Le Panthéon des musiciens

De janvier 2016 à décembre 2016

ROMANO (Jacques ROMAN) - Charles CHAYNES - André ISOIR - Francine TREMBLOT DE LA CROIX - Fabienne JACQUINOT Neville MARRINER

 

ROMANO (Jacques ROMAN) (1929-2016)
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Charles CHAYNES (1925-2016)
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André ISOIR (1935-2016)
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Francine TREMBLOT DE LA CROIX (1938-2016)
Article détaillé sur : cette page.

La pianiste Fabienne JACQUINOT nous a quittés le 26 août 2016 dans sa résidence athénienne, à l'âge de 88 ans. Professeur de piano à Paris, autrefois concertiste internationale, elle avait été à l'époque une magnifique ambassadrice de la musique française, une artiste acclamée et recherchée par les maisons de disques dès le début des années 1950. Certains de ses enregistrements, réalisés principalement au cours de cette décennie, restent encore gravés dans la mémoire des mélomanes. Cependant, assez jeune, dès les années soixante elle était quelque peu moins présente sur les grandes scènes, même si elle se produisait encore parfois dans la capitale. A partir des années 1980 elle avait débuté à Paris une carrière de pédagogue et enregistrait à nouveau quelques disques.

Fabienne Jacquinot, en 1956.
Fabienne Jacquinot en 1956
(coll. DHM) DR.

Née le 20 septembre 1927 à Paris, elle est initiée à la musique par son père. Celui-ci, Marcel Jacquinot, né le 21 octobre 1893 à Fontainebleau, décédé le 5 juillet 1974 à Paris, fils d'un militaire, est un pianiste concertiste. Après avoir pris des leçons de musique auprès de Frédéric Binet (organiste de l'église Saint-Louis de Fontainebleau), avant d'intégrer la prestigieuse Ecole de musique classique, plus connue sous le nom d'Ecole Niedermeyer, il était ensuite entré dans la classe de piano de Victor Staub, puis de Santiago Rièra au Conservatoire de Paris, où en 1914 il avait décroché un 1er prix. Dans ce même établissement il deviendra par la suite répétiteur d'Yves Nat et parmi ses élèves (au Conservatoire ou en cours particuliers) on relève les noms des Jean-Pierre Armengaud et Raymond Trouard. Entrée à son tour au Conservatoire de Paris, Fabienne Jacquinot obtient à l'âge de 11 ans une 2ème médaille de solfège instrument, et plus tard rejoint la classe de piano d'Yves Nat. Là, elle remporte un 2ème prix en 1942, la même année qu'Yvonne Loriod, et l'année suivante, à 15 ans, un 1er prix aux côtés de Jean-Claude Englebert, Jean-Michel Damase et à nouveau Yvonne Loriod. Dès lors va rapidement s'ouvrir pour elle une carrière internationale : en 1946, le 5 février, elle donne un concert en Suisse, à Genève (salle du Conservatoire), avec des œuvres de Beethoven, Schumann, Chopin, Liszt et Debussy, et le 11 février suivant, à Radio Sottens, avec l'Orchestre de la Suisse romande elle interprète la Fantaisie pour piano et orchestre de Noël Gallon. L'année suivante, à l'âge de 19 ans, au Portugal elle représente son pays lors d'une séance musicale de 6 pianistes déléguées par leur pays, parmi lesquelles figure la britannique Moura Lympany (1916-2005). A cette époque, elle se fait plus particulièrement applaudir dans Le Pantin de Granados et « l'éblouissant » Sospiro de Liszt (septembre 1949 à Lausanne). En avril 1951 à Paris avec l'Orchestre Colonne dirigé par Henri Baud, c'est elle qui crée en France le Concerto pour piano de Pierre Wissmer qu'elle exécute avec un « brio remarquable ». En 1953, à 26 ans, elle a déjà effectué des tournées de concerts et récitals en Europe et en Afrique, notamment en Espagne avec l'Orquestra Sinfonica de Madrid, et s'est produite avec les Concerts Lamoureux, Colonne, Pasdeloup , ainsi qu'à la Radio-Diffusion Française. En 1955, elle se rend cette fois en Amérique du Sud pour des concerts au Brésil, Mexique, Colombie, Guadeloupe, Antilles. Le 15 du mois de décembre de cette année, elle joue à Haïti, puis se rend à Porto-Rico et termine sa tournée par la République Dominicaine, avant de se produire, début janvier 1956 en Amérique du Nord. Lors d'un récital à Port-au-Prince (à l'Institut Français), le 21 décembre 1955, annonçant cet événement, le quotidien Haïti-Sun du dimanche 27 novembre 1955 écrivait : « Music critics of the leading newspapers in Paris, London, Mexico City, Stockholm, Geneva and all the other critics which she has visited, have paid tribute to Miss Jacquinot for her delicacy and sensitivity of touch, as well as the mature perfection of her technique. »

Dès le début des années cinquante elle enregistre pour le label discographique MGM Records, créé peu avant (1946) par la société américaine de production Metro-Goldwin-Mayer Inc., avec lequel elle se lie par contrat durant quelques années. C'est principalement en 1952 et 1953 qu'elle grave ainsi 6 disques : Liszt, Danse macabre, paraphrase sur le « Dies irae » et Rimsky-Korsakov, Concerto pour piano et orchestre en ut dièse mineur, op. 30 (MGM E182) ; Strauss, Burleske pour piano et orchestre, et Dohnanyi, Variations sur une chanson enfantine, op. 25, pour piano et orchestre (MGM E3004) ; Honegger, Concertino pour piano et orchestre, Milhaud, Concerto pour piano n° 1, Chausson, Poème pour violon et orchestre (Elisabeth Lockhart, violoniste), Ravel, Tzigane pour violon et orchestre (MGM E3041) et Fauré, Dolly (arrangement pour orchestre par Henri Rabaud), avec Poulenc, Les Biches (MGM E398), ces 4 disques avec le Philharmonia Orchestra de Londres dirigé par Anatole Fistoulari. Quant aux 2 autres : Saint-Saëns, Concerto pour piano et orchestre, n° 5, en fa majeur, op. 103 « L'Egyptien », et d'Indy, Symphonie sur un chant montagnard français, pour piano et orchestre, op. 25 (MGM E3068) ; Debussy, Fantaisie pour piano et orchestre, et Poulenc, Aubade, concerto pour piano et 18 instruments (MGM E3069), c'est avec le Westminster Symphony Orchestra de Londres, placé sous la direction du même Fistoulari, qu'elle enregistre. Plus tard, elle travaille avec le label Ducretet-Thomson pour lequel elle grave en 1956 : Schumann, Carnaval, op. 9 (270 C094) et Davidsbündlertänze, op. 6 (255 C031) ; en 1957 : Liszt, Années de pèlerinage (extraits) : Orage, Au lac de Wallenstadt, Chapelle de Guillaume Tell, Au bord d'une source, Les cloches de Genève, Sposalizio (250 C056) et en 1958 : Liszt, Sonate en si mineur (250 C036).

Retirée des scènes internationales dès les années soixante, Fabienne Jacquinot continue néanmoins de donner quelques concerts et récitals dans la capitale. Ainsi, on la trouve, entre autres, le 15 mai 1968 à la Société Nationale de Musique où elle crée les Trois études pour piano (pour la main droite, pour la main gauche et les deux mains) de Pierre Wissmer. Plus tard, le 5 février 1986 Gaveau l’accueille en compagnie de Jean-Michel Damase pour jouer Mozart, Schumann, Chopin, Damase, Chabrier et Milhaud. Au cours de cette même décennie, elle retourne au disque avec le label de disques classiques BNL fondé par Bernard Neveu ; en 1983 : Adolf Schulz-Evler, Arabesques sur le thème des valses « Le beau Danube bleu » de Johann Strauss, Liszt, Mephisto-walzer, Chopin, Valse brillante, op. 34, n° 1, et Brahms, Valses, op. 39 (BNL 230983), en 1984 : Schumann, Etudes symphoniques pour piano, op. 13, Scènes d'enfants, op. 15 (extraits) 3 pièces, et Papillons pour piano, op. 2 (BNL 112506), vol. 1, et à nouveau Carnaval et Davidsbündlertänze, plus L'Oiseau prophète, op. 28, n° 7 (BNL 112728) vol. 2, et en 1987 : Tchaïkovski, Mélodies ukrainiennes (BNL 111404). En octobre 1987, elle est nommée professeur de piano à l'Ecole Normale de Musique de Paris, poste qu'elle va occuper durant près de 20 ans, jusqu'à sa retraite en septembre 2006. Cette même année, elle est membre du jury du Concours Poulenc 2006, après avoir siégé en 2004 dans celui du Grand Prix International Maria Callas (section piano). Parmi ses élèves, notons les pianistes japonaises Mari Tokida et Shiho Narushima, ainsi que Régine Lapassion, pianiste, chef de choeur, pédagogue et chanteuse très en vogue, qui fut jusqu'en 2006 le coach vocal de Christophe Wilhem, avant de fonder en Guyane l'Institut de Formation aux Disciplines Musicales (IFDM).

Bien que longtemps domiciliée à Paris, Fabienne Jacquinot partageait sa vie avec la Grèce où elle effectuait de fréquents voyages et séjours à Athènes, pays de naissance (en 1928) de son mari Athanase-Sigmund Mineikos. Fils d'Euthimios-Casimir Mineikos, président du Conseil du commerce grec-polonais à Athènes, et de Merope Catsaros, il est un cousin germain du ministre grec Andreas Papandreou (1919-1996).

Son décès, survenu à Athènes où ses obsèques ont été célébrées le mardi 30 août 2016, est passé totalement inaperçu auprès des médias français, mais heureusement il nous reste ses enregistrements et si ceux-ci sont épuisés depuis longtemps, Alain Deguernel ,avec son label Forgotten Records, les a sauvés de l'oubli, du moins en partie, en rééditant à partir de 2011 Saint-Saëns, d'Indy et Debussy (FR 437), ainsi que Liszt et Schumann, Davidsbündlertänze (FR 600) ) et Fauré, Poulenc (FR 670). Elle laisse un fils, Philippe Mineikos et 3 petits-enfants : Alexandre, Eleonore et Sophie Mineikos.

Denis Havard de la Montagne

Le 2 octobre 2016, s'est éteint dans son domicile londonien le violoniste et chef d'orchestre britannique Sir Neville MARRINER à l'âge de 92 ans. Père du célèbre orchestre de chambre « The Academy of Saint-Martin-in-the-Fields », comptant 20 à 25 cordes, il a été l'un des plus importants chefs d'orchestre de son temps, avec un vaste répertoire couvrant la musique baroque a celle du XXe siècle. Il avait notamment eu l'occasion de conduire à plusieurs reprises l'Orchestre National de France dans un répertoire romantique et moderne, et de diriger en 1979 Les Noces de Figaro de Mozart et La Création de Haydn au Festival d'Aix-en-Provence. A mettre aussi à son actif, le record du nombre d'enregistrements avec près de 600 disques et 2000 œuvres gravés en un demi-siècle d'une illustre carrière. Le grand public des jeunes et moins-jeunes le connaissaient assurément au travers la réalisation de la bande-son du film Amadeus de Milos Forman (1984), dont près de 7 millions de disques furent vendus à travers le monde, sans doute la meilleure vente de disques de musique classique !

Coffret Decca, 2014

Né à Lincoln le 15 avril 1924, fils d'Herbert Marriner, charpentier de profession, et de Ethel Roberts, Neville Marriner débute le violon et le piano avec son père, mélomane et violoniste amateur, puis opte pour le violon qu'il étudie auprès de Frederick Mountney du « Birmingham String Quartet ». En 1939, il entre au Royal College of Music de Londres où il suit notamment la classe de violon de William-Henry Reed (1876-1942), 1er violon du London Symphony Orchestra, ami et biographe de Sir Edward Elgar (1857-1934). Mais, au cours de la Seconde guerre mondiale, il doit interrompre ses études pour effectuer son service militaire de 1941 à 1943. De retour au Royal College, il y poursuit ses études, puis va se perfectionner durant une année dans la classe de René Benedetti au Conservatoire national de musique de Paris. Après une autre année (1947-1948) passée au College d'Eton (Berkshire) en tant qu'enseignant, il intègre ensuite (1949) comme 2e violon le « Quatuor Martin », dont le 1er violon est le canadien David Martin, avec lequel il pratique de la musique de chambre durant une douzaine d'années. Cette même année 1949 il retourne au Royal College of Music, cette fois pour y enseigner le violon pendant une décennie (1949 à 1959). En 1951, avec le claveciniste Thurston Dart, qu'il avait connu au cours de la guerre, il fonde le « Jacobean Ensemble ». C'est avec cette formation qu'il enregistre pour le label américain Vanguard et découvre la musique ancienne. A cette époque, il fonde aussi le « Virtuoso String Trio ». Parallèlement à ses activités de chambriste, il étudie la direction d'orchestre auprès de Pierre Monteux durant ses cours d'été à Hancock (Maine, U.S.A.) et, en 1952 entre comme violoniste au Philharmonia Orchestra de Londres. Plus tard, en 1956 il est engagé en tant que chef d'attaque des seconds violons au London Symphony Orchestra, poste qu'il occupe jusqu'en 1969. Ces années passées sous la direction de plusieurs chefs d'orchestre de grande renommée, entre autres Arturo Toscanini, Herbert von Karajan, Wilhelm Furtwängler ou encore Josef Krips, le poussent à créer dès 1958 sa propre formation, avec au départ une douzaine de ses collègues du LSO : « The Academy of Saint-Martin-in-the-Fields », du nom de l'église située au coin de Trafalgar Square, dans la cité de Westminster, dans laquelle ont lieu les premiers concerts de cet ensemble donnés régulièrement à l'heure du déjeuner. Sa réputation fera rapidement le tour du monde avec un grand nombre de tournées et d'enregistrements, dont le premier date de 1961 pour le label L'Oiseau-Lyre (Corelli, Torelli, Locatelli, Händel), et qui seront principalement consacrés à la musique du XVIIIe siècle.

Ses activités de chef ne s'arrêtent pas à son Academy, bien au contraire. Grâce à sa renommée mondiale il devient aussi directeur musical de l'Orchestre de Chambre de Los Angeles (1969-1979), chef associé du Northern Sinfonia Orchestra de Newcastle (1971-1973), directeur musical de l'Orchestre Symphonique du Minnesota à Minneapolis (1979-1987), chef de l'Orchestre Symphonique de la Radio de Stuttgart (1981-1989) ; il est aussi invité à diriger de nombreux autres formations orchestrales du monde entier, entre autres le Philharmonique de Vienne, l'Australian Chamber Orchestra de Sydney, le Philharmonique de New York, l'Orchestre Symphonique de Détroit, le Concergebouw d'Amsterdam, l'Orchestre Gulbenkian de Lisbonne, l'Orchestre de chambre d'Israël à tel-Aviv, le Philharmonique de Radio France... En 1978, il avait laissé son poste de chef permanent de l'Academy of Saint-Martin-in-the-Fields au violon solo Iona Brown, puis en 2011, alors âgé de 87 ans, celui de directeur musical au violoniste américain Joshua Bell, tout en conservant le titre de président à vie. En avril 2014, pour ses 90 ans il dirige une ultime fois son Academy au Royal Albert Hall, dans des œuvres de Mozart, Saint-Saëns et Elgar. Trois jours avant sa disparition il avait encore donné un concert en Italie, à la tête de l'Orchestre de Padoue et de la Vénétie, avec trois Symphonies de Mozart… On peut facilement trouver sur le marché bon nombre de ses enregistrements parmi les centaines réalisées, mais, vu leur grand nombre en conseiller une sélection n'est guère possible. Contentons-nous de signaler le coffret à petit prix de 28 disques intitulé "The Argo years", publié par Decca en 2014 à l'occasion de ses 90 ans, et qui survole habilement son vaste répertoire, de Couperin à Copland, de Bach à Schoenberg, en passant par Vivaldi, Haendel, Mozart, Mendelssohn, Fauré, Rossini, Bizet, Dvorak et bien d'autres encore.

Neville Marriner avait épousé en 1949 la pianiste et violoncelliste Diana Carbutt (1926-2012, Mme Parikian lors d'un second mariage) qui lui donna deux enfants : Susie, écrivain, qui, en compagnie de son mari Meirion Harries est l'auteur d'un ouvrage sur son père, intitulé tout simplement The Academy of St. Matin in the Fields (Michael Joseph Ltd, 1981, 288 pages) et Andrew Marriner, première clarinette au London Symphony Orchestra ; puis, en secondes noces, en 1957, Elizabeth Mary Sims, surnommée "Molly", morte le 2 octobre 2016 à l'âge de 92 ans. Commandeur de l'ordre de l'Empire Britannique (1979), il avait été anobli en 1985 par la Reine Elisabeth II.

Denis Havard de la Montagne

 


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