Les orgues des collectivités et départements français d'Outre-Mer


En avant-propos, je tiens à remercier les différentes personnes qui m'ont apporté leur contribution, soit en mettant aimablement à ma disposition leurs archives personnelles ou professionnelles, soit en me livrant témoignages et anecdotes sur les différents instruments et la vie musicale des différents territoires. Je veux citer ici particulièrement Mademoiselle Anne Delvare, docteur en musicologie, le père Roger Tabard, archiviste de la Congrégation des Pères du Saint-Esprit, le professeur Gérard Gabriel Marion, grand connaisseur des instruments de Martinique, Messieurs Antonyo Roul, organiste à Fort-de-France, Pierre Giroud, ancien organiste de la Cathédrale de Fort-de-France, Jean-Marc Cicchero, ancien facteur d'orgue, Sébastien Fohrer, facteur d'orgue installé en Guadeloupe, Nicolas Toussaint, facteur d'orgue à Nantes, Thierry Lemercier, facteur d'orgue à Teloché, dans la Sarthe, Christian Lutz, technicien conseil auprès des Monuments historiques et François Sabatier, directeur de la publication "L'Orgue", la revue de l' "Association des Amis de l'orgue", qui m'ont tous beaucoup aidé dans mes recherches ; mille mercis à eux. Je n'oublie pas Messieurs Pierre Kosake et Yves Berge, respectivement secrétaire de l'Association des Amis de l'orgue de la Cathédrale de Nouméa et organiste titulaire, la Soeur Marie-Laurence Leblanc de la Congrégation de Saint-Paul de Chartres en Guadeloupe ainsi que son neveu Jérôme Jean-Baptiste, et l'Abbé Christophe Barlier, de Papeete. Le Père Joseph Plug, M. Belair, organiste d'Iracoubo et le facteur Dominique Promonet m'ont également apporté de précieux renseignements. Dans cette étude, je me suis limité aux départements et collectivités actuellement (2013) attachés à la France métropolitaine. Il va de soi qu'un travail plus complet sur l'histoire des orgues des anciennes colonies françaises serait du plus grand intérêt. Espérons qu'il sera mené un jour. Les informations contenues dans cet article sont données sous toute réserve et je reste à l'écoute de lecteurs susceptibles d'apporter un complément ou un éventuel correctif.

Olivier Geoffroy

Saint-Pierre et Miquelon

Cathédrale Saint-Pierre

Le bâtiment a été construit entre 1905 et 1907, en remplacement d'une cathédrale antérieure, détruite par l'incendie du 2 novembre 1902 et qui abritait peut-être un orgue Merklin.

L'orgue actuel date de 1935 et est dû à la maison canadienne Casavant de Saint-Hyacinthe. Le buffet est plus ancien et remonte à l'orgue Mutin qui avait été posé en 1905 (béni par M. l’abbé Bracq avant la grand-messe du 15 août) mais dont la transmission mécanique a dû assez vite donner des signes de faiblesse eu égard au climat particulier de Saint-Pierre (c'est la thèse que propose M. Jean-Marc Cicchero, facteur d'orgue, dans l'article qu'il a rédigé pour L'Orgue normand, n°14, publication de l'association "Connaissance de l'orgue", Le Havre, 2è semestre 1987). De plus, sa composition était assez limitée, avec un seul clavier et un pédalier en tirasse. L'inventaire de l'ensemble des travaux réalisés par les facteurs Cavaillé-Coll et Charles Mutin (Paris, 1923, p. 28) en fait mention comme suit : « Saint-Pierre-et-Miquelon : Cathédrale – Grand Orgue ».

Voici les caractéristiques techniques de ce premier instrument avec la composition de Mutin (citée dans l'ouvrage suivant : Jean HURE, L'Esthétique de l'orgue, Paris, Sénart, 1923, p. 129-130) :

Saint-Pierre-et-Miquelon,

cathédrale Saint-Pierre
Saint-Pierre-et-Miquelon, cathédrale Saint-Pierre
( photo Jean-Marc Cicchero ) DR

Clavier manuel, ut à sol (56 notes) :
- Bourdon 16' basses (18 tuyaux)
- Bourdon 16' dessus (38 tuyaux)
- Diapason 8'
- Bourdon 8' basses (29 tuyaux)
- Flûte harmonique 8' dessus (27 tuyaux)
- Salicional 8'
- Gambe 8' basses (29 tuyaux)
- Viola 8' dessus (27 tuyaux)
- Unda Maris 8' (44 tuyaux)
- Octave 4'
- Grosse tierce 3 1/5' basses (29 tuyaux)
- Tierce 3 1/5' dessus (27 tuyaux)
- Nasard 2 2/3 basses (29 tuyaux)
- Quinte 2 2/3' dessus (27 tuyaux)
- Flageolet 2' basses (29 tuyaux)
- Octavin 2 dessus (27 tuyaux)

Pédalier (30 marches) : Sans jeu indépendant, en tirasse.
Forte, piano, expression (sauf diapason 8')

Jean Huré précise également à propos de cet instrument (op. cit., p. 130) :

« Ce petit orgue est avant tout une curiosité acoustique. On a l'impression qu'il possède des jeux d'anches de 16, 8 et 4 pieds.
Toutes les oeuvres anciennes écrites pour orgue à jeux coupés y sont exécutables, de même que les Concertos de Haendel et un grand nombre de pages de Jean-Sébastien Bach.
Les pédales de combinaison permettent de changer facilement les registres et de donner ainsi à l'auditeur l'illusion de plusieurs claviers 
».

Le périodique religieux local des années 1930 nous en apprend plus sur l'état de l'orgue avant sa reconstruction par Casavant.
(source : http://www.cheznoo.net/paroissecatholiqueSPM/orgue/) :

« Notre orgue a fini son temps ! Acquis d'occasion par Monseigneur Légasse après la reconstruction de l'église, il avait du plusieurs fois passer entre les mains des « facteurs ». Monseigneur Oster l'avait fait ausculter par deux ouvriers américains qui, par contrecoup, auscultèrent la bourse, à tel point qu'il eut des remords d'avoir essayé le raccommodage. Au temps de Monseigneur Heitz, son frère M. Camille examina attentivement pédalier et soufflerie, clavier et tuyaux et conclut à l'impossibilité de lui redonner longue vie : c'était l'usure de la vieillesse. Depuis, cahin-caha, il avait accompagné nos chants, manié (avec quelle douceur maternelle) par Mère Marie-des-Victoires. Il n'en peut plus et le clergé de Saint-Pierre envisage sa mise à la retraite définitive et son remplacement. Certes, la fabrique fera tout son possible pour payer un orgue convenable, quoique de dimensions plus modestes. Nous avons bien peu en caisse. Est-ce prudent d'engager l'avenir ? Abonnés, amis, si vous le pouvez, envoyez votre obole pour l'orgue de notre église. »
("L'orgue de notre église" in : Foyer paroissial, n° 134, 15 janvier-15 février 1935)


En 1935, il fut décidé de son remplacement et les facteurs Casavant se mirent à l'ouvrage en conservant le buffet Mutin. La transmission fut reconstruite en pneumatique et une nouvelle console indépendante fut installée (en dépit du clavier unique, la console d'origine était peut-être également indépendante, car il ne semble pas subsister de trace d'une console retournée ou latérale).

Les claviers manuels passèrent à 61 notes, la pédale à 32 marches, les sommiers neufs permirent d'augmenter le nombre de jeux, mais pour des raisons de difficultés d'accord et d'une fréquence réduite du passage de facteurs d'orgues dans la région, l'instrument ne fut pas pourvu en jeux d'anches.


Composition actuelle :

Grand-orgue : Montre 8', mélodie 8' (flûte), dulciane 8', prestant 4', doublette 2', mixture III rgs.
Récit expressif : Principal-violon 8', bourdon 8' (bois), viole de gambe 8', voix céleste 8', flûte octaviante 4', hautbois-gambe 8'.
Pédale : Bourdon 16', flûte 8'.
Tirasses I et II en 8' et 4', acc. II/I en 16', 8' et 4', I/I en 16' et 4' et II/II en 16' et 4'.
Crescendo, 6 combinaisons ajustables, tremolo.
Octaves aiguës réelles jusqu'au sol 6. 49 tuyaux de façade en zinc, dorés par la suite par J.-M. Cicchero.

Lors d'un relevage, en 1986, Jean-Marc Cicchero a modifié la composition de la mixture qui comportait jusqu'alors une tierce par une succession de quintes et octaves, afin de donner plus de brillant à l'ensemble. En 1988, profitant d'un second voyage à Saint-Pierre, à la demande de Mgr François Maurer, le même facteur a remplacé un jeu gambé surnuméraire du récit (hautbois-gambe 8') par une sesquialtera II rgs (nasard recoupé dans le jeu Casavant et tierce neuve, fabriquée par le tuyautier Klein).

Il convient enfin de signaler qu'en mai 2007, le facteur Michel Jacques de la firme Casavant a effectué de nouveaux travaux d'entretien sur l'instrument (réglage de la mécanique et accord).

Ile de la Réunion

Il y a peut-être eu un orgue sur la tribune de la Cathédrale de Saint-Denis de La Réunion, posé à la fin du XIXè siècle. En tout cas, il ne subsiste nulle trace de cet hypothétique instrument.

Eglise Saint-Antoine de Padoue du Tampon

Un orgue du facteur belge Denys Delporte, acquis en mai 2012, a été posé dans cette église du 17ème kilomètre grâce à Jean-Marc Hoarau qui caressait ce projet depuis longtemps et a ainsi doté son église du premier instrument à tuyaux installé à La Réunion. Arrivé en pièces détachées sur l'île, il a été remonté par M. Hoarau que je remercie pour les informations qui concernent cet instrument. Plusieurs concerts ont déjà été donnés sur cet orgue, en tant que soliste ou en accompagnateur, entre autres par l'organiste Dominique Bréda et le hautboïste Jean-Philippe Mathieu.

C'est un orgue de type « Grand-Jeu », nom donné par le facteur à cet instrument qui mélange tradition et modernité avec l'emploi du numérique, et plus précisément du modèle « Etude » prévu pour des espaces pouvant accueillir jusqu'à une centaine de personnes. Son encombrement n'est pas plus important que celui d'un piano droit. Avec une transmission numérique avec électro-vannes, l'orgue compte moins de cent tuyaux mais, combinés aux timbres numériques d'un orgue électronique, leur rendu-sonore est très satisfaisant et ils permettent d'obtenir des 16', 8', 4', 2', 1', des quintes et des tierces.

Quelques harmoniums (à un ou deux claviers) tropicalisés sont également présents sur l'île de La Réunion, tel le Debain récemment restauré qui est placé dans la chapelle des Soeurs Dominicaines de Saint-Denis.


Tahiti

Cathédrale Notre-Dame de l'Immaculée-Conception

Un orgue de la manufacture Mutin-Cavaillé-Coll a été posé en 1922 à la Cathédrale de Papeete (terminée en 1875). La mention suivante figure dans l'inventaire des travaux Cavaillé-Coll et Mutin de 1923 (op. cit, p. 28) : « Tahiti : Papeete, Cathédrale - Grand Orgue ». Il est arrivé de France via les Marquises par le vapeur « Ville de Tamatave » le 29 septembre et monté en quinze jours par les bonnes volontés locales qui suivirent les instructions écrites envoyées par le facteur en même temps que l'instrument. Cet orgue de 560 tuyaux (soit dix jeux) et deux claviers a été béni le 15 octobre 1922 par le R.P. Gustave Nouviale, curé de la Cathédrale :

Cathédrale de Papeete, orgue Mutin/Cavaillé-Coll, croquis réalisé par Marc Boulagnon au vu de la description de Petero Winchester
DR

« Aujourd'hui, 15 octobre, moi soussigné, par délégation de Monseigneur Athanase Hermel, vicaire apostolique de Tahiti, ai béni avant la grand'messe les orgues de la Cathédrale, reçues par le vapeur Ville de Tamatave, le 29 septembre. Gustave Nouviale. »

Le 22 novembre, cette même année, pour la Sainte-Cécile, l'inauguration était présidée par Mgr Athanase Hermel. Aux claviers se tenait le frère Calixte Dorval, organiste du lieu. Le journal paroissial « Le Semeur » de janvier 1923 fait la relation de cet événement :

« Rarement la fête de la noble patricienne de Rome, l'illustre martyre, l'aimable sainte que les fervents de l'harmonie ont choisie pour patronne, avait revêtu le caractère solennel de cette année.

A la messe de 8 heures, nombreuse assistance composée surtout des enfants de nos écoles. Mais le clou de la fête devait avoir lieu le soir à 20 heures. Un grand concert de musique religieuse avait été préparé par les soins dévoués et l'intelligente initiative du R.P. Gustave Nouviale, premier vicaire à la Cathédrale et du frère Calixte Dorval, notre organiste. D'ailleurs, il s'agissait de l'inauguration des orgues nouvellement reçues de France et enfin mises tout à fait au point. »

Quelques précisions sont apportées ici :

« Pour la circonstance, vingt autres instruments sont venus se grouper autour de lui […] Et devant une assistance considérable, ce brillant orchestre a donné un concert de musique religieuse […] Mgr Hermel a prononcé une très intéressante allocution de circonstance. » (Annales des Sacré-Coeur, 1923, p. 75)

Voici la présentation de l'instrument extraite du Semeur (op. cit.) :

« L'orgue que nous inaugurions tout en fêtant la Saint-Cécile a été acheté avec les dons généreux de nos paroissiens et l'aide de quelques bienfaiteurs d'Europe. C'est le monument que nous nous étions promis d'élever en souvenir du triomphe de nos armées en 1918, et un hommage de reconnaissance offert à Notre-Dame-des-Victoires, patronne de la paroisse de Papeete.

Instrument plutôt modeste, mais proportionné à nos ressources et aux dimensions de notre église. Les connaisseurs se sont déclarés enchantés de notre orgue, le trouvant très bien et très suffisant. Nous ajouterons une petite remarque : notre orgue a une qualité trop oubliée et cependant qualité unique et inappréciable, c'est qu'il est à Tahiti, à Papeete, dans notre église.

Certes, on pourrait rêver plus grand, plus riche, plus... que sais-je encore ? Ami qui rêvez, passez-nous seulement la bagatelle de 100 000 francs, immédiatement nous commanderons.

L'orgue que nous avons fait construire n'est pas un instrument ordinaire fabriqué en série. Il a été conçu et établi spécialement pour notre église et notre pays. Ceux qui s'occupent de musique savent quelle vie courte ont en notre climat tropical harmoniums et pianos... Tahiti est funeste aux poitrines faibles, il fallait donc à notre orgue des poumons solides, des muscles de fer et une ossature à l'épreuve du climat et des insectes destructeurs. D'où nécessité de se restreindre sur ce qui était pure ornementation ou fioritures superflues pour penser davantage à la solidité, à la résistance, à la durée. »

Il n'a pas été possible jusqu'à présent de retrouver de cliché figurant cet orgue, mais grâce aux témoignages de personnes qui l'ont connu, des croquis ont pu être réalisés. Le buffet était, semble-t-il, constitué de deux plates-faces centrales surmontées d'une croix et de deux tourelles latérales (dont les tuyaux en mitre dépassaient la boiserie). La console était en fenêtre.

L'instrument lui-même n'a pas connu une longévité considérable et a rapidement souffert du climat et des intempéries. En effet, en 1927, une inondation survenue après un orage a causé de premiers dégâts à l'orgue qui n'a, par la suite, jamais retrouvé sa vigueur originelle. Entre 1960 et 1968, des travaux à la Cathédrale occasionnèrent son démontage et l'on put constater que les termites avaient fait leur oeuvre et que les pompes ainsi que le réservoir étaient hors d'usage, les peaux étant à refaire entièrement. La tuyauterie de métal fut entreposée dans une salle paroissiale et l'éternel vandalisme et l'inconséquence des enfants de la Mission ont entraîné sa dispersion et sa disparition.

Quelle était la composition de cet orgue ? En extrapolant un peu, à partir de ce que l'on sait sur les orgues Mutin de cette dimension, on peut imaginer qu'elle devait être proche de celle-ci :

Grand-orgue (56 notes) : Bourdon 16', montre 8', bourdon ou flûte harmonique 8', prestant 4'.

Récit expressif (56 notes) : cor de nuit 8', gambe 8', voix céleste 8', flûte douce ou octaviante 4', octavin 2' ou nazard 2 2/3, basson-hautbois ou trompette 8'.

Pédale (30 marches) : Sans jeu indépendant ou soubasse 16' en emprunt au bourdon 16' du grand-orgue.

Acc. II/I (en 16' et 8' ?), tirasses I/P et II/P, appel anches, trémolo II.

Grâce à l'obstination de l'organiste Marc Boulagnon, un orgue numérique a été posé sur la tribune de la Cathédrale de Papeete en 2006. Cela constitue déjà un réel progrès et peut-être qu'un jour, des tuyaux résonneront à nouveau sous les doigts d'un organiste à Tahiti.


Nouvelle-Calédonie

I) Cathédrale Saint-Joseph (Nouméa)
Nouméa, cathédrale Saint-Joseph
Nouméa, cathédrale Saint-Joseph
( carte postale ancienne, coll. O. Geoffroy ) DR

Dans cette Cathédrale construite entre 1887 et 1897 un orgue de 11 jeux fut commandé par le père Jean de Fenoyl, curé, à Mutin-Cavaillé-Coll en 1907. L'inventaire de 1923 (op. cit., p. 28) le mentionne ainsi : « Nouvelle-Calédonie : Nouméa, Cathédrale – Grand orgue ». Les caisses contenant la partie instrumentale débarquèrent à Nouméa le 31 janvier 1909 et l'orgue fut monté puis inauguré le 28 avril de la même année.

En voici la composition originelle :

Grand-orgue (56 notes) : Bourdon 16' (basses et dessus), montre 8', flûte harmonique 8', prestant 4'.
Récit expressif (56 notes) : Cor de nuit 8', gambe 8', voix céleste 8', flûte douce 4', quinte 2 2/3', octavin 2', trompette 8'.
Pédale (30 marches) : pas de jeu indépendant.
Acc. II/I en 16' et 8', tirasses I et II, appel et renvoi combinaisons (par boutons tournants), tremolo.

Jacques Bertrand, de la société Gonzalez intervint à la fin des années 1950 pour remédier à des problèmes de mécanique causés par un montage réalisé en 1909 par des non spécialistes, simplement appuyés par les indications de la maison Mutin. Un ventilateur électrique fut installé à cette occasion.

Une Association des Amis de l'orgue de la Cathédrale de Nouméa fut créée en 1976 et, dès lors, l'entretien de l'instrument prit une autre tournure et fut plus régulier. En effet, un an plus tard, Jacques Bertrand revint pour une nouvelle intervention et la programmation de travaux à venir. Ceux-ci se réalisèrent en 1981 avec l'installation de trois jeux indépendants au pédalier, en partie grâce à l'emploi des tuyaux du bourdon 16' du grand-orgue, jeu dédoublé en 8' et 4' à la pédale tout en étant conservé au clavier. Au grand-orgue toujours, une fourniture de III rgs fut posée, donnant plus de brillant à l'instrument. Dans le même temps, un jeu de tierce 1 3/5' fut ajouté au récit (le sommier est commun aux deux claviers manuels).

En 1992, les qualités exceptionnelles de sa facture valurent à l'instrument d'être classé au Patrimoine historique de la Province Sud.

En 1994, un jeu de basson 16' compléta le pédalier, posé par Jacques Bertrand. Un an plus tard, un nouveau ventilateur Meidinger remplaça le précédent et l'octavin 2' du récit fut recoupé en doublette 2'. En 1997, l'accouplement à l'octave grave, difficilement jouable car très dur fut supprimé et en 1999, Jean-Marc Cicchero intervint une nouvelle fois sur l'orgue pour résoudre des problèmes d'étanchéité.

Le climat n'étant pas particulièrement favorable à l'orgue, son état se dégrada rapidement et une restauration complète en fut décidée. C'est la manufacture italienne des frères Marin qui en fut chargée. L'orgue partit pour l'Europe en caisses et fut remonté après réhabilitation de tous ses composants. L'inauguration eut lieu le mercredi 23 mai 2012 à 20h, par un récital donné par Mauro Cossu avec des pièces de François Couperin (extraits de la Messe pour les Couvents), J.-S. Bach (un choral et le Prélude et fugue en mi b majeur), Wesley, Bossi, Hollins, Dubois (Toccata), Yon et Widor (Toccata de la Cinquième Symphonie).


Orgue de la cathédrale Saint-Joseph de Nouméa Orgue de la cathédrale Saint-Joseph de Nouméa
Orgue de la cathédrale Saint-Joseph de Nouméa
( photos Jérôme Jean-Baptiste, avec son aimable autorisation  ) DR

Composition actuelle :

Grand-orgue (56 notes) : Bourdon 16', montre 8', flûte harmonique 8', prestant 4', fourniture III rgs.
Récit expressif (56 notes) : Cor de nuit 8', gambe 8', voix céleste 8', flûte douce 4', quinte 2 2/3', doublette 2', Tierce 1 3/5', trompette 8'.
Pédale (30 marches) : Soubasse 16', bourdon 8', flûte 4', basson 16'.
Acc. II/I, tirasses I et II, appel et renvoi combinaisons (par boutons tournants), trémolo.

Blog de l'Association des Amis de l'orgue de la Cathédrale de Nouméa : http://orguemutincavaillecollnoumea.blogspot.fr/)


II) Eglise du Vœu (Nouméa)

Cette église, érigée en 1953, a été embellie en 1982 par l'achat d'un orgue de série Gonzalez, monté par une équipe encadrée par Jacques Bertrand.


Nouméa, église du Vœu - Photo Jean-Marc Cicchero
Nouméa, église du Voeu - Photo Jérôme Jean-Baptiste
Nouméa, église du Vœu
( photo Jean-Marc Cicchero ) DR
( photo Jérôme Jean-Baptiste ) DR

Composition actuelle :

Grand-orgue (56 notes) : Flûte à fuseau 8', prestant 4', doublette 2', plein-jeu III rgs, cromorne 8'.
Récit expressif (56 notes) : Bourdon 8', principal 4', nasard 2 2/3', quarte 2', tierce 1 3/5', cymbale II rgs, trompette 8.
Pédale (32 marches) : Soubasse 16, bourdon 8, flûte 4 (par dédoublements).
Acc. II/I, tir. I et II.

III) Temple (Nouméa)


Nouméa, temple protestant - Photo Camille Moreau, avec l’aimable autorisation de Pierre Guéniot
Nouméa, temple protestant - Photo Jérôme Jean-Baptiste, avec son aimable autorisation
Nouméa, temple protestant
( Photo Camille Moreau, avec l’aimable autorisation de Pierre Guéniot ) DR
Nouméa, temple protestant
( photo Jérôme Jean-Baptiste, avec son aimable autorisation ) DR

Bâtiment inauguré en 1893. Le Vieux Temple Protestant du Boulevard Vauban possède un orgue du facteur Davidson qui remonterait à 1872 (antérieur, donc, au temple lui-même ; il provenait sans doute d'un autre lieu de culte, peut-être d'Australie, et fut posé sur la tribune du temple de Nouméa en 1901).

Composition actuelle :

Clavier manuel (56 notes) : Open diapason 8', stopped diapason 8', dulciana 8', principal 4', rohrflöte 4', fifteenth 2'.
Pédale (25 marches) : Double diapason 16', bourdon 16'.
Tirasse permanente, appel et renvoi, expression.
Cet instrument et les autres orgues de Nouméa ont bénéficié d'un entretien par J.-M. Cicchero en 1999. Jacques Bertrand (société Gonzalez) est également intervenu sur les instruments des églises et temple durant chacun des séjours qu'il a effectués en Nouvelle-Calédonie.

Guyane

On peut trouver de nombreuses informations sur les orgues de Guyane ainsi que des photos en se rendant sur le site internet de l'école d'orgue très dynamique de ce département, dont voici l'adresse : http://ecole.orgue.guyane.free.fr/

Grand-orgue de la cathédrale Saint-Sauveur de Cayenne
Grand-orgue de la cathédrale Saint-Sauveur de Cayenne
( photo Jérôme Jean-Baptiste, 2015 ) DR

I) Cathédrale Saint-Sauveur de Cayenne (grand orgue)

La Cathédrale, construite de 1825 à 1833, abrite un magnifique et récent instrument à tuyaux, commandé en 2003 et installé par tranches à partir de 2008. C'est le père Joseph Plug, responsable de la musique sacrée en Guyane et promoteur de l'école d'orgue qui compte plusieurs dizaines d'élèves, qui fut instigateur du projet caressé depuis longtemps. En effet, à la fin des années 1980, le dynamisme de ce prêtre avait gagné de nombreux mélomanes et alors qu'un instrument de taille importante commençait à être installé, une tempête pénétra par la toiture de la Cathédrale, endommageant gravement l'instrument. Le facteur déposa le bilan peu après et les choses en restèrent là pendant dix ans. Heureusement, peu à peu, le désir de voir la tribune ornée d'un orgue regagna les esprits, tant et si bien qu'un nouveau facteur, Dominique Lalmand, fut pressenti, que les travaux s'engagèrent et que le 14 juin 2008, Jean-Pierre Legay venait inaugurer le nouvel instrument (source : revue Orgues nouvelles, n°1, juin 2008, p. 45)).

Composition actuelle :

I Grand-orgue (56 notes) : Montre 8' (basses et dessus), bourdon 8', prestant 4' (B et D), quinte 2 2/3' (B et D), doublette 2', cornet V rgs, plein-jeu V rgs, chamade 4/8' (B et D).
II Grand-Choeur (56 notes) : Bourdon 16', flûte ouverte 8', principal 4', tierce 3 1/5', grand cornet V rgs, plein-jeu VI rgs, trompette 8', clairon 4'.
III Récit expressif (56 notes) : Bourdon 8', flûte traversière 8', gambe 8', unda-maris 8', flûte octaviante 4', octavin 2', sifflet 1', trompette harmonique 8', basson-hautbois 8', voix humaine 8'.
IV Positif (56 notes) : Bourdon 8', prestant 4', flûte 4', nazard 2 2/3', quarte 2', tierce 1 3/5', larigot 1 1/3', plein-jeu V rgs, cromorne 8'.
Pédale : Flûte 16', flûte 8', quinte 5 1/3', prestant 4', bombarde 16', trompette 8'.
Acc. II/I, III/I, IV/I, III/II, IV/II, tirasses I, II, III, IV, tremblant IV, tremblant doux I et II, trémolo III.

II) Cathédrale Saint-Sauveur de Cayenne (orgue de choeur)

Il s'agit d'un orgue polyphone Debierre transformé et augmenté. Les tirants sont situés au-dessus du clavier manuel.

Composition actuelle :

Clavier manuel (56 notes) : Bourdon 16' (basse probablement en 5 1/3'), principal 8', bourdon 8', prestant 4', nazard 2 2/3', plein-jeu, trompette 8'.
Pédale : Soubasse 16', bourdon 8'.


St-Joseph d'Iracoubo
Orgue de l’église Saint-Joseph d’Iracoubo
(avec l’aimable autorisation d’Annick Cotel) DR.

III) Eglise Saint-Joseph d'Iracoubo

Cette magnifique église, construite entre 1887 et 1893 a été décorée par un ancien bagnard. C'est un harmonium qui accompagnait depuis longtemps les cérémonies religieuses et le père Plug désirait doter l'édifice d'un orgue à tuyaux. L'occasion se présenta ainsi : un organiste amateur de facture, Dominique Delepierre avait conçu un petit instrument pour son usage personnel et souhaitait s'en débarrasser à l'occasion de son déménagement. Il le proposa à la Guyane où un appel aux élus locaux et mécènes fut lancé avec succès. L'orgue quitta la Métropole pour Iracoubo où il fut remonté par le facteur Dominique Promonet qui avait, d'ailleurs, participé à l'harmonisation des tuyaux. L'instrument a été béni et inauguré le 11 novembre 2002. Il est doté de deux claviers et d'un pédalier et son buffet est tout à fait dans le ton du bâtiment. Les jeux se tirent par des palettes à course latérale situées de part et d'autre des claviers (à gauche pour les jeux du clavier supérieur et à droite pour ceux du clavier inférieur). Cet orgue est entretenu régulièrement par le facteur Dominique Lalmand.

Composition actuelle :

Grand-orgue : Flûte 8', prestant 4', doublette 2'.
Positif : Bourdon 8', petite flûte 4', larigot 1 1/3'.
Pédale : sans jeu indépendant, en tirasse.
Acc. II/I


IV) Eglise Saint-Michel de Matoury

Cette église a récemment été dotée d'un orgue par le facteur Pascal Quoirin avec un buffet doré à la feuille d'or. C'est le 63è instrument construit par la manufacture. Les dessins du buffet et de la tribune ont été réalisés par Pascal Quoirin et la mécanique a été conçue par Laurent Mesme. Ce bel instrument comporte 1776 tuyaux et pèse près de 10 tonnes.

Composition actuelle :

Positif (56 notes) : Bourdon 8', salicional 8', prestant 4', flûte 4', nazard 2 2/3', flûte 2', tierce 1 3/5', plein-jeu, cromorne 8'.
Grand-orgue (56 notes) : Bourdon 16', montre 8', traverso 8', prestant 4', flûte 4', doublette 2', cornet V rgs, plein-jeu V rgs, trompette 8', voix humaine 8'.
Pédale (30 marches) : Soubasse 16', flûte 8', octave 4', basson 16', trompette 8'.
Acc. I/II, tirasses I et II, tremblants I et II.


V) Eglise Notre-Dame-de-Lourdes de Balata

Cette église devenue paroissiale en juin 2009 possède un orgue récent de deux claviers et pédalier.

Composition actuelle :

Grand-orgue (56 notes) : Principal 8', montre 4', tierce 1 3/5'.
Positif (56 notes) : Bourdon 8', flûte à biberon 4', doublette 2', larigot 1 1/3', régale 8'.
Pédale (30 marches) : Soubasse 16', basse 8'.
Tirasses I et II, acc. I/II et II/I
Les accouplements se font par pédales à accrocher.
L'instrument a été révisé en 2006 par le facteur Dominique Lalmand.


VI) Ecole d'orgue de Guyane (orgue d'étude) 

Ce lieu d'étude possède un orgue du facteur Pascal Quoirin (2003).

Composition actuelle :

Manuel 1 (56 notes) : Montre 8', dulcian 8' (sorte de cromorne de petite taille)
Manuel 2 (56 notes) : Bourdon 8', flûte 4'.
Pédale (32 marches) : sans jeu indépendant.
Acc. I/II, tirasses I et II, tremblant doux.
Son buffet mesure 2m55 de haut et 2m42 de large et son poids est d'environ 750 kg.

« D'autres petits instruments d'étude à deux claviers-pédalier et un ou deux jeux servent également pour la formation des organistes de Guyane. »



Orgue disparu

Il convient de signaler qu'un orgue Merklin-Schütze avait été installé dans la cathédrale de Cayenne en 1861. Au fil des ans, cet instrument aujourd'hui disparu avait fait l'objet de transformations et d'augmentations.

Martinique

L'histoire complexe de l'orgue à La Martinique - notamment celle des instruments qui se sont succédés dans la Cathédrale Saint-Louis de Fort-de-France –, et qui comporte encore plusieurs incertitudes, a été patiemment retracée par le professeur Gérard Gabriel Marion dans une étude non publiée intitulée « La Martinique et ses orgues tropicaux ».

I) Cathédrale Saint-Louis de Fort-de-France

L'ancienne Cathédrale a connu plusieurs instruments. Un orgue de Daublaine-Callinet fut posé vers 1845, peut-être remplacé autour de 1862 par un orgue Merklin (Malou Haine et Nicolas Meeùs, sous la direction de, Dictionnaire des facteurs d'instruments de musique en Wallonie et à Bruxelles du 9è siècle à nos jours, éd. Pierre Mardaga, Liège, 1986, p. 294). On sait, en effet, que Merklin a effectué un certain nombre de travaux et construit des instruments destinés à La Martinique entre 1843, année où il s'établit à son compte et 1870, mais le détail en est encore confus.

Pour ce qui concerne les orgues de choeur de cette ancienne Cathédrale, un premier instrument fut installé par un facteur inconnu vers 1855. Il aurait coûté 12 000 francs. C'est peut-être un orgue Merklin qui lui succéda dans les années 1870.

Revenons aux grandes orgues. En 1881, Cavaillé-Coll construisit un orgue de 32 jeux et trois claviers (opus 535) comprenant 12 jeux au grand-orgue, 8 au positif, 8 au récit et 4 à la pédale. A l'occasion de la bénédiction de cet instrument le 19 mars 1882, l'abbé Zéphirin Gosse (1829-1887), vicaire général, fit un discours publié l'année suivante (Discours prononcé en l'église-cathédrale de Fort-de-France le 19 mars 1882 pour la bénédiction des nouvelles orgues, Paris, Librairie catholique, 1883). La facture de l'instrument proprement dit s'élevait à 67 000 francs, à 80 000 francs en comptant les accessoires, le transport et le montage dont 25 000 offerts par le clergé local et les paroissiens, selon l'abbé Gosse.

« C'est une douce joie pour vous, Messieurs de l'administration fabricienne, qui avez su par une industrieuse économie, par une sage gestion des affaires financières paroissiales, faire face à une dépense si considérable sans augmenter les charges des fidèles.
C'est une récompense et une joie pour vous, mes Frères, riches ou pauvres, qui avez contribué, les uns par une humble obole, les autres par une abondante générosité, à la réalisation d'une oeuvre monumentale, - magnifique couronnement de ce temple qui avait déjà sa beauté intérieure, ses voix extérieures et retentissantes et à qui il ne manque plus aucun genre de perfection, - d'une oeuvre artistique, désormais la gloire de votre cité, la gloire aussi de la colonie et du diocèse de la Martinique.
La bénédiction donnée il y a un instant à ce nouvel orgue l'a placé parmi les choses sacrées du temple et lui a confié une mission spéciale. »
(p. 7)

C'est aussi par son discours que l'on apprend que l'orgue bénéficiait d'une machine Barker, d'une ou deux boîtes expressives, de pédales de combinaisons, de jeux ondulants, d'accouplements à l'octave et peut-être d'un jeu de 32 pieds (ce qui semble sujet à caution, la pédale ne comptant que quatre jeux) :

« Les orgues de M. Cavalier-Coll [sic] ont des appareils expressifs qui enlèvent à l'orgue sa rigidité et lui donnent quelque chose de l'inflexion de la voix naturelle ou des instruments maniés par l'archet et aussi des jeux ondulants.
Tous ces perfectionnements sont dans l'orgue de Fort-de-France ; il en est un qui est là appliqué pour la première fois. Les accouplements obliques qui n'avaient lieu que pour les claviers déjà accouplés y sont possibles pour chaque clavier en particulier. Cet orgue a 32 jeux, 2 200 tuyaux ; les plus forts ont seize pieds et le principal étant bouché a une tonalité de 32 pieds. » (p. 31)

Ce Cavaillé-Coll figure dans le catalogue Mutin (op. cit., p. 28) sous l'appellation suivante : « Martinique : Fort-de-France, paroisse - 1er Grand Orgue ».
Il était tenu par Charles Pornain, précédemment organiste à la Cathédrale de Saint-Pierre.

Le 22 juin 1890, la Cathédrale fut endommagée par le grand incendie de Fort-de-France qui détruisit aussi l'orgue Cavaillé-Coll. L'orgue de choeur ne subsista pas non plus. Une toiture provisoire fut rapidement posée ainsi qu'un orgue de choeur de 4 jeux du facteur Henri Didier :

« La Maison Didier, d'Epinal, construisit un petit orgue exprès pour l'église provisoire. Il était de quatre jeux complets, et d'une valeur de 40 000 francs, mais M. Didier le céda pour 18 000 francs afin de contribuer au relèvement de la paroisse. » (Solange Contour, Fort-de-France au début du siècle, Paris, L'Harmattan, 1994, 224 p., p. 139)

Un an plus tard, la Cathédrale était dévastée par un cyclone. La toiture de l'édifice fut emportée et le petit orgue Didier disparut.

La Cathédrale actuelle fut reconstruite entre 1891 et 1895. Plusieurs instruments s'y succédèrent : un orgue Henri Didier posé avant l'entrée du choeur à gauche fut utilisé jusqu'en 1922 puis remonté à l'église du Morne Rouge où il se trouve toujours. En effet, c'est en 1922 qu'un orgue Mutin prit place en tribune. Cet instrument d'un coût de 80 000 francs fut inauguré le 21 mai par Griffit, organiste de Port-d'Espagne (Trinidad) avec les oeuvres suivantes : Un Offertoire de J.-B. Montford, la Prière à Notre-Dame de la Suite gothique de L. Boëlmann et une transcription du choeur final du Messie de Haendel. En juillet 1926, une tornade arracha le toit de la Cathédrale et l'orgue subit une inondation. Il ne retrouva sa voix que le 26 décembre 1927. Dans un article publié dans la revue L'Orgue, le père Robert Huré (1914-1989), spiritain et organiste lui-même, évoquait brièvement l'histoire de cet instrument (L'Orgue, n° 57, Paris, Floury, 1950 / IV, p. 115-120).


La

cathédrale de Fort-de-France au début du XXe

siècle
La cathédrale de Fort-de-France au début du XXe siècle avec l'orgue Henri Didier (à gauche avant l'entrée du choeur) qui se trouve aujourd'hui dans l'église du Morne Rouge
( coll. O. Geoffroy ) DR
L'orgue Mutin se trouve aujourd'hui dans l'église des Terres-Sainville où il a été transféré en 1936, car cette année-là, c'est un nouvel instrument de Frédéric Haerpfer, comptant 51 jeux et 3518 tuyaux sur trois claviers et pédalier qui fut placé sur une tribune latérale et inauguré le 8 octobre par E. Demont, organiste à Pointe-à-Pitre dans des oeuvres de Bach, Franck, Gigout et Widor. Dans l'article précité, le père Huré en indique la composition :

Grand-Orgue (56 notes) : Bourdon 16', montre 8', bourdon 8', flûte ouverte 8', salicional 8', prestant 4', flûte pastorale 4', octavin 2', quinte 2 2/3', fourniture IV-VI rgs, basson 16', trompette 8', clairon 4'.

Positif (56 notes au clavier, 68 au sommier) : Quintaton 16', diapason 8', cor de chamois 8', salicional 8', flûte douce 8', unda maris 8', flûte octaviante 4', flûte pointue 4', doublette 2', quinte conique 2 2/3', cornet IV rgs, basson-hautbois 8', cromorne 8'.

Récit expressif (56 notes au clavier, 68 au sommier) : Principal d'amour 8', cor de nuit 8', quintaton 8', viole de gambe 8', voix céleste 8', octave 4', flûte douce 4', nasard 2 2/3', flûte champêtre 2', tierce 1 3/5', cymbale III rgs, voix humaine 8', chalumeau 4'.

Pédale (32 marches) : Contrebasse 16', soubasse 16', bourdon 16', quinte-basse 10 2/3, octavebasse 8', violon 8', choralbasse 4', sifflûte 2', cornet V rgs, bombarde 16', trompette 8', clairon 4'.

Tir. I, II et III, acc. Pos/GO en 16, 8 et 4, Réc/GO en 16, 8 et 4, Réc/Pos, Pos. en 16 et 4, Réc. en 16 et 4, combinaisons fixes (p, mf, f et ff), tutti sans anches, tutti avec anches, trois combinaisons libres, crescendo général.


Bien que l'on manque d'informations précises au sujet des orgues de la cathédrale avant les années 1930 – c'est malheureusement à cette époque que les archives paroissiales ont brûlé -, on connaît néanmoins les raisons qui ont conduit au transfert et au remplacement de l'orgue Mutin. D'une part, l'instrument placé en tribune sous le clocher était ébranlé et fragilisé par la sonnerie des cloches et, d'autre part, des études avaient montré que l'acoustique était plus favorable au déploiement des sons depuis les tribunes latérales que depuis la tribune située au revers du portail principal. Plutôt que de déplacer l'orgue Mutin, à la composition relativement modeste pour un grand édifice (cf. notice consacrée à l'orgue des Terres-Sainville), il a été jugé préférable de le transférer à l'église Saint-Antoine et de construire pour la cathédrale un orgue plus important dont la partie instrumentale fut posée dans la tribune latérale de gauche tandis que la console était installée en face dans la tribune latérale de droite. Le père spiritain Julien Le Léal (1882-1934) a été l'un des premiers organistes de l'orgue Mutin. Professeur au collège de Fort-de-France à partir de 1912, il était retourné en France en 1920 avant de faire un second séjour dans les Antilles, notamment en Guadeloupe. D'après les archives de la Congrégation spiritaine :

« C'est avec joie qu'il reprit ensuite sa place à la Martinique, professeur au collège et organiste à la cathédrale. Il avait toujours tenu les orgues, à Chevilly d'abord, puis à la Trinitad et en Haïti. A Fort-de-France, son talent était unanimement reconnu et admiré. Quand il était à l'orgue, il était réellement transformé : pâle, décharné, les yeux brillants, ses grands cheveux en désordre, c'était le type classique de l'artiste. Il sortait de là exténué, mais il y revenait sans cesse. Il déclarait que c'est là qu'il goûtait les meilleures joies de sa vie. » [http://spiritains.forums.free.fr/defunts/lelealj.htm]

Il quitta Fort-de-France en 1930 et, pour raisons de santé (il a souffert toute sa vie de l'estomac et de malaises nerveux), revint en France l'année suivante afin de se reposer et de se soigner. Il mourut le 8 juin 1934 à l'âge de 52 ans et n'aura donc jamais eu la chance de connaître l'imposant orgue Haerpfer de 1936 qu'il aurait sans doute appelé de ses voeux.

Concernant la bénédiction de cet instrument, voici un extrait de La Dame de Balata d'Alice Delpech (Paris, L'Harmattan, 1990, pp. 295-296) :

« Le 6 octobre [...] L'arrivée prochaine du gouverneur Alberti s'annonçait délicate car pleine d'embûches.
Mais les Foyalais, très pieux, laissèrent ces pronostics de côté pour fêter l'inauguration solennelle des orgues de la cathédrale Saint-Louis.
Dès quinze heures trente, hommes, femmes, enfants affluèrent des différentes rues vers la cathédrale. Chacun espérait trouver une place suffisamment tôt pour ne rien perdre du spectacle. La cérémonie devait se dérouler en trois phases.
D'abord le concert d'orgue, sous l'impulsion de M. Demont, organiste de Saint-Pierre et Paul de Pointe-à-Pitre.
Puis le discours de M. le chanoine Auber sur le thème : le chant au service de l'église des Hébreux à nos jours.
Enfin, les chants par la chorale de l'Ouvroir sous la direction du Révérend Père Baumann. Sous ces mains habiles, les anciennes orgues remplirent l'église d'allégresse.
Dehors, la foule s'écarta pour livrer passage à l'important cortège, ayant à sa tête l'évêque revêtu de la « Cappa magna ».
Il était cinq heures et demie précises.
Sur le trône se tenait Monseigneur Lequiem, assisté de Monseigneur Boyer, administrateur du diocèse de la Guadeloupe et de Monseigneur Second, vicaire général du diocèse. […]
Les nouvelles orgues reçurent la bénédiction épiscopale et le concert commença.
Pour les connaisseurs et les profanes, l'éblouissement jaillissait de la beauté poignante de cette musique sacrée dans ces lieux si appropriés.
Et c'est presque dans l'envoûtement que les oeuvres de Haendel, de Bach et de Franck résonnèrent.
Monsieur Demont, organiste aveugle de grand talent, dont l'âme guidait les mains, faisait passer sur l'assistance un souffle d'intense émotion. […]
Il était évident que l'acquisition de ces orgues dotait l'île d'un présent royal.
L'inauguration solennelle des grandes orgues resterait la plus belle fête religieuse et artistique de 1936 […]. »

Si l'on en juge par les accessoires dont l'orgue disposait et les pratiques de la Maison Haerpfer à cette époque, sa transmission était très probablement électro-pneumatique. Cet instrument tomba malheureusement de la tribune lors du séisme du 19 mars 1953. Les tuyaux éparpillés sur le sol furent emportés par des riverains et seule la console, ultime relique de l'instrument, subsista durant quelques années à l'extrémité d'une tribune latérale avant de disparaître à son tour.

Fort-de-France,

cathédrale Saint-Louis
Fort-de-France, cathédrale Saint-Louis
( photo Pierre Giroud  ) DR

A partir de 1964, un instrument de Roethinger (opus 346 ?) fut placé dans le choeur où il demeura jusqu'en 1976. Cette année-là, avec l'accord du père Huré, la Maison Laval-Thivolle effectua son transfert dans l'église Notre-Dame de Bellevue et installa dans le choeur de la Cathédrale l'orgue qui s'y trouve aujourd'hui encore et qui est constitué de l'avant du buffet Cavaillé-Coll de l'ancien orgue de la Cathédrale de Pointe-à-Pitre avec une partie instrumentale hétérogène. Quelques jeux du récit seraient encore de Cavaillé-Coll, d'autres proviendraient d'Algérie, peut-être de l'ancien orgue de 25 jeux de la Cathédrale Saint-Philippe d'Alger construit en 1928-29 par Michel-Merklin et Kühn et dont une partie de la tuyauterie démontée vers 1962 par Alain Sals a justement été vendue à Laval-Thivolle, d'après le site internet http://orgue.algerie.free.fr. L'étude de la tuyauterie semble accréditer cette thèse. A l'époque, le père Huré s'est exprimé à propos de cet instrument dans un article paru dans l'Hebdomadaire chrétien de la Martinique (Robert Huré, « L'orgue de la cathédrale », Aujourd'hui dimanche, n° 721, 17 octobre, p. 1 et 3).

Les sommiers actuels sont à registres, de Laval-Thivolle. La traction est électrique pour les notes et les jeux, de même type que pour l'orgue de Gourbeyre, en Guadeloupe. Sous l'impulsion de Pierre Giroud, organiste, une restauration de l'instrument fut réalisée par Jean-Louis Laval en 1990 (remplacement du ventilateur sous-dimensionné jusqu'alors, nettoyage complet de l'orgue, réfection de toutes les chapes, modification du buffet avec percement des joues latérales afin de permettre un meilleur déploiement du son, déplacement de la console à l'avant du buffet, tournée vers la nef, et réharmonisation de l'ensemble des jeux). L'inauguration de ces travaux eut lieu le vendredi 21 septembre 1990, avec Pierre Giroud aux claviers dans des oeuvres de J.-S. Bach, Frescobaldi, Couperin, Marchand, Liszt, Jehan Alain. Le concert s'est conclu par des improvisations. Georges Delvallée joua l'instrument à Noël 1991 ainsi que Suzanne Chaisemartin en octobre (concert annulé par le clergé pour cause de tempête tropicale). En 1992, l'orgue sonnait sous les doigts de Pierre Giroud lors d'un concert avec la Maîtrise des Hauts-de-Seine placée sous la direction de Pierre Bardon.


Pierre

Giroud à l'orgue de la cathédrale Saint-Louis de

Fort-de-France
Pierre Giroud à l'orgue de la cathédrale Saint-Louis de Fort-de-France au début des années 1990. La console est alors placée devant l'orgue, tournée vers la nef
( photo Pierre Giroud ) DR
En 1997, la console fut de nouveau déplacée sur le côté de l'instrument et les contacts à aiguilles de la console Laukhuff (trois claviers et pédalier) furent réparés par la Maison Casavant qui, à cette occasion, réharmonisa les jeux. Cet instrument a malheureusement été victime de vols répétés dans sa tuyauterie.

Composition actuelle :

Grand-Orgue : Bourdon 16', montre 8', bourdon 8', flûte harmonique 8', prestant 4', flûte 4', quinte 2 2/3', doublette 2', fourniture V rgs, trompette 8', clairon 4'.

Positif : Principal 8', flûte à cheminée 8', principal 4', flûte 4', quinte 2 2/3', flûte 2', tierce 1 3/5', cornet V rgs (appel collectif du jeu de tierce), cymbale III rgs, cromorne 8'.

Récit expressif : Diapason 8', cor de nuit 8', gambe 8', voix céleste 8', flûte octaviante 4', nazard 2 2/3', flûte 2', plein-jeu IV rgs, trompette 8', basson-hautbois 8'.

Pédale : Soubasse 16', principal 16' (bouché), basse 8', principal 4', Bombarde 16', trompette 8', clairon 4'.

Tir. I, II et III, acc. II/I, III/I en 16, 8 et 4, II/II en 16 et 4, III/III en 16 et 4, appels anches I, II, III et Péd, appels mixtures I, II et III, combinaisons fixes (pp, p, mf, f, ff et tutti), crescendo, tremblant récit, triple registration.


II) Eglise Notre-Dame (Coeur Immaculé de Marie) de Bellevue, Fort-de-France


Le

Père Robert Huré (1914-1989)
Le Père Robert Huré (1914-1989), prêtre et organiste, à la console de l'ancien orgue de la Cathédrale de Fort-de-France, avant le déplacement en 1976 de cet instrument dans l'église Notre-Dame de Bellevue
( photo X…, coll. Pierre Giroud ) DR
Fort-de-France,

Notre-Dame de Bellevue
Fort-de-France, Notre-Dame de Bellevue
( photo Sébastien Fohrer ) D

Cette église, érigée en 1946, est dotée d'un orgue Roethinger, à l'origine construit en 1964 pour la Cathédrale de Fort-de-France, finalement jugé trop petit pour sa destination initiale puis transféré à Bellevue par Laval-Thivolle. Un orgue était présent dans le choeur de l'église sous la forme d'un gros positif et Laval-Thivolle a ajouté une console de trois claviers permettant de jouer à la fois l'orgue de tribune et l'orgue de choeur. En 1999, l'orgue de choeur a été démonté et remisé et la console de trois claviers à la transmission problématique fut détruite.

Les sommiers sont de facture traditionnelle, à gravures, la traction des notes est électrique (électro-pneumatique pour les 12 premières notes) et le tirage de jeux est électrique (de Laval-Thivolle, remplaçant un système électro-pneumatique). L'instrument devrait prochainement être restauré.

Composition actuelle :

Grand-Orgue (56 notes) : Bourdon 16', montre 8', flûte harmonique 8', prestant 4', doublette 2', cornet V rgs, fourniture VI rgs, trompette 8', clairon 4'.

Positif de poitrine expressif (56 notes) : Bourdon 8', salicional 8' (à partir de c), voix céleste 8', flûte à cheminée 4', nazard 2 2/3', doublette 2', tierce 1 3/5' (manquante), cymbale III rgs, basson-hautbois 8', cromorne 8'.

Pédale (30 marches) : Soubasse 16', flûte 8', flûte 4', bombarde 16', trompette 8'.


III) Eglise Saint-Antoine de Padoue des Terres-Sainville, Fort-de-France

L'église Saint-Antoine abrite un orgue Mutin-Cavaillé-Coll de 1922. Destiné à l'origine à la Cathédrale de Fort-de-France, il y resta jusqu'en 1936 avant d'être transféré (peut-être par Haerpfer) dans l'ancienne église des Terres-Sainville. Il s'agit probablement de l'instrument qui figure dans l'inventaire Cavaillé-Coll-Mutin (op. cit., p. 28) sous la dénomination : « Martinique : Fort-de-France, Cathédrale Saint-Louis - Grand Orgue ».

Dans son article (op. cit., cf. notice « Cathédrale Saint-Louis »), le père Huré attribuait 26 jeux à l'instrument (14 jeux réels, d'après un relevé de 1977).

Actuellement, cet orgue ne fonctionne plus et son état est très mauvais (tuyauterie en partie démontée, pillée ou écrasée, ensemble en proie à la pluie et aux insectes xylophages...). Il mériterait une restauration ou à tout le moins quelques mesures de sauvegarde.

Les jeux mentionnés dans le relevé précité sont donnés dans l'ordre des chapes au sommier placé en boîte expressive (source : archives Laval-Thivolle, information aimablement communiquée par le facteur Thierry Lemercier) :

Jeux réels (deux claviers, Grand-Orgue et Récit, de 56 notes) : Montre 8', prestant 4', flûte harmonique 8', violoncelle 8', bourdon 16', bourdon 8', flûte octaviante 4', doublette 2', plein-jeu III rgs, basson 16' (basses acoustiques), trompette harmonique 8', clairon harmonique 4'.

Sommier de pédale (30 notes) : Contrebasse 16', bombarde 16'.


Orgue Mutin-Cavaillé-Coll de l’église Saint-Antoine des Terres-Sainville à Fort-de-France
( photos Jérôme Jean-Baptiste ) DR

La console comporte également les deux tirasses et accouplement usuels, ainsi qu'un accouplement à l'octave grave du récit sur le grand-orgue. Plusieurs cuillers ont disparu avec le nom de leur affectation, de sorte qu'il est difficile de savoir quels étaient les autres accessoires. La pédale compte, en plus des deux jeux de 16' cités, l'emprunt de plusieurs jeux du grand-orgue (soubasse 16', flûte ouverte 8', bourdon 8', violoncelle 8'). A une date inconnue, les tirants de jeux correspondant au clavier de récit ont disparu à la console ce qui permet de penser que l'orgue avait bien 26 jeux à l'origine. La flûte octaviante 4' était peut-être au récit si l'on en croit la couleur de la porcelaine de ce jeu. Elle aurait dans ce cas remplacé un jeu (nazard 2 2/3'?) jugé moins utile au grand-orgue qui demeurait le seul clavier manuel en fonction.

Fort-de-France,

chapelle des Sœurs de Saint-Paul de Chartres
Fort-de-France, chapelle des Sœurs de Saint-Paul de Chartres
( photo Sébastien Fohrer ) DR


IV) Chapelle des Soeurs de Saint-Paul de Chartres, Didier, Fort-de-France

Dans cette chapelle de communauté religieuse, un petit orgue de deux claviers du facteur Haerpfer a été posé vers 1991-92. Il n'y a pas de tuyaux apparents en façade du sobre buffet qui contient la partie instrumentale mais des jalousies d'expression qui se manœuvrent à l'aide d'un levier de bois situé à la gauche de l'organiste.

Composition actuelle :

Grand-Orgue : Flûte conique 8', quarte 2', régale 8'.
Positif (56 notes) : Bourdon 8', flûte à cheminée 4'.
Pédalier (30 marches) : sans jeu propre.
Acc. II/I, tir. I et II.


V) Chapelle du Centre Emma Ventura de Fort-de-France
(orgue récemment disparu)

Cet ancien hospice pour personnes âgées existe depuis 1924. Les bâtiments ont été reconstruits en 1974 mais la chapelle de 1928, dédiée au Christ-Roi, est restée en l'état et son acoustique privilégiée en fait un lieu apprécié pour les concerts. Un orgue-coffre a été livré par Haerpfer vers 1995. Le cyclone Dean qui est passé en 2007 sur la Martinique a endommagé la toiture de la chapelle et l'orgue qui se trouvait déjà dans un état moyen a malheureusement du être jeté. Il comportait un jeu de bourdon 8' 


VI) Eglise de La Sainte-Trinité, Trinité

Orgue Adam de l’église de la Sainte-Trinité de Trinité
( photo Jérôme Jean-Baptiste ) D

L'église a été entièrement rebâtie en 1816-1817. Le petit orgue mécanique du facteur Paul Adam, de Lingolsheim, construit dans les années 1960, est actuellement entretenu par Nicolas Toussaint.

Composition actuelle :

Clavier manuel (56 notes) : Bourdon 8', principal 4', flûte 4', nazard 2 2/3, doublette 2', dessus de tierce 1 3/5', larigot 1 1/3'.
Pédalier (30 marches) : Soubasse 16', bourdon 8'.
Tirasse. Tous les jeux sont coupés en basse et dessus. Tirants à course latérale.


VII) Eglise Notre-Dame-de-la-Délivrande au Morne Rouge

Une première église en bois fut achevée en 1868. Henri Didier y avait posé un orgue en 1886. Une expertise en avait été faite par plusieurs organistes français de renom (MM. Romary Grosjean, de la Cathédrale de Saint-Dié, Justin, de la Cathédrale de Béziers, Bernard, de Saint-Christophe de Neufchâteau et Camille Martin, de Charmes) dans les ateliers de Moyenmoutier avant le départ de l'orgue pour La Martinique. La bénédiction et l'inauguration de cet instrument le 10 août 1886 avaient été l'occasion d'un discours de l'abbé Edmond Simonet publié trois ans plus tard (imp. Gontier-Kienné, Neufchâteau, 1889). La cérémonie était présidée par Mgr Carméné, évêque de la Martinique et c'est l'abbé Cudennec, vicaire général et curé de la Cathédrale de Saint-Pierre qui célébrait la messe. L'organiste de Fort-de-France, Charles Pornain, était aux claviers et eut l'occasion de réjouir l'assistance en jouant des oeuvres d'Alexandre Guilmant, de Charles-Marie Widor, de Camille Saint-Saëns et de Théodore Salomé.


« Mais, là où il montra un talent remarquable, ce fut à l'offertoire, pendant lequel il fit entendre, avec des variations d'une infinie richesse, le cantique populaire si connu et si chanté à la Martinique : Reine des cieux, jette les yeux sur ce béni sanctuaire, dont l'exécution, habilement interprétée, émut bien des assistants jusqu'aux larmes » (op. cit., p. 2)

Voici la composition de cet orgue Didier :

Grand-orgue (56 notes) : Bourdon 16', montre 8', bourdon 8', flûte harmonique 8', salicional 8', prestant 4', trompette 8', clairon 4'.
Récit expressif (56 notes) : Bourdon 8', cor de chamois 8', gambe 8', voix céleste 8', flûte octaviante 4', basson-hautbois 8', voix humaine 8'.
Pédale (25 marches) : Soubasse 16', octavebasse 8'.
Acc. II/I en 16 et 8, tirasses I et II, appel fonds I, anches I et anches II, trémolo récit.

L'abbé Simonet donnait les précisions suivantes (op. cit., p. 13) :

« Cet instrument est établi à deux claviers disposés en console « récit expressif et grand-orgue », ayant chacun leur sommier à double laye ; il est muni, de plus, d'une pédale indépendante.
Commandé expressément pour résister à l'humidité si pernicieuse du Morne Rouge, où aucun instrument ne peut durer (dans un espace de moins de quinze ans, six harmoniums importants, achetés successivement pour le Morne Rouge, ont été mis en débris après fort peu d'usage, sous l'influence terrible de la grande humidité qui y règne), cet orgue a été exécuté avec les soins les plus minutieux. La soufflerie a tous ses plis rivés intérieurement et extérieurement par des bandes de cuivres ; toutes les pièces de bois employées ont été vernies et sont adhérentes les unes aux autres par un collage spécial, lubrifié ensuite au moyen d'un vernis de résine ; de plus toutes les pièces collées sont vissées par le moyen de vis en cuivre. Tous les ferrements de l'orgue et du buffet sont galvanisés. Le buffet, en chêne massif de choix, est fort gracieux et encadre parfaitement l'instrument : il est l'oeuvre de M. Eugène Vallin, architecte à Nancy. »

L'abbé signalait également à propos de cet orgue une cabale dont aurait été victime et dont se serait sorti avec les honneurs Henri Didier grâce à l'expertise de l'instrument et aux louanges apportées au travail du facteur (op. cit, p. 13) :

« Cette mesure de prudence avait été prise à la suite d'une manoeuvre intéressée mais déloyale ayant eu pour but de déprécier l'oeuvre de M. Henri Didier qui, insinuait-on, n'y aurait employé que des matériaux de mauvais choix et en devait manquer complètement l'harmonie et les timbres. La journée du 17 septembre a été la réponse éloquente de M. Didier et sa plus belle revanche. »

Cela ne fit pourtant pas taire les mauvaises langues et la jalousie se manifesta quelques années plus tard, nécessitant une nouvelle mise au point (op. cit., p. 14) :

« Au moment de mettre sous presse (février 1889), il arrive à la Martinique une lettre des Vosges annonçant qu'une personnalité intéressée, mais peu charitable, y avait fait courir le bruit que cet orgue du Morne-Rouge n'avait pu résister à l'influence du climat, par défaut de construction, et qu'il était devenu hors d'usage, après moins de trois ans de service. C'est alors que les R.R. Pères gardiens du pèlerinage, émus de pareille injustice, ont adressé à M. Henri Didier l'attestation suivante, qui trouve tout naturellement sa place ici :

« Nous, soussignés, Missionnaires desservant le Pèlerinage de Notre-Dame-de-la-Délivrande, Martinique, certifions à qui il appartiendra, que le grand orgue de tribune fourni par M. Henri Didier, facteur d'orgues à Moyenmoutier (Vosges) et reçu avec les plus grands éloges le 10 août 1886 par un jury composé d'hommes les plus compétents […] s'est fort bien conservé et maintenu en excellent état malgré les influences climatiques si désastreuses (humidité intense et chaude) du Morne-Rouge, qui n'ont en rien altéré le perfection irréprochable et douce du mécanisme et que l'harmonie délicieuse de cet instrument, qui rappelle à s'y méprendre l'harmonie des instruments de la maison Cavalier-Coll [sic] de Paris, dont nous avons un spécimen dans le splendide orgue de Fort-de-France, s'est admirablement maintenue sans la moindre altération ?

Les soussignés profitent de la circonstance pour adresser de nouveau leurs plus sincères félicitations au si consciencieux et si sympathique facteur qui se recommande à tous les vrais amis de l'art par l'habileté dont il a fait preuve dans tous les instruments qu'il a construits ou réparés depuis trois ans à la Martinique, aussi bien que par la bonne qualité de ses matériaux et la modicité de ses prix.

Fait double au Morne-Rouge (Martinique), près le sanctuaire de N.-D. de la Délivrande, le 18 février 1889. »

L'église et l'orgue furent détruits par un cyclone en 1891. En 1897, la reconstruction de l'édifice était achevée mais, endommagé par l'éruption de 1902, il dut à nouveau être rebâti entre 1907 et 1912.


Morne-Rouge,

Notre-Dame-de-la-Délivrande
Console

de l'orgue de Notre-Dame-de-la-Délivrande, Morne-Rouge
Morne-Rouge, Notre-Dame-de-la-Délivrande
( photo Sébastien Fohrer ) DR
Console de l'orgue de Notre-Dame-de-la-Délivrande, Morne-Rouge
( photo Sébastien Fohrer ) DR

Par la suite, un autre orgue d'Henri Didier provenant de la Cathédrale de Fort-de-France y a été installé (probablement en 1922, à l'occasion de la pose de l'orgue Mutin à la Cathédrale). Le buffet porte encore des marques de chauffe (stigmates d'un incendie ?). Cet orgue a ensuite été transformé par la Maison Laval-Thivolle avec la pose d'une peinture grise industrielle sur la façade et le remplacement de la soufflerie par un réservoir à charge flottante. La restauration de cet instrument par Sébastien Fohrer en 2010 a nécessité de nombreuses heures de travail. Le facteur en a profité pour repolir la façade et remplacer le placage des claviers. La boîte expressive et certains panneaux ont du être refaits entièrement car le bois de l'instrument avait été détruit à 40 % par les termites. La tribune elle-même était rongée et le plancher a du être reconstruit. Le pédalier moderne installé plusieurs années après les travaux de Laval-Thivolle et adapté avec plus ou moins de bonheur à la console pourtant déjà bien endommagée a été retiré et l'ancien pédalier de Didier retrouvé par Sébastien Fohrer dans le grenier de l'église a repris sa place.

Composition actuelle :

Grand-Orgue (56 notes) : Bourdon 16', montre 8', cor de nuit 8', prestant 4'.
Récit (56 notes) : gambe 8', voix céleste 8', octavin 4', trompette 8'.
Pédale (30 marches) : sans jeu propre.
Tirasses I et II, acc. Récit/GO.

Tous les jeux sont placés dans la boîte expressive à l'exception de la montre 8. Les basses du bourdon 16' sont sur moteurs pneumatiques. Un tirant « sonnette » figure à la console pour le souffleur. La trompette 8', très corrodée, a été déposée dans le clocher par un facteur anonyme. Elle devrait fort heureusement être prochainement remplacée par un jeu similaire.

Orgues disparus

Tous les orgues installés dans les églises de la ville de Saint-Pierre ont été détruits avec les édifices qui les contenaient lors de l'éruption de la Montagne Pelée le 8 mai 1902.

Dans l'ancienne Cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption de Saint-Pierre agrandie en 1855, appelée tout d'abord Notre-Dame-du-Bon-Port puis surnommée par la suite « église du Mouillage », un orgue était présent avant 1852. Cette année-là, en effet, l'organiste Jules Pornain (né en 1821) avait pris contact avec Aristide Cavaillé-Coll en vue de faire construire un instrument d'une trentaine de jeux sur trois claviers (grand-orgue, positif, récit) et pédalier, contenu dans un buffet en chêne avec horloge et monté sur une tribune en harmonie avec l'orgue et qui restait à établir. La fabrique ne donna toutefois pas suite au devis du facteur.

La correspondance de Cavaillé-Coll, en partie conservée à la Bibliothèque nationale, donne quelques détails sur l'instrument projeté (source : BNF, Manufacture de grandes orgues Cavaillé-Coll, Copies de lettres. Identifiant : ark:/12148/btv1b84515578, p. 57v sq.) :

« A M. Jules Pornain, organiste de la paroisse du Fort à Saint-Pierre, Martinique, le 6 novembre 1852.

M., J'ai l'honneur de vous accuser réception de la lettre que vous avez bien voulu m'écrire le 27 septembre expiré pour m'informer du projet de la fabrique de la Cathédrale de votre ville relatif à l'établissement d'un orgue convenable pour son église et de la mission qu'il vous a donnée d'entrer en arrangement avec un habile facteur. […]
Je me suis renfermé autant que possible dans la composition des jeux que vous avez vous-même projetée sauf quelques légères modifications que je crois utiles au bon effet de l'orgue ; ainsi j'ai cru devoir donner un peu plus d'importance au clavier de récit et y transporter le jeu de voix humaine que vous aviez placé au grand-orgue. J'ai cru devoir aussi augmenter le plein-jeu du grand-orgue pour le mettre en rapport avec le jeux de fonds.
J'estime cet instrument composé de 30 jeux à 30 000 fr. […]
Quant à la reprise de l'ancien orgue ou à son emploi dans la construction du nouvel instrument, je ne pense pas que cet arrangement fût avantageux pour la fabrique. Il serait mieux de trouver à placer cet instrument tel qu'il est dans le pays.
[...] »

L'ancien orgue dont on ne connaît pas les caractéristiques a peut-être été transféré dans un autre lieu de culte. En tout cas, il fut remplacé par un orgue construit en quelques mois à Paris en 1859 à la demande de Mgr Martin. C'est un instrument de Cavaillé-Coll (opus 557) qui prit sa place en 1882. Livré le 21 juin, il comportait trois claviers et 29 jeux (12 au grand-orgue, 8 au positif, 5 au récit, 4 au pédalier) et figure dans l'inventaire Mutin-Cavaillé-Coll (op. cit., p. 28) : « Martinique : Saint-Pierre, Cathédrale - Grand Orgue ».

C'est cet instrument que tenait l'abbé Edmond Simonet qui avait fait venir le facteur Henri Didier en Martinique.

Anéantie avec son orgue, la Cathédrale fut rebâtie en 1923-1924 avec un certain nombre de caractéristiques architecturales proches de celles de l'ancien bâtiment. A cette époque, un gros harmonium doté d'une façade néo-gothique en bois fut posé sur la tribune pour accompagner les cérémonies. Cet instrument a été endommagé par les termites et ne fonctionne plus depuis longtemps.

Au Séminaire-collège de Saint-Pierre, il y avait un orgue Cavaillé-Coll (opus 664) de 6 jeux et demi sur un clavier, acheté pour 10 000 francs et livré le 23 juillet 1893 et mentionné dans le catalogue Mutin de 1923 (op. cit., p. 28) : « Martinique : Saint-Pierre, Séminaire Collège - Grand Orgue ».

Le professeur Marion a relevé qu'avant 1875, un orgue était mentionné comme servant à la maîtrise de la Cathédrale de Saint-Pierre. S'agissait-il d'un orgue de choeur ou d'un premier orgue destiné au Séminaire-collège et remplacé par la suite par le petit Cavaillé-Coll ?

Dans l'église Saint-Etienne de Saint-Pierre (dite « église du Centre »), un orgue Didier avait été installé avant 1888.

A Saint-Pierre, toujours, dans l'église du Fort, un orgue avait été posé avant 1888.

L'église de la ville de Saint-Joseph abritait un instrument d'Henri Didier. Peut-être s'agissait-il d'un second orgue posé dans l'église du Morne-Rouge en remplacement de celui qui fut détruit par le cyclone de 1891 et qui aurait été installé à Saint-Joseph peu après l'éruption de 1902. En effet, celle-ci avait occasionné le déplacement de la population du Morne-Rouge et la dispersion du mobilier de son église » (cf. J. RENNARD, La Martinique, historique des paroisses, Des origines à la Séparation, Thonon-les-Bains, 1951, p. 321). Le cyclone qui s'est abattu le 8 août 1903 et qui endommagea l'église de Saint-Joseph a probablement dû avoir raison de lui.

A l'église Saint-Laurent du Lamentin, un orgue de facteur inconnu était, semble-t-il, présent en 1861. En 1873, la présence d'un harmonium est signalée et cet instrument aurait été remplacé en 1888 par un orgue Henri Didier aujourd'hui disparu.

Selon le professeur Marion, un orgue aurait été posé en 1858 dans l'église Saint-Etienne du Marin. Une tribune, aujourd'hui disparue, avait été construite en 1844 pour le recevoir. Actuellement, il n'en reste plus rien.

Un orgue Didier a été posé en 1888 à l'église Notre-Dame de la Consolation en Martinique alors que le Révérend Père Vanhaeck, futur supérieur du Séminaire-Collège de Saint-Pierre, en était le curé. Cet instrument a été béni le 29 août et à cette occasion, Mgr J. Riou, vicaire général de La Martinique, prononça un discours ensuite publié (Rennes, imp. Alph. Le Roy, 1888). Il y évoquait brièvement d'autres instruments de Martinique :

« La Martinique a été nommée à juste raison la perle des Antilles. Nous n'avons rien à envier aux colonies voisines ; j'irai plus loin : nous n'avons rien à envier à la mère patrie. N'avons-nous pas nos orgues du Mouillage, du Fort, du Centre, du Morne-Rouge, du Lamentin, sans oublier ce bijou de l'art moderne qui a fait l'admiration des artistes de la métropole, et qui fait la gloire, non seulement de votre cathédrale de Fort-de-France, mais encore de votre diocèse et de toutes les Antilles ? » (p. 5)

Deux orgues semblent avoir été fabriqués par le facteur Auguste Commaille pour La Martinique, d'après le professeur Marion. Mais où ont-ils été installés ? Ils ont en tout cas vraisemblablement disparu.

Le facteur Henri Didier (1861-1918) a construit une dizaine d'orgues pour La Martinique. Malheureusement, de tous ces instruments, bien peu sont parvenus jusqu'à nous. Les affectations successives de plusieurs d'entre eux sont connues mais à quelles églises les autres étaient-ils destinés ?


Projets non réalisés

L'installation d'un orgue à tuyaux était projetée au début des années 1990 pour l'église Sainte-Thérèse de Fort-de-France inaugurée en 1938. Pierre Giroud, organiste à la cathédrale, a pris contact avec quelques facteurs d'orgue dans ce sens, mais le projet n'a jamais abouti car l'église a subi de lourds dommages à la suite du passage d'un cyclone sur les Antilles, catastrophe naturelle malheureusement trop fréquente dans cette région du globe.

Voici la composition proposée peu avant 1940 par la manufacture Haerpfer pour la construction d'un orgue destiné à l'église Notre-Dame-de-la-Délivrande de Morne-Rouge :

Grand-Orgue (56 notes) : Montre 8', flûte ouverte 8', bourdon 8', prestant 4', doublette 2', mixture III rgs, trompette 8'.
Récit expressif (56 notes au clavier, 68 au sommier) : Quintaton 16', cor de nuit 8', salicional 8', [voix céleste 8' oubliée ?], flûte octaviante 4', nazard 2 2/3', octavin 2', tierce 1 3/5', basson-hautbois 8'.
Pédale (30 marches) : Soubasse 16', violoncelle 8'.
Tir. I et II, Acc. II/I en 16, 8 et 4, combinaisons : Piano, Mezzo-Forte, Forte, Tutti, crescendo.
Console en chêne, couvercle roulant. Transmission pneumatique tubulaire ou électro-pneumatique.

Cette demande de devis n'a finalement pas abouti. Elle suscite toutefois quelques interrogations et peut signifier que l'orgue Didier de huit jeux provenant de la cathédrale de Fort-de-France n'était peut-être pas encore posé à cette époque. Mais il est également possible que la paroisse ait eu le désir d'être dotée d'un instrument plus important pour cette église de pèlerinage.


Les Abymes, Saint-Michel du Raizet
Les Abymes, Saint-Michel du Raizet
( photo Joël Gustave Dit Duflo ) DR

Guadeloupe

Je remercie le facteur Sébastien Fohrer pour les nombreuses informations aimablement communiquées à propos des orgues des Antilles.

I) Eglise Saint-Michel du Raizet, Les Abymes

Dans cette église construite à partir de 1959, un orgue a été installé en 1980 par le facteur Christian Guerrier.

Composition actuelle (source : Jeunesse et orgues, n° 58, 1984) :

Grand-orgue (56 notes) : Flûte 8', montre 4', doublette 2', fourniture II rgs.
Positif (56 notes) : Bourdon 8', flûte à cheminée 4', larigot 1 1/3'.
Pédale (30 marches) : Soubasse 16'.
Acc. II/I, tirasses I et II.

La doublette 2' et la fourniture du grand-orgue sont toutes deux commandées par le même tirant à deux positions. La soubasse de pédale a été ajoutée par Christian Guerrier lui-même et placée par postages sous le podium. L'orgue a été relevé par Sébastien Fohrer en 2010.


II) Eglise Saint-Dominique du Baillif

Dans cette paroisse, après avoir envisagé et rapidement abandonné l'idée de la construction d'un orgue neuf, l'on a finalement porté son choix sur un instrument d'occasion dont seule la partie instrumentale serait réemployée, car le climat aurait trop vite eu raison d'un buffet réalisé pour une hygrométrie occidentale.

Sébastien Fohrer a repris un instrument de Walker (1968), a construit un nouveau buffet en acajou de Guadeloupe et une mécanique de pédale neuve et l'orgue de 22 jeux et près de 1300 tuyaux a pu sonner dans son nouvel élément à la fin de l'année 2006 (remise des clefs le 2 décembre).

La traction des notes est mécanique avec sommiers à coulisses et le tirage de jeux est électro-mécanique.

Composition actuelle :

Grand-orgue (56 notes) : Principal 8', gemshorn 8', prestant 4', flûte 2', sesquialtera II rgs, fourniture IV-V rgs (1 1/3'), trompette 8'.
Récit expressif (56 notes) : Spitzbourdon 8', gambe 8', voix céleste 8', flûte à cheminée 4', principal 2', tierce 1 3/5', larigot 1 1/3', plein-jeu III rgs (1'), cromorne 8'.
Pédale (30 marches) : Soubasse 16', principal 8', choralbasse 4', hintersatz III rgs (2'), fagott 16', trompette 4'.
Acc. II/I, tirasses I et II, tremblant doux II, 3 combinaisons libres.

Saint-Dominique du Baillif
( photo Sébastien Fohrer ) DR
Chapelle Saint-Robert de Baillif : l'orgue
Chapelle Saint-Robert de Baillif : orgue
( photo Sébastien Fohrer ) DR

III) Chapelle Saint-Robert de Baillif


Un orgue de 15 jeux et 750 tuyaux vient d'être construit par la Manufacture d'orgues Fohrer. Il est placé dans un buffet Dalstein-Haerpfer datant de 1895 (opus 114), provenant de la salle de la Fraternité de Mulhouse et revendu en 2004 par l'Eglise réformée. L'orgue lui-même était déjà en partie démonté depuis les années 1970 et ne servait plus.

Voici la composition d'origine de cet orgue à traction pneumatique et à console indépendante :

Clavier manuel (54 notes) : Bourdon 16', principal 8', bourdon 8', salicional 8', flûte octaviante 4', octave 2'.
Pédale (27 marches) : Soubasse 16'.
Deux combinaisons fixes (piano, forte).
La tuyauterie Dalstein a en partie disparu ou a trouvé un nouvel emploi dans d'autres instruments alsaciens.

Pour le nouvel orgue de Saint-Robert, Sébastien Fohrer a reconstruit l'ensemble de la partie instrumentale en adaptant les techniques de facture aux conditions climatiques. Il a ainsi fabriqué de nouveaux sommiers avec des gravures placées à l'avant, de sorte qu'en cas d'emprunt ou de décollement, on peut accéder aisément aux parties endommagées. De plus, afin d'éviter que les barrages ne se fendent à cause de l'humidité, c'est la bakélite qui a été employée La mécanique est en aluminium et en laiton, les vergettes sont en bois du Nord et les rouleaux d'abrégés en cuivre. La remise des clefs a eu lieu au début du mois de décembre 2013.


Chapelle Saint-Robert de Baillif : console de l'orgue
Chapelle Saint-Robert de Baillif : console de l'orgue
( photo Sébastien Fohrer ) DR

Composition actuelle :

Grand-Orgue (56 notes) : Montre 8', salicional 8', prestant 4', doublette 2', fourniture IV-V rgs, basson-hautbois 8'.
Positif 56 notes) : Bourdon 8', flûte à cheminée 4', nazard 2 2/3', flûte à fuseau 2', tierce 1 3/5', sifflet 1', vox humana 8'.

Pédale (30 marches) : Soubasse 16', bourdon 8'.
Acc. Pos/GO, tir. I et II.


Basse-Terre, orgue polyphone de la cathédrale Notre-Dame de Guadeloupe
Basse-Terre, orgue polyphone de la cathédrale Notre-Dame de Guadeloupe
( photo Joël Gustave Dit Duflo )

IV) Cathédrale Notre-Dame de Guadeloupe de Basse-Terre

Dans ce bel édifice de 1736, un petit polyphone Debierre-Gloton avait été posé en 1921. Endommagé par un cyclone, cet instrument est reparti pour la Métropole où il a été réparé puis transféré vers 1940 dans l'église de Taupont (Morbihan).

Aujourd'hui, c'est un polyphone Debierre plus important qui accompagne la liturgie à Notre-Dame de Guadeloupe. Le ventilateur électrique qui remontait aux années 1930 a été remplacé en 2002. Sébastien Fohrer a restauré cet instrument en 2009-2010. Il l'a déplacé de la tribune vers le transept de l'édifice, a renouvelé les peaux usagées des soufflets polyphones et ressoudé les oreilles des tuyaux. Il a également fabriqué un podium qui supporte l'orgue et renferme aussi le ventilateur afin d'en améliorer l'isolation phonique.

Composition actuelle :

Clavier manuel : Bourdon 16' basse et dessus (5 1/3 dans la basse), bourdon 8' basse et dessus, flûte harmonique 8' dessus, violoncelle 8' basse et dessus, voix céleste 8', octave 4' basse et dessus, trompette 8' (siphonnée pour un gain de place).

L'instrument dispose, de plus, d'une combinaison libre par boutons tournants, comme c'est souvent le cas dans les polyphones Debierre, et d'un accouplement à l'octave aiguë actionné par une tirette placée sous le clavier transpositeur.


Basse-Terre,

Notre-Dame-du-Mont-Carmel
Basse-Terre, Notre-Dame-du-Mont-Carmel
( photo Sébastien Fohrer ) DR

V) Eglise Notre-Dame-du-Mont-Carmel de Basse-Terre

En 1949, sous l'impulsion du père Manuel Morales, l'église a été agrandie et transformée. L'orgue a été construit en 1959 (selon un devis de 1954) par le facteur Roethinger dont ce fut l'opus 325. La manufacture Gonzalez avait également postulé ainsi que la Maison Laval-Thivolle qui avait rédigé un devis en 1957.

Composition actuelle (source : Jeunesse et orgues, n° 58, 1984) :

Grand-orgue (56 notes) : Bourdon 16', montre 8', flûte conique 8', prestant 4', doublette 2', cornet V rgs, fourniture VI rgs, trompette 8', clairon 4'.
Récit expressif (56 notes) : Diapason 8', bourdon 8', voix céleste 8', flûte 4', nazard 2 2/3', doublette 2', tierce 1 3/5', cymbale V rgs, cromorne 8'.
Pédale (30 marches) : Soubasse 16', flûte douce 8', flûte 4', bombarde 16', trompette 8'.
Acc. II/I, tirasses I et II, trémolo II, appels anches, mixtures, combinaison libre, tutti, crescendo.

Cet instrument à transmission électrique a été une première fois relevé par Laval-Thivolle dans les années 1980 puis par Christian Guerrier en 1995 et entièrement démonté, restauré et réharmonisé en 2009 par Sébastien Fohrer qui a augmenté la pression (75 mm) car le rendu sonore était trop faible. De plus, des claires-voies ont été ajoutées pour la protection sismique.




Eglise

Saint-Michel de Draguignan au début du XXe siècle : on

aperçoit, au fond du chœur, l'orgue Merklin qui sera

transféré plus tard à Gourbeyre
Eglise Saint-Michel de Draguignan au début du XXe siècle : on aperçoit, au fond du chœur, l'orgue Merklin qui sera transféré plus tard à Gourbeyre
( coll. O. Geoffroy ) DR

VI) Eglise Saint-Charles Borromée de Gourbeyre

Cette église bâtie à la fin des années 1950 possède un orgue Merklin construit en 1886-1887 pour l'église Saint-Michel de Draguignan où il était placé au fond du choeur, derrière le maître-autel qu'il dominait. Ce fut l'un des premiers instruments à traction électro-pneumatique réalisés par cette manufacture et le compositeur Henri Mulet (1878-1967) le joua entre les années 1940 et 1958.

Gourbeyre, orgue Merklin de l’église Saint-Borromée
Gourbeyre, orgue Merklin de l’église Saint-Borromée
( photo Joël Gustave Dit Duflo ) DR


Voici un extrait du procès-verbal de réception de l'instrument inauguré le 14 août 1887 dressé par les experts mandatés par le Conseil de fabrique (cité dans l'article de Pierre-Marie GUERITEY « Introduction à l'étude des transmissions électro-pneumatiques dans l'orgue au XIXè siècle », in : L'orgue, n° 213, 1990 p. 43) :

« Nous soussignés : Messerer, organiste de l'église de Saint-Charles à Marseille, représentant le Conseil de fabrique de l'église paroissiale de Draguignan, d'une part et José Protti, organiste de l'église Saint-Vincent-de-Paul, représentant les facteurs d'orgues MM. Merklin et Cie, d'autre part ; Déclarons, après un examen très détaillé de l'orgue établi dans le choeur de cette église par lesdits facteurs, que cet instrument est entièrement conforme au devis en date du 15 août 1886, accepté par le Conseil de fabrique.
En outre, nous nous faisons un devoir de constater l'excellence du système électro-pneumatique très heureusement appliqué à cet orgue, qui donne aux claviers et aux registres, malgré leur éloignement du corps de l'instrument, une douceur et une précision parfaites.
Nous avons également apprécié très favorablement les boutons électriques qui appellent les registres par groupe, ce qui permet de faciles et nombreuses combinaisons à l'exécutant.
Enfin, nous devons ajouter que le timbre de chacun des jeux de cet orgue est sympathique, d'une harmonie et d'une égalité parfaites, et que, dans leur ensemble, ces jeux quoique peu nombreux produisent une sonorité d'une ampleur et d'une puissance très remarquables.
En conséquence, cet orgue nous paraît faire le plus grand honneur aux facteurs et digne en tous points d'être reçu par le Conseil de fabrique.
Fait à Draguignan, le 14 août 1887.
ont signé : MM. Messerer, José Protti, Laugier, président du Conseil de fabrique. »


En 1979, cette paroisse métropolitaine s'est séparée de son orgue, remplacé par un autre instrument du facteur Laval-Thivolle qui a très certainement effectué le transfert de l'orgue Merklin vers Gourbeyre. En tout cas ce facteur a effectué plusieurs modifications sur celui-ci.

Aujourd'hui, l'instrument compte encore douze jeux Merklin. A l'issue des travaux de Laval-Thivolle, l'ensemble était jouable à partir de deux consoles mais la console du choeur a été détruite par les termites et n'est de ce fait plus opérante. La traction électrique d'origine a été remplacée par du matériel Laukhuff et la soufflerie a également été transformée par Laval-Thivolle.

A titre d'information, voici la composition que l'on pouvait trouver à la console du choeur aujourd'hui disparue (source : Jeunesse et orgues, n° 58, 1984) :

Grand-orgue (56 notes) : Bourdon 16', montre 8', prestant 4', plein jeu IV rgs, trompette 8'.
Récit (56 notes) : Bourdon 8', voix céleste 8', flûte 4', doublette 2', sesquialtera II rgs.
Pédale (30 marches) : sans jeu indépendant.
Acc. II/I, tirasses I et II, tutti.

Composition actuelle :

Console de tribune :

Grand-orgue (56 notes) : Bourdon 16', montre 8', bourdon 8', flûte harmonique 8', viole de gambe 8', prestant 4', flûte octaviante 4', plein jeu IV rgs, trompette 8', clairon 4'.
Récit expressif (56 notes) : Bourdon 8', flûte harmonique 8', gambe 8', voix céleste 8', flûte octaviante 4', quinte 2 2/3', doublette 2', tierce 1 3/5', basson-hautbois 8'.
Pédale (27 marches) : Soubasse 16', octavebasse 8', bourdon 8'.
Acc. II/I, tirasses I et II, appel des jeux, appel anches I, trémolo.

Les jeux de bourdon 8', flûte harmonique 8', viole de gambe 8' et flûte octaviante 4' du Grand-Orgue sont empruntés au récit et les jeux de pédale sont tous les trois également empruntés aux manuels. Le plein-jeu IV rgs du Grand-Orgue (posé sur le toit de l'orgue), le nazard 2 2/3' et la tierce 1 3/5' du récit ont été ajoutés par Laval-Thivolle (ou plus vraisemblablement par la maison Dunand qui est intervenue dans l'instrument en 1967).

Le buffet est en chêne avec des panneaux arrière en sapin. L'instrument lui-même repose sur une semelle de béton afin de l'isoler et de le surélever sur la tribune qui l'accueille. La façade comporte 41 tuyaux d'étain. Il est à signaler que la partie instrumentale et le buffet ont fait l'objet d'une inscription à l'Inventaire des Monuments historiques dans un arrêté datant de novembre 2003. Des travaux de restauration de cet instrument de 940 tuyaux, un des rares instruments symphoniques des Antilles que cette paroisse doit au père Niau, ancien curé, ont été réalisés par la Manufacture nantaise de Nicolas Toussaint. A la suite de ceux-ci, l'orgue a été béni le 1er février 2014 par Mgr Riocreux, bénédiction suivie d'un concert donné par Jean-Michel Lesdel avec des oeuvres de Brahms, Duruflé et Widor.


VII) Eglise Saint-Jean-Baptiste, Le Moule

Cette église du XVIIè siècle renferme actuellement un orgue Mutin-Cavaillé-Coll dont la provenance est inconnue et qui aurait été posé dans les années 1970. Cet instrument aurait remplacé un orgue Roethinger (opus 170) inauguré en avril 1938 et obtenu dans le cadre des travaux d'embellissements commandés par le curé, le père Durand. Un premier instrument du facteur Abbey aurait précédé les deux orgues précités (source : Jean Vatus, Une famille de facteurs d'orgues versaillais : les Abbey, Les Amis de l'orgue de Versailles, 1999, p. 156).



Le Moule, orgue Mutin de l’église Saint-Jean-Baptiste
Le Moule, orgue Mutin de l’église Saint-Jean-Baptiste
Le Moule, orgue Mutin de l’église Saint-Jean-Baptiste
( photos Joël Gustave Dit Duflo )


Lors de son transfert à l'église Saint-Jean-Baptiste, l'orgue Mutin a été transformé et a reçu un nouveau buffet (boîte en contreplaqué et facade de tuyaux en zinc). A l'origine, le récit devait comporter une gambe 8' et une voix céleste 8' mais la composition a été remaniée dans une direction plus néo-classique. Par la suite, l'orgue a souffert du passage de nombreux bricoleurs.

Heureusement, certaines interventions ont été positives. La manufacture Guerrier a effectué un relevage de l'instrument à la suite de l'ouragan de 1992 et a ajouté deux jeux en 2002. Sébastien Fohrer, employé chez Guerrier à cette époque, a participé à ce chantier. Enfin, en 2012, cet orgue qui mériterait une restauration approfondie a été soigneusement nettoyé par Sébastien Fohrer, ce qui a permis sa conservation.

La traction des notes est mécanique sauf pour la pédale pour laquelle la transmission est électro-pneumatique. Les tirants sont alignés au-dessus du deuxième clavier.

Composition actuelle :

Grand-orgue (61 notes) : Montre 8', flûte [harmonique] 8', prestant 4', doublette 2', fourniture III rgs (tuyaux postés avec tubes en plastique), trompette [acoustique] 8' (corps en 4', provenant du récit).
Récit expressif (61 notes) : Cor de nuit 8', flûte octave 4', flageolet 2', sesquialtera II rgs, plein-jeu IV rgs (1 1/3'), basson-hautbois 8' (de Guerrier sur la chape de l'ancienne trompette).
Pédale (30 marches) : Soubasse 16', basse 8', basse 4' (dédoublements), basson 16' (de Guerrier sur sommier électrique indépendant).
Acc. II/I, tirasses I et II.


VIII) Cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul de Pointe-à-Pitre

L'histoire des orgues successifs de la Cathédrale de Pointe-à-Pitre se confond avec celle du lieu qui les abrita et qui connut plusieurs restaurations et aménagements à la suite de différents sinistres. Un premier instrument aurait été posé dès 1830, mais il n'en demeure pas de traces car le tremblement de terre de 1843 l'a intégralement détruit.



Pointe-à-Pitre, orgue actuel de la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul
Pointe-à-Pitre, orgue actuel de la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul
Pointe-à-Pitre, orgue actuel de la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul
( photos Joël Gustave Dit Duflo )

Lui succède un grand orgue de tribune posé par Cavaillé-Coll en octobre 1856. En voici la composition (source : ESCHBACH Jesse, Aristide Cavaillé-Coll, répertoire des compositions connues d'orgues (1838-1898), Verlag Peter Ewers, 2003, p. 630-631) :

Grand-orgue (54 notes) : Bourdon 16', montre 8', bourdon 8', flûte harmonique 8', prestant 4', dulciane 4', quinte 3', doublette 2', trompette 8', clairon 4'.
Récit expressif (42 notes) : Flûte traversière 8', viole de gambe 8', voix céleste 8', flûte octaviante 4', octavin 2', trompette 8', basson-hautbois 8', voix humaine 8'.
Acc. II/I, appels basses/dessus/ensemble anches I, anches II, trémolo II.

Le devis de départ prévoyait un récit de 37 notes seulement et composé de six jeux. En définitive, cinq notes supplémentaires, une voix céleste 8' et une trompette 8' furent ajoutées à ce clavier, ainsi qu'un appel d'anches. C'est l'ouvrier de Cavaillé-Coll Jean-Baptiste Henry qui fut chargé du montage de l'instrument conçu tout spécialement pour résister au climat de Pointe-à-Pitre, avec l'emploi exclusif du chêne (pour le buffet seulement) et de l'acajou et des tuyaux de métal pour les basses de jeux de huit pieds habituellement réalisées en bois.

Il est fait mention de l'orgue Cavaillé-Coll dans l'inventaire Mutin de 1923 (op. cit., p. 28) : « Guadeloupe : Pointe-à-Pitre, paroisse - Grand Orgue ».


Transcription de la correspondance du facteur Aristide Cavaillé-Coll au sujet de la construction de l'orgue de la Cathédrale de Pointe-à-Pitre (au format PDF).

Cet orgue Cavaillé-Coll a été restauré et augmenté une première fois par Henri Didier entre 1885 et 1888.

Très endommagé par le cyclone du 12 septembre 1928, c'est la Manufacture Haerpfer qui est chargée d'en effectuer la reconstruction en 1934, en réutilisant très probablement des éléments antérieurs. Voici la proposition de composition retrouvée dans les archives Haerpfer, registre n° 7 (information aimablement communiquée par Christian Lutz) :

1 - Première console (en tribune) :

Grand-Orgue (56 notes) : Quintaton 16', montre 8', flûte ouverte 8', cor de chamois 8', prestant 4', flûte douce 4', doublette 2', [cornettino II rgs barré sur le devis], fourniture IV-V-VI rgs, trompette 8'.
Positif (56 notes) : Flûte à cheminée 8', quintaton 8', principal 4', flûte à cheminée 4', flageolet 2', tierce 1 3/5', larigot 1 1/3, cornet III-IV rgs, cymbale [semble ajoutée sur le devis], cromorne 8'.
Récit expressif (56 notes au clavier, 68 au sommier) : Bourdon 16', principal d'amour 8', cor de nuit 8', salicional 8', octave 4', flûte traversière 4', nazard 2 2/3', flûte champètre 2', cymbale III rgs, voix humaine 8', chalumeau 4'.
Pédale (32 marches) : Contrebasse 16', soubasse 16', bourdon 16', octavebasse 8', flûte à cheminée 8', choralbasse 4', sifflûte 2', cornet III rgs (5 1/3', 4', 3 1/5'), bombarde 16', trompette 8'.

A cette composition s'ajoutait une flûte douce 8' posée sur un sommier spécial et jouable à partir de chacun des trois claviers.

Acc. III/I, II/I, III/II en 8, III/I en 16 et 4, II et III en 16 et 4, tir. I, II et III, 3 combinaisons libres, 4 combinaisons fixes, crescendo, trémolos, tutti anches.
Transmissions électro-pneumatiques.

2 - Seconde console à un clavier et pédalier placée dans le choeur (devis supplémentaire) :

14 jeux dont 11 du récit et 3 de la pédale :
Clavier manuel expressif (56 notes) : Principal d'amour 8', cor de nuit 8', salicional 8', unda-maris 8', octave 4', flûte traversière 4', nazard 2 2/3', flûte champètre 2', cymbale III rgs, basson-hautbois 8', voix humaine 8'.
Pédale (32 marches) : Soubasse 16', violon 8', choralbasse 4'.
Tirasse, octave grave et aiguë, combinaisons fixes, combinaisons libres, trémolo.

D'après ce devis, l'unda-maris 8' et le basson-hautbois 8' ne seraient jouables qu'à partir de la console du choeur mais la mention de ces jeux sur la console principale a peut-être été oubliée.

Haerpfer signale que 15 jeux seraient neufs, les autres étant probablement récupérés sur l'ancien orgue (et donc encore en partie de Cavaillé-Coll et de Didier ?). Jeux neufs : principal d'amour 8', cor de nuit 8', octave 4', nazard 2 2/3', flûte champêtre 2', cymbale III rgs, tierce 1 3/5', larigot 1 1/3', cornet IV rgs, flûte douce 4', octavin (doublette ?) 2', fourniture IV rgs, choralbasse 4', sifflûte 2', cornet III rgs. »

La bénédiction de l'instrument de 2926 tuyaux a eu lieu le 8 novembre 1934 sous la présidence de Mgr Genoud et de Mgr le Hunsec, supérieur général de la Congrégation du Saint-Esprit pendant les vêpres, à 18 heures. M. Demont était à l'orgue et durant le concert a joué le Choral 34 de J.-S. Bach, le Cortège de Nonnes de Guillou et le Troisième Choral en la de C. Franck. A la sortie c'est la Pièce héroïque de C. Franck qui a été exécutée.

Plus tard, en 1953, c'est Roethinger qui intervient dans l'instrument, les travaux étant inaugurés le dimanche 1er mars par un concert du Père Huré, de Fort-de-France (cf. Max Didon, Histoire religieuse de la Guadeloupe au XXè siècle, 1911-1970, Paris, L'Harmattan, 2014, p. 139) et c'est en 1977-1981 que la Maison Laval-Thivolle installe un nouvel orgue à traction mécanique commandé par le père Gillot et inauguré par Pierre Cochereau. Les éventuels éléments conservés de Cavaillé-Coll et Didier disparaissent au profit d'éléments neufs ou d'occasion relativement récente, tandis que le buffet historique, toutefois privé de ses deux angelots conservés par le père Gillot, prend le bateau pour l'île voisine et est remonté dans le choeur de la cathédrale de Fort-de-France pour contenir le nouvel orgue également construit par Laval-Thivolle. Un nouveau buffet d'esthétique sensiblement différente est alors posé sur la tribune de la cathédrale de Pointe-à-Pitre.

Composition actuelle (source : Jeunesse et orgues, n° 58, 1984) :

Grand-orgue (56 notes) : Bourdon 16', montre 8', bourdon 8', prestant 4', flûte à cheminée 4', quinte 2 2/3', doublette 2', cornet V rgs, fourniture IV rgs, cymbale III rgs, trompette 8', clairon 4'.
Positif (56 notes) : Flûte à cheminée 8', principal 4', flûte 4', nasard 2 2/3', quarte 2', tierce 1 3/5', septième 1 1/7', plein-jeu IV rgs, cromorne 8'.
Récit expressif (56 notes) : Diapason 8', cor de nuit 8', unda maris 8', flûte conique 4', spitzflöte 2', mixture IV rgs, cymbale III rgs, trompette 8', basson-hautbois 8', voix humaine 8'.
Pédale (32 marches) : Principal 16', soubasse 16', flûte 8', principal 4', posaune 16', trompette 8', clairon 4'.
Acc. III/I, III/II, II/I, tirasses I, II et III, trémolo II, trémolo III.
Le facteur Guerrier a effectué quelques réparations sur cet orgue en 2002.

Vieux-Habitants,
église Saint-Joseph
Vieux-Habitants, église Saint-Joseph
( photo Sébastien Fohrer ) DR


IX) Eglise Saint-Joseph de Vieux-Habitants

C'est en 2012 que cette église a vu arriver un orgue de 21 jeux (1680 tuyaux) répartis sur deux claviers et un pédalier qui a été entièrement reconstruit par Sébastien Fohrer et avait connu quelques pérégrinations avant de sonner dans l'église Saint-Joseph. Il provenait d'un village de l'Oise où il avait été construit par un organiste passionné de facture d'orgue à partir de matériaux récupérés dans un instrument de la ville d'Amiens et de sommiers et quelques jeux neufs de Lauhkuff. Le buffet en avait été réalisé en 1995 par un menuisier sur des plans établis par l'organiste-constructeur. Arrivé en Guadeloupe en 2007, il avait été stocké jusqu'en 2010. Il pèse 5,5 tonnes et son buffet mesure 7,60 m de haut. Ont été réalisés ou réaménagés sur place par l'équipe de Sébastien Fohrer : la mécanique de tirage de notes (en bois), le tirage de jeux, la charpente, la console en fenêtre, les claviers, le pédalier, une partie du buffet, les soufflets, les porte-vent, l'harmonisation ainsi que six jeux neufs.

Composition actuelle :

Grand-Orgue (56 notes) : Montre 8', bourdon 8', prestant 4', nazard 2 2/3', doublette 2', tierce 1 3/5', fourniture V-VI rgs, trompette 8'.
Positif de poitrine (56 notes) : Bourdon 8' (en bois), flûte à cheminée 4', quarte de nazard 2', larigot 1 1/3', tierce 1 3/5', fourniture IV rgs, cromorne 8'.
Pédale (30 marches) : Soubasse 16', flûte majeure 8' (ouverte, en bois), prestant 4', principal 2', bombarde 16', cor 4'.
Acc. pos/GO, tirasses I et II, rossignol (baptisé « sikrié », du nom d'un oiseau des Antilles).


Orgues disparus

D'après l'inventaire des réalisations Cavaillé-Coll et Mutin de 1923 (op. cit., p. 28), un orgue Mutin-Cavaillé-Coll semble avoir été posé dans une autre église de Guadeloupe : « Guadeloupe : Notre-Dame - Grand Orgue ». Il n'y a pas de confusion possible avec le Cavaillé-Coll de 1856 de la Cathédrale de Pointe-à-Pitre. Peut-être s'agit-il de l'orgue Mutin actuellement placé dans l'église du Moule et à laquelle on sait qu'il n'était pas destiné à l'origine. Il resterait, dans ce cas, à savoir quelle était son affectation première.

Un orgue de choeur aurait été posé par Merklin vers 1862 dans la Cathédrale de Pointe-à-Pitre (Dictionnaire des facteurs d'instruments de musique en Wallonie et à Bruxelles du 9è siècle à nos jours, op.cit., p. 294). Il n'en subsiste rien.

Il semble qu'il y ait eu un orgue dans l'église de Capesterre-Belle-Eau, mais cet instrument a disparu.

Lors de la tempête tropicale d'août 1958, l'orgue de l'église de Capesterre de Marie-Galante serait tombé de la tribune.

Un orgue Didier a été installé au XIXè siècle dans l'église de la Sainte-Trinité du Lamentin. Mais cet instrument a probablement été détruit par le cyclone de 1928. Il n'en subsiste aucune trace et l'édifice reconstruit par l'architecte Ali Tur à partir de 1931 ne dispose actuellement pas d'un orgue à tuyaux.



Projet non réalisé


Pour l'église Saint-André de Morne-à-l'Eau, reconstruite à partir de 1930 sur les plans de l'architecte Ali Tur à la suite du cyclone dévastateur du 12 septembre 1928, Haerpfer a réalisé un devis d'orgue mais la paroisse n'a pas donné suite à ce projet. A titre indicatif, voici la composition proposée par la manufacture de Moselle :


Grand-Orgue (56 notes) : Montre 8', bourdon 8', flûte de concert (8' ou 4' ?), cornettino III rgs.

Récit expressif (56 notes au clavier, 68 au sommier) : Flûte harmonique 8', salicional 8', voix céleste 8', flûte 4', nazard 2 2/3', trompette 8'.
Pédale (30 marches) : soubasse 16'.
Tir. I et II, Acc. II/I en 16, 8 et 4, combinaisons fixes : Piano, Forte, Tutti.
Sommiers à pistons.

Olivier Geoffroy (juin 2016)

 


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