Un musicien de notre temps : Guy MIAILLE
Compositeur, organiste, pédagogue, éditeur

autobiographie

Guy Miaille en 1983
Légende
( l'auteur en 1983 ) DR

Au début…

Lors de ma naissance, le 9 février 1930, Montpellier est une ville radieuse où la société vit paisiblement. Le destin m’a placé dans une famille dont la richesse principale est de savoir aimer ses enfants. Entré dans l'existence en parfaite indifférence à l'égard de la musique, je grandis insouciant et heureux. Mon père, petit commerçant boucher, et ma mère, couturière, ont été de bons parents qui ont dirigé avec attention notre éducation, celle de mon frère aîné et la mienne, malgré mon caractère quelque peu capricieux.

Je fréquente des écoles de quartier, indifféremment religieuses ou laïques, selon mes lieux de résidence successifs. Sans éclat particulier, mes résultats sont normaux et je sais lire, écrire et compter en temps voulu. Etudier ne me déplaît pas, tout se passe sans grande difficulté. Pendant mes premières années de scolarité, j'ai affaire à des instituteurs de la race des héros, dont l’idéal consiste à exercer leur métier sans prétention aucune mais avec une science pédagogique de bon sens, dans le respect et l'amour de leurs jeunes élèves, cette saine ambiance n'excluant pas la sévère rigueur de l'éducation, acceptée sans hésitation. Grâce à l'habileté et à la vertu de ces enseignants, je peux apprendre sans trop d'efforts car, tout me paraît simple. Je suis sur un grand boulevard tranquille.

 

Coup de foudre musical

Rien ne laisse prévoir qu'un jour la musique puisse attirer mon attention. Chez nous, nous vivons sans histoire. Nos dignes parents nous enseignent les lois de l'honneur et du bien vivre, nous tenant à l'écart de l'oisiveté et de l'ennui. Le dimanche après-midi, nous allons régulièrement au patronage paroissial où nous assistons à l'habituelle séance de cinéma.

En 1938, la projection de La chanson du souvenir me fera éprouver ma première grande émotion musicale. Ce film sur la vie de Frédéric Chopin - bien qu'ayant un scénario très ordinaire - a l’incomparable mérite de faire entendre une œuvre très convaincante de ce compositeur (le Scherzo en si bémol mineur), jouée par le grand pianiste espagnol José Iturbi (1895-1980). Depuis ce jour, sans en être très conscient, je me voue indéfectiblement à la musique.

 

Au collège "Don Bosco" à Montpellier

Agé de 11 ans, pour la première fois, je touche un clavier d'harmonium, dans la chapelle du collège. Très furtivement, pendant le temps des récréations, je m’y rends pour un tête-à-tête avec cet instrument de système américain Reed-organ, (à « air aspirant »), dont les sons doux et beaux me ravissent. J’éprouve un plaisir extraordinaire à m'exercer sur le clavier, à inventer de courtes mélodies, à expérimenter la vertu des intervalles ou bien à conjuguer parfois deux ou trois sons ensemble pour juger de l'effet. La sixte majeure ascendante m’apparaît particulièrement majestueuse. Je rêve merveilleusement en musique.

Dans ce petit collège, j'ai aussi la chance de bénéficier d’excellentes leçons de piano dispensées à titre bénévole par une dame au dévouement sans bornes, Mademoiselle Birot, professeur retraitée du Conservatoire National de Musique de Montpellier. Grâce à elle, ma vocation musicale commence à s’affirmer. La constance de son amitié n'a jamais failli ; en concertation avec mes parents, elle a su dédramatiser la perspective de ma probable carrière musicale, elle a également réussi à convaincre ma famille d'accepter qu'un piano rentre chez nous. Tout se met donc en place.

 

Au Séminaire Saint Roch à Celleneuve, (près de Montpellier)

Très providentielle et déterminante est la rencontre d’Henri Carol (1910-1984), artiste d’exception, modèle de perfection, d’intelligence et d’humanité. Ce fascinant personnage s’impose par une excellence musicale dans tous les domaines, virtuose du clavier en même temps qu'improvisateur merveilleux, maître de chapelle aux réalisations prodigieuses, professeur de musique particulièrement efficace et compositeur notoire, dont l'œuvre - notamment en matière religieuse – marquera la deuxième moitié du XXe siècle.

Pendant un an, ce maître m’apprend beaucoup. Dans les cinq heures hebdomadaires d'exercice musical, le chant choral tient une place de choix. Ce système favorise l'épanouissement de la voix conformément à de rigoureuses exigences techniques. Pour moi, la pratique vocale sera un atout majeur pour approfondir la musique, car elle permet une imprégnation musicale charnelle riche en répercussions sur l’évolution de la personnalité.

Au séminaire St-Roch
1948, Séminaire Saint Roch à Montpellier, classe de philosophie. Debout, au centre, le Père Masset, professeur de philosophie ; à sa droite (chemisette blanche) : Guy Miaille.
( coll. de l'auteur ) DR

Accessoirement, je bénéficie d'avantages non négligeables : possibilité d'utiliser un piano pendant les récréations, retrouvailles avec quelques camarades pour chanter quelques petits chœurs de notre choix ; accès occasionnels à l'orgue de la chapelle, et aussi et surtout, possibilité de consacrer le temps libre de « l'étude », à la lecture muette de nombreuses partitions, une fois les travaux scolaires terminés (et quelquefois, un peu bâclés).

En 1946, quand l'abbé Henri Carol est appelé par la Principauté de Monaco aux fonctions de Maître de Chapelle de la Cathédrale, son élève, l'abbé Joseph Roucairol, prend la suite. Admirablement formé par son prédécesseur, il fait preuve d’un grand savoir-faire en appliquant rigoureusement les mêmes méthodes de travail. A l’occasion de ce changement, je commence à exercer progressivement la fonction d'accompagnateur des chœurs pendant les répétitions, puis pendant les offices. Quatre années durant, je ferai l'apprentissage des techniques de déchiffrage, d'accompagnement et me familiariserai abondamment avec de grands chefs-d'œuvre de J.-S. Bach, G.-F. Haendel, Gabriel Fauré, Louis Vierne, Edmond Dierickx, Henri Nibelle, Arthur Honegger et des dizaines d’autres maîtres fréquentés presque quotidiennement. Aucune école musicale, même parmi les meilleures, n'aurait pu m’offrir cette expérience unique. Une pratique aussi intensive grave dans ma mémoire des éléments culturels indélébiles. Ce précieux héritage, assise de ma passion, avivera ma curiosité.

 

Au Conservatoire de Montpellier

A 18 ans, mes études générales terminées, admis dans la classe d'harmonie du Conservatoire de Montpellier, je suis pris en main par des maîtres modestes à la technique immense et sans faille. Admirables pédagogues et passionnés par leur art, ils ne comptent pas leur peine. Le plus remarquable parmi eux, est un capitaine de l'Armée : Monsieur René Ramondou, chef de musique militaire et, occasionnellement, intérimaire de la classe d'harmonie du Conservatoire pendant le congé de longue maladie du titulaire. Cet exceptionnel pédagogue dirige mes études pendant un an et me conduit sans peine à mon premier prix d'harmonie en 1949. Encouragé par ce succès, j’ai l’ambition de tenter le concours d’entrée au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. Une année de préparation s’impose pendant laquelle j’assume un service de maître d’externat et d’organiste à l’Enclos Saint-François de Montpellier, illustre institution privée et centre artistique réputé, fondé en 1909 par l’abbé Charles Prévost (1870-1947).

 

Au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris

En octobre 1951, je réussis le concours d'entrée à la classe d'harmonie au CNSM de Paris, rue de Madrid. Très rapidement, je trouve en banlieue, une place de maître d'internat et d’organiste à l'école Saint-Charles d'Athis-Mons d’où il m’est commode de me rendre à Paris pour suivre mes cours.

Le programme des études d'harmonie est assez astreignant : trois cours de trois heures par semaine impliquant un important travail personnel à domicile. Ce régime me donne l’espérance de perfectionner rapidement mon savoir, d'autant plus que les maîtres de l'illustre Maison sont pratiquement tous titulaires d'un Grand Prix de Rome. Ayant déjà connu à Montpellier d'excellents musiciens hautement passionnés, j'imagine bien naïvement que ce sera aussi le cas de ces prestigieux enseignants.

La première rencontre avec le professeur d'harmonie, qui doit me prendre en charge, me fait l'effet d'une douche froide. « Ah bon ! Vous venez de Montpellier. Là-bas, la vie est tranquille, on passe le temps à jouer à la pétanque. » Je reste muet, stupéfié et déçu par la trivialité de cet accueil qui me fait craindre pour l'avenir. J’apprends ultérieurement que le directeur du Conservatoire de Montpellier a fait la promesse d'inscrire à la saison des concerts de sa ville une œuvre de mon maître parisien et qu'il s'est ensuite dédit. Il est clair que je vais faire les frais de la discorde.

1952, Conservatoire de Paris, classe d'harmonie de Jacques de la Presle. De gauche à droite : (devant la fenêtre) X..., Jacques Marichal, Marie-José Gaborit, Guy Miaille, le professeur : Jacques de la Presle, X..., Jacques Grimbert, X..., Gilles Boizard, Akio Yashiro, Solange Robin (future Mme Chiapparin), X..., (assis sur le piano) X..., Henri Vachey.
( coll. Guy Miaille. DR. )

Néanmoins, essayant de minimiser la situation, je prends la décision de redorer mon blason et n'y parviens jamais. Pendant les 18 mois de ma scolarité, j'essuie périodiquement des propos décourageants et teintés de mépris. Les explications demandées restent sans réponse ; ni plus ni moins, je suis marginalisé. Toutefois, à cette époque, j'apprends beaucoup, étant très attentif pour observer les copies de mes condisciples se succédant sur le pupitre du piano, m’offrant ainsi l’occasion de lire et mémoriser attentivement d'excellentes trouvailles; d'autant plus que quelques-uns parmi eux sont véritablement talentueux. Une manière de compenser les dérobades de ce fonctionnaire…

Ayant subi vaillamment cette situation déprimante, mais, finalement lassé par des propos de plus en plus blessants et humiliants, je présente ma démission au directeur du Conservatoire. Durant mon séjour dans cette institution, mon activité a été intense, j’ai consacré de longues heures à mes travaux d’écriture ainsi qu'à l’exercice de l'orgue. Ma passion musicale reste intacte, mon désir de composer toujours aussi vif. Pour assurer la continuité de mes études, je m’adresse alors à titre privé aux maîtres André Bloch (1873-1960) et Noël Gallon (1891-1966).

Lettre autographe d'André Bloch
Lettre autographe de Noël Gallon
Lettres autographes signées d'André Bloch et Noël Gallon, novembre 1955
( coll. de l'auteur )

Musique au collège Saint-Charles d'Athis-Mons (Essonne)

Au collège Saint Charles, ma qualité d’organiste me permet de travailler sur un instrument Mutin-Cavaillé-Coll à trois claviers dont je profite largement. Les obligations ne seront pas très contraignantes : des messes à assurer pour les grandes fêtes liturgiques et quelques concerts d’orgue occasionnels pour les élèves et leurs parents. Travailler l'orgue régulièrement et avec plaisir me donne l’espoir de devenir organiste liturgique.

En 1955, j’abandonne le collège Saint-Charles pour satisfaire à mes obligations militaires, pendant vingt-six mois, en raison de la guerre d’Algérie. Je suis envoyé pendant trois mois dans le sud de la France puis, par chance, affecté par la suite en région parisienne, ce qui me permet d’aller ponctuellement au collège Saint-Charles pour retrouver mon orgue et revoir mes amis. Rendu à la vie civile, j’y reste encore quelque temps : de nouvelles déconvenues m’attendront. Le souffle précurseur de Vatican II commence à se manifester, imposant un changement aux effets néfastes, non seulement sur les esprits, mais encore dans les normes liturgiques et musicales.

Un jour, en 1959, convoqué soudainement par le Supérieur du collège Saint-Charles, celui-ci m’informe que, désormais, l'organisation des programmes musicaux sera entre les mains de nouveaux responsables et que, par conséquent, l'orgue ne servira plus que très rarement au cours des offices. Je comprends qu’il est vain de protester en face cette décision sans appel et je reste muet. Il m'explique alors que les élèves, de plus en plus, devront participer à l’animation de la messe en chantant et jouant de la guitare. Cette mesure inattendue et brutale s’avère de bien mauvais augure. Rapidement les faits confirment mon inquiétude. Peu de jours après, cette nouvelle disposition ayant été rendue publique, quelques élèves agités et chahuteurs inconscients, se retrouvent pendant la nuit dans les chambres des claviers de l'orgue où ils organisent une bagarre de tuyaux. Le lendemain, me rendant à la tribune, je constate que l'instrument ne fonctionne plus. Ayant approfondi mes investigations, je n'ai pu que déplorer la ruine complète de l'instrument devenu inutilisable pour longtemps. Ayant été rendre compte de cet état de fait à l’abbé, Supérieur du collège (ex-professeur de philosophie), j'essuie une déception encore plus grande : il se tape sur les cuisses et me déclare en jubilant : « C'est drôlement marrant, p’tit père ». Atterré par ces propos inimaginables et en face de cette situation surréaliste, j'abandonne tout projet de me mettre désormais au service du culte, refusant de courir le risque d'être sous les ordres d’incompétents incultes ou imbéciles. Ce jour là, ma résolution est prise : je serai un organiste sans tribune. L’ambition de devenir compositeur de métier me laissant entrevoir une carrière incertaine et risquée, après mûre réflexion, je prends le parti de devenir enseignant. La page est tournée.

Ecole Saint-Charles à Athis-Mons
Ecole Saint-Charles à Athis-Mons
( coll. de l'auteur ) DR

PEDAGOGUE

Un choix de carrière s’impose car, de toute évidence, le métier de compositeur ne peut en aucune manière « nourrir son homme ». Par ailleurs, je ne suis pas sûr d'écrire des musiques intéressantes, sauf à me livrer à des essais sans grand intérêt, ce que tout le monde peut faire. En revanche, la voix humaine est pour moi l’instrument de musique suprême. Ce pétrissage sonore physiologique me procure un réel plaisir, sans compter la jubilation de l'esprit qu'il entraîne. Ayant depuis bien longtemps expérimenté les bienfaits de la voix chantée, notamment sous la houlette de mes chefs de chœur pendant mes études au Petit séminaire Saint-Roch de Montpellier, j'imagine qu'il est assez facile de faire aimer la musique grâce au chant.

Je décide donc de m'investir dans le métier d'enseignant. Les conservatoires, par trop « formatés », ne m'attirent guère. En revanche la carrière de professeur dans les écoles publiques m’apparaît beaucoup plus intéressante et fructueuse. Le fait de m'adresser à un auditoire vierge de toute sollicitation musicale me permettra une approche plus naturelle et sans préjugé, atout supplémentaire d'efficacité. Un public plus large conférera une ampleur intéressante à mon action.

 

Professeur dans les écoles de la Ville de Paris et du Département de la Seine

Sans attendre, je prends contact avec le corps des « Professeurs de musique de la Ville de Paris et du département de la Seine» (magistralement dirigé pendant près de trente ans par Robert Planel (1908-1994). Après un entretien, Monsieur Raymond Weber, Inspecteur de la Ville de Paris, m’accorde immédiatement un poste d'enseignant, à titre provisoire, dans les Écoles primaires et les Cours complémentaires (cycle d’études de quatre ans après le CM2 avec formation à un métier). En même temps, je prépare le concours d’entrée à cette administration. Deux ans après, en 1960, je suis accepté dans le corps des « Professeurs de musique de la Ville de Paris et du département de la Seine » et me présente aussi à un concours analogue : « Professeur de musique dans les lycées et collèges », également obtenu. À cette époque, je quitte le collège Saint-Charles pour m'installer chez moi. Résidant près de la capitale et ne voulant pas m'en éloigner, je décide d'être professeur de la Ville de Paris.

C’est l'heureux départ de ma vie professionnelle. Les relations avec la hiérarchie seront courtoises et quasi familiales ; les inspecteurs, brillamment diplômés, ont comme souci primordial de soutenir notre action éducative afin de garantir des résultats toujours meilleurs. Notre « mission d'apôtre de la musique » s'étend de l'âge tendre du CP (6 ans) aux grands élèves des classes de troisième des « Cours Complémentaires ». Dans chaque école, outre l’heure de musique dispensée dans chaque classe, une activité chorale est obligatoire. Ce vaste champ d'activité suscite le goût pour cette matière chez nombre d’élèves qui accueillent favorablement l’enseignement, me permettant aussi d'améliorer en permanence mes méthodes.

Grâce à mes élèves, j'apprends beaucoup de mon métier. Ils travaillent avec persévérance, dans une ambiance favorable. Dans mon travail, l'effet de surprise est un atout. Dès mon premier contact avec une classe, après m'être brièvement présenté, j'engage immédiatement l'apprentissage d’un chant : en entonnant moi-même des courtes phrases aussitôt répétées, puis, en juxtaposant les différentes séquences pour, dans un temps relativement bref, obtenir ainsi une connaissance organisée et entière de la pièce travaillée. Il va sans dire que les airs choisis, de dimensions raisonnables, comprennent des mélismes un peu cajoleurs. Ce procédé se révèle extrêmement efficace et les élèves - rapidement entrés en action d'une manière inattendue - ne peuvent que suivre sans se poser de questions. Ils viennent de chanter avec une belle voix la première chanson de leur vie.

L'exercice vocal est une sorte de sport bien accepté. Je peux ainsi faire un apprentissage de la lecture musicale (gamme et rythmes les plus courants), prenant soin de ne pas aller trop loin dans les considérations techniques. Pour être assimilé, mon enseignement doit être exempt de complications. En définitive, cette méthode me permet de former l'oreille et de faire accéder les élèves à des éléments de lecture sans prétentions : jalons pour l'avenir. Quelquefois aussi, ils prennent plaisir à écouter de courtes œuvres spécialement adaptées à leur âge, dotées de clarté et de charme mélodique pouvant susciter questions et commentaires intéressants. Cette stratégie donne de bons résultats en matière de savoir transmis, et elle engendre une passion durable pour la musique.

Pour l'activité chorale, le répertoire est fort différent selon les établissements et l'âge des chanteurs. Chaque année, le « Concours des chorales » est organisé par l'administration. Il n'y a certes pas d'obligation d'y participer mais la stimulation est forte et de nombreux professeurs se surpassent, fiers de pouvoir présenter leurs élèves. Les œuvres exigées sont obligatoirement polyphoniques à deux, trois ou quatre voix selon le cas. Cet engouement pour le chant choral consolide remarquablement l'enseignement dispensé en classe. L'ensemble du corps des « Professeurs de la Ville de Paris » a dirigé une action musicale publique de grande importance, reconnue par les plus hautes instances de l'État et par le monde musical. Je ressens comme un grand honneur d'avoir appartenu à cette institution.

 

Professeur dans les lycées et collèges à Chevilly-Larue (Val-de-Marne)

A partir de 1968, pour des raisons d’ordre administratif, mon activité de professeur s’est trouvée transférée dans le cadre des « lycées et collèges ». Au collège de Chevilly-Larue, je conserve mes principes fondamentaux d'enseignement : choisir soigneusement les répertoires proposés avec un contenu minutieusement adapté à chaque niveau, faire pratiquer physiquement le geste musical, enraciner le savoir par des actions répétitives, perfectionner au mieux le son produit et reconnaître les progrès réalisés.

Au collège, j'ai affaire à des élèves un peu plus âgés à l'intelligence vive et réceptive. Je nourris donc les meilleurs espoirs pour l'avenir. Sur le plan pratique, l’environnement est favorable avec une salle spécifique consacrée à la musique et surtout un piano pour soutenir plus efficacement les chants. Fini, le guide-chant nomade, jusque-là mon sympathique compagnon. Par chance, mon nouveau chef d'établissement accorde de l'intérêt à ma discipline. Seul professeur de musique dans l'établissement, je dispose d’un cycle de quatre années, (de la sixième à la troisième), m’offrant la possibilité d'un suivi, donc, à terme, un résultat meilleur. Dans les différentes classes, de nombreux collégiens sont réceptifs à la musique.

Le chant étant l’élément persuasif de mon enseignement et, mes jeunes élèves ne détestant pas cet exercice, je ne me prive pas de fournir un répertoire riche et varié, soucieux de donner à leur voix du style et du caractère. Je propose régulièrement des vocalises appropriées et au vu des progrès réalisés, dispose rapidement d’un groupe de chanteurs prometteurs. Cette avancée me permet d'être plus ambitieux dans le choix des œuvres : chansons populaires et mélodies assez simples au caractère poétique et musical impressionnant. À la sortie des cours, il n'est pas rare d'entendre répéter joyeusement les airs étudiés en classe. Un des compositeurs favoris est alors le musicien suisse Emile Jaques-Dalcroze (1865-1950), dont les mélodies charmantes et bien charpentées (Mon hameau, L’oiselet) ravissent l'esprit et le cœur des jeunes exécutants.

 

Le miracle de la flûte à bec

Dans mes relations professionnelles, j'ai la chance et l'honneur de rencontrer en 1966, un éminent professeur de musique au lycée de Sceaux : Jacques Burel, fin musicien à la personnalité pleine d’intelligence et de douceur, favorisant la pratique de la flûte à bec, instrument oublié depuis le XVIIIe siècle et remis à l'honneur par, entre autres, Arnold Dolmetsch (1856-1940). Après quelques démonstrations, je suis convaincu de la pertinence de son choix. La flûte à bec soprano, bien joué, donne un son magnifique ; sa technique de jeu, relativement aisée, permet rapidement l'exécution facile de pièces simples et de qualité. Ingénieusement, Jacques Burel a enregistré des petits disques 45 tours, qui soutiennent au clavecin les simples et ravissantes mélodies qu’il fait jouer à ses élèves. Très vite, je décide de m’initier à la pratique de ce merveilleux instrument et, quelque temps après, propose à mes élèves d'acquérir une flûte à bec au coût modeste, permettant un usage généralisé. Rapidement, pour notre plus grand plaisir, nous en jouons.

 

Professeur au collège Paul Eluard de Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne), de 1971 à 1994

Le constat de mon expérience récente m’oblige reconnaître que la flûte à bec est l'arme absolue pédagogique pour qui sait en tirer parti. Dans mon nouveau poste, jouer la carte de la musique instrumentale me permettra une plus large ouverture du répertoire allant du Moyen à la Renaissance. Les doigtés de la flûte à bec similaires à ceux d'autres instruments anciens (à anche double encapuchonnée), je décide d’acheter à titre personnel : tournebouts de toutes tailles, hautbois du Poitou (Rauschpfeife) et de compléter l’instrumentarium en ajoutant des instruments à cordes (cithare, psaltérion) et instruments à percussion (tambourins, tambour, claves etc…). Au bout de deux ans mon arsenal instrumental est devenu opérationnel. Entre-temps, les élèves ont réalisé de beaux progrès.

Quatuor de hautbois du Poitou
Les Escholiers, quatuor de hautbois du Poitou, 1979
( coll. de l'auteur ) DR

Ce départ prometteur m’encourage à compléter la performance de ce jeune ensemble concertant. Parallèlement aux instruments et à la pratique du chant, je lance une petite section chorale entraînée progressivement à des pièces polyphoniques à deux ou trois voix égales et, en poste au lycée, convie aussi quelques aînés pour assurer les parties de basses et ténor. Dès que possible, je consacre à cette activité purement chorale une heure par semaine prise sur mon temps libre. Il est de règle que tous les élèves instrumentistes soient également capables de chanter. Je dispose désormais d’un outil assez complet.

 

Maintenance des nouveaux instruments

A l'instar de la famille des flûtes, nos nouveaux instruments à anches de la Renaissance (copies d’originaux anciens) se groupent par famille, selon la tessiture : sopranino, soprano, alto, ténor, basse etc… et leurs sonorités sont parfaitement complémentaires à celle des flûtes. Quand je prends la décision d'acheter ces instruments, leur utilisation n’est pas répandue et peu de commerçants en assurent la vente. Pour cette raison, l'entretien des anches est compliqué, car ces parties vibrantes fragiles et spécifiques à chaque instrument ne peuvent être remplacées que par le fabricant. Cet obstacle présente deux inconvénients majeurs : immobilisation de l'instrument (de trois à six mois) et, cherté de coût difficile à assumer. Ne voulant pas briser mon rêve de faire entendre ces beaux instruments je tente une solution hardie : fabriquer moi-même les anches nécessaires. Traditionnellement, celles-ci sont taillées dans le roseau et, de ce fait, dotées d'une durée de vie assez brève. Je mis à la disposition de nombreux élèves amateurs, trois familles d’instruments : tournebouts, hautbois du Poitou (Rauschpfeife) et cornamuses, impliquant une fabrication intensive d'anches.

Pour tailler des anches plus robustes, j’expérimente un matériau de base original et, après de nombreux essais, fixé mon choix sur un emballage plastique de fromage blanc (Senoble) ayant une vertu vibratoire convenable ainsi qu’une texture susceptible d'être taillée avec précision. Par la suite, l'expérience a prouvé que ce matériau offrait aussi une forte résistance au temps grâce à son imperméabilité. Après avoir démonté les anches originales et en avoir relevé le dessin, j’ai pu en remodeler. Trente ans après, nos anches de remplacement, garantissant justesse et richesse sonore à nos instruments n’ont rien à envier à leurs prototypes en roseau. Très souvent, à l'issue de concerts ou prestations, des auditeurs ont vanté la qualité de nos instruments à anches. Bien sûr, notre secret de fabrication a toujours été bien gardé.

A la fin de l’année scolaire 1972, un concert est organisé dans le réfectoire du collège. L’année suivante, le Maire, ayant eu connaissance de notre travail, propose de nous prêter la salle polyvalente de Sainte Geneviève des Bois. Plus de cent vingt élèves présentent un concert instrumental et vocal en face d'un auditoire de parents et amis d’environ six cents personnes. Puis, le 24 décembre 1973, le moment de notre première grande prestation publique arrive. Elle est mémorable : en effet, le groupe instrumental des élèves du collège Paul Éluard à Sainte Geneviève des Bois, fait entendre, à l'occasion de la veillée de Noël, la famille des flûtes à bec en l'église Saint-Étienne du Mont à Paris, avec aux grandes orgues, la participation de Marie-Madeleine Duruflé. En 1976, au mois de juin, nous avons proposé notre quatrième concert à la salle municipale, toujours aimablement mise à notre disposition par M. le Maire. Cette fois, le programme est particulièrement consistant.

Programme concert des élèves du C.E.S. Paul Eluard de Sainte-Geneviève-des-Bois
Juin 1976, programme concert des élèves du C.E.S. Paul Eluard de Sainte-Geneviève-des-Bois
( coll. de l'auteur ) DR

Au terme de ma cinquième année d'enseignement à Sainte Geneviève des Bois, je me sens récompensé grâce à l’enthousiasme et à l'application de mes élèves. Tout le monde y retrouve son compte : les élèves et leurs parents, la direction du collège, Monsieur le Maire. L’avenir s’annonce prometteur.

Dès 1976, il sera nécessaire de donner un nom au groupe et, en référence à notre répertoire « médiévisant » et en reconnaissance à notre lieu d’attache, il sera dénommé : « Les Escholiers de Sainte Geneviève », faisant également allusion à la Montagne Sainte-Geneviève de Paris, où jadis, les Escholiers de la Sorbonne participèrent à l’histoire de l’Université. A partir de mai 1979, pour faciliter à bien des égards l’exercice de notre activité, l’association « Les Escholiers de Sainte Geneviève » - régie par la loi de 1901- est créée et déclarée au Journal Officiel.

 

Rayonnement : le Festival de Saintes et ses environs (Charente-Maritime)

De nombreux confrères s'étonnent des résultats obtenus par mes élèves. J'ai en réalité « une botte secrète ». Depuis 1974, pendant le mois de juillet, j’emmène quelques volontaires, au Festival de Musique Ancienne de Saintes, offrant pendant presque deux semaines à tous les amateurs de musique et pour des prix modiques, des concerts ainsi que des stages d'initiation ou de perfectionnement à la musique ancienne. Ce festival est né en juillet 1972 de l’imagination d’un journaliste et visionnaire de génie, Alain Pacquier. Depuis, il n'a cessé d’œuvrer avec passion et ingéniosité pour la cause de la musique. Sa vie est une véritable épopée ; le Festival de Saintes a été un acte initial générant un engouement universel pour la musique ancienne. Il est resté 10 ans à la tête du Festival de Saintes et, par la suite, a créé une maison de disque : K 617, et a publié le Retour des caravelles, qui fait état de son immense réussite musicale et humaine en Amérique latine. Il est toujours directeur du « Centre International des Chemins du Baroque » à Sarrebourg et, pendant huit années consécutives de 1974 à 1982, j’ai eu le privilège de le rencontrer au Festival de Musique Ancienne de Saintes.

Lors de notre premier séjour en 1974, mes élèves sont déjà passionnés par la flûte à bec. La magie incantatoire du stage tient à l'esprit de simplicité animant tous les artistes participant au Festival ; personne n'a la « grosse tête » mais tous ont la passion de leur art. Le modus vivendi imposé par Alain Pacquier sera la clé de la réussite. Toutes les journées sont émaillées de trois ou quatre concerts d'accès libre assurés par des spécialistes incontestés du monde entier. De plus, d'une manière inattendue, tous les groupes professionnels en répétition acceptent des auditeurs. Chaque jour, avec mes élèves, je découvre le monde des instruments anciens. Ils sont très attentifs à tout ce qu’ils voient et entendent. En présence de ces modèles, leurs progrès font des pas de géant ; d'autant plus que ces artistes faisant preuve d'une grande amabilité, acceptent de nous parler de leur métier.

L'état d'esprit est exceptionnel, les notions d'amateurs et de professionnels sont considérablement atténuées. Le fonds d'estime réciproque ne repose pas essentiellement sur des valeurs techniques mais surtout sur la capacité d’aimer authentiquement la musique et nous nous sentons « frères en musique ». De nombreux concerts sont comme des « grand-messes », où la perfection musicale impose une piété d'écoute naturelle. Les succès de la fréquentation sont inattendus et, faute de place, des auditeurs sont assis par terre. Par ailleurs, les rencontres, de caractère amical et bon enfant, sont fréquentes. Occasionnellement, tout le monde se retrouve dans un bar-tabac tout près de l'Abbaye aux Dames, où la sympathique et célèbre tenancière Anita sert différentes boissons plus ou moins apéritives où les discussions musicales vont bon train. Par exemple, Jean-Claude Malgoire, fondateur et chef prestigieux du Florilegium Musicum de Paris et de la Grande Ecurie et la Chambre du Roi, raconte avec humour en ce lieu, comment, la veille, au château de La Roche-Courbon, la barque de ses musiciens évoluant sur la pièce d'eau a été mise en péril pendant l'exécution de « Water music » de G.F. Haendel. Cet univers, exempt d'arrogance et empreint d’amitié, sera unique et inoubliable. Au retour de chaque stage, nous avons le cœur heureux et la tête pleine de musiques. Mes jeunes élèves ont connu une immersion artistique bénéfique : incontestablement, leur habileté à pratiquer les instruments en a été accrue mais et, ils sont devenus des inconditionnels de la musique.

Les bienfaits ne se sont pas arrêtés là. Alain Pacquier ayant remarqué notre groupe intéressé en permanence aux activités du festival, est venu assister à quelques-unes de nos séances quotidiennes de travail. Sans tarder, convaincu par le talent de la « MarMiaille » (appellation amicale de notre groupe), il nous propose donc d'aller jouer dans des villages aux alentours de Saintes, dans le cadre d'une action décentralisée : « Musique en Pays Roman ». Cette sympathique et amicale marque de confiance aura un effet vivifiant très fort. Selon le cas, chaque séjour nous mettra dans l'obligation d'assurer de cinq à huit concerts.

 

Le Château de Nieul-lès-Saintes

Dans le sillage de cette nouvelle activité, notre ensemble est sollicité par les associations locales. Une prestation mémorable est celle du Château de Nieul-les-Saintes où, dans un cadre merveilleusement évocateur, il s’est produit pour la première fois en 1984. C’est l'occasion d'une rencontre privilégiée avec les propriétaires : M. et Mme Claude Morain, instigateurs de spectacles de théâtre en leur château. Ces spectacles, inoubliables dans la région, sont très recherchés tant pour leur perfection, que pour leur originalité. Par la suite, nous avons gardé des relations très amicales avec M. et Mme Morain dont la gentillesse, la distinction et la culture appellent naturellement l'amitié et forcent l’admiration. À partir des années 1993 ils acceptent aimablement d'héberger le groupe pour des stages et des concerts pendant l'été. Nos souvenirs restent marqués par la qualité d’un accueil exceptionnel et raffiné.

Les "Escholiers de Sainte Geneviève" au château de Nieul-les-Saintes, juillet 1976.
( coll. de l'auteur ) DR

Les voyages en Pologne

La rencontre avec Henryk Boskar, chef de chœur polonais

En 1977, les médias ont découvert l’existence de notre groupe qui a été invité par « France-Musique » à offrir un concert vocal et instrumental le 20 octobre. Le programme comporte alors : huit Rondeaux d’Adam de la Halle, cinq balletti de G.G. Gastoldi, six danses de Pierre Attaingnant. Les œuvres proposées et la jeunesse des exécutants sont une surprise pour le public. Sitôt après le concert, un chef de chœur polonais, Henryk Boskar m’interpelle, après m'avoir adressé de courtoises félicitations, il me propose de nous recevoir très officiellement en Pologne et d'accepter de concourir au Grand Prix International de Musique de la ville de Bydgoszcz. Je donne mon accord de principe. Toutefois les choses ne sont pas si simples car le concours est prévu pour le 14 février 1978, c'est-à-dire en période d'activité scolaire. Sitôt revenu au collège, je sollicite une dérogation spéciale d'absence pour mes élèves, présumée acceptée, sous condition d'une autorisation écrite émanant de l'administration de tutelle. Notre séjour en Pologne est prévu du 10 février au 19 février 1978. La belle perspective de ce voyage musical enchante tout le monde, y compris les instances dirigeantes de mon collège qui se trouvent en quelque sorte flattées. En fait, la veille du départ, l'autorisation attendue n'est pas au rendez-vous. Après en avoir référé au Principal, je prends sur moi, mais avec son accord, de partir quand même. Soulagement… l'accord officiel arrivera le 13 février. La fortune sourit aux audacieux.

Un voyage international est une grande première pour les Escholiers de Sainte Geneviève qui auront le souci de représenter dignement la France et de démontrer que la musique est un langage universel et unificateur. Cet aspect de notre mission est d'autant plus nécessaire que nous nous rendons dans un pays de l’Europe de l'Est. Ce changement d'univers sera particulièrement sensible au moment des contrôles lors du franchissement des frontières. Néanmoins, si le confort de la réception laisse un peu à désirer, nous sommes accueillis très cordialement. Comme prévu, nous participons au concours. Nous y obtenons un Premier Grand Prix qui nous fait plaisir, sans pour autant nous donner des illusions de grandeur ; l'intérêt de cette rencontre étant l'observation des groupes concurrents tous issus des pays de l'Est. Là encore, nous avons appris beaucoup.

Concours international de musique de Bydgoszcz, un groupe de musique bulgare jouant de la gadoulka
Février 1978, Concours international de musique de Bydgoszcz, un groupe de musique bulgare jouant de la gadoulka
( coll. de l'auteur ) DR

A priori, nos concurrents jouaient de mémoire. Nous avons tout de suite remarqué un groupe dont les prestations sont éblouissantes tant par la qualité du son que par la virtuosité d'exécution. Le rendu est excellent et les musiques sont belles et vivantes. Par chance, le chef de ce groupe musical bulgare parle français et nous apprend que ses instrumentistes jouent des danses folkloriques aux rythmes pittoresques et surprenants et que leur manière de jouer leurs instruments à cordes frottées, la gadoulka (dont le son très riche s'explique par la présence de cordes sympathiques), est le résultat d’une éducation précoce fondée sur la tradition orale et d'une technique essentiellement pratique et répétitive. Nous sommes tous très admiratifs du résultat ainsi que de la pertinence de la méthode. Bien que très éloignées de notre système pédagogique occidental, force est de reconnaître qu’une interprétation de qualité n'est pas une question d'argent, mais bien une affaire de cœur et d'intelligence. Plus que jamais, je me rends compte que le langage universel la musique recèle dans son génie de merveilleuses diversités. La veille de notre retour en France, notre dernier concert est prévu à Varsovie.

Mes jeunes artistes se plaisent à jouer et sont fréquemment sollicités pour se produire. Dans les années suivantes, les Escholiers sont retournés deux fois en Pologne sur invitation et à titre d’échange. En 1979, lors d'une rencontre pédagogique avec des enseignants, ils ont eu l’occasion de donner cinq concerts. Nos hôtes nous ont même offert très aimablement des places à l'Opéra de Varsovie pour assister à l'Enlèvement au sérail de W.-A. Mozart. Avant notre retour, nous avons tous fait des achats dans la capitale où nous nous sommes rendu compte que le change monétaire était extrêmement favorable.

Profitant de cette situation et bien que n’étant pas très riches, nous avons consacré notre argent courant à l'achat de partitions (introuvables chez nous) qui ont alourdi considérablement nos valises. En 1983, les Escholiers de Sainte Geneviève effectuent un troisième et dernier voyage dans ce beau pays.

 

La fin d’une belle aventure

En 1994, quand vient pour moi le moment de me retirer officiellement, les « Escholiers de Sainte-Geneviève » ont vingt ans d'existence, néanmoins, n’ayant pas l’intention de mettre un terme à l’activité de la formation, je fais essaimer le groupe en d’autres lieux. Ma nouvelle situation m’offre un large champ de temps libre, mais me prive des élèves du collège ou du lycée pour assurer un recrutement suffisant. Toutefois, une vingtaine de musiciens amateurs -ayant le désir de continuer l'aventure de chanter et de jouer- je ne pouvais que les suivre. J’ai donc fait appel aux parents et amis pour consolider le groupe. Ayant alors quitté la banlieue pour m'installer en Beauce, j’ai invité quelques villageois à se joindre à nous. Cette réunion de jeunes gens et d'adultes s’est avérée une réussite parfaite. Mes anciens élèves familiers du chant choral ont entraîné vigoureusement les néophytes, en grande partie ignorants de la musique. Ce sympathique mélange de générations fait merveille. J'ai des choristes d'un nouveau genre ayant la faculté d'apprendre assez rapide. L'activité des Escholiers a définitivement cessé en 2006 après trente deux ans de rayonnement.

Une si attachante histoire n’aurait pu se réaliser sans les efforts constants et amicaux de plusieurs générations d’élèves avec lesquels j’ai partagé tant d’émotions musicales. Quel plaisir de rencontrer des parents heureux et fiers de voir le goût artistique de leurs enfants révélé par mon enseignement… Quelques-uns - parmi ces compagnons d’aventure - sont même devenus professeurs de musique.

Mon travail ne relève pas de l'exceptionnel et beaucoup d’enseignants pourraient connaître de belles réussites à condition de miser sur leur propre talent et celui de leurs élèves. Mon métier a été un grand bonheur. S'il m’était donné de recommencer, je choisirais la même voie

Pour ce qui est de la discographie, trois CD jalonnent notre histoire :

1. Adam de la Halle, Bernardo Storace, Giovanni Gabrieli, avec Jean Boyer à l’orgue

2. Musiques anciennes pour demain

3. Trésors oubliés de la musique sacrée

Ainsi, "Les  Escholiers de Sainte-Geneviève", au cours de leurs 32 années d'existence, ont donné plus de 350 concerts, avec un répertoire de presque 1000 titres, la découverte d’une centaine de prestigieux monuments et un foisonnement d'instants de bonheur.

Les Escholiers de Sainte-Geneviève au château de Nieul-les-Saintes, juillet 1993
Les Escholiers de Sainte-Geneviève au château de Nieul-les-Saintes, juillet 1993
"Les Escholiers de Sainte-Geneviève" au château de Nieul-les-Saintes, juillet 1993
( coll. de l'auteur )

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COMPOSITEUR

Enseignant et compositeur : une heureuse complémentarité.

Le temps des études terminé, j'ai le sentiment qu'une étape importante arrive à son terme, mais aussi, que tout reste à faire. Il faut réussir son métier… sa vie. La vocation de compositeur est une nécessité mystérieuse et instinctive s'imposant impérieusement et quelquefois d'une manière inattendue. C'est un bonheur très particulier que de noter une idée musicale qui surgit et est intéressante, elle peut être pleine de promesses et l'esprit prend plaisir à s'activer ; toutefois, le temps de la réflexion est long et absorbant. Evidemment, l'activité de compositeur ne nourrit pas son homme - particulièrement dans le cas de la musique classique - il est donc indispensable de choisir un métier rémunérateur afin de pourvoir décemment à son existence. Pour un enseignant de la musique, être compositeur et habile instrumentiste représente un grand avantage. La richesse des savoir acquis conforte considérablement l'efficacité pédagogique. Il n'y a qu'à se souvenir de l'exemple suprême de Jean-Sébastien Bach, Cantor à Leipzig, qui composait ses cantates, les apprenait à ses élèves et les accompagnait à l'orgue tout en dirigeant l'orchestre. Dans la ligne du simple bon sens, un chef de chœur sait bien écrire pour un chœur, un bon instrumentiste pour son instrument. Le professeur-compositeur exerce donc deux métiers, l'un lui procure des revenus vitaux, l'autre le plaisir de créer. J'allais pouvoir joindre l'utile à l'agréable.

 

La composition musicale, art doctrinal ?

Après avoir étudié l'art des subtiles combinaisons sonores, un savoir-faire de routine est acquis et donne l'illusion de détenir la vérité infaillible en matière de savoir dire. Cette dangereuse certitude se trouve grandement confortée par l'intransigeance de beaucoup de Maîtres dont la pédagogie fondamentale se résume en trois impératifs : «  écoute, tais-toi, fais comme moi et tu seras sauvé ». En vérité, en France, l'entrée au Conservatoire ressemble beaucoup à une entrée en religion, les élèves commettent des péchés véniels, mortels et même dans les cas les plus graves, peuvent être frappés d’excommunication. L'Institution n’admet pas la trop grande nouveauté, si belle soit-elle. De nombreux musiciens ont présent à la mémoire la célèbre polémique que suscita Maurice Ravel auquel, entre 1900 et 1904, la suprême récompense du premier Grand prix de Rome sera obstinément refusée. Cette décision contestée contraria vivement Gabriel Fauré, alors qu'elle était parfaitement bienvenue pour Théodore Dubois, directeur du Conservatoire de Paris, en poste, qui n'hésita pas à déclarer que Maurice Ravel n’était qu'un « dangereux révolutionnaire ». Heureusement, l'histoire a rendu son verdict en réhabilitant ce grand maître ; de même qu’elle nous apprend l'échec généralisé de l'accession à la gloire des lauréats du premier Grand prix de Rome de musique ; sauf de rares cas - Berlioz, Debussy - aucun ne figure au Panthéon des très illustres. Ces réflexions me troublent beaucoup, j'avais peur de devenir un musicastre.

 

Difficulté de savoir à quel saint se vouer 

Dans l'incertitude, je choisis de faire pour le mieux. Davantage par plaisir que par obligation, je compose à l'envi des harmonisations vocales pour mes chorales ainsi que des pièces d'orgue pour alimenter le répertoire des offices. Sans avoir la prétention d'écrire des musiques impérissables, j'ai toujours porté beaucoup d'attention à la qualité de mon travail et bien que mes compositions aient été favorablement reçues, l’entière satisfaction n’est pas au rendez-vous. J'ai besoin de faire différemment, sans oser sauter le pas pour accéder à une liberté espérée, mais qui malmène quelque peu la scolastique. L’enfermement entretenu par l'arrogance des mandarins officiels est - sans aucun doute pour beaucoup - à l'origine de mes hésitations et de la débâcle esthétique de l'art. Fatiguées d'être des clones, les jeunes générations ont misé sur le n'importe quoi pour fuir l'insupportable. Je me rends compte combien il est difficile et long de structurer un langage personnel qui, sans être brutalement révolutionnaire, soit susceptible de prolonger harmonieusement les belles avancées offertes par nos grands prédécesseurs. Il est bien plus facile de créer un système mathématisé - comme le dodécaphonisme - dans lequel le calcul vient au secours des pannes d'inspiration. À partir de là, de folles impertinences musicales se sont multipliées en usurpant l'appellation de « musique contemporaine » alors qu'elles ne sont en vérité que bruitages plus ou moins supportables. Il est risible de prétendre convaincre l’homo ordinarius - c'est-à-dire l'homme de bon sens - que les élucubrations d’un John Cage ou d’un Pierre Henry puissent correspondre au vocable de musique au même titre qu’un Concerto Brandebourgeois de Jean-Sébastien Bach ou que le Requiem de Gabriel Fauré. Dans cette perversion, la sémantique est violée et le trivial exalté.

 

Comment entrer dans le secret des dieux ?

Depuis le début, mon désir de composer est fort. Dès le collège, ma résolution est prise de lire avec attention tous les écrits de valeur qui pourraient me tomber sous la main. Dans l’éventualité de mon entrée dans un conservatoire, cette utile préparation me donnerait de l’avance. Bien naïvement, j'ai aussi le secret espoir de découvrir un tour de main miracle au succès garanti. Comme évoqué plus haut, au séminaire Saint-Roch, les élèves avaient souvent de longues « études » au cours desquelles ils devaient rédiger exercices et devoirs scolaires. Une fois rempli le travail d'écolier, avec tout le sérieux possible, il était permis de lire librement. À cette occasion, j'avais pris pour habitude d'étudier de nombreuses partitions de musique empruntées soit à la bibliothèque de la chorale (qui était extrêmement riche), soit au fonds d'éditions musicales d'amis ou professeurs. Dans mon pupitre, j'avais toujours une petite réserve que je sortais le moment venu. Le surveillant d’étude s'était toujours montré intrigué par cette pratique. Dans sa lente déambulation, il observa attentivement ce à quoi j’employais ce moment de liberté. Un jour, alors que je lisais un document musical d'un format plus imposant que d'habitude, il s'arrêta près de moi et, après deux minutes de silence, me demanda :

« Miaille, que faites-vous ? » :
- « Je lis, Monsieur »,
- « La musique ça se lit ? » :
« Oui Monsieur, et sans déranger personne ».

Provisoirement satisfait mais perplexe, il reprit placidement sa marche de surveillance.

Durant ces moments privilégiés consacrés à l'étude minutieuse de la pensée des grands maîtres, j'apprends à connaître de nombreuses manières spécifiques d'écrire ainsi que différents tours de main et formulations pleins de finesse et d'ingéniosité. Mon plaisir est d'autant plus grand que je peux entendre mentalement les sons que mes yeux voient. Cette précieuse faculté n'est pas due à un don spécial que je possède, mais au chant choral pratiqué intensivement ; tous les premiers déchiffrages font l'objet d’un exercice polyphonique solfié. Grâce à cet entraînement intensif, entendre la note vue sur le papier devient routine. J'éprouve très souvent des grands moments d'émotion. Je me souviens notamment d’avoir découvert de très nombreuses merveilles à la lecture du Roi David d'Arthur Honegger ; des mélodies enchanteresses et puissamment évocatrices : le Cantique du berger David, les Lamentations de Guilboa etc… et ce chef-d'œuvre d'expression musicale, le Cantique des Prophètes sur ces paroles : « L’homme né de la femme a peu de jours à vivre », où une polyphonie à deux voix d'une simplicité exemplaire nous met en face du destin de l'humanité, bien mieux qu'une grandiose symphonie. Presque chaque jour, j'apprends ainsi à connaître et aimer toujours plus nos grands aînés qui nous ont offert si généreusement le meilleur d'eux-mêmes. Souvent, une fois couché, et avant de m'endormir, je repense encore à la perfection de ces musiques. Évidemment, mes compositeurs favoris sont très variés : G.P. da Palestrina, Domenico Scarlatti, Isaac Albeniz, Louis Vierne, Déodat de Séverac, Jean Langlais, Bela Bartok, entre autres. Je me rappelle avoir été particulièrement intéressé pendant plusieurs mois par la lecture et la relecture des 48 préludes et fugues du Clavier bien tempéré de Jean-Sébastien Bach. Cette manière de scruter les secrets musicaux représente une source d’intense plaisir, je ne m'en lasse jamais. Plus tard, quand je serai au Conservatoire, ces connaissances me permettront de prendre du recul afin de mieux comprendre l’enseignement que je recevrai.

 

Genèse de quelques compositions

Ma première harmonisation Youkaïdi-Youkaïda

En classe de seconde, au séminaire Saint-Roch, ma première composition est une harmonisation à quatre voix mixtes sur la chanson scoute, Youkaïdi-Youkaïda, au caractère un peu pompier mais qui me plaît bien. Cette œuvrette me rend fier. Nous la chantons quelquefois avec des camarades qui ont la gentillesse de se prêter au jeu. Je suis content de mon travail, ayant porté beaucoup d'attention au polissage des parties intermédiaires et surtout à la partie d’alto qui est traditionnellement une voix de remplissage ; un peu avant la fin, j'ai imaginé une harmonie me paraissant pittoresque et bienvenue. Je pense avec satisfaction que mon maître de chœur aurait approuvé mon choix. Hélas ! Je n'ai jamais eu l'aplomb de lui présenter cette page.

 

Messe chorale pour quatre voix mixtes, assemblée et orgue

À l'école Saint-Charles d'Athis-Mons, l'autorité religieuse - désirant donner de l'éclat à la cérémonie de la communion solennelle où parents et élèves sont réunis - me demande de faire participer les fidèles à la prière collective associant l'assemblée à la chorale. Cette suggestion me semble intéressante mais assez acrobatique a réaliser. Je décide donc de composer une messe à quatre voix mixtes, chantée par la chorale à laquelle pourra se joindre le chœur de l’assistance à l'unisson. Je réfléchis à des motifs courts, mélodieux, très facilement mémorisable. Le jour venu, tout se passe comme prévu. Dix minutes avant le début de l'Office, un directeur de chant prépare l'ensemble des quelques quatre cents parents qui ont pris place dans la nef : dans le déroulement de la cérémonie, le chœur les entraîne à répéter en écho les motifs qu'ils viennent d'entendre et qui sont simultanément soutenus par la polyphonie. Le résultat s’avère relativement grandiose, l'orgue soutenant le double chœur : assemblée - chorale. Toutefois, loin d'être une grand-messe, cette composition est une messe « très brève » en raison des textes répétitifs qui s'imposent pour pouvoir mettre en route rapidement la bonne participation de l'assemblée. Je compose donc seulement : KyrieSanctus et BenedictusAgnus Dei. Il ne m'est pas possible de faire intervenir les fidèles dans le cadre des autres textes liturgiques, Gloria et Credo. Le caractère convivial de la prière a été grandement rehaussé par la musique, selon les vœux des commanditaires. Cette composition datée de 1958 est intitulée : Messe chorale pour quatre voix mixtes, assemblée et orgue.

 

Les recueils pour flûte à bec Entrelacs, Bruits de flûtes, Trois pièces de concert

Au collège Paul Éluard de Sainte-Geneviève des Bois, de nombreuses occasions de composer dans un esprit pragmatique se présentent car – ayant choisi la flûte à bec comme outil pédagogique – je cherche en vain un répertoire de pièces simples, brèves et mélodiquement agréables. Cette nécessité, ainsi que mon désir d'écrire m’ont tout de suite convaincu qu'il y avait quelque chose à inventer. Par expérience, je sais que certaines formules assurent immanquablement le succès et, sans tarder, je mets en chantier 16 pièces canoniques pour deux flûtes à bec ayant pour objectif de garantir l'acquisition des doigtés élémentaires. Huit d'entre elles approfondissent la pratique du pentacorde le plus commode : sol – ré, les huit autres élargissent ce travail vers le grave et l'aigu afin d'acquérir une maîtrise à peu près opérationnelle de l’intervalle de 12e : dosol’. Un avantage supplémentaire : toute la famille des flûtes peut participer à la fête. Intitulé Entrelacs, ce premier livre devient le favori de mes jeunes apprentis aimant jouer en duo. Après cet ouvrage principalement centré sur la technique, j’écris quelques pièces polyphoniques récréatives pour 2, 3 et 4 flûtes à bec. Dans ce nouveau recueil intitulé Bruits de flûtes, sont groupées pêle-mêle des morceaux d'agrément très différents par le genre : Choral, Ductie, Estampie, Pavane, Air suisse, Valse, et bien d'autres. Ces miniatures délassantes sont un bon moyen de conclure une phase de travail plus technique. Pour quelques élèves plus avancés, je compose des pages plus gratifiantes : Trois pièces de concert : Valse rengaine pour l'orgue de barbarie, Passacaille, Marche militaire pour 2, 4 et 6 flûtes à bec. Ces trois recueils publiés en 1973 par les éditions Minerva connaissent alors un appréciable succès. Ces menus travaux me procurent un grand plaisir d’une part en tant que professeur, en effet ils paraissent accélérer les progrès et, d’autre part en tant que compositeur, car ils m’obligent à une grande précision d'écriture et je ressens cet exercice comme un jeu passionnant.

 

Les deux Suites pour flûte à bec Au Saint Nau, Dison Nau

Les répertoires médiéval et baroque sont extrêmement riches, raison et sentiments y sont ingénieusement imbriqués pour donner naissance à des chef-d’œuvres d’un raffinement étonnant. Les mélismes simples et gracieux de ces « faiseurs d'airs » - sortis de la nuit des temps (et très souvent inconnus) - ont le don de nous remuer jusqu'au tréfonds en même temps que de nous enivrer. Ces airs, à peine entendus, donnent tout de suite l’envie de les répéter en écho, ils s'impriment instantanément dans la mémoire tant ils paraissent naturels. Bien qu'ayant des centaines d'années d'existence, ignorant les modes éphémères, ils nous parlent encore actuellement En tous temps, les générations se reconnaissent dans cette façon d'expression. Mon désir de musicien visant à rendre hommage à ces grands disparus me tente beaucoup. Entreprendre une composition dans cet esprit-là me paraît prétentieux et je redoute que le résultat ne soit médiocre sinon ridicule. J'hésite longtemps, toutefois, cette idée ne me lâche pas. Le « qu'en dira-t-on » peut être sévère, peu importe. Il y a longtemps que j'ai envie de chanter : « Messieurs de jadis, votre musique nous donne des frissons sublimes, je vous dis merci ! Recevez mon humble hommage. »

Fort de ces considérations, mon choix se fixe sur un air de Noël ancien, d'origine poitevine, Au Saint Nau, dont le timbre est utilisé pour mettre en forme une série de danses à la manière de la Renaissance. Six pièces – Bransle gay, Basse dance, Demie Basse dance, Pavane, Gaillarde et Tourdion – sont réunies dans une Suite pour trois flûtes à bec. Mes élèves étant friands de nouveautés, dans la lancée, je travaille à une seconde suite du même esprit pour quatre flûtes à bec : Disons Nau. Ce nouveau groupe de danses a pour idée génératrice un thème de Noël, lui-même emprunté à une chanson plus ancienne du XVIe siècle : Il est jour dit l'alouette de Claudin de Sermisy (~1490-1562). La flûte à bec est un instrument souverain pour restituer la vérité des vieux Noëls. Composées en octobre 1973, ces deux suites sont interprétées par mes élèves la même année, le 24 décembre, pour la veillée de Noël en l'église Saint-Étienne du Mont à Paris. La suite Au Saint Nau sera éditée plus tard par les éditions Schott Frères Paris Bruxelles en 1976, avec adjonction de deux nouvelles pièces : Bransle simple et Bransle courant.

 

Harmonisations et arrangements

Dès la création de l'ensemble des « Escholiers de Sainte-Geneviève » en 1979, les prestations deviennent plus fréquentes et le répertoire a besoin d’être élargi. L’harmonisation des chansons populaires me tente beaucoup, ayant le désir de faire connaître ces belles musiques et de donner une touche personnelle à notre répertoire. L'occasion de reprendre cette ancienne habitude me plaît d'autant plus que ce jeu d'écriture est excitant, le seul risque étant de tomber dans la banalité d'un exercice d'école. J'attache beaucoup de sérieux au façonnage des parties qui vont accompagner le sujet principal, chantant et rechantant avec attention tous les motifs pour me pénétrer de l’atmosphère. Il faut trouver la touche juste de l’habillage harmonique. Cependant, le travail devra dépasser ce stade et faire appel à des effets de style permettant d’enrichir considérablement le tableau sonore : formules imitatives, onomatopées, affinement des couleurs harmoniques ; le rythme, élément vital essentiel, offre aussi mille occasions d'introduire du pittoresque. A l’instar de Franz Schubert, l'harmonisateur doit avoir à l'esprit que les parties accompagnantes doivent créer l’environnement qui, comme le piano dans le cas des Lieder, va faire valoir le sujet et la mélodie. Mes élèves n'étant pas des solfégistes chevronnés, je recherche des motifs brefs et facilement mémorisables. L'écriture à deux ou trois voix, mixte ou égales, est favorisée pour permettre l'exécution avec des solistes. Dans le cas d'un chœur, j’ai recours à la formation classique à quatre voix mixtes. Dans cette veine, sont écrits chants populaires ou Noëls. À côté des harmonisations, je suis amené à composer quelques pièces chorales religieuses demandées pour des circonstances particulières ; c’est le cas pour Ubi Caritas, triple séquence sur une hymne de l'Église catholique et deux autres pièces liturgiques : O salutaris hostia et Domine non sum dignus.

 

Les lais d’Ernoult de Gastinois

En 1996, un confrère me demande de m'intéresser à deux lais d’un trouvère du XIIIe siècle, Ernoul le Viel de Gastinois : Le Lai de l'ancien et du nouveau testament et Le Lai de Notre-Dame. Comme document de travail, il me remet le livre du musicologue français Jean Maillard intitulé : Lais et chansons d’Ernoul de Gastinois. Le lai est un poème narratif merveilleux et naïf écrit en octosyllabes dans le but de célébrer un objet de ravissement. Ces compositions, d’une durée de vingt minutes environ, font appel à la déclamation monodique. Il est donc nécessaire d'éviter à tout prix la monotonie engendrée par la longueur du récit. Le public médiéval, fasciné par les légendes, écoutait avec ferveur, de nos jours, les habitudes ont changé et, dans le même contexte, les spectateurs, facilement gagnés par l'ennui, ont du mal à suivre. J'imagine donc de varier les présentations tout en restant strictement fidèle aux textes originaux et, pour différencier les personnages, je fais alterner les mélodies déclamatoires avec de courtes polyphonies à deux ou trois voix dans un style dépouillé et minutieusement façonnées dans l’esprit médiéval. S’insèrent aussi quelques interludes instrumentaux avec flûtes, cithare ou bourdon de l'orgue. Ainsi organisé en séquences variées, ces deux lais sont appréciés auprès du public, notamment auprès de nos commanditaires. Ce travail un peu particulier est agréable et enrichissant. Cette observation approfondie de la musique du Moyen Âge me permet de percer quelques secrets d’époque et surtout de succomber au charme d'une poésie d'une merveilleuse simplicité. Dans cette expérience, s'il est possible de « chaparder » quelques recettes, pour trouver le parfum poétique de la création, il ne faut compter que sur son propre enthousiasme.

 

Princesse Harmonie

Depuis bien longtemps, souhaitant mettre en chantier une composition touchant à une grande forme et, très friand de musique vocale, je tente l'écriture d’un petit opéra. Pour cela, le concours d'un ami artiste très expérimenté de l'art de la scène est sollicité pour écrire un livret mettant en scène une histoire touchant la musique. Peu de temps, après il me propose l'histoire de la Princesse Harmonie. Fille du Roi Moderato et de la Reine Cantabile, la Princesse Harmonie est promise au volage Marquis de la Fugue mais … les choses ne se passent pas facilement, en effet, la vilaine Fée Double Croche, jalouse, jette un mauvais sort à la Princesse qui, dès lors, perdant l'usage de la parole, ne sait plus que cancaner, comme les canards. Épouvanté, le Marquis de la Fugue fuit, abandonnant la princesse dans sa détresse. Le Roi Moderato mobilise sans tarder savants, médecins et mages susceptibles de guérir la Princesse. Existe-t-il un espoir ? Oui. Elle retrouvera sa voix grâce au baiser d'amour que lui donnera le Prince de la Musique qui vient opportunément d'au delà des airs qui sont … musiques et chants … je comprends tout de suite que cette histoire me projette dans le style naïf et bien décidé à relever le défi, commence en l’an 2000 un travail qui va durer presque trois ans pendant lesquels j'écris trente cinq numéros répartis en cinq tableaux.

Cette expérience inattendue m’occasionne bien des soucis. Vaillamment, je me mets à brosser musicalement des situations et des personnages tout en essayant de conférer une couleur musicale intéressante. Les numéros se suivent et ne se ressemblent pas, les péripéties de l'action m’imposent une grande variété de styles. Cette diversité me plaît car elle m'oblige à innover en permanence. Au fil de la plume, j'éprouve des satisfactions diverses, cette marche forcée m'oblige bien souvent malgré moi à produire sans être sûr d'en avoir envie. Enfin vient le moment de présenter un résultat. Avec des moyens de fortune – quelques voix d'amateurs accompagnées au piano – quelques extraits sont enregistrés. Ces résultats ne me flattent pas, toutefois, il ne faut pas décevoir mon librettiste qui a le courage d'espérer encore. Nous avons raisonnablement démarché, sans succès. Notre offre est invariablement accueillie par : « C'est bien ! Hélas ! C'est un peu difficile ». Quant aux partitions et CD envoyés aux officiels, ils n’ont même pas eu l'honneur d'une réponse. Très vite, nous avons abandonné notre « casquette de voyageurs de commerce », lassés de cette mendicité (presque honteuse) qui nous amène à proposer un travail de l'esprit dans l'espoir de notre faire valoir personnel. L'arrêt de la campagne de publicité me procure une vraie délivrance : si c'est la confirmation de l'échec, c'est aussi la fin de l'humiliation des démarches commerciales. Un examen de conscience s’impose: quelle est la cause de cet fiasco retentissant ?

Je comprends tout de suite que mon travail est irrecevable pour plusieurs raisons : éventuellement coûteux à mettre en œuvre et par trop complexe, déclassé en regard de ce qui se fait alors, et surtout le manque d'appétence pour ma musique. C'est donc à part entière que je me sens responsable de cette « déculottée » peu flatteuse. Cette leçon a stimulé ma réflexion : l'obligation de repenser entièrement mon système est indispensable, faute de quoi, je devrai m'arrêter d'écrire sous peine de devenir mortellement ennuyeux. Deux ans me sont nécessaires pour faire peau neuve. Le renouvellement du style personnel n'est jamais impossible, même si le « conditionnement » a été fort. Cette certitude est conforté par l’exemple de Serge Prokofiev selon lequel : « Le mérite principal de ma vie (ou si vous préférez son principal inconvénient) a toujours été la recherche de l'originalité de ma propre langue musicale. J'ai horreur de l’imitation et j'ai horreur des choses déjà connues ». [Propos rapportés par Claude Samuel dans : Prokofiev, éditions du Seuil, Solfèges, Paris, page 31]

Ce travail introspectif remet en cause entièrement les principes de l'éducation que j'ai reçue, je ne méconnais pas les vertus des traités classiques mais n'accepte pas d'être privé de la liberté d’en sortir. Il est possible d'aménager de nouveaux enchaînements harmoniques, de marquer différemment les cadences, d'accepter des successions d'intervalles pleines de charme qui sont académiquement « fautifs », et surtout, il m’apparaît très important de choisir des thèmes mélodieux (pas nécessairement mièvres…), qui sont l'agrément fondamental de la musique. Je comprends aussi que toutes les notes que l'on écrit doivent avoir leur utilité, les parties dites de remplissage comme l'alto dans un chœur doivent bénéficier d'une attention toute particulière. Toutes les notes bien placées font musique, une note inutile dégrade. Pour autant, je me refuse au « n'importe quoi », ne cautionnant le résultat obtenu et plusieurs fois rechanté, qu'après acceptation pleine et entière de mon oreille. Ce désir de me réformer et d'avancer m'a progressivement conduit vers un nouvel univers sonore dont je ne peux plus me départir, et ceci, de la manière la plus naturelle du monde. J'accepte mieux mon travail. En résumé, Princesse Harmonie fut la pire et la meilleure des expériences.

 

Le livre d'orgue à la mémoire de Jean Boyer (1948-2004)

1977, concert à Bruyères-le-Châtel (Essonne) avec Jean Boyer
1977, concert à Bruyères-le-Châtel (Essonne) avec Jean Boyer
( coll. de l'auteur ) DR

J'ai eu le bonheur et la chance de connaître Jean Boyer, pendant deux ans professeur de musique au collège Paul Éluard de Sainte Geneviève des Bois. Il était un collègue rêvé qui savait galvaniser les énergies au profit de la musique. Bien qu'étant un organiste exceptionnel et reconnu, il avait le don de se faire aimer : sa simplicité n'avait d'égale que son grand art et c'était un sage. Il accomplissait son travail avec soin et conscience, ne se mettait jamais en avant et ne disait jamais une parole malveillante à propos d'autrui. Il rallia beaucoup d'amis dont j’eus le privilège de faire partie. Quelquefois, je le revoyais et, alors qu’un jour, je faisais état de mes travaux de composition, il me dit qu'il jouerait volontiers de la musique de cette veine. Cette proposition inattendue me procure une bien agréable émotion et, séance tenante, je promets d'y penser. Rapidement j'imagine un projet ambitieux : écrire un livre d'orgue pour Jean Boyer. L'expérience de mon petit opéra, magnifiquement tombé à plat, m’incite à la méfiance et je reste longtemps hésitant, avant de m'investir. Heureusement, j'ai le soutien d'un grand ami de Jean Boyer, Michel Picozzi – alors son organiste co-titulaire à l’église Saint-Nicolas des Champs de Paris – que je revois assez souvent et qui me tanne sans pitié pour que je me mette à l'œuvre. Un jour enfin, je me jette à l'eau, travaille sans relâche et, après un an, arbore fièrement mon Livre d'orgue calqué sur le schéma ancien, selon ma nouvelle manière, comprenant successivement huit pièces : Plein jeu, Dialogue, Tierce en taille, Flûtes, Chaconne, Invention, Fantaisie et fugue, Grand jeu.

Ce résultat me donne satisfaction, heureux d'avoir pu payer cette dette d'honneur mais hélas… Le destin ne fut pas favorable, car Jean Boyer décéda quelques mois avant l'achèvement des musiques que je voulais lui offrir. La disparition subite de cet artiste prometteur, encore jeune, jeta la consternation parmi ses amis et ses éminents collègues. Pour ma part et pour plusieurs raisons, je fus très profondément ému par cet événement dramatique : Jean Boyer fut beaucoup plus qu'un grand serviteur de la musique ; d'une humanité exemplaire, scrupuleusement respectueux des autres, ami sans faille, par son rayonnement humain il plaidait constamment la cause de la musique. Je pense encore bien souvent à Jean et, de plus en plus, j’associe sa personnalité à ces quelques propos de Platon sur la musique :

La musique est une loi morale.
Elle donne une âme à nos cœurs,
des ailes à la pensée,
un essor à l'imagination.
Elle est un charme à la tristesse,
à la gaieté, à la vie, à toute chose.
(Platon)

 

Requiem æternam

L’année 2004 fut celle de tous les malheurs. Après la disparition de Jean Boyer, ce fut celle de Joële Keraven, elle aussi personnalité empreinte de générosité et de gentillesse. Faisant partie des Escholiers de Sainte-Geneviève, elle participait avec entrain à tous nos travaux, nous apportant une aide précieuse tant sur le plan matériel que moral. Agrégée de lettres, elle fit la traduction des deux lais d’Ernoult de Gastinois cités précédemment. Pédagogue de haut rang, elle ne ménage pas sa peine pour nous inculquer le sens profond de ces poèmes afin d’être mieux à même de les interpréter avec intelligence. Serviable à tous les niveaux, elle me propose aussi d’intervenir dans l'éducation littéraire de mon plus jeune fils, alors en difficulté pour obtenir son baccalauréat et, grâce à elle, celui-ci parvient au succès. Brusquement affectée par une maladie de mauvais augure, elle ne tarde pas à nous quitter. Ce coup du sort nous affecte tous profondément : Joële n'est plus là. Dans l'espoir de soulager notre douleur, je me promets d'écrire un Requiem æternam que nous chanterons tous à sa mémoire lors d'une prochaine prestation. La rédaction des huit volets de la messe des morts sur les paroles latines est assez rapidement menée à son terme. Il en est autrement de la mise en place vocale qui, malgré moi, se trouve être de niveau assez difficile. La réalisation d'un enregistrement n'est seulement possible que pendant le mois de juillet 2006. Cette Messe de Requiem est prévue pour trois voix mixtes a cappella : soprano, alto, ténor. Quelque temps après – pour faciliter les intonations initiales – je compose des préludes introductifs précédant chaque séquence chantée. Ainsi fut conjurée, d'une manière peut-être un peu illusoire, la peine causée par cette deuxième disparition.

 

Suite pour l’orgue Au Saint Nau

Ayant déjà une expérience de l'écriture pour l'orgue, je prends plaisir à continuer dans cette voie. La suite Au Saint Nau, originellement pour trois flûtes à bec, éditée chez Schott en 1976, m’impose des interrogations : depuis plus de trente ans, je n'ai jamais reçu de nouvelles de l'éditeur. Cette ancienne composition m'a laissé d'excellents souvenirs. Mes élèves aimant la jouer, elle s'est trouvée bien souvent présente dans de mémorables concerts. Je décide de la modifier et de l’arranger pour en faire une suite pour l'orgue. Le thème de ce beau Noël ancien me paraît convenir parfaitement à l'illustration de la Nativité. Le caractère dansant des différentes pièces et le traitement particulier de la mélodie génératrice en font un petit ballet d'inspiration religieuse, hors du système traditionnel de la variation. Les jeux de l'orgue mettent à ma disposition des sonorités merveilleusement pittoresques pour évoquer l'origine de ce beau Noël poitevin du XVe siècle. Ce travail est exaltant.

Guy Miaille aux claviers de son orgue personnel, déc. 2012
Guy Miaille aux claviers de son orgue personnel, déc. 2012
( coll. de l'auteur ) DR

 

Éloge de Claude Gervaise

Très séduit par l'ambiance musicale de la Renaissance, j'envisage de rendre un témoignage d'estime à Claude Gervaise - compositeur et grand maître de l'art de la danse édité par Pierre Attaingnant au XVIe siècle - dans une nouvelle œuvre, qui est aussi une transcription pour l'orgue à partir de ma suite Dison Nau pour flûte à bec, écrite précédemment et inspirée par la chanson de Claudin de Sermisy : Il est jour dit l’alouette. Je reprends et adapte les textes existants en y ajoutant de nouvelles compositions pour élargir la dimension de mon hommage qui, en définitive, se compose de 11 danses, portant la marque de l'époque mais selon ma patte. En cette occasion, j'ai la satisfaction d'avoir dit mon admiration en direction de ce grand bienfaiteur musical. Très souvent, avec les Escholiers de Sainte-Geneviève, nous avons vibré en jouant ces musiques euphorisantes qui, sous des apparences rustiques, nous faisaient prendre conscience de la merveilleuse joie de vivre.

 

Six préludes divers, six fugues

Tout musicien digne de ce nom sait que – dans l'histoire de la musique occidentale – le maître des maîtres est Jean-Sébastien Bach. Il a fait la magistrale synthèse de tous les savoirs qui l'ont précédé et a élevé l'art musical à un niveau de perfection inouï. Son exemple a ouvert à toutes les générations suivantes une infinité de voies à explorer. J'ai tendance à croire que tous ses grands successeurs lui doivent obligatoirement une part de leur perfection. La somme de ses créations atteint un nombre impressionnant, mais cela n'est qu'un détail ; en revanche, la facture de ses compositions est d'une perfection insurpassable et sa pensée musicale génère en permanence une émotion particulière due à son génie exceptionnel. Est-il aussi besoin de rappeler qu'il fut un visionnaire : la vie des musiciens aurait été bien plus difficile s’il n'avait pas démontré qu'il était possible d'utiliser le compromis de la gamme tempérée. Il est banal et presque prétentieux de faire un quelconque panégyrique sur la grandeur de J.S. Bach, tant son art est universellement reconnu. Toutefois je suis curieux de savoir comment se présente le quotidien du compositeur écrivant des préludes et des fugues. L'art d'écrire selon ces formes paraît avoir particulièrement séduit le Cantor de Leipzig. Peut-être y a-t-il un charme particulier à pratiquer le contrepoint ? Pour sortir de ma perplexité, décidant d'explorer le genre, je mets en chantier six préludes et six fugues, comptant les écrire sans arrêt sur ma lancée. Ce nouvel objectif donnera sûrement de l'aisance à ma plume.

Contrairement aux apparences, il est plus difficile de construire un prélude qu’une fugue. Pour écrire un prélude sans trop de difficultés, il existe une recette pratique assez souvent employée : mettre en place deux éléments importants, un thème initial chantant simple et, surtout, une formule générique ingénieuse qui assurera le déroulement de la trame musicale, la vie et l'unité de la composition en véhiculant le motif principal dans ses développements divers et variés [cette formule est illustrée dans le Premier Prélude du Clavier bien tempéré de J.S. Bach]. Ces deux éléments en perpétuelle interaction doivent proposer des facettes changeantes, nécessitant une intervention permanente de l'imagination. En revanche, la fugue, soumise à des obligations de structure contraignantes permet d'utiliser des repères presque automatiques d'un grand secours pour retrouver le fil conducteur, notamment, en cas de panne d'inspiration. Le contrepoint, fondement essentiel de nombreuses formes dont la fugue, est une science subtile permettant des tissages sonores grandioses et impressionnants. Tous nos sens sont aux aguets, attentifs aux subtiles péripéties des entrelacs qui nous enveloppent, l’attention fonctionne à plein, essayant de suivre, au plus près l'ingénieux déferlement de la musique ; c'est un enchantement merveilleux dont nous saisissons mal la nature et durant lequel nous sommes provisoirement isolés de la barbarie et des affaires ordinaires du monde. C'est ce que je ressens en entendant ces incomparables monuments de Jean-Sébastien Bach comme : la Passacaille et Fugue en ut mineur, les Fantaisies et Fugues en sol mineur, en si mineur, les Concertos Brandebourgeois, l’Art de la Fugue etc… et tant d'autres qui se trouvent à profusion dans l'immensité de son œuvre très largement dominée par l’art contrapuntique. Mon expérience me convainc que le compositeur qui fait une « cure » de préludes et fugues régénère sa vigueur. C’est vrai, la composition des Préludes divers et fugues m'a été agréable et profitable. Je recommencerai…

Le contrepoint a grandement contribué à développer la vertu émotionnelle de la musique, il trame un cocon rassurant et protecteur au sein duquel « sérénité fait loi ». Il peut trouver sa place dans toutes les compositions, des plus modestes aux plus solennelles, il crée un contraste intense quand il s'oppose à une séquence symphonique. Cette superbe manière d'écrire a été particulièrement développée au service des voix par les grands polyphonistes du XVIe siècle. Jean-Sébastien Bach l’a adoptée d'emblée en l'utilisant abondamment dans le style instrumental. Le contrepoint incite l'auditeur à la réflexion intérieure, et c'est là peut-être, la raison pour laquelle il est particulièrement prisé dans les services religieux.

 

Composer au quotidien

Le temps du doute

Être compositeur résulte d'une destinée. Néanmoins, la route est ardue, la maîtrise de la syntaxe musicale est un travail de longue haleine. De nombreux Conservatoires ou Écoles sont en mesure d'enseigner avec sérieux les fondamentaux de la composition mais, un bon étudiant ne devient pas nécessairement un bon compositeur. Tout commence avec l’exercice du métier. Ce que l'élève apprendra désormais, ne tient plus dans des formules ou des règles commodes, son individualité évoluera essentiellement par la fréquentation assidue des incontournables modèles de l'histoire. A la lecture et à la relecture des chefs-d'œuvre, son intuition nuancera favorablement sa manière compositionnelle : en jouant sur l'orgue le choral de Jean-Sébastien Bach In dir ist Freude, BWV 615, force est de constater que cette œuvre imprégnée de génie, n'a aucune commune mesure avec la meilleure réalisation d’un exercice d'école. D'où vient cette formidable puissance émotionnelle ? Certes, du talent de son auteur.

Toutefois, cela n’est pas une recette. Le compositeur doit toujours avoir le souci de rechercher une « meilleure » perfection. Cette activité monumentale presque automatique, n’est en aucune manière objet de souffrance. Bien au contraire, elle est souvent empreinte de volupté. De même, la première écoute de son œuvre est un moment exceptionnel. Henri Carol me disait : « Tu sais, c’est une grande émotion que d’entendre pour la première fois sa composition… » C’est indéniable, surtout si le résultat est convaincant. Mais ce premier enthousiasme fragile peut être trompeur : il est bien connu que l’enfant qui naît est « le plus beau du monde ». Il est indispensable de laisser passer du temps pour relativiser un jugement. L'enthousiasme et le doute hantent l’esprit des créateurs.

 

Liberté et inspiration ?

Pour s'exprimer au mieux, le compositeur doit jouir de la complète maîtrise d'œuvre, c’est-à-dire qu’il doit être libre de choisir la forme d'expression qui favorise son inspiration ainsi que de pouvoir disposer du temps nécessaire au meilleur accomplissement de son travail. Les créations faisant l'objet de « commandes officielles» ont souvent peu d’intérêt. Les « fanfaronnantes » Première(s) mondiale(s) sont souvent uniques et géographiquement restreintes. Jean-Sébastien Bach a certes composé sur commande, conformément aux exigences de sa charge, mais il avait une prodigieuse pratique de son métier et le génie en plus, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. J’ai donc pris la résolution d'éviter, autant que possible, le mercantilisme des musiques commandées.

La mystérieuse inspiration si recherchée est une grâce de la nature qui est donnée à beaucoup, mais à des degrés différents. Ecouter fréquemment de la musique m'a toujours semblé être un moyen efficace pour stimuler le tonus et favoriser le travail créateur. Toutefois, pour capter les idées intéressantes, il faut s'imposer une stratégie de calme et de méthode. Au début, dans la recherche des idées, une sollicitation intellectuelle intense engendre très souvent la déception et le découragement ; devant la page blanche, les premiers graffiti musicaux peuvent afficher un résultat désolant. Je ne cède jamais au désenchantement, sachant que ces premiers balbutiements fouettent l’imagination qui va se mettre en route.

Pour initier une nouvelle composition, il faut impérativement en « rêver ». Quand le désir de créer est fort, une agréable préoccupation de recherche permanente s'installe en arrière-plan de la pensée. Le motif ou la formule imaginés au départ font l'objet d'une maturation secrète intense, si bien que chaque fois que je repense à mon sujet, j'entrevoie de nouvelles perspectives ; et puis, soudain, à un moment inattendu, jaillit l'étincelle de vérité qui se situe assez souvent après une bonne nuit de repos. Peut-être est ce cela l’inspiration ?

Quel que soit le résultat, tout artiste souhaite légitimement et naturellement faire partager sa création. Comme l’enfant qui aime entendre une belle histoire, le public est avide d’émotions. Pour se faire connaître, le compositeur se trouve dans une situation bien plus complexe que celle d'un peintre ou d’un sculpteur dont les travaux sont exposés dans un musée et peuvent donc être admirés à volonté et à tout moment La musique est un art dynamique et évanescent. Au fil du temps, elle exige d’être chaque fois « remise en vie », impliquant la présence d’un interprète. Cet artisan accomplit un travail délicat et complexe afin de restituer au mieux, dans l’esprit et la lettre, l’univers sonore voulu par le créateur. Pour cela, il s’appuie sur un document fondamental où les textes musicaux sont minutieusement codés : la partition musicale. La commercialisation et la diffusion des productions musicales sont aux mains des « Editeurs de musique », seuls décideurs ayant pouvoir de vie et de mort sur le destin des compositeurs et de leurs œuvres.

 

EDITEUR

Le choix d'un compositeur pour l’éditeur : un vrai casse-tête

L'éditeur achète au compositeur les droits l’autorisant à graver une partition vendue ensuite au public au mieux des intérêts du partenariat. Cette opération commerciale, bien naturelle est, en fait, beaucoup plus délicate qu'elle n'y paraît. La problématique appréciation du talent ou du génie complique le choix, seules les musiques estimées de bon niveau ont la chance d'emporter la conviction du responsable d'édition. À une époque où les modes sont folles, les goûts instables et variés et, où le public est installé dans un état d'inculture qu'il admet, et qui, toutefois, ne le trouble pas, un choix à visée commerciale dans le domaine de l'art s'apparente à la démonstration de la quadrature du cercle. La difficulté de juger objectivement le produit musical conduit les recruteurs à s'appuyer sur d'autres paramètres de sélection, en particulier la notoriété du postulant, professeur prestigieux, personnalité musicale exaltée par les médias, ou aussi, ami recommandé. En pratique, les éditeurs misent sur les signes extérieurs de valeurs présumées. Ces recettes troubles ne sont pas très sympathiques mais elles ont le mérite de l'efficacité : une publicité grassement payée garantit le succès commercial et ceci, en dépit de la qualité de la production : du meilleur au pire. C'est une manière de limiter les risques. Il existe aussi d'autres artifices efficaces pour assurer les ventes, notamment le répertoire national du prêt à jouer. Une parfaite concertation entre éditeurs, écoles, conservatoires et associations privées, permet de réaliser la vente massive de partitions à l'occasion des concours de fin d'année. Le choix des compositeurs et éditeurs retenus est décidé en cercle fermé par les intéressés eux-mêmes. L'expérience prouve que - dans une grande majorité des cas - la musique est loin d’y retrouver son compte, sans oublier l'ennui pour les élèves de se plier à l'étude de ces œuvres imposées, très souvent bien médiocres. Cette pratique explique peut-être en partie le fait qu’après avoir quitté l'Institution, de nombreux instrumentistes ne joueront plus jamais de leur vie. Selon une opinion répandue, « les Français ne sont pas musiciens » : ce jugement humiliant - très souvent proclamé par des hautes instances et destiné à masquer les lacunes d’un système éducatif - atteint toutes les forces musicales vives de notre pays tout en soulignant la stupidité de ceux qui osent faire croire que la nature a des préférences géographiques pour distribuer le talent.

A ces graves handicaps s'ajoute l'ingérence de l'État, tendant à imposer un peu partout la pratique de la musique contemporaine  qui doit être impérativement éditée, jouée et diffusée selon des quotas officiels. Solidement soutenues par les médias, ces musiques sont toutefois en peine d'adhésions sincères, et la tyrannique obligation d'intégrer cette esthétique par tous les moyens est largement désapprouvée.

 

Quelle place pour le compositeur isolé ?

Le compositeur inconnu, talentueux, discret souhaitant publier sa musique a beaucoup à craindre. S'il est agréé, il se rendra compte que la négociation d'un contrat s’apparente à un combat à armes inégales, entre un individu, assez souvent dépourvu de pragmatisme et des commerçants roués, soutenus à prix d'or par des spécialistes parfaitement au courant des lois. De plus en plus et abusivement, sous prétexte d'acheter l’autorisation de commercer avec le papier, les éditeurs s'arrogent tacitement presque tous les avantages : à l’insu des compositeurs, ils perçoivent des droits lors des exécutions publiques ou radiophoniques. En discrète connivence avec les pouvoirs politiques, ils ont obtenu une prorogation importante des droits de la propriété intellectuelle qui est passé de 50 à 70 ans (loi Lang du 3 juillet 1985). Ce spectaculaire coup bas, passé presque inaperçu par le fait que la loi, votée dans l’hémicycle désertifié de l’Assemblée Nationale en raison des congés annuels, constitue une formidable aubaine pour l'édition bénéficiant ainsi d’une prolongation gratuite de ses prébendes durant vingt ans. Ce coup de force a provoqué la disparition définitive de nombreuses œuvres de valeur - mises à l’écart par les caprices de la mode - qui, en raison du délai imposé, perdaient les chances d’être rééditées. Autre combinaison trouble : en cas de réussite commerciale d'une production, les éditeurs peuvent récupérer la mise initiale et revendre avec une plus-value substantielle les droits jadis achetés, sans rendre compte à qui que ce soit, et surtout pas au compositeur…

En face de cette machination, l’artiste anonyme ayant signé un contrat est entièrement dépossédé car il n'a plus droit de regard, ni de décision sur son travail qui devient ainsi un pur objet de commerce. Le respect des clauses et notamment les revenus qui doivent lui être reversés conformément aux accords signés, échappent à tout contrôle de sa part : comment et à qui devrait-il s'adresser pour consulter des documents comptables ? Ce ne sont là que quelques déviances courantes parmi tant d’autres, les combinaisons opaques peuvent être multiples et raffinées.

 

Guy Miaille, chef de chœur, 1977
Guy Miaille, chef de chœur, 1977
(  coll. de l'auteur ) DR

Je n'ai pas été chercher les éditeurs : ils sont venus à moi

Dans les années 60, n’éprouvant pas la nécessité de donner un large écho à mes compositions, j’utilisais, pour reproduire mes textes et, lorsque nécessaire, les techniques de duplication alors en vigueur : alcool ou stencil. Ces moyens de la bureautique courante, me permettant de prévoir les copies nécessaires à distribuer à mes élèves, me convenaient parfaitement.

Contre toute attente, au mois de mai 1967, un grand éditeur de musique parisien m’a téléphoné. Il souhaitait me rendre visite à domicile et, la semaine suivante, j'ai eu le plaisir de recevoir deux messieurs très bon genre, qui me proposaient d’écrire un ouvrage pédagogique conformément à la tendance « Orff », très populaire alors, utilisant la voix, la flûte à bec et quelques percussions élémentaires. Cette combinaison instrumentale me paraissant intéressante, j'ai accédé à leur demande. Toutefois, j'ai expliqué que, s'il est possible de faire des pièces pédagogiques profitables, je ne désirais pas me lancer dans des contrefaçons du style Orff, en raison de mon inexpérience. Ayant vu appliquer cette excellente méthode par des maîtres exceptionnels comme Jos Wuitack, je me suis senti très démuni en face de cette discipline, tout en raffinement. Ma conversation avec les éditeurs s'est orientée ensuite vers le contrat à signer. C'était simple, après un premier tirage, un acompte correspondant à la moitié de mes royalties me serait versé, le solde étant réglé à la fin de la vente du lot. Flatté par cette proposition, déjà préoccupé par mon travail ultérieur, et extrêmement confiant dans les propos de mes interlocuteurs, je ne me suis pas attardé à demander des précisions concernant mes futurs profits. Deux mois après, ayant reçu les épreuves définitives, j’ai signé le « bon à tirer ». En avril 1972, il m’est demandé d'écrire un deuxième volume. Le rituel a été identique : signature d'un contrat et bon à tirer. Pour ce travail, j'ai accordé aux éditions le droit de publier deux fascicules de 45 pages chacun. Que se passe-t-il ensuite ? De 1968 à 1976, j'ai été crédité de 1810,55 Fr. de royalties pour le volume I, tiré à 3300 exemplaires. Pour le volume II, tiré à 2000 exemplaires en 1972, j'ai reçu 578,16 Fr. En résumé, pour ces deux parutions, j'ai obtenu une compensation de 2378 Fr. entre 1967 et 1976, (environ 363€ actuels). A ce jour, 36 ans après ce dernier versement, je n'ai plus entendu parler de rien. Et pourtant, mes deux ouvrages d'alors sont toujours présents dans les catalogues et couramment vendus sur Internet, preuve qu’ils sont encore demandés. Davantage que le manque à gagner, cette situation m’irrite du fait de l'injustice dont je suis victime en raison de mon excès de confiance. Toutefois, la présence durable de mon nom sur les catalogues n’est pas sans me déplaire.

En 1976, j’ai été victime d'une seconde mésaventure avec un scénario presque identique. Un autre éditeur m’invite à écrire un ouvrage de musique concertante pour 3 flûtes à bec. Sans attendre, j’ai donc composé une Suite de 12 pièces pour les instruments souhaités. Un petit fascicule assez décevant est réalisé : le texte imprimé y est peu lisible, la confection est bâclée. N'ayant pas mon mot à dire en la matière, j'ai effectué les corrections et signé le « bon à tirer ». Toutefois, en 1986, au bout de 10 ans, en l'absence de rétribution, j’ai consulté l'éditeur qui se lamente de ne vendre que très difficilement mon ouvrage ; en face de cet argument, je lui ai proposé de récupérer mes droits. Sans difficulté, il a accepté de me les restituer à condition que je rachète le stock restant ; ainsi fut fait sans délai, courrier à l’appui. 30 ans après, en 2006, en consultant Internet, quelle n’a pas été ma surprise en constatant que ma Suite pour flûte était vendue par des organismes différents dans le monde entier, me faisant bénéficier par-là même d’une publicité importante. Or, en 1986, j'avais repris les droits et le stock, sans notification particulière. Depuis plusieurs décennies, tout me porte donc à croire que d’importants profits ont été réalisés derrière mon dos. Une fois de plus, j'étais berné. Porter plainte ? Ils sont le pot de fer, je suis le pot de terre, donc : tout est dit. Victime d'un manque à gagner, je ne veux pas perdre davantage.

Fait nouveau : en 2012, pour cet ouvrage, un chèque de 9 euros m’a été envoyé à titre des royalties des 26 dernières années, avec la « vertueuse » recommandation de ne pas omettre de déclarer cette somme au fisc. Venant d'une corporation envers laquelle j'éprouve un « manque d’admiration » notoire, cette inimaginable impudeur assortie d’irrespect ne m'a ni chagriné, ni surpris. Hélas ! mon cas n'est pas exceptionnel, de nombreux collègues ont été victimes d’injustices encore plus grandes. Seuls, quelques privilégiés arrivent à obtenir une rémunération équitable. Face à ce tableau, il va sans dire que les compositeurs isolés et laborieux, si talentueux soient-ils, n’ont aucune chance de se faire connaître, pas plus que de vivre leurs vieux jours dans l'opulence.

 

Où l’art fait bon usage de la science

Si les traités permettent à l'artiste de formuler sa pensée, l'idée originale génératrice ne peut naître que des frémissements de la sensibilité. Ce privilège entraîne à apprécier très diversement le « beau ». Pour cette raison, les richesses de l'art sont multiples, imprévisibles, éminemment personnelles. En revanche, la science, plus mathématiquement mesurable, permet une addition de tous les savoirs générant, au cours des temps, un confort toujours meilleur. Si l’art est liberté, la science favorise tous les progrès. Dans des domaines variés, les créateurs disposent de nombreux outils pour les assister dans leur tâche, notamment l’informatique par le biais de l'ordinateur.

Les logiciels ne sont jamais créatifs, bien qu'il existe une fonction artificielle dite « aléatoire » qui en donne l'illusion. Grâce à un programme spécifique, le compositeur peut ainsi façonner à son gré sa page, ouvrager une partition de qualité comparable, sinon meilleure, à celles des éditions commerciales courantes. Par conséquent, il peut donc devenir son propre éditeur.

 

Maîtriser les techniques informatiques

Il y a une vingtaine d’années - alors que le mot informatique commence à apparaître assez souvent dans les médias - je souhaitais savoir exactement à quelle réalité il correspondait. En de multiples occasions, interrogeant des personnes susceptibles de m'informer et, notamment, des vendeurs, je n'arrivais pas à percevoir clairement la finalité de cette nouvelle science. Pourtant, dans les revues spécialisées, les termes informatique et musique étaient couramment associés. Ma décision était alors prise d’expérimenter systématiquement cette technique. J’ai découvert un outil adapté au service de la musique. À travers le synthétiseur, l'informatique permet la création de sons originaux modifiables à souhait, ainsi que la copie de séquences audio repositionnables et d'autres manipulations très pratiques notamment pour les amateurs de variétés. Pour mon compte, l'intérêt était ailleurs : trouver une aide pratique pour transcrire les notes. Ayant toujours été rebuté par le graphisme manuel pour lequel je suis peu doué, multipliant les erreurs, je raturais souvent, rendant mes manuscrits peu présentables, ce qui était fort contrariant. L'art de la gravure informatisée n'a pas trouvé sa perfection du jour au lendemain, l’évolution a été longue pour parvenir au résultat connu actuellement. Et la corvée de jadis est presque devenu un amusement.

Mes esquisses crayonnées sur le papier, transcrites presque immédiatement sur l’ordinateur, se relisent sans difficulté, dessinant, pas à pas, les pages de la future partition. Cette méthode permet un gain de temps important. Autre avantage : la conception de l'idée est plus claire, l’attention minutieuse nécessaire à l'écriture manuelle embrouillant souvent le flux de l'imagination. Les improvisateurs le savent bien : l'idée est fulgurante, elle peut se matérialiser instantanément sous les doigts ; c'est beaucoup plus long de l'écrire et surtout de l’écrire convenablement.

 

Maîtriser le graphisme musical en vue de l’édition

Les nouvelles techniques aux applications mirifiques ont séduit une multitude d'adeptes de toutes générations. Curieusement, bon nombre de musiciens - classiques notamment - éprouvent crainte ou méfiance face à la puissance de l'ordinateur. Prudence systématique vis-à-vis du progrès, ou paresse intellectuelle, les excuses sont multiples. Toutefois, les bienfaits de cet outil sont immenses et l'avenir le confirmera. Inéluctablement, la liberté du compositeur passera par là. Pour rentrer dans cet univers, il faut abandonner tout préjugé et être convaincu qu'avec un peu d'habitude, l’utilisation d’un programme informatique n'est pas plus compliqué que de réussir une bonne recette gastronomique.

Pour autant, le compositeur ne doit jamais perdre de vue que le papier, le crayon et la gomme sont trois accessoires indispensables. À partir de là, un programme de MAO - Musique Assistée par Ordinateur - permet la mise en place précise et rapide de toutes les idées musicales. Ce qui est écrit manuellement à la hâte peut être immédiatement retranscrit, saisi sur la machine. Les erreurs d'écriture ne laissent pas de traces, en quelques secondes, tout peut être effacé, ajouté, modifié, collé, permettant ainsi d’obtenir un texte sans rature. Les erreurs se font rares, le programme permettant de restituer les sons écrits au moyen d'un instrument synthétique, et, par conséquent, de corriger rapidement et efficacement à l'oreille ; ainsi, les altérations oubliées ou mal placées sont-elles immédiatement détectées. Dans le cas des partitions d'orchestre, le logiciel affiche automatiquement dans le ton convenable les textes des instruments transpositeurs. Il donne aussi la possibilité de peaufiner la mise en page, calibrer tous les signes musicaux à sa convenance, présenter au mieux les mesures pour rendre la lecture plus claire, décider l'espacement des portées et des systèmes, choisir le format convenable : et tout régler jusqu'au moindre détail. Au XXIe siècle, les meilleurs programmes ont une puissance quasi illimitée : tout peut être écrit, du grégorien aux musiques contemporaines les plus sophistiquées. Il serait vain d'énumérer toutes les subtilités et finesses de cet outil tout-puissant et de ne pas être émerveillé de ses résultats comparativement aux rudes techniques de la gravure ancienne. Pour confectionner des cahiers ou des fascicules à partir de pages gravées, les commerces d'articles de bureau offrent de multiples solutions simples à utiliser. La généralisation de ces matériels a permis une réduction très importante des coûts et l’acquisition d'excellentes machines très performantes à des prix très abordables. Les imprimantes connectées aux ordinateurs sont d’un maniement rapide et aisé ; la page de musique affichée à l'écran, est instantanément imprimée après appui sur une touche. Ce service dispense de prévoir de grands espaces de rangement. Même s'il n'a pas pour projet de tirer de nombreux exemplaires, le musicien, trouve toujours son intérêt à utiliser l'informatique, lui offrant des gains de temps considérables, favorisant la clarté dans l'organisation des idées et confectionnant en permanence des documents parfaitement lisibles. L'ordinateur est une « machine à écrire la musique » formidablement perfectionnée, qui simplifie extrêmement la tâche du compositeur. Ceux qui n'en ont pas encore fait l'expérience ne peuvent pas se faire une idée exacte de l’aide immense qu’il apporte.

 

Aller plus loin, protéger sa musique et la faire connaître

Si le compositeur sait réaliser de belles partitions et s'il juge que sa musique suscite de l'intérêt, il envisagera tout naturellement de la proposer soit au public mélomane amateur, soit aux chefs et aux musiciens pour la créer. Cette seconde phase est beaucoup plus ardue que la confection du document. La diffusion est un acte commercial difficile, nécessairement soumis à la loi. Dans cette situation, la première urgence consiste à protéger son travail. En fait, il est toujours possible de faire main basse sur un document original et de s’en approprier la paternité. Pour un tirage peu conséquent, il suffira de s’envoyer le document original à soi-même, par la Poste, au moyen d'une lettre recommandée avec accusé de réception et, lorsque le courrier arrive en retour, il est indispensable de le conserver tel quel, sans l'ouvrir, car les cachets de la Poste font foi pour prouver l'antériorité de la création. Pour une diffusion plus large, susceptible de générer des droits pour les exécutions publiques, il y a obligation de solliciter les services d’organismes spécialisés tels que la SACEM, sans oublier que toute œuvre nouvelle doit être nécessairement envoyé au service du « Dépôt légal » à la Bibliothèque Nationale de France.

Dans le souci permanent de revigorer leur commerce, les éditeurs multiplient à outrance des nouveautés en tous genres pour répondre aux dictats de la mode. En conséquence, les éventaires de musiques invendues et bradées sont d’une accablante tristesse : s’y trouvent de nombreuses partitions anciennes et nulles, refilées bien souvent à des clients naïfs, mais aussi, quelques belles œuvres, hier adorées, aujourd’hui oubliées, parce que tuées par le goût immodéré du changement. En face de cette funeste profusion, l’auteur-éditeur doit être prudent, imprimer à la demande, et seulement selon la nécessité. La confection de quelques exemplaires d’une œuvre est une opération simple, relativement facile et peu coûteuse. En revanche, le choix des bons contacts à établir pour une diffusion éventuelle exige réflexion et recherches. Créer une Association est un moyen utile pour lancer un produit d’édition qui acquiert, par là, un statut officiel. Le groupement amical des membres du bureau, dévoués aux mêmes objectifs génère un dynamisme qui sert l'efficacité commerciale. Le compositeur de musique dite classique doit avoir la sagesse de limiter ses ambitions, il n'aura jamais une audience aussi vaste que les auteurs de tubes à grand succès. Offrir un message musical agréable « sans tambour ni trompette » suffit au bonheur du créateur.

L’Association « Les Editions Les Escholiers » regroupe autour de moi quelques amis enthousiastes. Cet organisme a donné la possibilité de regraver des compositions de valeur du chanoine Henri Carol, jadis éditées dans une revue (Musique sacrée – L’organiste) et remises à la disposition du public sous forme de fascicules. Ces musiques, tombées dans l’oubli, suscitent un extraordinaire regain d’intérêt auprès des organistes. Ces éditions me permettent aussi de choisir librement les œuvres à publier, non seulement celles d’auteurs dignes d’intérêt, mais aussi les miennes.

Henri Carol, Livre de Noëls pour orgue
Henri Carol, Livre de Noëls pour orgue

 

Internet, forum mondial

L’Internet c'est le monde à portée de main avec un inimaginable système d'exploration. Chaque jour, à des milliers de kilomètres, des millions d'individus échangent entre eux instantanément des informations de toutes natures. Il permet au musicien de proposer facilement sa musique à la consultation et à l’écoute du plus grand nombre. A domicile et sans contrainte, chacun peut donc, se faire une idée exacte de l’offre avant de fixer son choix. Loin, l'ambiance des échoppes sombres où, pressé par un vendeur impatient, l’acheteur doit effectuer de nombreuses contorsions pour accéder à un ouvrage qui lui paraît intéressant, et qu’il doit choisir à la hâte. Sans aucun inconvénient, Internet permet les paiements sécurisés à distance. Grâce à cet étonnant progrès, le compositeur a toutes les chances de trouver un écho favorable auprès de nombreux mélomanes et interprètes.

 

De l’Orient à l’Occident…

La musique a recours à l'édition pour être conservée et transmise. Ce moyen a permis l'accumulation de nombreux documents grâce auxquels cet art a pu fixer son histoire. Sans les repères d'archives, la polyphonie n'aurait jamais atteint un si haut niveau d'ingéniosité et de finesse. De même, la codification écrite atteint une telle perfection qu’elle permet de restituer des créations immémoriales et de re-créer au plus près la pensée des compositeurs.

A défaut d’écriture, le bouche à oreille est le vecteur essentiel du patrimoine. Le musicien s'exprime instinctivement dans une musique inventée, s'imprimant progressivement dans la mémoire collective pour franchir les générations. Cette manière de livrer sur l'instant une improvisation est toujours aussi présente.

Dans notre monde moderne, le Jazz a mis en évidence des artistes de génie n’ayant rien à envier aux autres créateurs. Ces improvisateurs inventifs se livrent à des séquences collectives où, tour à tour, chaque instrumentiste s'exprime et intervient avec la richesse de sa fantaisie. Il n’en résulte certes pas une épouvantable cacophonie, mais bien au contraire, une merveilleuse allégresse s'impose à notre ravissement. Notre esprit raisonneur et - peut-être aussi un peu notre vanité - font obstacle à l'évaluation objective du grand talent de ces improvisateurs. De nombreux Jazzmen renommés et illustres ont appris « sur le tas », en autodidacte, portés par leur seule passion. Ils inventaient mélodies et rythmes inattendus sans toujours avoir la capacité de les écrire ou de les lire. Et pourtant, ils ont laissé d'admirables chefs-d'œuvre aussi impressionnants que ceux entendus dans nos grandes salles de concerts classiques. Le prodigieux musicien que fut Django Reinhardt a très humoristiquement confirmé cette situation. Un jour, alors qu'il lui était reproché de ne pas connaître la musique, il répondit très naturellement : « Je ne connais pas la musique, mais la musique me connaît ». Rassurons-nous, le goût de l'improvisation existe aussi chez les « classiques », car, de Jean-Sébastien Bach à nos jours, de nombreux organistes ont été de brillants improvisateurs : Marcel Dupré et Pierre Cochereau par exemple.

Invariablement les différentes communautés possèdent leur manière propre de s’exprimer et il est vain de chercher à déterminer quelle est la plus valable. Parmi tous, celui qui sert son art en sincérité avec lui-même est le meilleur : aimer la musique, c'est déjà avoir du talent.

 

* * *

 

Sous le signe de la bonne fortune

Le pédagogue

Il faut avoir les qualités d’un missionnaire pour convertir ses semblables à la musique : c'est dire combien l'enseignement doit dépasser la transmission des notions à comprendre pour s'élever au niveau des émotions. A ce point, les paroles deviennent moins importantes et la fascination agit essentiellement. Parmi les très nombreux élèves rencontrés dans ma carrière d'enseignant, presque tous ont conservé une image radieuse de « Dame Musique ». Dans de bonnes conditions de rencontre, le rapprochement de l'individu et de la musique est quasi magnétique. Elle est un élan fort, générateur de force morale, elle enflamme l'enthousiasme et adoucit la détresse. À travers les âges, les philosophes et les sages ont reconnu l'influence décisive de cet art sur le caractère et la moralité des jeunes gens ainsi que son importance dans la qualité de la civilisation. Je me suis toujours appliqué à exercer au mieux ma belle et noble profession. Quelle satisfaction de rencontrer après tant d’années des élèves évoquant avec plaisir ce mémorable passé…

 

Le compositeur

Quand une personne se voue passionnément à une carrière musicale, il n'est pas rare qu’elle ressente un jour le bienfaisant et stimulant désir de composer, difficile à mettre en œuvre car les obstacles sont multiples : fragile confiance en soi, sarcasmes de l'entourage, perplexité en face des nombreux choix, travail important de recherche… Pour remédier à ces difficultés, il faut en revenir à de simples évidences : le talent s'affermit avec la pratique, quitte à provoquer la jalousie des moqueurs. Une certitude : le travail donne vigueur à la pensée et favorise l'inspiration, il permet de forger sa griffe et de découvrir les voies conformes à sa nature. Le tempérament fait le reste. L'acte de composer requiert minutie et persévérance, mais la réussite est hautement jubilatoire. Je suis heureux de livrer au public une production ayant peut-être quelque chance de s'ajouter à la diversité du répertoire connu. Mon ambition n'est pas révolution. Au mépris de l'idéologie du penser correct musical, une création - si contemporaine soit-elle - ne gagne rien à la dénégation totale des illustres prédécesseurs infailliblement consacrés par le temps. Si tous les interprètes, de l’amateur au professionnel prenaient conscience de leur désir secret de création et se mettaient au travail, nous aurions peut-être la divine surprise de constater que « les Français sont aussi musiciens » que le reste du monde.

 

L'éditeur

L'édition est une sorte d'enseignement par correspondance couvrant le monde au mépris des distances. A l’instar du professeur s'évertuant à faire aimer la musique à ses élèves, le compositeur n'a de cesse de diffuser son œuvre urbi et orbi. Comme déjà évoqué, il est exceptionnel qu’un éditeur, ayant pignon sur rue, prenne des risques financiers pour un anonyme dépourvu de garanties évidentes. Les moyens de se faire connaître font tant défaut que l'avenir des créateurs anonymes apparaît comme problématique. Par bonheur, en favorisant la communication, la science moderne permet à tous de sortir de l’isolement. Le compositeur peut aussi faire parvenir à bon compte et rapidement toutes sortes de documents à des correspondants de son choix. Être son propre éditeur représente la conquête du dernier maillon de liberté. Il est indispensable d’être libre d'offrir au public le fruit de son travail en toute responsabilité : en dehors de toutes tractations commerciales, le compositeur est désormais l’unique artisan de son échec ou de son succès.

Dans l’action et grâce à elle : l’enseignant développe ses qualités précieuses de persévérance et de sérénité ; le chef de chœur galvanise l'énergie des exécutants ; l'interprète soulève les foules ; le compositeur se ressource dans d’extraordinaires moments de création où l'intensité de la réflexion confine à l'euphorie.

Dans l’intimité quotidienne : jouer du piano, de l’orgue ou de tout autre instrument constitue un divertissement revigorant ; de même : écouter de belles œuvres, chez soi et selon l'humeur du moment, est un délassement fécond.

Depuis le jour de ma rencontre avec la musique, où l’émerveillement initial s'est progressivement transformé en passion, la vie m'est apparue plus souriante. Dans mes jeunes années, je parlais de musique avec moi-même dans des élans d'amour inconsidérés, sans savoir que je faisais comme « Chérubin » dans les Noces de Figaro. Tous les ravissements ressentis m’obligent à reconnaître mon incroyable chance. Il n’est pas étonnant que de nombreux musiciens, poètes et savants se soient depuis toujours efforcés de célébrer cet art avec ferveur. Son pouvoir mystérieux de prodiguer douceur et joie, sans contrepartie, est énigmatique. Jouer et chanter ensemble représentent des grands instants de bonheur.

Jean-Sébastien Bach, Wolfgang Amadeus Mozart, Franz Schubert, et tant d’autres ont offert de sublimes chefs-d’œuvre. Du fond des temps, ils semblent proclamer : « Mélomanes de demain, ce que nous avons fait, nous l'avons bien fait, pour vos plaisirs et joies ».

La musique nous convie à une fraternité bienheureuse, quasi intemporelle, mystique et tellement extraordinaire que, dans bien des cas, elle est identifiée comme un don de Dieu.

Guy MIAILLE

 

 

REMERCIEMENTS : Je remercie amicalement Madame Edith Weber, professeur émérite à l’Université Paris-Sorbonne ainsi que Madame Isabelle Vonck, ancien membre des Escholiers de Sainte Geneviève et professeur d’Education musicale de la ville de Paris, qui ont généreusement participé à la rédaction et la réalisation de cette biographie.


CATALOGUE DES ŒUVRES DE GUY MIAILLE




MUSIQUE VOCALE RELIGIEUSE

Audio lecteur Windows Media O Salutaris hostia, 3 voix mixtes (1996)
Domine non sum dignus, 3 voix mixtes (1996)
Ubi caritas, 4 voix mixtes (1987)
Messe chorale pour le chœur et les fidèles, 2 chœurs (1957)
Requiem, 3 voix mixtes (Editions Les Escholiers, 2007)


MUSIQUE VOCALE PROFANE

Voici le mois de mai, 3 voix mixtes (1998)
La danse, 3 voix mixtes (1998)
Rossignolet du bois, 3 voix égales (1970)
Voici le joli mois de mai, 3 voix mixtes (1998)
La pibole, 4 voix mixtes (1970)
Sur les bords de la rivière, 4 voix mixtes (1964)
Kalinka, 4 voix mixtes (1967)
La Brabançonne, 4 voix mixtes (1969)
La Marseillaise, 4 voix mixtes (1969)
Les bergers du hameau, 3 voix mixtes (1997)
Cette nuit est né Noël, 3 voix mixtes (1987)
Dans le calme de la nuit, 3 voix égales (1999)
Nouvelles, nouvelles, 3 voix égales (1999)
Au Saint Nau, 4 voix mixtes (1967)
Disons Nau, 4 voix mixtes (1967)
Il est né le divin enfant, 4 voix mixtes (1966)
Il y a parmi nous quelqu'un (sur un air de Didier Rimaud), 4 voix mixtes (1966)
Lai de l'ancien et du nouveau testament (Ernoult de Gastinois), 3 voix mixtes (1997)
Lai de Notre Dame (Ernoult de Gastinois), 3 voix mixtes (1997)


MISIQUES POUR FLÛTES A BEC

Suite Au Saint Nau (8 pièces: Bransle gay, Bransle simple, Bransle courant, Basse dance, Demi basse dance, Pavane, Gaillarde, Tourdion), (Editions Schott Bruxelles, 1976)

Entrelacs (16 pièces pour flûtes à bec: 8 pièces sur 5 notes, Sur le mode de mi, Sur le mode de la, Comme un air de Noël, Ballade à deux, Cantilène, Canzonetta, Invention en do majeur, Invention en ré mineur), (Editions Minerva, 1973)

Bruits de flûtes (15 pièces pour flûtes à bec: Ductia, Estampie, Romance, Etude en forme de valse, Danse, Pavane, Fanfare, Rondo, Air suisse, Bruits de flûtes, Choral en fa majeur, Choral en do majeur, Choral en sol mineur, Choral en mi mineur, Danse autrichienne), (Editions Minerva, 1973)

Trois petites pièces pour le concert pour ensemble de flûtes à bec, (Valse rengaine, Passacaille, Marche militaire), (Editions Minerva, 1973)

Entrons dans la danse, Volume 1 (9 canons: Musette, Cotillon, Marche, A contre-pas, Habanera, Farandole lente, Menuetto, Passamezzo, Terpsichore), (1992, en cours d'édition chez Les Escholiers)

Entrons dans la danse, Volume 2 (10 canons: Dompe, Pavane, Pas chinois, Sérénade mexicaine, Contredanse, Pastourelle, Valse de cour, Fox-trot, Menuet galant, Menuet rustique), (1992, en cours d'édition chez Les Escholiers)

Audio lecteur Windows Media Valse rengaine pour l’orgue de Barbarie, pour 5 flûtes à bec alto et une flûte à bec basse, ou 6 flûtes à bec alto (Editions Les Escholiers, novembre 2016)

RECUEILS PEDAGOGIQUES

Divertissements sur des chants populaires (Volume 1) pour flûtes à bec, percussions et chant (7 pièces: Noël du Jura, Duguesclin (Bretagne), Les savetiers de la Savaterie (1635), Le cornemuseux de Marmignol (Berry), Alé (Cambodge), Pilons l'orge (1540), Drunten im Unterland (Basse Alsace), (Editions Leduc, 1968)

Divertissements sur des chants populaires (Volume 2) pour flûtes à bec, percussions et chant [7 pièces: Je file quand Dieu m'y donne de quoy (1567), Prendés i garde (Rondeau du XIVe siècle), Rossignolet du bois (Folklore vivarais), Les gars de Locminé (Bretagne), Noël du Poitou, Ronde du pays nantais, El vito (Andalousie)], (Editions Leduc, 1968)

Premier volume de formation musicale (Editions Musicalia, 1989)

Premier livre d'éducation musicale (polyphonies à chanter et jouer sur la flûte à bec), (Editions Musicalia, 1989)


ORGUE

Livre d'orgue (8 pièces: Plein Jeu, Dialogue, Tierce en taille, Audio lecteur Windows Media Flûtes, Audio lecteur Windows Media Chaconne, Invention, Fantaisie et fugue, Grand jeu), (Editions Les Escholiers, 2005)

Messe basse pour les défunts (9 pièces: Audio lecteur Windows Media Requiem æternam (Introït), Kyrie eleison, Requiem æternam (Graduel), Dómine Jesu (Offertoire), Sanctus-Benedictus, Agnus Déi, Lux æterna,  In paradisum), (Editions Les Escholiers, 2008)

Six préludes divers et six fugues (12 pièces: Prélude en mi mineur, Fugue en mi mineur, Prélude en sol majeur, Fugue en sol majeur, Audio lecteur Windows Media Toccata en si mineur, Audio lecteur Windows Media Fugue en si mineur, Prélude sur un air de Déodat de Séverac, Fugue sur un air de Déodat de Séverac, Choral-Fantaisie en sol mineur, Fugue en ut mineur), (Editions Les Escholiers, 2011)

Suite de danses Au Saint Nau (8 pièces: Bransle gay, Bransle simple, Bransle courant, Basse dance, Demie basse dance, Audio lecteur Windows Media Pavane, Audio lecteur Windows Media Gaillarde, Tourdion), (Editions Les Escholiers, 2008)

Danceries pour orgue Eloge de Claude Gervaise (11 pièces: Bransle double, Audio lecteur Windows Media Bransle de Poitou I, Audio lecteur Windows Media Bransle de Poitou II, Bransle de Champaigne, Pavane, Gaillarde, Bransle gay I, Bransle gay II, Allemande I, Allemande II, Toudion), (Editions Les Escholiers, 2011)

Livre d'oraisons pour orgue (25 brèves oraisons, « une invitation au recueillement » ) (Editions Les Escholiers, octobre 2013)

Second livre de préludes divers et fugues pour l'orgue ( 12 pièces : Canzona en sol majeur, Fugue en sol majeur, Choral en la mineur, Fugue en la mineur, Rêveries en la mineur, Fugue en la mineur, Prélude en ré majeur, Fugue en ré majeur, Scherzetto en ré mineur, Fugue en ré mineur, Elégie en si mineur, Fugue en si mineur) ( Editions Les Escholiers, juillet 2014)


PIANO

Six Noëls de France (6 pièces: Noël savoyard, Dans le calme de la nuit, Noël du Poitou, Noël de Gascogne, Noël bisontin, Noël nouvelet), (Editions Musicalia, 1989)

Cinq danses d'Auvergne sur des airs de Sylvie Pullès (5 pièces: La bourrée de Pierrefort, La Barrézienne, Cantal polka, O comme Auvergne, La Cantoinaise), (1993, en cours d'édition chez Les Escholiers)

Pièces diverses (5 pièces: Printemps à Nohant, Valse oubliée,  Bye, bye, Scott, A Zelazowa-Wola, Habanera), (composées entre 1980 et 1997)

Pièces auvergnates (2 pièces: Polka piquée, Valse villageoise), (2011)


OPÉRA

Princesse Harmonie, inachevé (35 numéros en 5 tableaux), (2003)

G.M. (septembre 2014)

 


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