Prix de Rome 1803-1809

Albert ANDROT - Victor DOURLEN - Ferdinand GASSE - Guillaume BOUTEILLER - Gustave DUGAZON - François FÉTIS - Auguste BLONDEAU - Joseph DAUSSOIGNE-MÉHUL - Jean VIDAL

1803

Albert ANDROT (1781-1804)

Page spécifique: Albert-Auguste Androt, premier et unique lauréat du Prix de Rome de musique en 1803, avec partitions et fichiers audio.


1804

Pas de premier prix.


1805

Victor DOURLEN (1780-1864)

Né le 3 novembre 1780 à Dunkerque, Victor-Charles-Paul DOURLEN se rend se rend en 1799 à Paris pour être admis au Conservatoire dans la classe de piano de Boïledieu, tout juste nommé dans cet établissement après avoir après avoir quitté sa Normandie natale, et dans celle de composition de Gossec. Celui-ci vient à peine de terminer son œuvre de circonstance, Le cri de vengeance, écrite pour célébrer les fêtes révolutionnaires et de publier le premier volume de ses Principes élémentaires de musique arrêtés par les membres du Conservatoire, suivis de solfège par les citoyens Agus, Catel, Cherubini et Gossec. Nommé membre de la nouvelle Académie des Beaux-Arts à l’Institut de France dès sa fondation en 1795, Gossec est bien placé pour présenter au concours de Rome son élève Dourlen. C’est ainsi que celui-ci remporte le Grand Prix en 1805 avec sa cantate Cupidon pleurant Psyché. Déjà répétiteur d’une classe de chant élémentaire au Conservatoire national supérieur de musique de Paris depuis 1800, il est nommé en 1812 professeur d’harmonie. Catel et Berton y ont déjà leur propre classe, et quelques années plus tard en 1830, il partage ses élèves avec Halévy. En 1842 il prend sa retraite et le 8 janvier 1864, aux Batignolles (Paris) il disparaît. Durant ses 30 ans d’enseignement il connaîtra trois directions successives : Bernard Sarrette, François-Louis Perne (en 1816) et enfin Luigi Cherubini (1822 à 1842). C’est ce dernier qui réunit en 1823 à la classe d’harmonie de Dourlen, celle d’accompagnement pratique afin de former de meilleurs élèves qui soient à la fois bons harmonistes et accompagnateurs. La vie dans cet établissement n’était pas à l’époque de tout repos car, si l’on croit ce que dit Berlioz, la direction de Cherubini était un tantinet tracassière ! Parmi les nombreux élèves qui défilèrent dans sa classe, Dourlen forma notamment Ambroise Thomas, Boïeldieu fils, Marmontel et Besozzi.

Dourlen est surtout connu en tant que théoricien et ses traités d’harmonie basés sur les méthodes de Catel ont longtemps servi de référence, notamment son Traité d’harmonie (1838), son Traité d’accompagnement pratique (1834) ainsi que sa Méthode élémentaire pour le piano-forte.

Couverture du Traité d'harmonie de Victor Dourlen (1838)
(Coll. D.H.M.) DR.

Comme compositeur on lui doit plusieurs cantates parmi lesquelles on relève Alcyone (1804) et neuf opéras, dont huit ont été créés au Théâtre Feydeau : Philoclès (1806), Linée ou la Mine de Suède (1808), La Dupe de son art (1809), Cagliostro ou les Illuminés (1810), Plus heureux que sage (1816), Le Frère Philippe (1818), Marini ou le Muet de Venise (1819), La Vente après décès (1821) et Le Petit Souper (1822). Il a également composé un Premier Concerto, un Trio pour piano, violon et basse, un ensemble de Sonates faciles, un Pot-pourri sur les airs de Jean de Paris, des chansons et des romances ainsi que des fantaisies.

Lors de son séjour à la Villa Médicis, effectué entre juillet 1805 et juillet 1810, Victor Dourlen rencontra parmi les autres pensionnaires le peintre Ingres. Celui-ci peignait en 1808 Oedipe explique l'énigme du Sphinx (Musée du Louvre) et la même année réalisa un portrait de Dourlen.

D.H.M.

Ferdinand Gasse en 1806, de la Chapelle de S.M. l'Empereur, de l'Académie Impériale de Musique. Ex-pensionnaire de l'Académie de Rome Arts et Lettres et membre de la Réunion des Arts et de l'Amitié
( eau-forte, A. A. Bourgeois de la Richardière, d'après A. P. Vincent, BNF )
Ferdinand GASSE (1780 - ap. 1840)

" Il n’a de cesse qu’il n’ait enflammé tous ses musiciens : c’est un vrai plaisir que de voir ce jeune homme avec son violon et son archet si efficace. Il marche sur les traces de son ancien professeur, Rode. " Ainsi s’exprimait en mai 1805 le journaliste de l’Allgemeine musikalische Zeitung1, parlant de Gasse en tant que chef pour la direction du répertoire symphonique lors des concerts du Conservatoire de Paris.

Ferdinand Gasse, qui fit une carrière de compositeur et de violoniste, est né en 1780 à Naples2. Il est probable qu’il soit de la même famille que l’architecte Louis-Silvestre Gasse, né à Naples le 8 août 1778, Grand Prix de Rome en 18033. En mai 1798 il intégrait la classe de violon de Pierre Rode au Conservatoire de Paris. Considéré comme le meilleur représentant de l’école française de violon, celui-ci avait été nommé professeur de violon dans cet établissement dès son ouverture en 1795. Ferdinand Gasse suivra également les cours de violon de Rodolphe Kreutzer, autre grand représentant de l’école française de violon, qui faisait même l’admiration de Beethoven : il lui dédiera sa Sonate pour violon et piano (op. 47) appelée plus communément la Sonate à Kreutzer. Il reçut aussi les conseils de Pierre Baillot, auteur, avec Rode et Kreutzer, d’une Méthode de violon (1803), adoptée par le Conservatoire, qui sera à maintes reprises rééditée et traduite dans plusieurs langues. Parallèlement il suit les cours d’harmonie de Catel et ceux de composition de Gossec. En 1804, il se présente au Concours de composition de l’Institut, mais cette année-là l’Institut n’accorde que deux seconds Prix : l’un lui est décerné et le second donné à Victor Dourlen. Bien loin d’être découragé, il se représente l’année suivante et obtient cette fois un deuxième Premier Grand Prix avec sa cantate Cupidon pleurant Psyché, une scène d’Arnault. Du 1er janvier 1807 au 31 janvier 1810, Ferdinand Gasse effectue le traditionnel séjour à la Villa Médicis et envoie à la classe des Beaux-Arts de l’Institut plusieurs morceaux de son crû qu’il compose dans la ville éternelle ; notamment un Te Deum à 2 chœurs et un Christe eleison en fugue à 6 voix, sans accompagnement pour lesquels Méhul fit des éloges. Prolongeant son séjour italien à Naples, il regagne Paris en 1812, après avoir réussi à faire jouer en janvier de cette année son opéra bouffe en deux actes, La finta Zingara. Dans la capitale, il retrouve son poste de violoniste à l’orchestre de l’Opéra, où il avait été embauché dès 1801 mais qu’il avait dû abandonner le temps de son séjour à Rome. Violon solo, il y restera jusque 1834, année où il se retirait avec une pension ; Habeneck était alors 1er chef d’orchestre et parmi les quelque 28 pupitres de premier et second violons, on trouvait nombre de prestigieux artistes : Baillot, Urhan, Tilmant, Tolbèque et Nargeot.

Si Gasse fut un violoniste réputé, il était également un compositeur apprécié par ses contemporains. C’est ainsi qu’on lui doit des pièces pour son instrument (Duos, Sonates...), de la musique religieuse et plusieurs opéras : Le voyage incognito (Opéra-Comique, 1er juillet 1819), L’Idiote (Opéra-Comique, 25 novembre 1820), Une nuit de Gustave Wasa (Opéra-Comique, 29 septembre 1825), L’Ange gardien ou Sœur Marie, comédie mêlée de chants sur des paroles d’Achille d’Artois et Henri Dupin (Théâtre des Variétés, 29 janvier 1831)... Il a également écrit une Méthode de violon et un Cours de musique (1830, Bressler).

On ignore la date de sa mort arrivée après 1840. Sans doute est-il le père de Edme-Hippolyte Gasse, élève de Fétis (contrepoint) et de Berton (composition) au CNSM ? Répétiteur de solfège dans cet établissement, il mourut jeune le 11 janvier 1831. C’est Louis-Désirée Besozzi, futur Grand Prix de Rome (1837) qu’il avait eu quelque temps comme élève, qui lui succéda dans cette classe.

D.H.M.

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1) 15 mai 1805, rapporté in Le Conservatoire de Paris, 1795-1995. Des Menus-Plaisirs à la Cité de la musique, ouvrage collectif sous la direction de Anne Bongrain et Yves Gérard, assistés de Marie-Hélène Coudroy-Saghai, Paris, Buchet-Chastel, 1996, 355 pages. [ Retour ]

2) Fétis dans sa Biographie universelle des musiciens prétend qu'il était né en mars 1788. Sans doute fait-il erreur, car Gasse aurait été bien jeune (10 ans) pour entrer en 1798 dans la classe de violon de Rode ! [ Retour ]

3) Louis-Silvestre Gasse vint jeune à Paris et entra à l'école des Beaux-Arts, où il obtint un grand prix d'architecture en 1799. Grand Prix de Rome en 1803, il fit un séjour à la Villa Médicis jusque 1807. Il retourna ensuite à Naples, où sa famille était installée, et avec la collaboration de son frère Etienne il construisit notamment la Bourse et le Palais du Ministère. Il mourut le 11 novembre 1833. [ Retour ]


1806

Page de couverture de sa cantate Héro et Léandre
(BNF/Gallica)
Guillaume BOUTEILLER ( 1787 - 1860 )

Lauréat du Prix de Rome en 1806, Guillaume Bouteiller, que Fétis prénomme par erreur Pierre-Guillaume, renonçait au séjour à la Villa Médicis et à une carrière musicale pour rentrer dans l’Administration. C’était le premier Grand Prix à ne pas vouloir bénéficier de la possibilité de passer cinq années en Italie comme pensionnaire du gouvernement. Tous les musicologues et autres biographes ignorent encore de nos jours ce qu'il est advenu, tel Joël-Marie Fauquet qui écrit en 1993 qu'après 1817 « on perd sa trace » ou encore l'éditeur Symétrie qui à propos de sa cantate « Héro et Léandre » dans la notice de présentation actuellement en ligne sur son site Internet (mars 2017), va dans le même sens. Mais, nos récentes recherches nous autorisent à en dire bien davantage et nous sommes ainsi en mesure de livrer ici à nos lecteurs des renseignements totalement inédits. Parmi ceux-ci, la découverte de ses actes de naissance et de décès nous permettent de mieux cerner le personnage.

Guillaume-Louis-Marie Bouteiller est né à Paris le 28 octobre 1787 et baptisé le lendemain à l'église Saint-Laurent. Les parrain et marraine, Louis Drouin, armateur à Saint-Marc (Saint-Domingue) puis installé à Nantes, juge en chef au Consulat de Nantes, et son épouse Marie-Françoise Budan, tous deux grands-parents maternels de l'enfant, étaient représentés à la cérémonie par Denis Keaghry, médecin du roi de Pologne et Marie-Louise-Eléonore Bouteiller, tante de l'enfant (1783-1828), peintre, domiciliée 4 rue Bergère. Fils de Guillaume-Jacques (de) Bouteiller (1756-1820), écuyer, négociant nantais installé à Paris, rue Poissonnière puis 6 rue Beauregard, et de Marie-Louise-Thérèse Drouin décédée en 1812, il était issu d'une riche famille de Nantes. Au moment du mariage de ses parents, célébré dans cette ville le 27 juin 1780, la mariée apportait 200.000 livres et le marié 3200.000, sommes considérables pour l'époque : Guillaume Bouteiller, le grand-père (1713-1802), juge-consul des marchands, marié à Eléonore Browne, exerçait en 1749 la charge anoblissante de Secrétaire du Roi, maison et couronne de France, l'autorisant à porter le titre de noblesse d'écuyer. Il passait sous Louis XVI pour être le plus riche négociant de Nantes. Aussi, certains de ses descendants ajoutèrent plus tard la particule « de » avec le titre d'écuyer. Parmi ceux-ci, en dehors de notre Prix de Rome, figurent Charles de Bouteiller (1760-1845), oncle du musicien, qui fut député de la Loire-Inférieure de 1810 à 1815 et ses petits-fils Jehan de Bouteiller (1840-1885) qui sera élu membre de la commune de Paris en 1871, puis l'année suivante président du Conseil municipal de Paris (quartier de Chaillot), et Jacques de Bouteiller (1844-1899), qui deviendra sous-préfet de Brest en 1870, puis Conseiller municipal de Paris de 1886 à 1890. Soulignons enfin, en ce qui concerna la famille Bouteiller, que certains auteurs, notamment René Kerviller dans son Répertoire général de bio-bibliographie bretonne (1893), revendiquent le lauréat du Prix de Rome comme nantais de naissance, l'identifiant à Charles-Guillaume-Marie Bouteiller, né le 27 mars 1788 à Nantes. Or, après vérifications, il s'avère qu'il est fils de Charles Bouteiller (1760-1845), oncle de Guillaume.

Guillaume Bouteiller eut tout d’abord comme maître Angélo Tarchi (1755-1814), un ancien du Conservatoire de Naples qui s’était installé à Paris en 1797 et qui est l’auteur d’une quarantaine d’opéras. Élève également du Conservatoire de Paris, où il avait été admis en septembre 1800 à l'âge de 12 ans, il entrait dès l'année suivante (octobre 1801) dans la classe d'harmonie de Jean-Baptiste Rey. En 1806, il se présentait au Concours du Grand Prix de composition musicale (prix de Rome) et obtenait à l'âge de 18 ans le Premier Grand Prix avec sa cantate Héro et Léandre, écrite sur un texte de Jacques Binsse de Saint-Victor, le poète français, né à Saint-Domingue en 1772 et mort à Paris en 1858. Conformément aux règlements de la classe des Beaux-Arts de l'Institut, le sujet de ce concours comportait : 1°. un contrepoint double à la douzième et à quatre parties, 2°. un contrepoint quadruple à trois parties, 3°. une fugue à trois sujets et à quatre voix, 4°. une cantate composée d'un récitatif obligé, d'un cantabile, d'un récitatif simple, et terminée par un air de mouvement. Sa cantate, donnée à grand orchestre le 4 octobre de la même année lors de la séance publique des Beaux-Arts, remporta un succès non négligeable, au point qu'elle fut à nouveau interprétée le dimanche 8 mars 1807, « à une heure et demie après-midi », dans la salle du Conservatoire impérial de musique lors du quatrième exercice des élèves. En plus de cette oeuvre chantée par la soprano Mlle Himm, le programme comportait 5 autres morceaux : une Symphonie de Haydn, un Concerto de Viotti exécuté par Habeneck, un Trio extrait de la Messe des Morts de Gossec, chanté par Mlle Himm et MM. Nourrit et Albert, l'Ouverture d'Anacréon de Cherubini, et un Quatuor de Paesiello, chanté par Mlles Pelet et Forceville, et MM. Aubry et Boulanger. Editée à Paris, « chez Nadermann, marchand de musique rue de la Loi, à la Clef d'Or, ancien passage du Café de Foi », la cantate de Bouteiller fut exécutée ensuite à deux reprises à Nantes par les artistes du Théâtre du Chapeau-Rouge. Plus récemment, le 9 mai 2008 au Théâtre Molière de Sète, Hervé Niquet, à la tête de l'Orchestre national de Montpellier-Languedoc-Roussillon, a redonné la cantate de Bouteiller (Ana Maria Labin assurant la partie de soprano), en même temps que la Symphonie n° 1 en ré majeur de Gounod et la Symphonie n° 2 de Beethoven.

La Revue du Breton (2e volume, année 1837) rapporte ce que l'on avait dit à l'époque sur l’exécution de son Héro et Léandre :

« […] Le jeune musicien a su répandre dans son ouvrage un style aimable et élégant, un chant large et naturel, et un accent très dramatique ; ses récitatifs sont parfaitement déclamés ; ses airs ont l'expression juste des paroles et de la situation ; il a écrit son orchestre en maître ; ses accompagnements se font remarquer par une légèreté, une grâce, une variété, un brillant et une force convenables au sujet. Mais, c'est principalement dans la distribution des couleurs musicales, leur liaison entre elles, leur opposition, les repos et les masses d'effets, qu'on a pu apprécier le goût éclairé et le talent du compositeur. Si la perfection de l'art consiste dans la beauté des chants et la variété de leurs accents, dans l’attention du compositeur à rendre les intentions du poëte, et à donner, par une musique énergique, une plus grande expression aux paroles, on doit dire, à la louange de M. Bouteiller, que sa scène réunit toutes les qualités essentielles. »

et d'ajouter : « M. Guillaume Bouteiller, comme pour justifier les suffrages qu'il venait d'obtenir, fit exécuter, dans l'église de l'Abbaye-aux-Bois, à Paris, un Stabat à trois voix, dont les chants larges et naturels frappèrent vivement. » Cette oeuvre religieuse, qui, selon ces propos a donc été composée et jouée vers la fin des années 1810, semble être perdue de nos jours.

Mais Guillaume Bouteiller préféra se désister pour le séjour à Rome. Sans doute préférait-il ne pas abandonner ses activités professionnelles dans l'Administration débutées à la même époque que son Prix de Rome. Il était en effet entré au Ministère des Finances, dans l'Administration des contributions indirectes : le 18 juillet 1807 il est tout d'abord nommé expéditionnaire, avant de monter en grade au fil des années : commis d'ordre en 1808, sous-chef en 1810, chef de bureau en 1815, chef de section en 1817 et enfin entreposeur du tabac à Paris à partir de 1831 jusqu'à sa retraite prise le 1er janvier 1838. Durant cette période, de 1816 jusqu'au 30 mars 1832, il était aussi Capitaine attaché à l'Etat-major général de la Garde nationale de Paris. Il continua néanmoins de pratiquer occasionnellement la musique en tant qu’amateur et cela ne l’empêcha pas de composer un opéra-comique, Le Trompeur sans le vouloir, sur un livret de MM. Jean-François Roger et Auguste Creuzé de Lesser, ceux-là même qui avaient écrit en 1811 la pièce intitulée Le Magicien sans magie, mise en musique (opéra-comique en 2 actes) par Nicolas Isouard. Creuzé de Lesser était également l’auteur des paroles de l’opéra-comique en un acte de Boïeldieu, Le Nouveau seigneur du village (1813). Hélas l'ouvrage de Bouteiller, représenté le 26 mai 1817 au Théâtre Feydeau, fut très loin de recueillir un franc succès, bien au contraire. Découragé, il ne semble ne plus avoir produit de compositions importantes.

Tout en exerçant au Ministère des finances, Guillaume Bouteiller, qui résidait alors 12 rue de l'Université à Paris, était nommé en décembre 1834 par le Préfet de Seine-et-Oise maire du village de Montlignon (actuellement située dans le Val-d'Oise),] comportant alors quelque 400 âmes, dans lequel il possédait une grande propriété située rue du Hameau Larive ; fonctions qu'il remplit jusqu'en décembre 1847, date à laquelle le nouveau maire Louis-Just Paquet lui succédait. Lui-même, après les maires Guidée (1826-1931) et Monneau (1831-1834) était l'un des successeurs de l'acteur de théâtre Jean Mauduit-Larive (1747-1826), de la Comédie-Française. Celui-ci avait fait construire dans cette commune à la fin du XVIIIe siècle le « château Larive » dans lequel il recevait déjà des gens de lettres et des artistes, et remplit aussi les fonctions de premier magistrat à partir de 1802. Peu après le décès de Mauduit-Larive, Bouteiller et sa famille s'installèrent dans sa propriété qu'ils occupèrent comme maison de campagne durant une vingtaine d'années, jusque vers le milieu des années 1850, recevant à leur tour des artistes et autres notabilités de l'époque, donnant probablement quelques séances de musique.

Guillaume Bouteiller, qui se fit appeler plus tard le « comte de Bouteiller » avait épousé le 13 septembre 1828 à Paris Sophie Gersin, née en novembre 1792 à Paris. Celle-ci, fille de Jean-Baptiste Gersin et de Armande Mallet, était alors veuve du compositeur italien Angélo Benincori, mort à Paris (Belleville), le 30 décembre 1821 à l'âge de 42 ans, avec lequel elle s'était mariée peu avant, le 4 novembre 1817. Arrivé à Paris en 1803, Benincori s'était fait connaître par la composition d'ouvrages dramatiques (Galatée, ou le nouveau Pygmalion, 1804 – Hésione, 1807 – Les Parents d'un jour 1815 – La Promesse de mariage, 1818 – Les Epoux indiscrets, 1819), mais c'est surtout avec ses Quatuors à cordes publiés à Vienne et à Paris, et ses 3 Trios concertants pour piano forte, violon et violoncelle qu'il obtint le succès, ainsi qu'avec l’achèvement de l'opéra féerie en 5 actes Aladin ou la Lampe merveilleuse que Nicolo, surpris par la mort, n'avait eu le temps d'écrire que les 2 premiers actes (Académie royale de musique, 6 février 1822). Le compositeur Adolphe Adam (1803-1856), l'auteur du trop célèbre Minuit, Chrétiens, dans son livre de souvenirs relate, qu'il avait été placé enfant dans un pensionnat de Belleville, tenu par M. Gersin et précise : « Chez M. Gersin, j'eus pour professeur sa fille, charmante jeune personne qui, plus tard, épousa Benincori, le compositeur, et, devenue veuve, devint la femme de M. de Bouteiller, excellent musicien lui-même et grand amateur de musique. » Du mariage de Sophie Gersin avec Benincori était né un fils, Henri Benincori, le 12 novembre 1818 à Paris (Belleville). Il fut élevé par son beau-père, Guillaume Bouteiller et sa mère, en même temps que leur fille Sophie-Henriette-Louise Bouteiller, née le 16 juin 1829 à Paris. Le fils Benincori, sans doute grâce à son beau-père qui travaillait au Ministère des Finances, entra également dans cette même administration, comme chef de bureau à la Direction générale des tabacs. Il est mort, célibataire, le 7 octobre 1895 à Gérardmer (Vosges). Quant à Sophie, décédée le 13 mars 1901 à Paris, elle avait épousé le 14 juin 1855 Jules de Saux (1824-1879), secrétaire du Comte Walewski, puis ministre plénipotentiaire, premier secrétaire de l'ambassade de France à Londres, et demi-frère de Georges Le Sourd (1834-1877), ministre plénipotentiaire à Tanger. Sophie Bouteiller, sous le nom « Henriette Browne » (patronyme de sa grand-mère paternelle d'origine irlandaise), fut une artiste peintre renommée. Le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse (1867) nous en dit davantage sur cette artiste :

« […] Le père de cette artiste, le comte de Bouteiller, appartenait à une des plus anciennes familles de la noblesse bretonne ; il avait occupé une position élevée dans l'administration des finances mais, dans la haute société parisienne, il brillait surtout par ses connaissances en musique ; à l'âge de dix-neuf ans, il avait remporté le grand prix de composition musicale, à l'Institut. De son mariage avec la veuve du compositeur italien Benincori, auquel la scène française doit Aladin, naquit Mlle Sophie de Bouteiller. Cette jeune personne, que tout semblait devoir attirer vers la musique, se voua cependant au dessin. Après quelques années d'études sous la direction de M. Perin, et plus particulièrement sous celle de M. Chaplin, elle débuta, au Salon de 1853, par un petit tableau de genre la Lecture de la Bible. Deux ans après, elle obtint une médaille de 3e classe, à l'Exposition universelle, pour les ouvrages suivants : un Frère des écoles chrétiennes, l'Ecole des pauvres à Aix en Savoie, les Lapins. La même faveur accueillit les tableaux qu'elle envoya aux Salons de 1857 et de 1859 : la Leçon de catéchisme, la Grand'mère, les Puritaines, appartenant à l'impératrice ; les Soeurs de charité, un Intérieur de pharmacie, des portraits, etc. Ces diverses compositions, pleines de naturel et de sentiment, et d'une exécution, sinon très-solide, du moins très-distinguée, commencèrent la réputation de Mme Henriette Browne. Le succès que la jeune artiste obtint au Salon de 1861 fut des plus complets; elle y exposa un portrait (celui de M. le baron de Sylvestre), largement peint et d'une vigueur toute virile ; une petite scène de genre, la Consolation, un joyau de finesse et de sentiment, a dit M. Paul de Saint-Victor, quelque chose comme une larme changée en perle, la Femme d'Eleusis (appartenant à l'empereur), Grecque moderne, à physionomie séduisante, à l'attitude superbe deux Intérieurs de harem (la Visite et la Joueuse de flûte), tableaux dont on a beaucoup admiré le caractère bien oriental, l'harmonie des groupes, l'exquise élégance des galbes et des attitudes, la fraîcheur et l'éclat du coloris, et qui seraient entièrement dignes d'éloges si la trop grande diffusion de la lumière n'enlevait de la solidité et du corps aux personnages. A la suite de cette exposition, qui lui valut une médaille de 2e classe, Mme Henriette Browne s'essaya dans la gravure à l'eau-forte, et acquit bientôt en ce genre une grande habileté ; elle a gravé avec succès plusieurs ouvrages de M. Bida : la Confession et la Robe de Joseph, sujets pour lesquels elle a obtenu une médaille de 3e classe, au Salon de 1863 ; les Disciples de Jésus allant chercher l'ânon et l'ânesse que le maître leur a désignés (Salon de 1865); la Vocation de saint Matthieu (Salon de 1866). Elle a exposé aussi, en 1864 1865 et 1866, des peintures, principalement des portraits, qui ont été très-remarquées. Le nom dont cette artiste signe ses oeuvres est celui d'une aïeule, fille d'un général irlandais, Browne, qui s'était attaché à la fortune du prétendant, et qui vint se réfugier à Nantes avec sa famille après le désastre de Culloden. Ce nom, d'origine anglaise, n'a pas peu contribué sans doute à la grande popularité dont jouit chez nos voisins le talent de Mme Henriette Browne. »

Signature autographe, 1838
(DR.)

Guillaume Bouteiller, qui en 1838 fut décoré de la Légion d'honneur, mourut le 11 novembre 1860, en son domicile parisien de la rue du Bac. A sa disparition, c'est son ami, le journaliste et critique littéraire Alfred Cuvillier-Fleury (1802-1887), ancien percepteur du duc d'Aumale, Henri d'Orléans, auquel il resta attaché comme secrétaire particulier, membre de l'Académie française (1866), qui en fit l'éloge en ces termes dans le Journal des débats (édition du dimanche 18 novembre 1860) :

« Il y a quelques jours, une foule d'amis conduisait à sa dernière demeure un homme excellent, partout distingué et regretté de tous, le comte de Bouteiller, mort le 11 novembre, à Paris, à l'âge de soixante-douze ans. M. de Bouteiller avait été longtemps mêlé au meilleur monde. Il en avait le goût, l'esprit et les manières. Né avec une immense fortune coloniale que la révolution de Saint-Domingue avait presque entièrement détruite, il avait dû chercher des ressources dans son activité et son intelligence. On l'avait vu figurer avec honneur dans un poste modeste de l'administration des finances, où la juste confiance d'un homme illustre, M. le baron de Barante, alors directeur des contributions indirectes, l'avait appelé et soutenu. Un grand prix de composition musicale, que M. de Bouteiller avait obtenu au concours de l'Institut, vers 1804 (il avait à peine dix-sept ans), avait semblé d'abord le destiner à une autre carrière. Il garda du moins de ce premier succès le renom d'un des amateurs de musique les plus distingués de Paris. On a conservé le souvenir de plusieurs de ses compositions d'église et de salon, où le goût le plus pur s'alliait à une originalité naturelle. On le retrouvait toujours, fidèle au poste que son inépuisable complaisance lui avait marqué dans tous les grands concerts de société dont d'admirables voix étaient l'attrait, dont la bienfaisance était le but. Ajoutons que sur quelques unes de nos scènes lyriques le nom du comte de Bouteiller était honorablement connu, qu'on y appréciait ses judicieuses remarques, qu'on y recherchait son approbation. Des maîtres célébrés réclamaient ses conseils et en tenaient compte. Ainsi s'était écoulée cette vie simple et honorée, sans éclat, mais non sans fruit, vouée à une activité intelligente, embellie par la culture du plus attrayant des beaux-arts. Propriétaire d'une maison de campagne sur ce délicieux coteau de Montlignon qui se souvient de Larive et que Victor Hugo a chanté, M. de Bouteiller fut longtemps maire de son village, mince honneur, noble fonction pour ceux qui goûtent la popularité véritable. L'homme du monde se fit aimer des paysans. Je crois même qu'il leur fit aimer la musique. Il ne les flattait guère et les servait bien. Les pépiniéristes de la vallée d'Eaubonne lui doivent de belles routes et de gros profits. Ils n'oublieront jamais ni le dévouement de leur ancien maire, ni sa sincérité, ni sa bienfaisance. Je n'insisterais pas sur ces qualités de l'homme de bien modeste à qui toute publicité eût répugné pendant sa vie, et qui s'étonnerait de se voir loué aujourd'hui dans un grand journal, si notre vieille amitié pour ce vrai galant homme ne justifiait pas, auprès de tous ceux qui l'ont connu, l'hommage que nous lui rendons. On abuse étrangement des mots au temps où nous sommes. Un galant homme est celui qui non seulement ne sait rien faire qui ne soit strictement honorable, mais qui ne comprend même pas qu'on puisse le faire. M. de Bouteiller était tout simplement un homme d'honneur délicat, un ami bienveillant et loyal, un père aussi éclairé que tendre. Sa fille unique, mariée à un des sous-directeurs du ministère des affaires étrangères, s'est fait un nom déjà célèbre et populaire dans un de ces beaux-arts dont le comte de Bouteiller avait le goût, traditionnel dans sa famille. Par la délicatesse exquise et naturelle de son pinceau par la distinction charmante qui caractérise son talent, cette jeune femme était la digne fille du comte de Bouteiller. Nous ne voulons plus pour lui en ce moment et il n'aurait accepté pour lui-même aucun autre éloge. »

Ce même Cuvillier-Fleury, dans le second volume de son Journal et correspondance intimes, publié par Ernest Bertin (Paris, Plon, 1903) nous apprend que M. et Mme Guillaume de Bouteiller étaient très liés avec la famille de son épouse née Henriette Thouvenel (1820-1892). Celle-ci effectua d'ailleurs quelques séjours dans leur maison de Monlignon, notamment durant l'été 1842. Elle était fille du Colonel Louis Thouvenel (1787-1843), qui s'était distingué durant les guerres de l'Empire et frère de Edouard Thouvenel (1818-1866), futur sénateur et Ministre des Affaires Étrangères. Le peintre et homme de lettres Alexandre Barbier, attaché au secrétariat du duc d'Aumale (fils de Louis-Philippe) et père du poète et dramaturge Jules Barbier, dans un courrier adressé à Cuvillier, alors absent de Paris, nous apprend ainsi que les Thouvenel et de Bouteiller avaient été officiellement invités au feu d’artifice du 1er mai 1840, tiré aux Tuileries en présence du roi Louis-Philippe ; il relate leur arrivée ainsi :

[…] A sept heures et demie j'étais chez vous, en grande tenue, l'habit bien brossé et le chef couvert de mon plus beau bonnet de velours ; à huit heures la compagnie arrivait. Je la reçus à l'antichambre. Le colonel [Louis Thouvenel] ouvrait la marche, donnant le bras à Mme de Bouteiller, puis venait la Charmante |Henriette Thouvenel] avec M. le comte de Bouteiller, gentilhomme portant la tête un peu raide, puis une petite Bouteiller assez peu jolie [Sophie de Bouteiller, alors âgée de 10 ans], un autre petit Bouteiller (je crois), jeune homme au poil brun et à l'oeil fort éveillé [Henri Benincori] ; et enfin, en queue de colonne, le grand fils du colonel [Edouard Thouvenel], faisant antithèse avec la tournure un peu raide de Mlle de Schudy (la gouvernante de Mlle Thouvenel) qui se tenait suspendue à son bras. Je ne saluai pas ; je me prosternai. Jamais mandarin bien appris n'a fait une plus belle révérence devant l'empereur de la Chine. Les premières civilités faites, on procéda à la visite de l'appartement, et là j'eus la satisfaction d'entendre sortir de toutes les bouches votre formule favorite. L'appartement fut proclamé joli à l'unanimité, ce qui m'a confirmé dans l'idée que vous aviez toujours voulu que j'en eusse. La Charmante en parcourait de l'oeil tous les recoins (accessibles bien entendu), elle regardait tout, elle touchait à tout; je la secondais de mon mieux dans son inventaire; je donnais des éclaircissements, je mettais les noms aux portraits ; j'étais transformé en vrai catalogue. Mme de Bouteiller, se rappelant la tristesse et le négligé de ce logis quand l'austère Mme Angelet en était l'hôte, s'émerveillait de ce que vous avez su en faire. [...]

Si notre lauréat du Prix de Rome de composition musicale n'a guère laissé de souvenir dans le monde musical, on lui doit néanmoins, en tant que maire de la commune de Montlignon sous la Monarchie de Juillet, la belle route qui traverse la forêt, mais les Montlignonnais eux-mêmes s'en souviennent-ils ?

Denis Havard de la Montagne
(2001, mise à jour : mars 2017)

Gustave DUGAZON

Voir cet article détaillé sur les Dugazon.


1807

Pas de premier prix.

Fétis par Madou
François-Joseph Fétis
( Lithographie par Jean-Baptiste Madou, Agence générale de musique, 1831 )
Revue Musicale
Revue musicale, publiée par Fétis, 1er numéro de février 1827
François FÉTIS (1784-1871)

Né à Mons (Belgique), le 25 mars 1784, Fétis est plus connu comme musicologue que comme compositeur. Son nom est resté dans la mémoire collective comme l'auteur de l'indispensable Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique (8 volumes), parue en 1837-44 à Bruxelles et en 1860-65 à Paris (Firmin-Didot), suivie de Suppléments et compléments par Pougin (2 vol., Paris, 1878-81). Ce travail remarquable est bien antérieur à celui de Grove, la première publication de son célèbre Dictionary of Music and Musicians (4 vol., Londres) étant datée de 1879-89. Fils d'Antoine-Joseph Fétis, organiste de l'église Sainte-Waudru de Mons, Fétis apprend à jouer très tôt du clavecin et du violon auprès de son père, et l'art vocal lui est enseigné à la collégiale de sa ville natale. Il est admis ensuite, le 31 août 1801, au Conservatoire de Paris, dans les classes d'harmonie de Rey et de piano de Boieldieu. Il obtient en 1807 un deuxième Second Grand Prix de Rome, derrière Joseph Daussoigne-Méhul, avec la cantate Ariane à Naxos pour voix et orchestre, écrite sur un texte de Saint-Victor. Il voyage ensuite jusqu'en 1818 dans le nord de la France, notamment à Douai où il enseigne le chant et l'harmonie à l'Ecole de musique (1813) et tient l'orgue de la Collégiale de cette ville. Nommé professeur de composition au Conservatoire de Paris (1821), puis bibliothécaire (1826), il prend en 1833 la direction du Conservatoire de Bruxelles, tout en étant nommé maître de chapelle du Roi. Il meurt dans cette ville le 26 mars 1871. On doit à Fétis tout un tas d'écrits théoriques (solfèges, méthodes, traités...), d'importants travaux de musicographie, et de nombreuses compositions : une Symphonie pour orgue (1865), des opéras-comiques L'Amant et le mari, Les Soeurs jumelles, Le Manequin de Bergame... , plusieurs pages de musique religieuse dont un Requiem pour le Roi des Belges (1853), des quatuors, des quintettes, des ouvertures... Il convient également de rappeler ici qu'il est le fondateur de la première publication à Paris d'un journal musical, sous le titre de Revue musicale, dont le premier numéro paru en février 1827.

D.H.M. (décembre 2001)
- notice provisoire -

Audio lecteur Windows Media F. Fétis, Kyrie de la Messe VI, extrait des 6 Messes faciles pour l’orgue composées pour les élèves organistes du conservatoire [de Bruxelles] placé sous ma direction (Paris, Lemoine,1840)
Fichier audio par Max Méreaux (DR.)



1808

Auguste BLONDEAU


1809

Joseph Daussoigne-Méhul, photo Ghemar Frères (détail), Photographes du Roi, Bruxelles, © Conservatoire royal de musique de Liège
Seul portrait connu de Joseph Daussoigne-Méhul, vers 1850?
( détail d'une photo Ghemar Frères, Photographes du Roi, Bruxelles, © Conservatoire royal de musique de Liège, avec l'aimable autorisation de son bibliothécaire M. Gilson )
Joseph DAUSSOIGNE-MÉHUL (1790–1875)

Article et photo sur cette page.

Jean VIDAL (1789-1867)

Lorsque le 15 février 1828 à Paris le vicomte Sosthène de la Rochefoucauld, directeur des Beaux-Arts et des Lettres, sur demande du directeur de l’Ecole royale des musique et de déclamation lyrique signe l’arrêté de constitution des Concerts du Conservatoire, Jean Vidal figure parmi les premiers membres fondateurs. Cette institution, qui produisait à l’origine 6 concerts annuels était l’une des meilleures du monde. Habeneck la dirigea en premier, avant de laisser la place en 1849 à Girard. C’est comme violoniste que Vidal en devint sociétaire dès le 8 mars, mais le 6 décembre de la même année il démissionnait de ses fonctions, pour rejoindre le Théâtre Italien !

La Salle Favart où est installé depuis 1825 le Théâtre-Italien, dirigé en 1831 par Jean Vidal. Ce n'est qu'en 1841 qu'il regagnera la Salle Ventadour.

Né le 7 mars 1789 à Soréze, dans le Tarn, là même où Louis XVI avait érigé quelques années auparavant en Ecole royale militaire (1776) l’école installée depuis un siècle dans l’ancienne abbaye bénédictine Notre-Dame de la Sagne, fondée en 754, Jean-Joseph Vidal regagna en 1805 la capitale pour entrer dans la classe de violon de Rodolphe Kreutzer, ancien élève lui-même de Baillot. Premier prix de violon en 1808, il obtenait l’année suivante un second prix de contrepoint et de fugue, ainsi qu’un deuxième Second Grand Prix de Rome pour sa cantate Agar dans le désert. C’est Gossec qui lui avait enseigné la composition.

Violoniste distingué, il intégra en 1816 l’Orchestre de l’Opéra de Paris, assura la direction de celui du Théâtre Italien à partir de 1831 et surtout fut un partenaire habituel des célèbres séances que Baillot organisa entre 1814 et 1840 . On sait que celui-ci donna quelque cent cinquante-quatre auditions publiques de musique d’ensemble, au cours desquelles il jouait principalement des quintettes, quatuors, trios, sérénades, romances et autres concertos de Boccherini, Mozart, Beethoven, Onslow, Viotti et de sa propre composition. Vidal fut l’un de ses partenaires comme l’ont été, à diverses époques, Baudiot, Montbeillard, Guynemer, Urhan, Sauzay, Noblin, Franchomme et Vaslin pour ne citer que les principaux. Egalement chef d’orchestre de l’Athénée musical à partir de 1836 et premier violon de la Chambre du roi Louis-Philippe, Jean Vidal est connu comme un violoniste distingué, mais ne semble avoir laissé aucune composition. Il est le mort le 14 juin 1867.

D.H.M.



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