siècle, située aux bords des canaux d'Amsterdam, entouré de ses collections d'instruments anciens. Son immense passion pour Bach aura été le fil d'Ariane de sa vie qui l'avait conduit à redonner toutes ses lettres de noblesse au clavecin.

Denis Havard de la Montagne

Jean LESCANNE (1916-2012)

Le 16 janvier 2012, à l'hôpital Bichat (Paris 18e), s'en est allé Michel MARTIN à l'âge de 82 ans. Ténor lyrique à la voix brillante, il avait exercé son métier avec beaucoup de passion durant plusieurs décennies, s'occupant, encore ces dernières années, d'une chorale fondée par ses soins dans les années 1990. A l'aise aussi bien dans le théâtre qu'à l'église, son vaste répertoire acquis au fils des années lui permettait de chanter aussi bien Faust, Lakmé, Le Pays du sourire, que Les Sept paroles du Christ de Dubois… et tout le répertoire musical de la liturgie catholique.

Michel Martin
Michel Martin
( photo X... ) DR

C'est à Alger, où sa famille est installée, que Michel Martin voit le jour le 23 octobre 1929. Son père, Louis Martin, directeur du magasin le Bon Marché d'Alger, doté d'une belle voix de ténor léger, a étudié dans sa jeunesse le chant au Conservatoire de cette ville ; il chante en amateur en maintes occasions. C'est lui qui communique à son fils sa passion pour l'art lyrique, le poussant à l'étudier sérieusement et à entrer dans la chorale de "La Lyre algérienne" qui se produit en concerts. Michel Martin rejoint à son tour le Conservatoire municipal de musique et de déclamation d'Alger, à l'époque où la direction est assurée par le chef d'orchestre Henry Defosse. Dans cet établissement, il suit les cours de chant et de déclamation lyrique de Paul Bracco et à l'âge de 18 ans, en 1948, débute comme ténor lirico spinto à l'Opéra d'Alger, dirigé par Pierre Portelli depuis 1944. Durant quelques années, dans ce théâtre il apprend le métier avec de nombreux rôles dans Werther, La Tosca, Rigoletto, Paillasse, Les Pécheurs de Perles…, et bénéficie des conseils de la pianiste répétitrice Georgette Riva-Zimero, épouse du chef d'orchestre Georges Riva. Puis, vers 1957, il s'installe en métropole et ayant eu l'occasion de rencontrer le directeur du Théâtre de Cherbourg (Manche), Emile Richaud, il se produit à plusieurs reprises sur cette scène, notamment durant la saison 1960-1961 dans Rigoletto (Le Duc de Mentoue) dirigé par Henri Gayral, et pour le centenaire de ce théâtre le 21 mars 1982 dans Faust (rôle-titre), sous la direction musicale de Jean Doussard. Les années soixante vont voir sa carrière prendre de l'ampleur avec des tournées en province, entre autres à Lille (Le Trouvère), ainsi qu'aux Antilles où il chante Faust et en Turquie à Istanbul avec les Contes d'Hoffmann. A Paris, au Châtelet, il se produit dans l'opérette romantique Le Pays du sourire de Franz Léhar. Parmi le vaste répertoire qu'il a rapidement acquis, en dehors des opéras déjà cités, mentionnons aussi Lakmé de Delibes, Louise de Charpentier qu'il chante notamment dans les années 1970 à la Maison de la Radio, et Roméo et Juliette de Gounod. Ajoutons encore qu'il reçoit des conseils du baryton-basse de la Scala de Milan Ugo Ugaro (1915-2000) et ceux de la cantatrice spécialiste du bel-canto Gina Cigna (1900-2001) au cours d'une master class à Radio-France. Avec le temps, il était passé du répertoire du ténor spinto à celui du fort ténor, avec Verdi, Puccini, Saint-Saëns et les compositeurs français du 19e siècle.

Parallèlement à sa carrière de chanteur d'opéra, il entre dès 1963 dans les Chœurs de Radio-France, alors dirigés par René Alix, puis à partir de 1967 par Marcel Couraud. Cet ensemble, composé de 120 chanteurs professionnels, assure une quarantaine de concerts par saison, en compagnie de l'Orchestre Lyrique de Radio-France ou de l'Orchestre National de France. Avec ces formations, au fil des années il enregistre en soliste pour la Radio-Diffusion française plusieurs opéras, dont certains vont être édités en disques par la suite : Madame l'Archiduc d'Offenbach (rôle de Piano-dolce), dirigé par Jean-Claude Hartemann (Musidisc, MU 744), Les Travaux d'Hercule de Claude Terrasse (rôle du Berger 2), sous la conduite de Marcel Cariven (Musidisc, MU 454), Le Bon roi Dagobert de Marcel Samuel-Rousseau (Le Guetteur) en mai 1964, dirigé par Jean-Paul Kreder (redonné par France Musique le 31 juillet 2011), Hérodiade de Massenet (Une Voix) en 1974, sous la direction de David Lloyd-Jones (Bismark Beane MRF 126, Rodolphe RP 12449/51, Opera d'Oro OPD 1336)… Egalement chantre dans les églises parisiennes, il reste attaché durant de longues années à l’église Saint François Xavier à partir de 1965, où la maîtrise alors composée d'un double quatuor, est dirigée par Pierre de Saint-Jorre, et à partir de 1972, à celle de la Madeleine avec Joachim Havard de la Montagne, Maître de chapelle. Là, il participe aussi, en tant que soliste, à de nombreux concerts organisés dans le cadre des séries annuelles "Une Heure de musique à la Madeleine". C'est ainsi qu'on peut l'entendre, entre autres, dans le Magnificat de J. Chr. Bach (25 mai 1976), Les Sept Paroles du Christ de Dubois (22 mars 1983 et 17 avril 1984), le Requiem de Saint-Saëns (25 juin 1985) et qu'il enregistre en 1978 et en première mondiale le Requiem de Gounod, sous la direction de Joachim Havard de la Montagne, avec les Chœurs et l'Ensemble instrumental de la Madeleine (Arion, ARN 38443) : son interprétation de "l'extatique et fervent" Benedictus est des plus émouvantes. Assurément, sa prestation a grandement contribué à l'obtention du Grand prix du disque lyrique 1978 (Prix Jacques Ibert) décerné à ce disque comme "meilleure exécution classique".

Retiré de la scène dans les années 1980, il se livre alors à l'enseignement du chant en cours particuliers et ses nombreux élèves, auxquels il prodigue encore de précieux conseils quelques mois avant sa disparition, lui seront toujours reconnaissants de leur avoir communiqué sa passion de l'art vocal et surtout de les avoir dotés d'une excellente technique leur permettant ainsi d'aborder n'importe quel répertoire. En 1996, il avait fondé une chorale d'amateurs, "La clé des champs", au sein de la Caisse des Dépôts et Consignations de la rue de Lille. Et, même si ces dernières années, il avait cédé sa baguette à son successeur, il continuait néanmoins de s'en occuper de loin, sa passion du chant qui l'habitait étant toujours aussi vive à 80 ans.

Ses obsèques ont eu lieu le vendredi 27 janvier 2012 à Paris, en l’église Saint Pierre de Montmartre, sa paroisse. Au cours de cette cérémonie, suivant sa volonté, fut notamment interprétée la Méditation de Thaïs de Massenet qu'il aimait tant…

Audio lecteur Windows Media Pater in manus tuas, extrait des Sept Paroles du Christ de Théodore Dubois (Choeurs et Ensemble instrumental de la Madeleine, direction : Joachim Havard de la Montagne, Paris, 17 avril 1984, enregistrement : © DHM)
Audio lecteur Windows Media Rex tremendae, extrait du Requiem, op. 54, de Camille Saint-Saëns (Choeurs et Ensemble instrumental de la Madeleine, direction : Joachim Havard de la Montagne, Paris, 25 juin 1985, enregistrement : © DHM)

Denis Havard de la Montagne

Le corniste de l'Opéra de Paris Michel BERGES est décédé le 18 janvier 2012 à Bordeaux (Gironde), dans sa 88e année. Il ne cherchait jamais à briller, bien que grâce à un jeu raffiné avec "des moyens techniques extrêmement au point", une "justesse d'intonation sans défaut" et une aisance naturelle, il peut être classé comme l'un des grands représentants de l'école française de cor d'après guerre. Sa préoccupation était de "faire avant tout, de la musique, simplement, dignement." Avec les musiciens de son ensemble de chambre, ils étaient "toujours attentifs à maintenir l'équilibre sonore, toujours soucieux d'exposer avec le maximum de clarté la structure d'une œuvre. Habiles à modeler une phrase, à la faire rebondir; à la faire vivre jusqu'en ses derniers prolongements, […] sachant aussi la valeur expressive d'un silence, l'importance d'une respiration judicieuse." (Genève, 1952).

Michel Berges, vers 1955
Michel Berges, vers 1955
( coll. DHM. ) DR

Né le 13 mars 1924 à Bordeaux, Michel Berges est issu d'une famille où les arts du théâtre et de la musique sont à l'honneur : son frère aîné obtiendra un prix de comédie et de tragédie au Conservatoire de Bordeaux, son frère cadet (Guy) un prix de piano et un prix de basson (1940) dans le même établissement avant d'enseigner au Conservatoire de Nice, et sa sœur aînée (Marie-Madeleine), également un prix de piano ; accompagnatrice de la classe de chant de Raynal, c'est là qu'elle connaîtra son futur mari, le chanteur d'opérettes André Deyhérassary, dit André Dassary (1912-1987), qui lui donnera plusieurs enfants, dont la comédienne Evelyne Dandry. Tout naturellement et à son tour, Michel Berges entre au Conservatoire de Bordeaux, dirigé à l'époque par Gaston Poulet et Georges Carrère, où il côtoie une autre grande famille de musiciens, les Londeix. Il y fréquente les classes de piano de Rosy Dupont, de basson de Pierre Ferry, de cor d'harmonie de Robert Ravez et de percussion de Jean Courtioux. Après un 1er prix de cor et une 1ère médaille "instruments à vent", il poursuit ses études musicales au Conservatoire de Paris et décroche un 1er Prix de cor en 1947 dans la classe de Jean Devémy, également fréquentée à cette époque par les cornistes Jacky Magnardi, Robert Navasse, André Fournier, Daniel Dubar. La même année, il est engagé par l'Orchestre de l'Opéra de Paris, alors placé sous la direction administrative de Maurice Lehmann et la direction musicale d'Henri Busser. Durant 37 ans, jusqu'à sa retraite en 1984, tout d'abord sous la baguette de ce dernier, puis successivement d'Emmanuel Bondeville, Georg Solti, Silvio Varsivo et Alain Lombard, il va jouer de son instrument au sein de cette phalange. Parallèlement, il fonde en 1944, aux côtés de Jacques Castagner (flûte), Robert Casier (hautbois), André Boutard (clarinette) et Gérard Faisandier (basson), l' "Ensemble instrumental à vent de Paris", digne représentant de l'école des vents, qui sera distingué à plusieurs reprises : Prix International des Critiques réunis à Buenos-Aires en 1953 (en présence de 7 ambassadeurs), à l'issue d'une tournée en Amérique latine, Premier Prix d'exécution musicale du Concours international de Genève en 1954, Grand Prix du disque en 1963. Cette dernière année, on fait appel à eux pour les manifestations organisées pour le décès de Francis Poulenc, avec lequel ils étaient très liés (Ville de Paris, Cercle culturel de Royaumont, Festival d'Aix-en-Provence). C'est cette formation qui effectue en 1956 la première tournée organisée pour un ensemble d'instruments à vent français au Canada et en Amérique centrale, renouvelée en 1958. A l'occasion de bien d'autres tournées, tant en Europe (Allemagne, Angleterre, Autriche, Danemark, Irlande, Italie, Norvège, Suisse, Yougoslavie) qu'en Amérique (Canada, Etats-Unis, Cuba, Argentine, Brésil, Uruguay), l'Ensemble instrumental à vent de Paris fait découvrir la littérature musicale française contemporaine qu'il défend ardemment. Leur vaste répertoire couvre en effet les grands classiques : Vivaldi, Mozart, Haydn, Rossini, mais surtout et principalement les contemporains : Jean Françaix, Henri Sauguet, André Jolivet, Georges Auric, Paul Hindemith, Jacques Ibert et Darius Milhaud ou encore Jean Rivier, Yvonne Desportes, Charles Chaynes et Roger Boutry dont ils interprètent plusieurs œuvres en premières auditions. André Jolivet, autrefois membre des jurys du Conservatoire de Paris qui leur décernèrent leurs Premiers Prix, insistait en 1957 sur "leurs solides qualités d'instrumentistes et de leur subtile musicalité", et sur leurs efforts "pour ne jamais sacrifier leur goût de la musique de chambre aux exigences de la vie matérielle." En 1964, à la dissolution du "Quintette à vent de Paris", qui avait été fondé en 1929 (Roger Cortet, flûte, Louis Grommer, hautbois, André Vacellier, clarinette, René Reumont, cor et Gabriel Grandmaison, basson), l'Ensemble hérite de ce nom qu'il va porter encore durant une vingtaine d'années avec les mêmes musiciens, excepté Gérard Faisandier, qui en 1969 laisse la place à Paul Hongne.

Après avoir enregistré chez Ducretet-Thomson, Decca et Philips dès les années quarante-cinquante, puis en exclusivité chez Véga, on doit à l'Ensemble instrumental à vent de Paris de nombreux disques, parmi lesquels La Cheminée du roi René de Darius Milhaud (1951, Decca GAF15114), Trois pièces brèves de Jacques Ibert (1952, Decca GAF 15112), un récital Vivaldi-Haydn-Mozart (1954, Philips A77403L), Quatuor à vent de Rossini (1957, Véga C37A71), Quintette pour instruments à vent d'Hindemith (1957, Véga C37A72), Three Shanties de Malcolm Arnold (1958, Véga, C35A140), Quintette pour piano et vents K.452 de Mozart (1958, avec Roger Boutry au piano, Véga C30S111), Divertissement en trois parties pour quintette à vent de Darius Milhaud (1961, Club Français du Disque 268), Quintette pour instruments à vent, op. 26, de Schönberg (1961, Critère, Productions Roland Douatte, SCRD 145), Sextuor pour piano et quintette à vent de Francis Poulenc (1965, avec Jacques Février au piano, Angel 36261 et Les Discophiles Français DF730087), Les Soirées de Valfère, op. 96, de Louis Durey (1980, Adès 141462), "Du Duo au Quintette à vent", avec des œuvres de Taffanel, Pierné, d'Indy, Ibert, Ropartz, Roussel, Schmitt, Durey, Milhaud… (1980, Adès COF7084), Musique nocturne pour instruments à vent d'Aubert Lemeland (1990, Skarbo/Studio SM SK3901)… En dehors de son Ensemble, mentionnons également le Sextuor en mi bémol majeur, op. 71, de Beethoven pour 2 bassons, 2 clarinettes et 2 cors (1962, Club Français du Disque 274), et un disque consacré aux "Chasses royales au château de Chantilly", gravé en 1964, en compagnie notamment des cornistes Daniel Dubar et Georges Barboteu, et de l'Orchestre de chambre Jean-François Paillard (Erato LDE3334).

Les obsèques de Michel Berges, "artiste au jeu volubile, élégant, fin et d'une parfaite distinction"ont été célébrées le 25 janvier 2012 en l'église Notre-Dame-du-Salut de Bordeaux.

Denis Havard de la Montagne

Note : En 1980, un nouvel "Ensemble instrumental à vent de Paris" a été créé sur l'initiative d'Alain Pâris, avec Christian Chéret (flûte), Daniel Sapin (hautbois), Jean-Noël Crocq (clarinette), Alain Noël (cor) et Jean-Claude Montac (basson), mais a été dissout quelques années plus tard. De nos jours, ce nom a été repris par une nouvelle génération de musiciens. Constitué de 8 musiciens (flûte, hautbois, clarinette, cor, basson, trompette, trombone, tuba), il est à géométrie variable, allant du duo à des formations avec piano, cordes et chœur. Le corniste Eric Du Faÿ, 1er cor solo des Concerts Colonne, en est le directeur artistique. Quant au "Quintette à vent de Paris", ce nom a été repris pour la troisième fois par une nouvelle formation actuellement composée de Vincent Lucas (flûte), Eric Speller (hautbois), Patrick Messina (clarinette), Vincent Léonard (cor) et Philippe Hanon (basson).

Le 17 février 2012 à Paris Xe est décédé dans de tristes circonstances le violoniste Devy ERLIH à l'âge de 84 ans : alors qu'il se rendait à l'Ecole Normale de Musique pour y dispenser son enseignement, un camion l'a renversé lors d'une manœuvre en marche arrière… A la fois musicien instinctif de par ses origines familiales avec la musique tzigane caractérisée par la poésie et la liberté, et violoniste classique issu de l'école française de violon d'après-guerre, il avait un style bien particulier mélangeant habilement les cultures. Maîtrisant très jeune la technique de son instrument, il était encensé par la presse dès ses débuts publics. En février 1946, à la suite d'un récital Salle Gaveau à Paris, le compositeur et critique musical Maurice Imbert écrivait sur ce jeune violoniste virtuose de 17 ans : L'aisance et la sûreté de sa main gauche atteignent à l'excellence. Jamais la justesse n'est en défaut. Jamais on n'observe de glissandi grimaçants. Le vibrato a une ample élasticité. M. Erlih s'avère singulièrement expert dans l'art de manier l'archet. Il file la note avec une parfaite égalité, en varie la nuance à son gré et réussit avec des bonheurs semblables dans le coulé, les détachés divers, légers ou incisifs à souhait ; le staccato qu'il égrène d'un poignet à la fois souple et solide. Aucun parasite ne s'agglutine aux sons que l'adolescent tire de son Guarnérius del Gesu. Et le New-York Herald d'ajouter : Le jeune violoniste Devy Erlih a fait preuve de rares qualités techniques et musicales lors de son premier récital donné à la Salle Gaveau. L'avenir de ce virtuose de 16 ans s'avère brillant.

Devy Erlih
Devy Erlih
(  coll. DHM ) DR

Né le 5 novembre 1928 à Paris, d'une famille originaire de Bessarabie, aux confins de la Moldavie et de l'Ukraine, Devy Erlih, après avoir été initié au violon par son père, entre à 13 ans, (en 1941) dans la classe de Jules Boucherit au Conservatoire de Paris. L'année suivante, après avoir obtenu un 1er accessit, les lois anti-juives le contraignent de quitter cet établissement et de rejoindre la clandestinité avec sa famille. Caché chez un libraire italien, il continue néanmoins l'étude du violon auprès de son maître, Jules Boucherit, qui, durant le conflit, poursuit ses activités pédagogiques dans sa villa La Chansonnière, à Marlotte (Seine-et-Marne), et qui l'accueille, allant même jusqu'à lui offrir l'hospitalité et le cacher à partir de mai 1944. La Libération arrivée, Devy Erlih peut réintégrer le Conservatoire en octobre 1944 et dès le premier concours (juin 1945) décroche un 1er prix de violon à l'unanimité Immédiatement, il débute une carrière de soliste en France et à l'étranger, qui s'avére rapidement prometteuse, avec la première tournée de l'Orchestre des Cadets en Allemagne, puis avec Jean-Michel Damase comme pianiste soliste, et, sous la direction de Claude Delvincourt, Salle Pleyel, avec la Symphonie espagnole de Lalo. C'est à cette époque qu'il effectue plusieurs tournées aux Etats-Unis. Lors de la première, en octobre 1947, il est engagé pour trente récitals et six concerts avec orchestre à New York, Boston, Chicago, Saint-Louis, Memphis et Kansas-City. A cette occasion, en janvier 1948 il envoie de ses nouvelles à la presse musicale et écrit : "J'ai une tournée extrêmement chargée. Je ne m'en plains pas, bien au contraire. Tout marche très, très bien, je suis merveilleusement bien reçu partout, si seulement on pouvait en France faire le quart de ce qu'ils font ici pour la musique, ce serait extraordinaire... Dans chaque collège ou High School, il y a une salle de concert, dans laquelle on donne des concerts, et de très bons, trois ou quatre professeurs de piano au moins, un professeur de violon, et d'instruments à vent, il y a aussi un orchestre !... Vous voyez la différence. Vous dire franchement, je suis absolument emballé de presque tout ce que j'ai pu voir ici, maintenant je me rends compte qu'il y a tellement de choses à faire en Europe et principalement en France et on peut faire beaucoup." Le 26 janvier 1948, il se produit à la Salle Gaveau (pianiste accompagnateur : M. C. Leval) avec la Sonate en ré mineur de Schumann, la Chaconne en ré mineur de Bach, la Sonate en la de Fauré, les Danceries de Claude Delvincourt, 3 extraits de Mikrokosmos de Bela Bartok transcrit pour violon par l'interprète et en bis, Hopak de Moussorgsky. La presse musicale fait alors état de "véritable enchantement", de "finesse des nuances, charme du phrasé, ardeur chaleureuse, équilibre sonore parfait", précisant que "le jeu de cet artiste frappe l'auditoire par son originalité dépourvue de toute mièvrerie" (Michel Verluise). Le mois suivant (février), il effectue une tournée en Afrique du Nord, puis en mars en Angleterre et en Suisse où il est présenté par Alfred Cortot… En 1955, il obtient le 1er Grand prix du Concours international Marguerite Long - Jacques Thibault, dernier Français à l'avoir obtenu avant Solenne Païdassi en 2010! En 1968, alors installé à Marseille, il est nommé par Pierre Barbizet professeur de violon au Conservatoire de cette ville. Là, il se produit souvent aux concerts des "Lundis du Conservatoire de Marseille"où il créé notamment, le 31 mars 1980, Soleil déployé pour violon seul de Lucien Guerinel. En 1973, il fonde les "Solistes de Marseille", qu'il dirige et qui va devenir rapidement l'un des meilleurs orchestres de chambre français. En 1977, il prend aussi la direction du "Centre provençal de musique de chambre de Marseille" créé par la Ville de Marseille. De retour à Paris au début des années 1980, il est nommé professeur de violon au Conservatoire de Paris en 1982, poste qu'il occupe jusqu'à sa retraite, en 1995. Mais, son amour inlassable de la musique l'oblige à continuer l'enseignement et, cette même année, il est nommé à l'Ecole Normale de Musique, où il se rendait toujours à l'âge de 83 ans.

Ardent défenseur de la musique contemporaine, tout en ne négligeant pas pour autant le répertoire classique, Devy Erlih a suscité et créé bon nombre d'œuvres pour son instrument, parmi lesquelles on peut citer la Deuxième Sonate pour violon seul d'Hindemith (création pour Paris), le 1er Concerto et la Sonate pour violon et piano de P.M. Dubois, le Deuxième Concerto et le Concert royal de Milhaud, le Concerto de Martinu, ceux de Dutilleux au Japon, de Maderna à Genève, de Sauguet, de Pierre Villette, de Tomasi, de Dallapicola, de Loucheur, de Chaynes, les Mobiles pour violon et orchestre de Maurice Jarre, Action-Réflexe d'Yves Prin, Corale de Berio, Le Temps de Constant, Pièce pour violon n° 3 de Philippot… Il a beaucoup enregistré et au sein de sa discographie, dont plusieurs enregistrements ont été couronnés par des Grand Prix du Disque, on peut citer des Sonates de Bartok (Adès), de Ravel (1956, Ducretet-Thomson), de Corelli (Concert Hall), en ré mineur pour violon et piano de Ropartz (1958, Ducretet-Thomson), n° 2 op. 17 d'Olivier Greif, avec l'auteur au piano (INA, Mémoire vive), des Concertos de Mendelssohn (1958, Ducretet-Thomson), Bach (1955, Ducretet-Thomson), Tchaïkovsky (1958, Ducretet-Thomson), Khatchaturian (Musidisc), Loucheur (1974, Inédits ORTF), 12 Caprices, op. 1 de Paganini (Adès)… Mais de nos jours seuls quelques enregistrements ont été réédités et sont disponibles sur le marché, entre autres un "Hommage à André Jolivet" qui rassemble plusieurs de ses œuvres pour divers instruments, dont sa Suite rhapsodique pour violon (Lyrinx) et les "Sonates et Partitas pour violon seul" de Bach (2 CD, Accord, coll. Festival). Devy Erlih est aussi l'auteur de Violostries pour bande magnétique et violon (1964), écrit en collaboration avec Bernard Parmengiani, donné en première exécution en avril 1965 au Festival de Royan, d'un ballet La Robe de plume pour violon seul (1965, Leduc), de Gammes et exercices journaliers pour violon (2 cahiers, Leduc, 1996) et de plusieurs cadences de concertos.

Chevalier de la Légion d'honneur et Officier dans l'Ordre national du mérite, il était marié à Christine Jolivet, la fille du compositeur André Jolivet (1905-1974) – qu'il avait épousée au milieu des années 1970 – dont il était depuis longtemps l'un des principaux défenseurs et interprètes de sa musique, avec, entre autres, les créations de sa Suite rhapsodique, le 9 février 1966 à Paris, et de son Incantation "Pour que l'image devienne symbole", au Triptyque (Paris), le 9 février 1967. Leur fille Charlotte Erlih, née en 1978, normalienne et agrégée de lettres modernes, est metteur en scène et enseigne les études théâtrales à l'Université de Nanterre.

Concluons avec ces mots de Philippe Moncel : "Dire de [Devy Erlih] que c'est un grand violoniste, que sa technique est parfaite, que sa sonorité riche sait se varier selon ce qu'il joue, qu'il ressent autre chose que des notes de valeur différentes et qu'il sait communiquer à son public cette vibration intérieure qu'il éprouve en jouant Mozart ou Bach, Debussy ou Ravel, n'est déjà plus nouveauté pour nous." ; c'était en mai 1947, l'artiste n'avait alors que 18 ans! Ces lignes étaient récemment toujours d'actualité, près de 65 ans plus tard…

Denis Havard de la Montagne

Musicien populaire s'il en est, généreux et doté d'un profond sens artistique, Maurice ANDRÉ, trompettiste émérite, nous a quittés le 25 février 2012 à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques). Incontestablement, c'est lui qui est à l'origine du renouveau de la trompette en faisant évoluer son jeu, parvenant à la hisser au rang des instruments solistes, tel le violon ou le piano. Mais surtout, s'il maîtrisait parfaitement la technique de son instrument, il possédait également un sens inné de la musicalité. C'est ce qui lui faisait dire : "Quand on joue un andante, on doit vous faire pleurer…" Travailleur acharné, jovial de par sa nature, avec beaucoup de charisme et de modestie, malgré les succès et les honneurs qui ont jalonné sa carrière, il a toujours su rester humble et proche des autres. En tant qu'interprète, il a non seulement élargi le répertoire avec des transcriptions, mais encore suscité de nombreuses créations, parmi lesquelles figurent les Concertos de Tomasi, de Chaynes et de Blacher, le Concertino de Loucheur, Heptade de Jolivet et d'autres pages de Tisné, Landowski, Eloy, Tailleferre… A l'aise dans tous les genres, il avait pratiqué le bal populaire, la variété, le cirque, l'orchestre d'harmonie, le jazz, l'opérette avant de s'imposer dans le classique. Afin de mieux adapter son instrument au répertoire baroque réclamant des tessitures aiguës, il fera fabriquer (par la maison Selmer) une trompette piccolo en si bémol (1959) avec ajout ultérieur d'un quatrième piston (1967) pour étendre le registre grave. Cette "petite trompette" restera toujours la marque du "style Maurice André".

Maurice André (photo X...)
Maurice André
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Né à Alès (Gard), le 21 mai 1933, dans une fratrie qui comprendra 5 enfants, à l'âge de 10 ans Maurice André débute l'apprentissage de la musique auprès de son père, Marcel André, mineur de profession au bassin houiller de Rochebelle, épris de musique et jouant de la trompette en amateur. Le frère de ce dernier, Jean André est lui trompettiste professionnel (futur professeur au Conservatoire de Nîmes). Quant à Raymond (né en 1940), un frère d'André, il fera également une carrière de trompettiste et succédera à son oncle à Nîmes. C'est donc tout naturellement son père qui lui enseigne en premier lieu le solfège, avant de lui offrir un cornet. En 1947, tout en poursuivant l'étude du cornet puis de la trompette auprès de Léon Barthélemy, ancien élève de Merri Franquin (1848-1934, professeur au Conservatoire de Paris), et directeur de la chorale d'Alès, il descend à son tour dans la mine où il travaille durant quatre années. A cette époque, il joue dans l'Harmonie des Mines d'Alès, dans celle de Salindres, ainsi que dans l'orchestre de bal "Les Troubadours" animé par l'accordéoniste Frédo. En novembre 1951, il entre au Conservatoire de Paris et pour se payer ses études s'engage dans l'armée (pour deux années) au 8e Régiment de Transmission comme cornet solo de l'Harmonie. En juin 1952, il décroche un premier prix de cornet dans la classe de Raymond Sabarich (1909-1966), et l'année suivante (juin 1953), un premier prix de trompette (la même année que Maurice Gabard). Sa carrière professionnelle débute à cette époque par son entrée dans l'orchestre de Guy Luypaerts, puis en 1953 comme trompette solo dans celui des Concerts Lamoureux (1953 à 1960) et dans l'Orchestre Philharmonique de l'O.R.T.F. (1953 à 1963). De 1962 à 1967, il appartiendra à l'Orchestre de l'Opéra-Comique comme 4ème trompette. Ces années cinquante le verront également se produire dans les orchestres du cirque Medrano et du Théâtre Mogador, et comme accompagnateur de chanteurs de variétés : Tino Rossi, Louis Mariano, Edith Piaf, Henri Salvador. Entre temps, en 1955, il remporte un premier prix d'exécution musicale au Concours international de Genève. Une dizaine d'années plus tard, le Concours de Munich lui décerne aussi un premier prix (1963). Sa carrière de concertiste international démarre dès l'obtention de son prix en 1955 et va le mener au fil des années en Allemagne, en Angleterre, dans les pays scandinaves, en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Asie. Invité par les plus grands chef d'orchestre à travers le monde entier, (Karl Richter, Karajan, Muti, Böhm, Bernstein, Ozawa…), il se produit aussi, à partir de 1970, en duo avec l'organiste Marie-Claire Alain. Cette formation trompette et orgue fera de nombreux émules par la suite. Néanmoins, Maurice André n'oublie pas ses origines modestes auxquelles il restera toujours fidèle, se plaisant à les rappeler lors de ses concerts et veillant à rester proche des gens avec lesquels il aime partager ses passions. C'est ainsi qu'il enregistre des disques de musette et autres airs populaires, participe le 9 octobre 1966 à la cérémonie de bénédiction de l'église Notre-Dame-des-Roses de Grisy-Suisnes (Seine-et-Marne) aux cours de laquelle il est trompette solo dans le chœur final de l'Oratorio de Noël de Bach (direction : Joachim Havard de la Montagne), grave un disque avec l'Harmonie municipale d'Alès (1981), joue de son instrument lors d'un banquet du 3e âge à Albert (Somme)… Il nous revient à l'esprit une anecdote arrivée dans les années soixante : alors tout jeune adolescent et ayant l'opportunité de nous trouver à côté de lui lors d'une ses prestations, il nous déclarait avec son large sourire habituel en désignant sa trompette : "si tu vois sortir un canard, attrape-le!"

Interprète renommé, Maurice André s'est aussi livré à l'enseignement. En 1967, il succède à son Maître Raymond Sabarich dans sa classe de trompette et de cornet au Conservatoire de Paris. Mais, il doit abandonner ce poste en 1978, en raison de ses activités très prenantes de concertiste international. Parmi ses nombreux élèves, auxquels il s'est évertué à transmettre ses principes fondamentaux : l'attaque, la sonorité et la musicalité, citons Bernard Soustrot, Thierry Caens, Guy Touvron, Eric Aubier, Jean-Paul Leroy, Michel Laplace, Jacques Jarmasson…

Ouvert à tous les styles, excepté à une certaine forme de musique contemporaine lui rappelant trop les bruits de la mine!, et bien que Bach soit toujours resté son compositeur préféré, Maurice André a beaucoup enregistré depuis son premier disque en 1952 avec Roger Delmotte avec le Concerto en ut majeur pour deux trompettes de Vivaldi (label Symphonium), jusqu'à son dernier disque, en 2005, réalisé avec ses enfants Nicolas et Béatrice et l'organiste Jean-Claude Françon ("Trio baroque Maurice André", label Maestro). On lui connaît en effet plus de 250 enregistrements couvrant tous les domaines, du bal musette au classique, en passant par la chanson, le jazz et la musique de film. Parmi ceux-ci, citons deux compilations récentes susceptibles de donner un large aperçu de l'étendu de son répertoire et de la justesse de son jeu, à propos duquel il disait avoir forgé son staccato sur celui du piano, son registre grave sur celui du violoncelle, ses mélodies sur le lyrisme du violon et ses notes rapides sur celles de la clarinette : "Eternel Maurice André", coffret 13 CD (EMI) et "Les 100 chefs-d'œuvre de la trompette", coffret 6 CD (Emi) dans lesquels on trouve les Concertos de Hummel, Mozart, Telemann, Vivaldi, Haydn, Haendel, Albinoni, Marcello, Tartini, Cimarosa, Bach, Mouret, Delalande ; des œuvres pour trompette et orgue de Gervaise, Loeillet, Purcell, Gabrielli, Bach, Biber, Charpentier, Schubert ; pour trompette et harpe de Bull, Tabouret, Praetorius, Frescobaldi, Sweelinck ; des Airs d'opéras de Mozart, Bellini, Delibes, Donizetti, Verdi, Rossini, Offenbach, Bizet… ainsi que des Ballades pour trompette, de la musique de kiosque et des pages de jazz…

Après avoir donné des milliers de concerts au cours de sa longue carrière d'un demi-siècle, Maurice André effectue une tournée d'adieux en 2003, avant de se produire une ultime fois le 8 octobre 2008 à Béziers. Longtemps domicilié à Presles-en-Brie (Seine-et-Marne), il se retire dans le Pays Basque au début des années 1990 où il peut enfin pratiquer une autre de ses passions : la sculpture sur bois. Le 25 février 2012, il s'éteint à l'hôpital de Bayonne et ses obsèques sont célébrées le 2 mars en la cathédrale d'Alès. 1500 personnes y assistent, la partie musicale est confiée à 70 choristes, et 40 trompettistes, dirigés par André Bernard, joue la célèbre Marche d'Aïda. Il repose à présent dans le cimetière de Saint-André-Capcèze (Lozère), aux côtés de son père et de son fils Lionel (1959-1988) qui était également trompettiste. Deux autres enfants, nés de son mariage (1956) avec Liliane, vont faire carrière dans la musique : Nicolas (trompette) et Béatrice (hautbois). Karajan, parlant de Maurice André avec lequel il avait enregistré en 1974 les Concertos de Vivaldi, Hummel, Teleman et Léopold Mozart (VSM) disait de Maurice André que c'était "sûrement le plus grand trompettiste."

Denis Havard de la Montagne

Figure de proue de la culture germanique classique, le baryton Dietrich FISCHER-DIESKAU s'est éteint le 17 mai 2012 en Bavière (Allemagne), dans sa maison de Berg sur les bords du Lac de Starnberg, à la veille de fêter ses 87 ans. Bien qu'excellent interprète d'opéra (Don Carlos de Verdi, Tannhäuser de Wagner, les Noces de Figaro de Mozart), il est surtout connu comme chanteur de Lied, notamment avec Schubert dont il grava l'intégrale des lieder. C'est en effet lui qui redonna toutes ses lettres de noblesse à ce genre musical de par une interprétation magistrale, considérant l'importance des mots et leur prononciation autant que la musique. Son répertoire étendu allait de Schütz à Aribert Reimann (dont il créa en 1978 le Lear) et on lui doit la création de nombreuses œuvres contemporaines (Stravinsky, Blacher, Tippet, Dallapiccola, Busoni…) Parfait humaniste, il connaissait bien la littérature allemande, ce qui lui permit d'écrire des ouvrages sur les Lieder de Schubert (1971), sur Wagner et Nietzsche (1974), sur Goethe et le théâtre de Weimar, sur Hugo Wolf (Henschel Verlag) ou encore sur La légende du chant (Flammarion, 1998). Curieux de tout, il s'était adonné également à la direction d'orchestre et à la peinture.

Dietrich Fischer-Dieskau
Dietrich Fischer-Dieskau
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Né à Berlin le 28 mai 1925, Albert Dietrich Fischer-Dieskau est le troisième fils du pasteur Albert Fischer, professeur de lettres et directeur d'école, et de Theodora Klingelhoffer, institutrice et férue de musique. C'est à cette époque, que son père, descendant par sa mère de Karl Heinrich von Dieskau, seigneur de Kleinzschocher près de Leipzig, pour lequel Bach écrivit en 1742 sa Cantate paysanne BWV 212 ("Mer hahn en neue Oberkeet"), ajoutait à son nom celui de son ancêtre. Dans un tel milieu littéraire et artistique, Dietrich découvre très jeune la beauté des poèmes de Goethe et de Schiller et parallèlement se livre à l'apprentissage du piano avec sa mère et du chant, tout d'abord auprès du ténor Georg Walter qui lui fait découvrir le lied, puis en 1942 avec Hermann Weissenborn au Conservatoire de Berlin. Mais, l'année suivante ses études sont interrompues par son enrôlement dans la Wermarcht qui l'envoie sur le front russe. En 1945, il est fait prisonnier durant deux années en Italie par les Américains, et c'est là qu'il donne ses premiers concerts : il chante dans les camps de prisonniers. De retour dans son pays natal en 1947, il reprend ses études musicales au Conservatoire de Berlin et sa carrière débute rapidement avec le remplacement de dernière minute au Badenweiler d'un baryton dans le Requiem allemand de Brahms ; sa prestation lui vaut une ovation et l'enregistrement pour la radio du Voyage d'hiver et du Chant du cygne de Schubert. L'année suivante, il débute à l'Opéra de Berlin dans le rôle de Posa de Don Carlos, sous la direction de Ferenc Fricsay. Il restera attaché au Deutscher Oper durant toute sa carrière. En 1949, il épouse la violoncelliste Irmgard Poppen, qui décédera en 1963. Dès cette époque, Munich, Vienne, puis Salzbourg (Malher avec Furtwängler en 1951), Londres, Boston (1952)… lui ouvrent leurs portes. En 1954, à Bayreuth son rôle de Wolfram (Tannhäuser), puis en 1956, celui d'Amfortas (Parsifal) font sensation, comme le fera plus tard au Festival de Salzsbourg celui du Comte des Noces de Figaro. L'Opéra de Vienne l'engage en 1957 et l'on se souvient encore de son Falstaff de 1966, sous la conduite de Bernstein avec une mise en scène de Visconti. Son enregistrement dans la foulée en fait foi (CBS). Mais Fischer-Dieskau, grand acteur, collectionne aussi d'autres rôles dans son répertoire lyrique tant classique que moderne : des opéras de Mozart (Don Giovanni, la Flûte enchantée, Cosi fan tutte), Verdi (Macbeth, Rigoletto, Aïda), Beethoven (Fidelio), Berlioz (La Damnation de Faust), Richard Strauss (Arabella, La Femme sans ombre, Salomé, Elektra), Puccini (Il tabarro), Tchaïkovsky (Eugène Onéguine), Busoni (Doktor Faust), Hindemith (Mathis der Maier, Cardillac), Wolf (Der Corregidor), Berg (Wozzeck), Reimann (Zyklus), Henze (Elegie für junge Libende). En 1983, il se retire de la scène des opéras, tout en poursuivant durant une dizaine d'années sa carrière de concertiste qu'il mène en parallèle depuis longtemps. C'est dans le domaine du Lied qu'il marque l'histoire de la musique, car, ainsi que l'écrivait un jour le critique Bernard Gavoty (Clarendon) "il n'interprète pas il assume, il incarne, il vit son chant. Tout est naturel, tout est beau, tout est vrai." La finesse de son interprétation et sa parfaite diction sont reconnaissables dès la première note. Le répertoire mélodique allemand sera ainsi ressuscité au fil des années, notamment avec l'enregistrement de l'intégrale des 600 lieder de Schubert, suivi de celles de Schumann, Liszt, Brahms et Wolf. A Paris, Salle Gaveau, le 27 février 1956, l'audition intégrale du Voyage d'Hiver fait dire à la presse enthousiasmée que personne ne chante cette œuvre aussi bien que lui, et en juin 1967, chantant cette fois les quinze Romances de Mageulone de Brahms à la Grange de Meslay (Indre-et-Loire), accompagné par Sviatoslav Richter, elle parle d' "absolue simplicité", tant la perfection est au rendez-vous, "non pas figée, mais vivante à l'extrême."

A partir de 1973, Dietrich Fischer-Dieskau se lance également dans la direction d'orchestre avec l'enregistrement de Symphonies de Schubert à la tête du New Philharmonic Orchestra de Londres. L'année suivante, il dirige aux USA l'Orchestre Philharmonique de Los Angeles, puis donne une série de concerts avec l'Orchestre Philharmonique d'Israël. Par la suite, comme chef, il est invité à se produire par plusieurs orchestres, entre autres par le Symphonique de Bamberg (à partir de 1975), mais développe réellement cette activité à partir de 1993, une fois son retrait de la scène lyrique. Il peut aussi se consacrer davantage à l'enseignement à la Hochschule der Künste de Berlin, à laquelle il est attaché depuis 1983, et donner de nombreuses master classes. En 2000, il met fin à toutes ses activités et se consacre à une autre de ses passions : la peinture. On lui doit notamment dans ce domaine, des séries de portraits de musiciens, parmi lesquels ceux de Gérald Moore (l'un de ses accompagnateurs), Paul Hindemith et Slava Richter. Il a été inhumé au Walfriedhof Heerstraße de Berlin, laissant trois fils, issus de son premier mariage : Matthias (scénographe), Martin (chef d'orchestre) et Manuel (violoncelliste). Remarié à trois reprises, sa dernière épouse (1977) est la chanteuse d'opéra allemande d'origine hongroise Julia Varady, retirée de la scène depuis 1998. C'est en 1973, lors des répétitions à Munich d'Il tabarro, que Dietrich Fischer-Dieskau avait rencontré cette soprano. Elle enseigne actuellement à la Hochschule für Musik Hanns Eisler de Berlin.

La discographie de Dietrich Fischer-Dieskau est impressionnante : ses enregistrements se comptent par centaines principalement chez Emi et Deutsche Gramophone, tant comme chanteur d'opéras et récitaliste, que concertiste, car cet artiste prêtait aussi sa voix pour le sacré (des cantates de Bach, les oratorios de Mendelssohn, des pages de Haendel…) Parmi son importante production, la récente sortie par DG d'un coffret de 25 CD + 2 DVD ("Dietrich Fischer Dieskau, Voice of the century") permet de dresser un juste portrait du "baryton du siècle", rassemblant ses meilleurs enregistrements dans le domaine du lied, de l'opéra et du chant sacré.

Denis Havard de la Montagne

Le 17 mai 2012, le même jour que la disparition de Fischer-Dieskau, est morte dans son domicile parisien la pianiste France CLIDAT, emportée par un cancer à l'âge de 79 ans. Surnommée "Madame Liszt" par Bernard Gavoty en mémoire d'un récital au Théâtre des Champs-Elysées consacré aux œuvres du compositeur hongrois et au cours duquel elle avait brillé avec une interprétation pleine de "délicatesse dans la virtuosité", elle a été longtemps une ambassadrice du piano français à travers le monde, connue pour sa puissance expressive. Elle a en effet donné plus de 2700 concerts au cours de sa longue carrière et quelques mois avant son décès elle prodiguait encore des cours d'interprétation, tout en continuant d'enseigner à l'Ecole Normale de Musique de Paris qu'elle avait rejoint voilà 40 ans. Mais, si elle savait jouer son musicien préféré mieux que quiconque, sa technique et sa culture musicale lui permettaient d'interpréter avec autant de bonheur Couperin, Balbastre, Chopin, Schuman, Rachmaninov, Chabrier, Massenet, Albeniz, Granados, Grieg, Satie, Delvincourt, Landowski… On lui doit étude particulièrement intéressante, écrite en compagnie de Jeanne Faure-Cousin, intitulée Aux sources littéraires de Liszt… (Paris, La Revue musicale, n° 292-293, 1973).

France Clidat
Intégrale Liszt
( Decca 476 4035 )

Née le 22 novembre 1932 à Nantes (Loire-Atlantique), France Clidat baigne dans la musique dès sa plus tendre enfance : son père est un amateur éclairé, sa mère joue du piano et sa grand-mère d'origine italienne possède une belle voix de contralto. A l'âge de 4 ans, elle est mise au piano et quelques années plus tard, l'arrivée de Marie-Aimée Warrot (1915-1971, pianiste, ancienne élève d'Emil von Sauer, lui-même ancien élève de Liszt) venue habiter dans l'immeuble parisien où la famille Clidat est installée, puis le remariage de sa mère avec un lointain cousin de Lazare Lévy vont déclencher son désir de faire une carrière de pianiste. C'est ainsi qu'elle entre dans la classe de ce dernier au Conservatoire de Paris, où elle suit également les cours de Robert Siohan (déchiffrage), Maurice Hewitt (musique de chambre), Roland-Manuel et Marcel Beaufils (culture générale et esthétique)et de Norbert Dufourcq (histoire de la musique). Premier prix de piano en 1950, elle donne son premier concert public cette même année, à l'âge de 17 ans, en Suisse (Conservatoire de Genève) dans un récital d'œuvres de Mozart (une Sonate), Schumann (le Carnaval) et Ravel (Gaspard de la nuit). A cette époque, sous la direction d'Ernest Ansermet elle joue dans cette même ville un Concerto pour piano et orchestre d'Henri Sauguet, qu'elle avait connu dans un salon parisien. Elle gardera longtemps de proches relations avec ce pays, où, notamment elle sera productrice de l'émission "Ne tirez pas sur le pianiste" à la Radio suisse romande. Après s'être perfectionnée auprès d'Emil Guilels (1916-1985) et de Lélia Gousseau (1909-1997), elle remporte en 1956 le Grand prix Franz Liszt du Concours international de Budapest et mène dès lors une carrière de soliste internationale, notamment au japon où elle sera adulée. Récitaliste talentueuse, elle se produit par ailleurs comme concertiste à travers le monde, entre autres avec le New Philharmonia Orchestra de Londres, l'Orchestre National de Varsovie, l'Orchestre de la Suisse romande, l'Orchestre National du Pérou, l'Orchestre de la R.A.I., l'Orchestre National de Mexico… Egalement attachée à l'Orchestre des Concerts Pasdeloup, elle joue longtemps avec cette formation qui a pour chef Albert Wolff puis Gérard Devos.

A la fin des années cinquante, la maison de disques Decca lui demande d'enregistrer deux récitals Liszt et devant son succès lui confie (1968) la gravure de la première intégrale de piano seul du compositeur hongrois, soit 186 œuvres originales. Ce travail considérable s'étale sur six ans (6 coffrets réunissant 23 disques 33 tours, Vega 8010 à 8032, réédités en 2010 pour le bicentenaire de Liszt, 14CD, Decca 476 4035) et lui vaudra, entre autres récompenses, le Prix de l'Académie du disque hongrois et le Grand Prix de l'Académie européenne du disque. Mais France Clidat n'a pas gravé que Listz, sa technique, sa virtuosité et son sens inné de la musique l'autorisant à interpréter un vaste répertoire. On lui doit en effet l'intégrale de l'œuvre pianistique d'Erik Satie (Forlane, UCD 16591-93), le 3e Concerto de Rachmaninov et le 1er de Tchaïkovski (Forlane, FOR 16859), les Concertos n° 1 et 2 (Forlane UCD 166624), les Mazurkas (UCD 16629) et les Polonaises (UCD 16615) de Chopin, le Concerto de Marcel Landowski (Koch Schwann 311175), … et bien d'autres encore, dont un "Récital France Clidat" avec des œuvres de Couperin, Chabrier, Debussy, Albéniz et Granados (Forlane, FOR 16857)… Bien que prise par de nombreux engagements de par la monde, elle tient très tôt à s'adonner à l'enseignement et professe, à partir de 1972, à l'ENM de Paris, tout en donnant des masterclasses tant en France qu'à l'étranger. Ses nombreux élèves reconnaissent en elle son "respect sans concessions des partitions" et surtout sa volonté de "développer les qualités de chacun sans jamais vouloir transformer leur sensibilité, mais, au contraire en cherchant à la transcender". C'est ce que déclarait récemment l'une de ses principales anciennes élèves, la pianiste Arlette Laporte (professeur au Conservatoire de Cognac). Sans pouvoir les nommer tous, tant ils sont nombreux, citons encore parmi ceux-ci la pianiste japonaise Kanae Endo, l'une de ses dernières élèves, 1er prix du Rhodes International Piano Competition.

Clarendon (Bernard Gavoty) avait un jour dit de France Clidat (en mars 1977 in Le Figaro) : "Le grand atout de cette admirable pianiste est d'avoir à sa disposition les deux composantes nécessaires : féminine et masculine. Elle a la force, mais aussi la tendresse. Avec elle, l'exploit reste toujours poétique ; ses doigts sont aériens, et, quand il le faut athlétiques…"

Membre du jury de plusieurs concours internationaux (Long-Thibaud à Paris, Liszt-Bartok à Budapest…), officier de la Légion d'honneur et de l'Ordre national du mérite, Commandeur des arts et lettres, Médaille de vermeil de la ville de Paris, France Clidat a été inhumée au cimetière du Père-Lachaise, à la suite de ses obsèques célébrées le 25 mai en l'église parisienne Saint-Pierre-de-Montrouge. Elle était mariée à Jean Gagnon, actuel président d'honneur de l'Orchestre Pasdeloup.

Denis Havard de la Montagne

Jean-Pierre LAFFAGE (26 juin 1927 – Sarcelles, 18 mai 2012)

Le 23 juin 2012 à Paris est décédée la pianiste Brigitte ENGERER à l'âge de 59 ans. Une dizaine de jours plus tôt (le 12 juin), malgré son cancer qui la rongeait, elle avait tenu à faire ses adieux au public en se produisant une ultime fois sur la scène du Théâtre des Champs-Elysées, aux côtés de l'Orchestre de chambre de Paris, pour jouer le Concerto de Schumann et le mouvement lent du Deuxième Concerto de Chopin. Enfant prodige, cinquante ans auparavant elle s'était déjà produite en concert dans cette salle à l'âge de 9 ans. Formée aux écoles française et russe, dont elle était parvenue à faire avec habilité la synthèse des deux, elle était lauréate des Concours Tchaïkovski et Reine Elisabeth. Et plus récemment (2011) Victoire d'honneur aux Victoires de la musique classique. Ses interprétations du Concerto n° 1 de Liszt, du n° 2 de Saint-Saëns ou encore de celui en la de Schumann resteront gravées encore longtemps dans la mémoire de ses nombreux publics. Egalement passionnée par la musique de chambre, elle s'était notamment produite avec le Quatuor Orlando (Istvan Parkanyi, Heinz Oberdorfer, Ferdinand Erblich, Stefan Metz) et le violoncelliste Maurice Gendron, et plus tard aux côtés du violoniste Olivier Charlier, de l'altiste Gérard Caussé et du violoncelliste Henri Demarquette. La pédagogie lui était aussi chère : elle sera longtemps un professeur attentif à ses élèves au Conservatoire de Paris.

Brigitte Engerer
Brigitte Engerer
( Decca ) DR

Née le 27 octobre 1952 à Tunis (Tunisie) où son père, Edgar Engerer, fonctionnaire, est en poste, Brigitte-Marie Engerer apprend le piano dès l'âge de 5 ans et à l'âge de 10 ans remporte le 1er prix du Tournoi du Royaume de la musique. L'année suivante, elle entre au Conservatoire de Paris, et suit la classe de Lucette Descaves (filleule de Saint-Saëns), avec laquelle depuis 1958 elle prenait déjà des cours particuliers plusieurs fois par an, venant spécialement de Tunisie à Paris. En 1968, elle décroche son 1er prix de piano, ainsi qu'un prix de musique de chambre dans la classe de Jean Hubeau. Lauréate du Concours Long-Thibaud un an après, elle est invitée en 1970 au Conservatoire de Moscou où elle suivra durant une dizaine d'années l'enseignement de Stanislav Neuhaus (1927-1980). Entre temps a déjà démarré pour elle une carrière de pianiste internationale après l'obtention de prix aux Concours Tchaïkovski (1974) et Reine Elisabeth (1978), avec une série de concerts en Europe (1978), et une autre avec l'Orchestre de Paris, sous la direction de Kyrill Kondrashin (1980). A son retour en France (1980) Herbert Karajan l'invite se produire avec la Philharmonie de Berlin et en 1982, c'est Mstilav Rostropovitch qui la prie de venir jouer avec le London Symphony Orchestra de Londres (1982). Ses débuts au Carnegie Hall de New York se font l'année suivante, bientôt suivis de nouvelles séries de concerts à travers l'Amérique du Nord et l'Europe (Suisse, Tchécoslovaquie, Allemagne, Autriche, Italie, Hongrie, Belgique….) Zubin Mehta, l'invite de son côté au Lincoln Center où il conduit le New York Philharmonic. En France, Daniel Barenboïm la dirige avec l'Orchestre de Paris dans une tournée en province et la Salle Pleyel l'accueille plus tard (1992) avec l'Orchestre symphonique français… Si Schumann est son compositeur préféré, son sens artistique et l'ampleur de son jeu lui permettent de s'attaquer à un plus vaste répertoire (Beethoven, Schubert, Liszt, Chopin, Saint-Saëns, Ravel, Duparc, Debussy, Massenet, Moussorgski, Rachmaninov, Glazounov, Tchaïkovsky…) Laurence Equilbey, avec laquelle elle a enregistré en 2007 Via Crucis de Liszt (Naïve, V 5061), dit qu'elle "avait atteint un équilibre subtil entre son ardeur expressive et une extrême rigueur dans le respect de la partition."

Très éprise de musique de chambre, affirmant elle-même "j'aime me fondre dans le son et les couleurs de l'autre pour ensuite les nourrir des miens", Brigitte Engerer a fondé en 2006 à Beauvais (Oise) le Festival "Pianoscope". Directrice artistique jusqu'à sa disparition, certes le piano en était le fil conducteur, mais elle tenait particulièrement à parfois y associer la danse, la voix, le jazz ou encore les musiques traditionnelles en plus des séances de musique de chambre. Le pianiste Boris Berezovsky, avec lequel elle forma un temps un duo, a pris sa succession. Ses partenaires chambristes au fil des années, auxquels aux noms déjà précédemment cités nous ajoutons ceux des pianistes Elena Bashkirova, Jean-François Heisser, Bruno Rigutto, Michel Béroff, Oleg Maisenberg, du violoniste Dmitri Sitkovetsky et des violoncellistes David Géringas et Alexander Kniazev, appréciaient tous la rigueur de son jeu tout emprunt de délicatesse et de subtilité. Egalement attachée à l'enseignement, elle va donner fréquemment des master-classes, notamment à l'Académie d'été de Nice et à l'Ecole supérieure de musique de Berlin ainsi qu'à Birmingham et Tokyo et, à partir de 1991 professe au Conservatoire de Paris. Parmi ses nombreux élèves, citons les pianistes Jonas Vitaud, David Saudubray, Remi Géniet, David Bismuth, Selim Mazari, Varduhi Yeritsyan, Delphine Lizé, Lorène de Ratuld, Léla Katsarava, Suzel Ginisty… A tous, elle a particulièrement veillé à leur faire découvrir les grands maîtres, de Chopin à Busoni, et leurs interprètes estimant qu'il est indispensable de se tourner "vers des artistes qui […] transmettent avant tout une émotion, une pensée à travers leur propre fragilité." Ses enregistrements discographiques sont nombreux et nous tenons à mentionner plus spécialement ici Les Saisons de Tchaïkovsky (1982, Decca), les Tableaux d'une exposition et Une nuit sur le Mont-chauve de Moussorgsky (1988, Harmonia mundi), l'intégrale des œuvres pour 2 pianos et pianos à 4 mains de Rachmaninov avec Oleg Maisenberg (1989, Harmonia mundi)), le Carnaval op. 9, Carnaval de Vienne op. 23, Sonate n° 2, Variations Abegg, Scènes d'enfant et Bunte Blätter de Schumann (1983, Decca), les Nocturnes de Chopin (Harmonia mundi)… A sa disparition, en octobre 2012 Decca a sorti un coffret (6 CDs) "L'art de Brigitte Engerer" qui rassemble et réédite ses principaux et meilleurs enregistrements, notamment ceux de ses débuts avec Philips et Le Chant du Monde dans les années 80. L'Académie du disque français lui a décerné en 1984 un grand prix pour les Carnavals de Schumann.

Très proche du public, femme très cultivée, éprise de littérature russe, parlant plusieurs langues et, selon son professeur Stanislas Neuhaus " l'une des pianistes les plus brillantes et les plus originales de sa génération", Brigitte Engerer, après une cérémonie religieuse célébrée le 29 juin en l'église Saint-Roch (Paris), a été inhumée au cimetière de Montparnasse. Chevalier de la Légion d'honneur, Commandeur de l'ordre national du Mérite, Commandeur des Arts et lettres, membre correspondant de l'Académie des Beaux-Arts, mariée à Xavier Fourteau, elle avait épousé en premières noces (1985) l'écrivain Yann Queffélec, frère de la pianiste Anne Queffélec. Elle laisse deux enfants : Léonore Engerer-Queffélec et Harold Engerer-Fourteau.

Denis Havard de la Montagne

 


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