Le Panthéon des musiciens

De janvier 2017 à décembre 2017

Georges PRÊTRE - Thérèse SOUBERBIELLE - Claude PASCAL - Suzanne CHAISEMARTIN - Céline PERREAULT - Jean-Marc BAFFERT - Michel CHAPUIS

 

Georges PRÊTRE (1924-2017)
Article détaillé et quelques photos inédites sur ces pages spécifiques

Thérèse Souberbielle
(coll. privée) DR.

Thérèse SOUBERBIELLE (1925-2017)

Thérèse SOUBERBIELLE, née le 5 Juillet 1925 à Paris, s'est éteinte à Meudon (Hauts-de-Seine) le 14 février 2017. Violoniste, elle avait été formée par Lily Bach à la Schola Cantorum et par Line Talluel. Fille du grand organiste Edouard Souberbielle et de Madeleine Bloy-Souberbielle (elle-même violoniste), elle était également la petite-fille de Léon Bloy. Le compositeur belge Armand Merck, élève de Vincent d'Indy, lui dédia un beau Poème pour violon et piano (Delatour-France). Elle compta parmi les premiers professeurs de son neveu et filleul Alexis Galpérine, aujourd'hui professeur au Conservatoire de Paris. Elle renonça à sa vocation musicale après la guerre et occupa la fonction de bibliothécaire à la Bibliothèque Mazarine (Paris) ; une double formation qui lui permit d'apporter une aide considérable à ses proches. Ainsi elle se montra une collaboratrice dévouée et efficace de son frère Léon Souberbielle, organiste et théoricien, auteur de l'ouvrage Le Plein-Jeu de l'Orgue Français à l'époque classique (réédition Delatour-France), et de sa soeur Marie-Claire Galpérine, philosophe et helléniste, auteur d'une importante introduction et traduction du Traité des Premiers Principes de Damascius (Editions Verdier). On lui doit aussi la saisie et mise en forme partielle des Souvenirs (Delatour-France) de sa mère sur le monde de Léon Bloy. Ses obsèques ont été célébrées le lundi 20 février en l'église Saint-Martin de Meudon par Mgr Jean-Pierre Batut, évêque de Blois.

A.G.



Claude PASCAL (1921-2017)
Article détaillé et illustrations sur une page spécifique.

Jean-Marc BAFFERT (1947-2017)
Article détaillé et illustrations sur une page spécifique.

C'est à Paris, le 9 juillet 2017 que s'est éteinte l'organiste et pédagogue Suzanne CHAISEMARTIN à l'âge de 96 ans. Grande Dame de l'orgue, aux côtés des Jeanne Demessieux, Marie-Claire Alain et Rolande Falcinelli, cette artiste de classe internationale était une disciple de Marcel Dupré. Au travers de sa discographie, qui concerne principalement les auteurs romantiques et symphonistes français, l'enseignement de ce dernier est scrupuleusement respecté. On relève en effet dans le jeu de l'interprète un profond respect du texte accompagné d'une clarté dans le discours. A l'âge de 85 ans, la perfection de son jeu allié à une rare virtuosité étaient toujours d'actualité ; c'est que les auditeurs ressentirent lors d'un de ses concerts donné à l'église de la Madeleine à Paris, le 9 avril 2006.

Suzanne Chaisemartin
Suzanne Chaisemartin
(Photo X...) DR.

Issue d'une famille de cultivateurs originaire de Beynac, dans le Limousin, Suzanne-Henriette-Madeleine Chaisemartin est née le 7 février 1921 en région parisienne à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), où son père, Jean Chaisemartin (1883-1955) avait été muté en tant que dessinateur à la Compagnie du chemin de fer d'Orléans. Quant à sa mère, Madeleine Célérier (1887-1964), elle avait étudié l'art du chant au Conservatoire de Limoges. C'est elle, avec son autre fille aînée Yvonne (1912-1992), 2e prix de piano en 1934 dans la classe d'Isidore Philippe au Conservatoire de Paris et future Mme Emile Leprieur, qui vont initier Suzanne à la musique. Vers l'âge de 8 ans, fréquentant le dimanche avec sa famille l'église de la Madeleine à Paris, elle est subjuguée par la beauté de la liturgie et la sonorité du grand orgue, tenu à cette époque par Henri Dallier, suppléé par Edouard Mignan ; André Simon est alors à l'orgue de choeur et Achille Runner occupe le poste de maître de chapelle. En 1930, à Paris, elle commence à prendre des cours de solfège et de piano auprès de Mme Massart, qui dispense des cours privés pour l'entrée dans sa classe de solfège du CNSMP. Là, celle-ci et son assistante Mme Raya Sylbernik remarquent très rapidement ses dons d'oreilles absolue et de rythme, et, à l'âge de 11 ans elle peut rejoindre son professeur au Conservatoire. Elle obtient une 2ème médaille de solfège en 1934, puis une 1ère médaille l'année suivante, tout en poursuivant des cours particuliers auprès de Mme Coedès et des leçons avec sa soeur Yvonne. Entre temps, dans cet établissement elle est admise en 1932 dans la classe de piano d'Hélène Chaumont, répétitrice d'Isidor Philippe, mais si elle continue encore durant quelques années ses études pianistiques, l'orgue reste son instrument préféré. D'autant qu'à partir de 1938 elle tient l'harmonium de la chapelle de secours de Choisy-le-Roi où son beau-frère, l'abbé Leprieur, l'initie à la liturgie. En 1939, par l’intermédiaire de Lily Tallon alors organiste de Sainte-Lucie à Issy-les-Moulineaux et élève de Marcel Dupré, elle est introduite chez ce dernier dans sa maison de Meudon. Il la prépare en cours particuliers à l'entrée dans sa classe d'orgue du Conservatoire et en octobre 1941, elle y est admise, décrochant un 1er prix en 1947. Parallèlement, elle suit les classes d'harmonie de Jacques de la Presle et d'histoire de la musique de Norbert Dufourcq.

Après la chapelle de Choisy-le-Roi, au début des années 1940 elle succède à Henri Elie à l'orgue Louis Debierre (1899) de l'église Saint-Lambert-de-Vaugirard à Paris XVe, et à partir de 1947 son maître Marcel Dupré fait appel à elle pour le remplacer parfois aux claviers du grand Cavaillé-Coll de Saint-Sulpice. La même année elle est agréée également à Saint-Augustin, en compagnie de Bernard Gavoty, pour suppléer André Fleury, titulaire du grand orgue depuis 1930. Cet instrument, le premier à traction électrique à Paris, construit en 1868 par Barker et Peschard et inauguré le 17 juin de cette année par Georges Schmitt, Edouard Batiste et Eugène Gigout, comportait à l'origine 42 jeux répartis sur 3 claviers et un pédalier. Restauré en 1899 par Aristide Cavaillé-Coll, agrandit en 1925 par Charles Mutin, relevé en 1945 par Beuchet-Debierre, modifié en 1961 par Picaud Père & Fils, et enfin en 1988 restauré par Bernard Dargassies, il est porté au fil du temps à 54 jeux. Nommée titulaire au départ de Fleury en 1949, elle occupera ce poste jusqu'en août 1997, année où elle est « invitée » à quitter la tribune. Dans cette église, où Eugène Gigout, l'un de ses prédécesseurs, tint l'instrument durant près de 60 ans, elle travaille étroitement avec les maîtres de chapelle successifs Armand Vivet (1897 à 1956) et Jean Pesneaud (1956 à 1969), et les organistes de choeur Henri Milan, Jean et Geneviève Fellot, Pierre Delpit et Michel Pinte. Comme organiste concertiste, tout au long de sa carrière elle donne de nombreux récitals, tant en France, où elle est aussi longtemps soliste de Radio-France, qu'en Europe (Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Suisse, GrandeBretagne) et aux Etats-Unis (New York, Houston, Dallas, White Bear Lake, Deland, Denton...). Son répertoire couvre principalement les compositeurs français des XIXe s. (Boëly, Franck, Saint-Saëns, Guilmant, Widor, Gigout...) et XXe (Pierné, Tournemire, Vierne, Langlais...), avec une prédilection toute particulière pour les oeuvres de Marcel Dupré, et des incursions dans un répertoire plus ancien ou étranger (Clérambault, Corrette, Frescobaldi, Buxtehude, Purcell, Bach, Haendel, Liszt, Schumann, Brahms, Mendelssohn...). Sa discographie, composée d'une vingtaine d'enregistrements, reflète bien la diversité de ses interprétations. Parmi celle-ci soulignons plus particulièrement six disques consacrés entièrement à Dupré, son maître dont elle disait être « profondément pénétrée du style et de l'interprétation » : les Variations sur un Noël et les Vêpres du commun des fêtes de la Sainte Vierge, à l'orgue de l'abbatiale Saint-Etienne de Caen (1974, Erol 7408), Le Chemin de la Croix, avec le même instrument (1974, Erol, 97411), la Deuxième Symphonie, la Suite bretonne, la Fileuse, Les cloches de Perros-Guirec, le Tombeau de Titelouze, à l'orgue de Sainte-Clotilde (1984, R.E.M., 10913), la Symphonie-Passion et à nouveau la Deuxième Symphonie, à l'orgue de Saint-Pierre de Montpellier (1991, Coriolan, COR 316108), les Vêpres du commun des Fêtes de la Sainte-Vierge avec choeur, et Sept Pièces, op. 27, à l'orgue de l'abbatiale Saint-Ouen de Rouen (1992, Motette CD-50251), Résurrection, Cortège et Litanie, Lamento, Six versets du Magnificat, Pastorale, Toccata de la Deuxième Symphonie…, à l'orgue de Saint-Sulpice (2001, Aeolus AE-10221). Mentionnons aussi l'enregistrement de plusieurs oeuvres de Jean Langlais, dont l'intégrale des Neuf Pièces, à l'orgue de Saint-Augustin (1994, Lade, Trésor de l'orgue français 6).

Très tôt attirée par la pédagogie, Suzanne Chaisemartin débutera son enseignement à partir de 1961 dans des conservatoires parisiens : le solfège supérieur dans celui du XIIIe (1961-63), le piano (1960) puis l'orgue (1975) dans le Xe, l'orgue également dans le XVIIe (1977). Mais, c'est principalement dans les classes d'orgue de l'E.N.M. (1956 à 1986), du CNSMP (répétitrice puis assistante de Rolande Falcinelli, 1956 à 1986) et du C.N.R. de Dijon, où elle succède à André Fleury en 1971, laissant son poste en 1989 à Jean-Pierre Leguay, qu'elle peut transmettre tout son art de l’interprétation qu'elle avait reçu de son maître Dupré. Sa pédagogie, ainsi d'ailleurs que sa philosophie, tant dans ses interprétations que dans la vie courante, peuvent se résumer en deux mots : « rigueur et discipline » [entretien avec J. Dhaussy, in Una Voce, n° 235, mars 2004]. Parmi ses nombreux élèves, il convient de citer Michel Bouvard, Maurice Clerc, François-Henri Houbart, Denys Mathieu-Chiquet, Dominique Mercier, Bruno Morin et Jean-Dominique Pasquet. Tous, aux côtés d'autres organistes renommés, ont témoigné par la suite de leur reconnaissance envers l'organiste de Saint-Augustin [in revue L'Orgue, n° 294, 2011-II, entièrement consacré à cette artiste et auquel nous renvoyons les lecteurs désireux d'en savoir davantage, documentation réunie par Pierre-François Dub-Attenti et Hubert Bouet].

Chevalier de la Légion d'honneur et de l'Ordre National du Mérite, Officier de l'Ordre des Arts et des Lettres, chevalier des Palmes académiques, Suzanne Chaisemartin se produit en concert une dernière fois le 21 mars 2010 à l'orgue de l'église Saint-Denys-du-Saint-Sacrement (Paris, IIIe). Elle a alors 89 ans, mais n'a rien perdu de la finesse et de la précision de son jeu, qui firent dire en son temps à la regrettée Christiane Colleney : « Son jeu, son esthétique, son répertoire sont en étroite correspondance avec la tradition de l'Ecole française. » [in « Marcel Dupré ou la cause de l'orgue », numéro 65/67, 1986, de la revue Jeunesse et Orgue]. Avec sa disparition, s'est ainsi éteinte l'une des dernières élèves et disciple de Marcel Dupré. Son ultime enregistrement, réalisé en 2003 aux orgues parisiens de Saint-Augustin et Saint-Sulpice, ainsi qu'à celui de Saint-Etienne de Caen, intitulé « Tribune libre », avec des oeuvres de Widor, Dupré, Gigout, Guilmant et André Fleury est un témoignage artistique d'une grande richesse à ne pas négliger (sorti en 2006, Aeolus, AE 10461).

Denis Havard de la Montagne


Céline Perreault, novembre 2006.
Céline Perreault
(Photo M.B., 2006)

Céline PERREAULT (1956-2017)

Céline PERREAULT nous a quittés brusquement le 28 août 2017, à l'âge de 61 ans, après une brève maladie. Originaire de Lac-Mégantic au Québec, elle fut dès l'âge de 12 ans élève des Soeurs de la Congrégation Notre-Dame et une des premières élèves de piano de Lorraine Prieur (elle-même élève d'Yvonne Hubert). Sous sa direction elle a terminé un baccalauréat à l'Université du Québec à Montréal, puis elle a fait une maîtrise à l'Université de Montréal. À cette époque elle a fait un stage en France pour se perfectionner avec Jean-Paul Sevilla. Elle a travaillé pour les Concours de musique du Canada en tant que secrétaire de jury au cours de sa tournée nationale.

Ayant pris la direction du Choeur de la cathédrale de Chicoutimi en février 2006, elle a participé avec lui à presque tous les Concerts d'été, aux messes dominicales et autres cérémonies. Musicienne efficace mais discrète, elle fut impliquée aussi dans un grand nombre d'organismes musicaux qui ont bénéficié de ses compétences diverses : violoniste, pianiste accompagnatrice pendant plusieurs années puis en charge du Choeur de l'Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean trois mois avant l'arrivée du chef Jean-Michel Malouf, pianiste pour la Société d'Art Lyrique du Royaume, professeur de piano et répétitrice-accompagnatrice recherchée au Camp Musical du Saguenay-Lac-Saint-Jean, à l'École de musique de Chicoutimi, à l'Atelier de musique de Jonquière et au Collège d'Alma. Ses ensembles de choeurs brillaient régulièrement au concours annuel du Festival du Royaume. Elle fut, quelques mois avant son décès, en charge d'une collaboration nouvelle entre le Collège d'Alma, l'Atelier de musique de Jonquière et le conservatoire de Saguenay qui ont donné ensemble le Magnificat de Bach à Alma et Saguenay. Lorraine Prieur la dépeint ainsi: "Sa personnalité l'a placée dans l'ombre, mais c'était une pianiste incomparable, d'une sensibilité rare et d'une grande culture."

Ses funérailles eurent lieu en la cathédrale de Chicoutimi au matin du 2 septembre 2017 en présence d'un nombreux auditoire de musiciens particulièrement recueillis. Elle laisse dans le deuil, outre ses amis, élèves et nombreux collègues, son frère André Perreault, Claude Cardinal, ses enfants Charles-André et Chloé Cardinal qui ont effectué des études instrumentales respectivement en violon et en flûte.

M.B.

Catherine Doffin-Sénac
Catherine Doffin-Sénac
(coll. famille Sénac) DR.

Le 5 octobre 2017 est décédée à Lyon la violoniste Catherine DOFFIN à l'âge de 80 ans. Née à Amiens (Somme) le 29 septembre 1937, elle avait débuté l'apprentissage du violon dès l'âge de 10 ans, avant d'entrer quelques années plus tard au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris dans la classe de violon de Line Talluel, qui compte parmi ses illustres élèves Ginette Neveu. Lors des premiers concours, notamment en 1953, elle se fait déjà remarquer par son tempérament et sa musicalité, et c'est en 1956 qu'elle décroche le premier prix. Dans ce même établissement, elle suit également les cours de musique de chambre dans la classe de Pierre Pasquier, puis de Joseph Calvet ; là-encore, elle obtient un premier prix en 1963, avec la pianiste Anne Marie de Lavilléon, une élève de Lucette Descaves, avec qui elle se produira souvent en concert au cours de sa carrière.

Une fois ses études musicales achevées, Catherine Doffin fonde avec Marylène Breton, altiste, (ancienne élève de Léon Pascal et de Joseph Calvet) le « Duo de France » qui se produit en tournées en France et à l'étranger (Espagne, Allemagne, Italie, Algérie), ainsi qu'aux croisières Paquet. On doit notamment à cette formation les créations à Paris aux concerts du Triptyque, le 23 janvier 1968 du Concert pour violon et alto de Denise Roger et le 25 janvier 1971 de Répons pour violon et alto d'Alain Weber. A partir de 1972, c'est au sein du « Trio romantique de Paris » qu'elle joue en compagnie de la pianiste Marie-Luce Lucas et du violoncelliste Jack Batrel. En tant que chambriste elle participe également aux tournées de concerts des Jeunesses Musicales de France, en duo avec le violoncelliste Klauss Heitz, disciple d'André Navarra.

Mais, Catherine Doffin ne pratique pas uniquement la musique en formation de chambre. Tout au long de sa carrière elle joue aussi, parfois en soliste, avec de nombreux orchestres, parmi lesquels on peut citer l'Orchestre de chambre de Caen (dir. Jean Dautel), l'Orchestre Pierre Basseux, l'Orchestre de Saint Denis (dir. Pierre Menet), l'Orchestre de chambre de Paris (dir. Pierre Duvauchelle), le Collegium Musicum de Marly-le Roi, l'Orchestre du Festival des jeunes solistes de Cannes-La Napoule (dir. Mario Vincent), l'Orchestre de chambre de Versailles (dir. Bernard Walh), l'Ensemble instrumental Bernard Fonteny, l'Orchestre Alain Thomas et l'Orchestre Caecilia de Poissy (dir. Raymond Malfait-Cortez). Avec cette dernière formation, elle se produit, entre autres, le 8 février 1974 à Argenteuil (Val-d'Oise) dans le Concerto en ré mineur pour deux violons de Bach (avec Jean-Louis Mouchel), concert au cours duquel sont en outre donnés le Magnificat de Bach et des oeuvres pour orgue interprétées par Elisabeth Havard de la Montagne. Les Saisons musicales de l'Orchestre Fernand Oubradous l'accueillent aussi (Académie de Nice et salle Gaveau), ainsi que les Concerts Colonne (1977 à 1980) et l'Orchestre de Tours. Au cours de ses nombreuses prestations, en tant qu'interprète on lui doit la création de plusieurs oeuvres de compositeurs contemporains : les Quatuor à cordes de Naokiko Kai (à l'ORTF en 1970), de Denise Roger et de Dia Succari, les Ecorces d'Alain Bancquart, l'Improvisation à deux (violon et alto) de Jacques Chailley, les Trois Mouvements pour violon seul de Denise Roger, les Trois Pièces pour violon et piano (avec la pianiste Michèle Edmond-Mariette) de Dia Succari, la Sonate en fa dièse mineur de Francis-Paul Demillac, le Quintette pour cordes de Ross Lee Finney, le Sextet pour hautbois, clarinette, basson, violon, alto et violoncelle d'Alvin Etler...

Parallèlement à ses activités de concertiste, Catherine Doffin, titulaire du CAP de professeur de violon, se livre à l'enseignement durant plus de trente années : de 1965 à 1985 dans les conservatoires de Saint-Denis et de Suresnes, en région parisienne, puis, jusqu'à sa retraite en 1999, en Auvergne, dans ceux du Puy-en-Velay et de Saint-Etienne. Dans ce dernier établissement, elle compte parmi ses élèves le violoniste Louis-Jean Perreau.

Mariée en 1959 à l'architecte Claude Sénac, Catherine Doffin laisse deux fils, dont Romain Sénac, actuel violoniste de l' « Ensemble du chevalier Spontini » et à l'orchestre de l'Opéra de Massy (Essonne).

Claude Sénac


Le 12 novembre 2017 à Dole (Jura) est décédé Michel CHAPUIS, organiste, organologue réputé et pédagogue, dans sa quatre-vingt-septième année. De renommée internationale, il a grandement contribué au renouveau de l'interprétation de la musique française baroque, tant dans ses interprétations qu'au sein de la Commission des Monuments historiques (5e section Orgues), dont il fut membre à partir de 1967 et de l'Association Française pour la Sauvegarde de l'Orgue Ancien (AFSOA) qu'il rejoignait dès sa création en janvier 1968 en tant que Conseiller artistique, aux côtés d'autres éminents organistes tels que Francis Chapelet, Xavier Darasse, Pierre Cochereau, René Delosme, Xavier Guerner , René Saorgin et Jean Ver Hasselt. A juste titre, il a été considéré comme le chef de file de l'école d'orgue historique française et a joué un rôle déterminant dans le retour à une facture d'orgue d'esthétique néo-baroque.

Michel Chapuis
À l'orgue de Dole
(CD Plenum Vox)

Né le 15 janvier 1930 à Dole (Jura), d'un père instituteur et d'une mère téléphoniste à la poste de cette ville, rien ne le prédestinait à embrasser une carrière musicale. Mais, enfant, c'est sa grand-mère qui lui fit découvrir l'orgue en l’emmenant un jour de Première communion à la collégiale Notre-Dame de Dole. L'orgue de chœur était alors tenu par M. Barreau et c'est avec lui qu'il prit ses premières leçons d'orgue à l'âge de 12 ans, le suppléant occasionnellement, avant de les poursuivre auprès d'une ancienne élève d'Emile Poillot, Mlle Odette Vinard (future Mme Edouard Goulon-Sigwald), alors organiste du temple protestant de Dole, puis en 1945 à Besançon avec Jeanne Marguillard, organiste de Sainte-Madeleine et ancienne élève de Vierne, Dupré et Duruflé. En 1946, installé à Paris, il entre à l'Ecole supérieur de musique César-Franck, où il suit notamment, entre 1946 et 1950, les cours d'orgue d'Edouard Souberbielle, et d'harmonie de René Malherbe. C'est sur les bancs de cet établissement qu'il rencontre sa future femme, Denise Rouquette, condisciple d’Élisabeth Sedant, qui, comme elle rencontrera son futur mari, Joachim Havard de la Montagne, sur ces mêmes bancs. Tout comme d'ailleurs deux autres élèves de cette école, Jean-Albert Villard et André Isoir qui épouseront respectivement Simone Michaux et Annie Kergomard, également élèves. Parallèlement, il prend des leçons particulières auprès de Paule Piedelièvre, organiste de l'église des étrangers (St-Ignace), puis de Paul Bédouin, organiste de Saint-Thomas-d'Aquin, avant de suivre une année la classe d'orgue de Marcel Dupré au Conservatoire national supérieur de musique, d'où il ressort en 1951 avec un 1er prix en poche. C'est l'époque où il tient l'orgue de chœur de Saint-Germain-des-Près (1949-1951) et au début de cette décennie il est également suppléant à St-Hippolyte (1950-51) et titulaire de Saint-Germain-l'Auxerrois (1951-54), succédant-là à Jean Pergola, tout en assurant le casuel à Sainte-Thérèse de Boulogne-sur-Seine (1953-54).

En 1954, Michel Chapuis est nommé organiste de chœur de Notre-Dame de Paris, à la suite de Jean Dattas, poste qu'il occupe durant près de dix années, et la même année, à la suite du décès de Line Zielgien, il devient également titulaire de l'orgue historique Clicquot de Saint-Nicolas-des-Champs. C'est là, aux claviers de cet instrument ancien qu'il prend goût au répertoire français des XVIIe et XVIIIe siècles avec les Titelouze, Couperin, Marchand, Grigny, Balbastre, Clérambaut, Daquin, Dandrieu... Ses connaissances en facture d'orgue, acquises au cours de deux années passées comme stagiaire dans l'atelier du facteur d'orgues Erwin Muller à Saint-Germain-en-Laye, lui permettent de superviser dès 1961 à 1964 la restauration par Alfred Kern et Philippe Hartmann de l'orgue Clicquot de Saint-Séverin. En 1964, il en devient l'un des trois co-titulaires avec Francis Chapelet et Jacques Marichal, poste qu'il occupe jusqu'en 1994 et qu'il partagera au fil des années avec André Isoir (1967), Jean Boyer (1973), Michel Bouvard (1984), Michel Alabau (1986), François Espinasse (1987) et Christophe Mantoux (1992). Rapidement, il s'impose le chef de file d'une nouvelle génération d'organistes désireux de veiller à la conservation des instruments anciens avec des restaurations le plus possible à l'authentique, et ce, afin de pouvoir interpréter au mieux et dans l'authenticité cette musique des XVIIe et XVIIIe siècles. Ses improvisations, genre dans lequel il excellait, étaient souvent construites dans le style musical du Grand Siècle, usant du Grand-Plein-Jeu du XVIIe siècle, abandonné depuis fort longtemps. A son propos, il disait : « Ce Grand-Plein-Jeu, c'est le mélange de l'orgue par excellence, un mélange inimitable, hiératique, qui symbolise admirablement Dieu, l'Eternité... C'est pourquoi, au début de l'office, j'ai toujours maintenu cette forme d'entrée qui ne vient pas de moi mais d'une vieille tradition française. » Jean-Sébastien Bach était pour lui « la clé de voûte, l'alpha et l'oméga », comme Jacques Doucelin le faisait remarquer en 1991 à l'occasion d'un récital d'orgue au Festival de Saint-Bertrand de Comminges, ajoutant qu'il était « le Bossuet du Choral et Fugue ». Après Saint-Séverin, il est nommé en 1995 à l'orgue historique de Robert Clicquot de la chapelle royale du château de Versailles, dont il est titulaire jusqu'en 2010.

Parallèlement à ses activités d'organiste liturgique, de concertiste et de musicologue, Michel Chapuis s'est livré à l’enseignement dès 1956. Tout d'abord au Conservatoire de Strasbourg, puis en 1977 à la Schola-Cantorum, en 1979 au Conservatoire de Besançon et enfin, de 1986 à 1995 au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, tout en dispensant de nombreux cours à des Académies d'orgue d'été, tant en Europe, qu'au Japon et aux Etats-Unis. Parmi ses nombreux élèves, qui ont pu bénéficier de ses cours portant notamment sur l'interprétation de la musique française ancienne, il convient de citer Yves Castagnet, Vincent Warnier, François-Henri Houbart, Thierry Escaich, Henri-Franck Beaupérin, Jean-Luc Perrot et bien d'autres encore.

Michel Chapuis laisse une discographie importante composée de près de quatre-vingt enregistrements. Si les compositeurs français des siècles passées sont bien évidemment présents, avec entre autres, les intégrales de Couperin et de Grigny, on trouve également le répertoire allemand avec notamment des intégrales de Bach, Buxtehude, V. Lübeck, N. Bruhns, N. Hanff, et des incursions dans le répertoire romantique, avec des pages de Mendelssohn, Franck, Boëllmann, Guilmant, à l'orgue de Dole. Quelques-unes de ses improvisations ont été gravées, parmi lesquelles des Improvisations dans le style romantique (DVD Plenum Vox, 2004) et des Improvisations dans le style français classique (id., 2003). Passionné par l'harmonium, instrument qu'il avait joué à Brives-Charensac (Haute-Loire) dès 1940, à l'âge de 10 ans, il en devint un fidèle défenseur et en compagnie de Michel Dieterlin il est à l'origine de la Fédération Française des Amis de l'Harmonium (F.F.A.H.), fondée en 2005 à Annecy (Haute-Savoie). En 1979, le musicologue Claude Nanquette avait déjà résumé en quelques mots la renommée dont jouissait alors Michel Chapuis qu'il qualifiait par ailleurs d’interprète-artisan : « L'amusant est que les Français le consultent pour l'interprétation de la musique de Bach, tandis que les Allemands l'interrogent sur la musique française. »

Denis Havard de la Montagne


 


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