Le Panthéon des musiciens

De juillet 2003 à décembre 2003

Rosalyn TURECK - Kurt PAHLEN - Tibor VARGA - Lola BOBESCO - Marc HONEGGER - Joachim HAVARD DE LA MONTAGNE - Miriam SOLOVIEFF - Eugène ISTOMIN - Milos SADLO - Franco CORELLI - Franco BONISOLLI - Hans HOTTER - Bernard MICHELIN - Sieglinde WAGNER

 

La pianiste américaine Rosalyn TURECK, fondatrice en 1966 de l’International Bach Institute, est morte le 17 juillet 2003 à son domicile de Riverdale, dans le Bronx (New-York), à l’âge de 88 ans. Grande admiratrice de Bach elle enregistrait encore en 1998, une fois de plus, les Variations Golberg (DG 459 599-2). Elle avait donné son premier récital en 1924 à Chicago à l’âge de 9 ans et découvert le Cantor à 15 ans. Entièrement dévouée à sa cause, elle a consacré toute sa vie à mieux faire connaître l’œuvre pour clavier de son maître qu’elle joue principalement au piano, n’hésitant pas parfois, afin de démontrer son universalité, à se servir également du clavecin, de l’orgue électronique et même du synthétiseur ! Ses interprétations très personnelles étaient le fruit d’une longue réflexion mêlant habilement une technique parfaitement possée, une expression longuement étudiée et une sensibilité à fleur de peau.

J.S. Bach, Variations Goldberg, enregistrées en 1998 par Rosalyn Tureck (DG 459 599-2)
J.S. Bach, Variations Goldberg, enregistrées en 1998 par Rosalyn Tureck (DG 459 599-2)

D’ascendance russe, née à Chicago le 14 décembre 1914, Rosalyn Tureck étudie le piano à partir de 1925 avec Sophia Brillian-Liven (une élève d’Anton Rubinstein), Jan Chiapusso et Gavin Williamson avant d’aller se perfectionner en 1931 auprès d’Olga Samaroff à la Juilliard School de New-York, d’où elle ressort diplômée 3 années plus tard. Elle entame dès lors une double carrière de concertiste et d’enseignante. Ses débuts à New-York en 1936 dans le Concerto n°2 de Brahms avec Eugene Ormandy et le Philadelphia Orchestra lui valent un certain succès, confirmé l’année suivante avec six récitals consacrés aux Variations Goldberg et au Clavecin bien tempéré de Bach. En 1947, elle effectue sa première tournée en Europe (Copenhague), puis se produit ensuite en Amérique du Sud, en Afrique du Sud et en Israël. Si elle joue principalement Bach, elle n’oublie pas pour autant Beethoven, Chopin, Liszt, Ravel, Stravinski et Arnold Schoenberg qui la surnomme " la grande prêtresse de Bach ". Elle est aussi une ardente défenseur de la musique contemporaine et créée plusieurs œuvres, notamment le Concerto pour piano de William Schumann et la Sonate n°1 pour piano de David Diamond. Longtemps soliste invitée du New-York Philharmonic et du Philharmonia Orchestra de Londres, elle vit ensuite à Oxford durant plusieurs années et est reçue en 1977 docteur honoris causa de l’Université de cette ville. Comme enseignante, elle occupe des postes au Conservatoire de Philadelphie (1935), à la Juilliard School (1943), puis à l’Université de Californie à San Diego (1966). Cette même année, elle fonde l’International Bach Institute et au début des années 1980 à New-York le Tureck Bach Institute, et à Oxford en 1993 la Tureck Bach Research Foundation. On lui doit plusieurs écrits sur Bach, notamment une Introduction to the Perfomance of Bach (3 volumes, Oxford University Press, 1959-60) traduit en japonais et en espagnol, et de nombreux enregistrements de son œuvre pour clavier, parmi lesquels nous retenons plus particulièrement les Variations Goldberg BWV 988 (Deutsche Grammophon, 2000), l’intégral du clavecin bien tempéré, livres I et II (Deutsche Grammophon, réédition en 2000 d’un enregistrement de 1953, coffret 4 CD) et tout récemment (sorti en juin 2003) chez Sony Classical un CD intitulé " Bach –Tureck, Variations " comportant une trentaine de pièces diverses : plusieurs Variations, Musette en ré majeur, Menuet en sol majeur, Marche en ré majeur, Polonaise en fa majeur, Invention en ut majeur, Fantaisie en sol majeur, Prélude et fugue en la mineur, Suite en fa majeur, Concerto en fa majeur " italien "… Même si certains puristes se sont parfois offusqués des interprétations de Bach au piano par Rosalyn Tureck, il est incontestable qu’elle a renouvelé la façon de jouer cette musique grâce à son agilité digitale, dépourvue de tout superflu, inspirée par une grande passion et une connaissance profonde de l’œuvre toute entière du Maître. Glenn Gould fut l’un de ses admirateurs.

D.H.M.

Kurt Pahlen
Kurt Pahlen
( coll. Hôtel Floralpina, Vitznau, Suisse )

Chef d’orchestre, compositeur, musicologue, Kurt PAHLEN est mort le 24 juillet 2003 d’une pneumonie dans un hôtel de la station de ski de Lenk (canton de Berne, Suisse) où il s’était rendu pour un festival annuel de jeunes musiciens. Il était âgé de 96 ans. Autrichien de naissance, il avait fuit son pays lors de son rattachement à l’Allemagne nazie en 1939 pour s’établir en Argentine, où il fit une longue carrière musicale. En 1972, il regagnaitl’Europe et s’installait en Suisse, à Männedorf, où il fut reçut citoyen suisse 10 années plus tard. Grand pédagogue, il avait toujours dépensé beaucoup d’énergie à initier les enfants à la musique. Egalement musicographe, il a publié de nombreux ouvrages parmi lesquels une importante histoire de la musique parue en espagnol en 1944 (Buenos Aires) : Historia grafica universal de la musica, en anglais en 1949 (New-York) : Music of the World, en allemand en 1956 (Zurich) : Musikgeschichte der Welt, et en français : La grande aventure de la musique (Paris, édition du Pont royal, 1957, puis Robert Laffont, 1992), des études sur l’opéra, la musique moderne et la musicothérapie intitulées respectivement : Qué es la opera (Buenos Aires, 1963), Qué es la musica moderna (Buenos Aires, 1972), Musik-Therapie (Munich, 1973), un dictionnaire des chanteurs : Great singers from the seventeenth century to the present day (New-York, 1974) et plusieurs études en allemand sur l’œuvre de Wagner publiées entre 1994 et 1999 chez Schott à Mayence, puis chez Atlantis à Zürich : Siegfried, Tannhäuser und der Sängerkrieg auf Wartburg, Götterdämmerun, Die Meistersinger von Nürnberg, Lohengrin, Das Rheingold, Der Fliegende Holländer.

Né à Vienne (Autriche) le 26 mai 1907, Kurt Pahlen effectue ses études musicales dans la capitale autrichienne (Conservatoire et Université) auprès de Guido Adler, Robert Lach et Alfred Orel. Reçu docteur en musicologie en 1929, il commence une carrière à l’Opéra de Vienne à partir de 1934, mais en 1939 s’installe à Buenos Aires. Durant une trentaine d’années il va marquer la vie musicale en Amérique latine, notamment dans le domaine chorale en Uruguay. Chef d’orchestre du Filarmonica Metropolitana de Buenos Aires, il est nommé en 1957 directeur du Teatro Colon de cette ville. Se produisant à travers toute l’Amérique latine, les Etats-Unis et quelque peu en Europe, il décide en 1972 de regagner le vieux continent et s’établit en Suisse, à Männedorf. Jusqu’à un âge très avancé il poursuit ses activités de musicologue et surtout d’éducation musicale auprès des jeunes. A partir du 27 décembre 2003, dans sa 97ème année, il devait encore assurer la direction artistique de la sixième édition des Vacances en Musique au Lac des Quatres-Cantons à Vitznau (Suisse), réservée aux enfants ! Esprit universel, Kurt Pahlen s’est attaché toute sa vie à vouloir transmettre aux autres son amour et sa passion pour la musique, plutôt que de dispenser un savoir académique, n’excluant pas cependant l’apprentissage de notions indispensables. La discographie de Kurt Pahlen en tant que chef d’orchestre est peu abondante. On peut cependant trouver à cette heure sur le marché l’enregistrement de la Missa criolla de navidad de Carlos Albert Irigaray, sorti en 1999 (BMG France) et en 2001 (Universal music SA), avec le Coro de Camara de la Asociacion Wagneriana de Buenos Aires et le Coro de Ninos de Buenos Aires. On lui doit également la publication de nombreux livrets d’opéras commentés en langue allemande (Atlantis Musikbuch) : La Bohème, Mme Butterflyy, Turandot, Aïda, la Tosca, Carmen, Fidélio, Don Giovanni, la Fûte enchantée, Boris Godounov, le Chevalier à la rose, Rigolleto.

D.H.M.

Le 4 septembre 2003 à Grimisuat, dans l’après-midi, est décédé en son domicile valaisan le violoniste, chef d’orchestre et pédagogue d’origine hongroise, Tibor VARGA, à l’âge de 82 ans. Il avait fondé en 1967 le Concours International de violon Tibor Varga, l’un des plus importants du genre, dont la 37ème édition s’est déroulée il y a tout juste quinze jours. L’Académie d’été et le Festival international de musique qui portent également son nom, créés à Sion (Suisse) au début des années soixante, sont des institutions musicales de grande renommée attirant des artistes prestigieux et un public averti.

Tibor Varga (c) Max Méreaux
Tibor Varga
( coll. Max Méreaux, avec son aimable autorisation )

Né le 4 juillet 1921 à Györ, important centre industriel de Hongrie situé à mi-chemin entre Vienne et Budapest, Tibor Varga apprend le violon dès l’âge de 4 ans, joue à 10 ans le Concerto pour violon en mi mineur, op. 64, de Mendelssohn, puis entre à 12 ans à l’Académie Liszt de Budapest, où il se perfectionne auprès de Jenö Hubay, Franz Gabriel et Leo Weiner. Il fréquente également la classe de violon de Carl Flesch à la Hochschule für Musik de Berlin, puis se lance en 1939 dans des études de philosophie à l’Université de Budapest. Mais la musique le passionne davantage et il entreprend des tournées européennes avec un vaste répertoire, car Tibor Varga aime les classiques, mais également les romantiques et peut-être encore davantage la musique contemporaine qu’il défendra toute sa vie avec ardeur. Il jouera, au cours de sa carrière de soliste, sous la direction des plus grands chefs d’orchestre : Bernstein, Furtwängler, Böhm, Markevitch, Solti… et interprète notamment en première européenne le Concerto pour violon de Schönberg (1949), puis à Vienne celui d’Alban Berg. En 1947, après avoir fondé un conservatoire supérieur de musique dans sa ville natale, Tibor Varga quitte définitivement son pays pour Londres, où il acquière la nationalité anglaise, et deux années plus tard est nommé professeur de violon à l’Académie de Musique de Detmold (République fédérale d’Allemagne), poste qu’il va occuper jusqu’en 1986. C’est dans cette ville qu’il fonde en 1954 un orchestre de chambre, le " Kammerorchestrer Tibor Varga ", avec lequel il effectue de nombreuses tournées triomphales. Parallèlement à son intense activité musicale en Allemagne, en 1956 il s’installe dans le Valais, au cœur des Alpes suisses, où il fonde à Sion une Académie d’été (1963), fréquentée chaque année par plus de 400 étudiants et devenue l’une des plus importantes dans son genre. L’année suivante il fonde son propre Festival, et en 1967 un Concours international de violon, devenu rapidement l’un des plus renommés mondialement. Parmi la centaine de lauréats de toutes nationalités qui en sont sortis, citons les français Jean-Jacques Kantorow (1968), Roland Daugareil (1981), Luc Henry (1983) et Maxime Tholence (1986). Après 37 ans d’enseignement à Detmold, Tibor Varga fonde en 1991, à Sion, une " Ecole supérieure de musique ", devenue au début de l’année 2003 " Conservatoire supérieur et académie de musique Tibor Varga ". Considérée de nos jours comme l’une des meilleures écoles pour instruments à archet en Europe, cette institution accueille des élèves du monde entier. On doit également à Tibor Varga une Fondation (1974) ayant pour but " la promotion de la vie musicale en Valais et la culture musicale en général ", avec notamment une salle de concert et un studio d’enregistrement.

Tibor Varga a enregistré dès l’âge de 24 ans, c’est dire le nombre impressionnant de disques qu’il a gravés depuis 1943 chez EMI, Columbia ou Deutsche Grammophon. On lui doit l’enregistrement de la plupart des grandes œuvres du répertoire classique et contemporain : les Concertos pour violon de Bach, Beethoven, Brahms, Mozart, Tchaïkovski, Bartok, Berg, Schönberg… En 1993, chez Claves (CD 50-9311 à 9314), est sortie une collection de 4 CD intitulée " Hommage à Tibor Varga ", contenant quelques unes des meilleurs interprétations du musicien : les Concertos BWV 1042, 1043 et 1060 de Bach (CD 1), le Concerto n° 5 K.219 et la Symphonie n° 36 K.425 de Mozart (CD 2), le Concerto n° 1 de Max Bruch et l’opus 35 de Tchaïkovski (CD 3), et des courtes pages d’une douzaine de compositeurs : de Chopin à Franco Ferrara, en passant par Paganini, de Falla et son professeur Jenö Hubay (CD 4)…. Chevalier de la légion d’honneur, des Arts et des Lettres, décoré de la Croix du Mérite allemande et de celle de la Hongrie, Prix culturel de l’Etat du Valais, Tibor Varga laisse derrière lui une œuvre immense qui lui survivra encore longtemps, notamment à travers son fils et élève, le chef orchestre Gilbert Varga. Celui-ci s’est produit à Paris en octobre dernier au Théâtre Mogador, dirigeant l’Orchestre de Paris, dans Haydn et Brahms, avec François René Duchâble qui effectuait ses adieux à la scène.

D.H.M.

Le jour même de la disparition de Tibor Varga, le 4 septembre 2003, est morte une autre grande violoniste, l’une des meilleures virtuoses de sa génération : Lola BOBESCO, dans sa maison de retraite à Sart-les-Spa (Jalhay) à l’âge de 83 ans. D’origine roumaine, enfant prodige, elle avait choisi la Belgique au lendemain de la guerre comme terre d’adoption, où elle fondait en 1958 l’Orchestre royal de chambre de Wallonie. Longtemps professeur au Conservatoire de Bruxelles, elle a formé toute une pléiade de violonistes talentueux. Elle possédait d’éminente façon " les remarquables qualités du virtuose : la sonorité et le timbre ".

CD Malibran
CD " L'Ecole franco-belge de violon ", vol. 1 ( Malibran Music )

Issue d’une famille dont plusieurs générations se sont illustrées dans divers domaines artistiques (musique, littérature, théâtre), avec le fondateur Aron Bobescu (acteur, chef d’orchestre), puis Constantin (chef d’orchestre), Aurel (pédagogue, chef d’orchestre, pianiste), Emil (acteur, chorégraphe) et Jean (chef d’orchestre, violoniste, compositeur), Lola Bobesco est née le 9 août 1920 à Craiova, en Roumanie. Elle reçoit très jeune une formation musicale dispensée par son père Aurel, à cinq ans donne son premier concert, puis entre au Conservatoire de Paris dans la classe de violon de Jules Boucherit, où elle étudie principalement avec son assistant Marcel Chailley qui la fait travailler, ainsi que ses autres meilleurs élèves, durant les vacances, dans la propriété de la famille Chailley à Seignelay (Yonne). Elle quitte le Conservatoire en 1934, à l’âge de 13 ans, un 1er prix de violon en poche et débute sa carrière la même année aux Concerts Colonne, sous la direction de Paul Paray. Le 3 mars 1935 au concert de la Société des Concerts du Conservatoire, -elle n’a pas encore atteint sa quinzième année !, elle joue le Concerto roumain de Stan Golestan, sous la direction de Philippe Gaubert et le 16 février 1936 elle est violon solo dans la Symphonie espagnole de Lalo. L’année suivante, elle est lauréate du " Concours Eugène Ysaÿe ", premier concours réservé aux violonistes, tout nouvellement organisé par la Fondation musicale Reine Elisabeth et dont le 1er prix est décerné cette année-là à David Oistrakh. " Jeune et brillante artiste, infiniment séduisante ", grâce à l’éclat de ses interprétations Lola Bobesco conquiert rapidement un public international. En tant que soliste, elle joue sous la baguette des plus grands chefs d’orchestre du moment : Klemperer, Böhm, Ansermet, Paray, Kempe… et pratique également la musique de chambre en duo, avec le pianiste Jacques Genty qui sera son mari, et avec les " Solistes de Bruxelles ", devenus plus tard l’" Orchestre royal de chambre de Wallonie ", qu’elle dirige jusqu’en 1979. Installée en Belgique après la seconde guerre mondiale, elle adopte la nationalité de son pays d’accueil, enseigne au Conservatoire de Liège et de Bruxelles, s’essaye au théâtre, siège au " Concours Reine Elisabeth " et en 1981, est sacrée " meilleure violoniste féminine au monde " par le " Japan Music journal ".

Excellente interprète du grand répertoire classique allemand, autrichien et italien : Bach, Beethoven, Mozart, Schubert, Mendelssohn, Brahms, Vivaldi et Viotti dont elle a gravé en 1980, chez Forlane, les Concertos pour violon et orchestre n° 22 et 23, avec Kurt Redel et l’Orchestre d’Etat Palatinat Rhénan (réédités en CD par I.L.D. Disques), Lola Bobesco n’en dédaigne pas pour autant les compositeurs français qu’elle a également enregistrés : Jean-Marie Leclair, Lalo, Fauré, Pierné, Lekeu, Debussy, Marcel Delannoy…, ainsi que les belges auxquels elle a consacré plusieurs disques. Parmi ses nombreux enregistrements signalons ceux actuellement disponibles sur le marché : les Sonates pour violon et piano de Franck, Fauré, Lekeu, avec son mari Jacques Genty (1994, double CD, Pavane), les 3 Sonates op. 137 pour violon et piano (Meiko Miyazawa) de Schubert (Duchesne, 1982, réédité par I.L.D. Disques), les Concertos pour violon et orchestre de Beethoven et Mendelssohn (I.L.D. Disques), 6 Duos op. 24 pour deux violons (Jerrold Rubinstein) de Pleyel (Pavane, 1982, réédité par I.L.D. Disques) et le CD intitulé " L’Ecole franco-belge de violon ", vol. 1, (Malibran Music) contenant 5 œuvres enregistrées entre 1935 et 1946 (Lalo, Merckel, Pierné, Delannoy)… Ses obsèques se sont déroulées le 8 septembre en l’église Saint Remacle de Verviers (Belgique).

D.H.M.

Marc Honegger
Marc Honegger
( coll. Claire Honegger Perdraut )

Musicologue mondialement reconnu et chef de chœur, le professeur Marc HONEGGER est mort le 8 septembre 2003, emporté par un cancer à l’âge de 77 ans, dans le petit village de Saint-Martin-de-Vers, non loin de Cahors (Lot), où il s’était retiré depuis une dizaine d’années. Directeur de l’Institut de musicologie à l’Université des sciences humaines de Strasbourg durant un quart de siècle (1958 à 1983), Docteur ès lettres (1970), président de la Société française de musicologie (1977-1980), vice-président de la Société internationale de musicologie (1982-1992), il est l’auteur de nombreux travaux inédits sur la musique française de la fin de la Renaissance qui lui ont valu une renommée internationale. Mais ses recherches savamment entreprises et fondées sur la prospection historique couvraient en réalité un vaste domaine : son Dictionnaire de la musique : les hommes et leurs œuvres en 2 volumes (Paris, Bordas, 1970), suivi des 2 autres volumes de Science de la musique : technique, formes, instruments (Paris, Bordas, 1976) et son imposant Dictionnaire des œuvres de la musique vocale en 3 volumes (Paris, Bordas, 1991-1992) sont rapidement devenus des usuels qui font autorité en la matière. Il est à l’origine d’un certain renouveau dans la démarche musicologique en France qui s’appuie sur les connaissances passées pour expliquer le présent et ainsi mieux appréhender les courants nouveaux. Il s’en est expliqué dans la préface de l’Histoire de la musique de Marie-Claire Beltrando-Patier (Paris, Bordas, 1982) en ces termes : " A moins d’accepter le déclin comme une fatalité, aucune génération ne peut se soustraire au devoir de dresser le bilan de ses connaissances, d’en indiquer ce qui lui apparaît comme des lignes de force essentielles et de formuler les orientations qui en découlent ... "

Né à Paris le 17 mai 1926, lointain cousin du compositeur suisse Arthur Honegger (1892-1955), Marc Honegger entre à la Sorbonne où il étudie la musicologie auprès de Paul-Marie Masson et de Jacques Chailley, et travaille parallèlement le piano avec Santiago Riera, grand spécialiste de Liszt, la composition avec Georges Migot et la direction d’orchestre avec Ion Constantinesco. A cette époque, dans les années cinquante, il débute sa carrière musicale comme chef de chœur au temple du Foyer de l’Ame (Paris XIe) et commence à enseigner la musicologie à la Sorbonne en tant qu’assistant de Jacques Chailley (1954). En 1958, il est appelé à l’université Marc-Bloch de Strasbourg où il devient le premier titulaire de la chaire de musicologie créée en 1970, poste qu’il occupera jusqu’à sa retraite en 1991. Directeur d’un ensemble vocal, " Les Chanteurs traditionnels de Paris ", il restitue et édite aux Editions ouvrières des musiques anciennes (XVe et XVIe siècles), religieuses ou profanes, de Jacob Arcadelt, Jean Caulery, Pierre Certon, Thomas Créquillon, Noé Faignient, Paschal de l’Estocart, Didier Lupi, Nicolas Marcadé, Jean Mouton, Claudin de Sermisy. Il enregistre également à la fin des années cinquante, comme chef de chœur, la messe La bataille de Marignan de Clément Janequin (33 tours, Studio SM 3363), les " Maîtres français de la Renaissance " comportant des œuvres de Bertrand, Costeley, Goudimel et Lejeune (33 tours Adès 13.006) et surtout la Messe à 3 voix, dite de Tournai (Lumen 2.128 A), qui lui vaut en 1958 le Grand prix de l’Académie du disque lyrique. A Strasbourg, durant près de 25 ans, il anime les " Journées de chant choral ", fondées en 1961 en compagnie de sa première épouse Geneviève Honegger, qui eurent un grand succès au sein de l’Université de cette ville. Mais Marc Honegger, musicologue érudit et musicien dans l’âme, ne s’intéressait pas uniquement à la musique ancienne : il défendait également la musique du XXe siècle, notamment celle de Georges Migot (1891-1976), un " poète en musique, en peinture et en vers ", en militant activement (secrétaire général) au sein de l’association des " Amis de l’œuvre et de la pensée de Georges Migot ", fondée par Henri Sauguet. On lui doit sur ce sujet qui lui tenait beaucoup à cœur des écrits : Georges Migot, humaniste (Strasbourg, 1977), Catalogue des œuvres musicales de Georges Migot (id.), des éditions d’œuvres musicales : 26 Monodies permodales (Sedim, 1990), L’Annonciation, oratorio pour deux soli, chœur à trois voix de femmes et orchestre à cordes (Sedim, 1993), La Résurrection, oratorio pour trois soli, chœur et orchestre de chambre (Sedim, 1995), Sonatine en duo pour hautbois et clarinette (1998)…., des disques : Le petit Evangéliaire, 9 chœurs a cappella (SM 3.351), Requiem a cappella pour chœur mixte ou quatuor vocal (SM 3.339) enregistrés avec son ensemble " Les Chanteurs traditionnels de Paris ", la Suite pour piano principal et chœur mixte en vocalises, gravée en 1972 avec la pianiste Jacqueline Eymar et le Chœur des Etudiants de l’Université de Strasbourg placé sous sa direction (Verseau, VRS M 10.009) et des expositions : Strasbourg, Mulhouse, Colmar (1977), Auxerre (1991)…

Les obsèques de Marc Honegger ont été célébrées le 10 septembre à Saint-Martin-de-Vers (Lot).

D.H.M.

Joachim Havard de la Montagne (photo D.H.M.)
Joachim Havard de la Montagne, compositeur, maître de chapelle de l'église de la Madeleine, à Paris VIII°, de 1967 à 1996
( photo DHM, sept. 1982 )

Le compositeur et kapellmeister Joachim HAVARD DE LA MONTAGNE vient de s’éteindre le 1er octobre 2003 à Paris, des suites d’une longue maladie à l’âge de 75 ans. Né le 30 novembre 1927 à Genève (Suisse), formé à Paris à l’Ecole supérieure de musique César-Franck, héritière de la pensée de Vincent d’Indy, il avait très jeune été admis dans les rangs de la SACEM. Maître de chapelle durant 30 ans de la prestigieuse église de la Madeleine à Paris, paroisse de l’Elysée, il avait renoué avec la tradition musicale de ses prédécesseurs (Saint-Saëns, Fauré) en fondant une série de concerts mensuels de grande renommée dans les milieux musicaux parisiens, qui ont attiré durant plus deux décennies (200 concerts) une foule d’amateurs de musique de tous bords et de tous âges. C’est lui qui dirigea la musique aux obsèques de Cino Del Duca, Francis Bouygues, Tino Rossi, Michel Simon, Thierry Le Luron, Joséphine Baker… Grand Prix International du Disque Lyrique à deux reprises, on lui doit notamment, pour la maison de disques " Le Chant du Monde ", une trentaine de chansons pour illustrer l’Histoire de France par les chansons de Pierre Barbier et France Vernillat, dont Régine Deforges signalait encore récemment tout l’intérêt historique, et l’enregistrement sous sa direction, en première mondiale, du Requiem de Gounod (1978, Arion) et de ses Complies (BNL, 1993) qui lui valurent des Orphées d’Or. Son catalogue renferme plus d’une centaine de numéros d’opus dans tous les genres. Bien avant la mode des baroqueux, il s’était intéressé à la musique ancienne, et en collaboration avec son épouse la claveciniste et organiste Elisabeth Havard de la Montagne, avait restitué et réalisé bon nombre d’œuvres des XVII et XVIIIe siècles, dont plusieurs furent enregistrées. Egalement organiste, chef de chœur, chef d'orchestre, pédagogue et musicologue, Joachim Havard de la Montagne donnait à sa carrière musicale un lustre et une importance à peu près uniques de nos jours et qui rappelaient la fonction telle qu'elle existait chez les musiciens classiques d’autrefois. C’était d’ailleurs l’un des derniers représentants vivants de ce métier de maître de chapelle en voie de disparition. Il laisse un livre de souvenirs Mes longs chemins de musicien dans lequel il relate ses 50 années d’activités artistiques (1999, L’Harmattan). Joachim Havard de la Montagne était Commandeur de l’Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand, officier de l’Ordre National du Mérite, Médaille de vermeil de la Ville de Paris.

Les obsèques ont été célébrées le vendredi 3 octobre à 09h45 en la basilique Saint-Denys d'Argenteuil. Joachim Havard de la Montagne a été ensuite inhumé à 18h au cimetière de Sciez (Haute-Savoie) où repose sa première épouse Elisabeth.

La messe dominicale (10h30) du 16 novembre 2003 à l'église Sainte-Marie-des-Batignolles (Paris XVIIe), où Joachim Havard de la Montagne a exercé durant près d'un demi-siècle, a été célébrée à son intention. Au cours de cette cérémonie, un hommage lui a été rendu avec l'interprétation de sa Missa ultima pour 4 voix et orgue par les Chœurs de Sainte-Marie dirigés par Marie-Liesse Guyard, et son successeur l'organiste Jean-Louis Vieille-Girardet qui a également joué plusieurs de ses pièces pour orgue (Méditation et prélude, Prière, Choral, Antienne...).

Le 22 novembre 2003 (20h30) dans cette même église, un concert d'orgue en hommage à Joachim Havard de la Montagne fut donné au grand orgue Mutin Cavaillé-Coll par l'organiste Anne-Adeline Lamy. Au programme des oeuvres de Bach, Schumann, Guilmant, Messiaen, Pierné, Duruflé et Joachim Havard de la Montagne.

Un service religieux a été également célébré par Mgr Brizard, directeur général de l'Oeuvre d'Orient et ancien curé de l'église de la Madeleine, le 1er décembre 2003 (18h15) en l'église Saint-Honoré-d'Eylau (Paris XVI°). Un choeur composé d'une trentaine de chanteurs professionnels et amateurs, dirigés par Philippe Brandeis, a interprété notamment des extraits de la Missa Ultima de Joachim Havard de la Montagne et du Requiem de Maurice Duruflé. L'organiste Nicole Pillet-Wiener jouait à cette occasion l'Esquisse et la Prière pour les défunts de M. Havard de la Montagne, ainsi que le Prélude en ut mineur de Mendelssohn.

D.H.M. (notes provisoires)
Disparition de J.H.M. relatée dans la presse.  -  Biographie et autres liens.

 

Miriam Solovieff
Miriam Solovieff après un concert
( photo aimablement communiquée par Christophe Mourguiart )
Le 3 octobre 2003 à Paris est décédée la violoniste américaine Miriam SOLOVIEFF. Installée en France depuis un demi-siècle, elle avait abandonné rapidement sa carrière de soliste pour se livrer à l’enseignement. Parmi les nombreux élèves du monde entier qui bénéficièrent à Paris de ses conseils éclairés, citons les violonistes Yael Shifra Bat-Shimon, Christophe Mourguiart, Nataniel Vallois, Maryvonne Le Dizès, le guitariste Dana Chivers, le clarinettiste Rémi Lerner...

Issue d’une famille d’émigrés russes, née à San Francisco en 1911, Miriam Solovieff fut mise enfant au violon qu’elle apprit notamment auprès de la violoniste et pédagogue canadienne Kathleen Parlow, une ancienne élève de Léopold Auer au Conservatoire de Saint-Pétersbourg. Ses dons naturels, sa technique de l’archet caractérisée par la beauté du son et la précision des attaques lui permirent de mener rapidement une carrière de soliste internationale, jouant sous la direction des plus grands chefs d’orchestre de l’époque. Mais elle décidait un beau jour de se fixer définitivement et s’installait en France. Sans doute quelques mélomanes se souviennent encore de sa belle interprétation du Concerto pour violon de Brahms le 30 novembre 1952 au Théâtre des Champs-Elysées, avec l’orchestre de la Société des concerts du conservatoire dirigé par André Cluytens. C’est à cette époque également qu’elle enregistre en 1956 avec l’Orchestre symphonique de Vienne, Shéhérazade, op. 35, de Rimsky-Korsakov, sous la direction de Mario Rossi (CBS S51028). Elle se consacre ensuite à la pédagogie et durant plusieurs décennies, dans son appartement du seizième arrondissement parisien, donne des leçons à bon nombre de jeunes musiciens qui bénéficient d’un enseignement rigoureux, fondé sur une technique élaborée. Mais surtout elle apprend aussi à ses élèves le sens de la musique et la manière de comprendre l’œuvre, de la ressentir, de la vivre non seulement avec son instrument mais également avec son âme. Il y a encore quelques années Miriam Solovieff enseignait toujours son art avec autant de passion. Admise au mois d’août à l’Hôpital Georges-Pompidou, elle y est décédée 2 mois plus tard, loin des lumières de la scène, entourée de l’affection de quelques fidèles anciens élèves...

D.H.M.

Eugene Istomin joue Mozart
Eugène Istomin, Concerto n° 21 (K. 467) et n° 24 (K. 491) de Mozart, avec le Seattle Symphony Orchestra, sous la direction de Gérard Schwarz
( CD Référence Recordings, Johnson HDCD Recording, RR-68 HDCD )
Le pianiste américain Eugène ISTOMIN est mort le 10 octobre 2003 à Washington, des suites d’un cancer du foie, à l’âge de 77 ans. C’est l’interprétation du Deuxième Concerto de Brahms avec l’Orchestre philharmonique de New York sous la direction d’Artur Rodzinski, le 21 novembre 1943, puis l’enregistrement du Concerto en ut mineur de Bach qui le firent connaître mondialement. Son association avec Isaac Stern (violon) et Léonard Rose (violoncelle) pour former un trio aussi fameux que celui de Cortot-Thibaud-Casals lui a valu un immense succès, ainsi que sa longue collaboration (à partir de 1959) avec Pablo Casals au Festival de Prades, dont il épousera la veuve Martita Casals le 15 février 1975.

Né à New York le 26 novembre 1925, de parents russes, Eugène Istomin effectue ses études musicales auprès des pianistes Rudolf Serkin et Mieczyslaw Horszowski au Curtis Institute of Music de Philadelphie qu’il intègre dès l’âge de 12 ans. Lauréat du prestigieux Concours international Leventritt Award de New York en 1943, qu’un autre grand pianiste, Alexis Weissenberg, reçut à son tour 4 ans plus tard, il débute alors une carrière internationale de soliste et de chambriste. Plutôt porté sur la sensibilité et l’expression, sans pour autant dédaigner une certaine virtuosité, remarquée (1963) par Clarendon dans son commentaire du 5e Concerto Bandebourgeois de Bach : " ses doigts prodigieux courent sur le clavier sans jamais s’essouffler ", il affectionne plus particulièrement les grandes œuvres du XIXe siècle, tel le Concerto n° 5 pour piano et orchestre " L’Empereur " de Beethoven. L’enregistrement de cette œuvre en 1959 avec l’Orchestre de Philadelphie conduit par Eugène Ormandy (Philipps, collection " Réalités " C 16) fera dire au musicologue Stéphane Wolff que son " jeu [est] précis, clair, à l’occasion fougueux. " Comme chambriste, Eugène Itsomin se produit un temps avec le fameux Quatuor Busch, composé de Adolf Busch (1er violon), Bruno Straumann (2ème violon), Hugo Gottesmann (alto) et Hermann Busch (violoncelle), mais c’est surtout au sein du trio formé en 1961 avec Stern et Rose qu’il va effectuer de nombreuses tournées de par le monde, jusqu’à la mort de Léonard Rose arrivée en novembre 1984. On prétend qu’il a donné au cours de sa carrière plus de 4000 concerts, la plupart d’ailleurs sous la direction de chefs d’orchestre renommés : Stokowski, Bernstein, Walter, Reiner, Ormandy, Schwarz… S’il a beaucoup joué la musique du XIXe siècle, notamment Beethoven, Mendelssohn, Schubert, Istomin n’a pas moins ignoré ses contemporains. C’est ainsi qu’on lui doit la création, le 10 février 1956 à New York, du Concerto pour piano du compositeur américain Roger Sessions. En 1980, il avait pris la direction artistique du Kennedy Center de Washington.

La discographie d’Eugène Istomin est importante et plusieurs de ses enregistrements ont fait date, notamment ses remarquables interprétations avec Isaac Stern et Léonard Rose  des Trios pour piano, violon et violoncelle op. 70 n° 1 et 2 de Beethoven (1972, CBS 75.855), op. 49 et 66 de Mendelssohn (CBS 76.914), op. 99 et 100 de Schubert (CBS 76.077 et 75.858). On peut trouver actuellement sur le marché quelques rééditons CD à écouter absolument : les Trios pour piano, violon et violoncelle n° 1 (op. 8), n° 2 (op. 87), n° 6 (op. 101) de Brahms, et op. 99 et 100 de Schubert (The Isaac Stern Collection, vol. 1, Sony), le Quatuor pour piano et cordes K.493 de Mozart, le Trio pour piano, violon et violoncelle H XV/10 de Haydn (Sony), les Trios pour piano, violon et violoncelle op. 1/1, 1/2, 1/3, 44 et WoO 38 de Beethoven (Sony), et le Concerto pour piano et orchestre, op. 54 de Schumann avec le Columbia Symphony Orchestra dirigé par Bruno Walter (Sony)...

D.H.M.

Le violoncelliste tchèque Milos SADLO s’est éteint à Prague le 14 octobre 2003 à l’âge de 91 ans. Humble, modeste, ne cherchant jamais à briller malgré son immense talent, il avait sans doute fait sienne cette pensée de Cocteau " le virtuose ne sert par la musique, il s’en sert ! " A 43 ans, musicien connu, professeur à l’Académie des arts musicaux de Prague depuis plusieurs années et ancien violoncelle solo de la Philharmonie Tchèque, il n’hésite pas à se remettre en question et passe 6 mois en France, à Prades (Pyrénées-Orientales), auprès de Pablo Casals, convaincu que l’humilité est nécessaire à l’art. Il commentera plus tard que " c’était la meilleure expérience que j’ai eue. J’avais assez de maturité pour savoir ce que je devais apprendre de lui, sans chercher à le copier. Je lui ai trouvé une imagination débordante. "

Milos Sadlo
Milos Sadlo
( avec l'aimable autorisation de l'Eva Janzer Memorial Cello Center )

Né le 13 avril 1912 à Prague, Milos Sadlo - Milos Zatvrzsky pour l’état-civil - débute l’apprentissage de la musique à l’âge de 8 ans en apprenant le violon, mais à 13 ans se tourne vers le violoncelle qu’il étudie en amateur avant de le travailler avec Karel Pravoslav Sadlo (1898-1971), violoncelliste et pédagogue renommé. Le considérant comme son père spirituel, il adopte son nom et une dizaine d’années plus tard (1938) entre dans sa classe au Conservatoire de Prague. Entre temps, il intègre en 1931 le " Quatuor de Prague ", avec lequel il se produit notamment à Londres en 1932, et enregistre le Quatuor à cordes op. 106 de Dvorak. L’année suivante il quitte cette formation pour se lancer dans une carrière de soliste qui le mène à Vienne (1934), puis à nouveau Londres (1937), mais il revient rapidement à la musique chambre et fait partie du " Trio Tchèque " à partir de 1940, avec Alexander Plocek (violon) et Josef Palenicek (piano), qu’il quitte en 1956 pour rejoindre l’année suivante le " Trio Suk " (Josef Suk, violon, Jan Panenka, piano), puis en 1966 le " Trio de Prague " et enfin retourne au " Trio Tchèque " en 1973. Egalement violoncelle solo de l’Orchestre Philharmonique Tchèque (1949-1953), il enseigne à partir de 1950 à l’Académie des arts musicaux de Prague, et en 1955 suit les cours d’interprétation de Casals à Prades. Si Milos Sadlo faisait preuve d’une technique irréprochable, c’est surtout pour son sens de la musicalité qu’il était vivement apprécié. Bon nombre de compositeurs ont écrit à son intention un Concerto pour violoncelle, notamment Aram Khachaturian, Pantcho Vladiguerov, Viktor Kalabis, Ivan Rezac et Vladimir Sommer. Mais Sadlo ne s’est pas contenté de jouer ses contemporains, il jouait pratiquement tout le répertoire pour violoncelle. On lui doit ainsi de magnifiques enregistrements parmi lesquels les Suites pour violoncelle BWV 1007 à 1012 de Jean-Sébastien Bach (Barenteir, BMU 1724/26, 3 disques 33 tours), le Concerto en ut pour violoncelle et orchestre de Joseph Haydn avec l’Orchestre Symphonique de la Radio de Prague et Alois Klima (CBS 61SUAST50495, 33 tours), les Concertos en la majeur et si mineur pour violoncelle et orchestre de Dvorak avec l’Orchestre Philharmonique Tchèque et Vaclav Neumann (Supraphon 1106312, 33 tours), le Concerto pour violon, violoncelle et orchestre en la mineur, op. 102 de Brahms, avec David Oïstrakh, l’Orchestre Philharmonique Tchèque et Karel Ancerl (Supraphon 0102371/72, 33 tours), le Concerto pour violoncelle et orchestre d’Arthur Honegger avec l’Orchestre Philharmonique Tchèque et Vaclav Neumann (CBS S75863, 33 tours), le Trio op. 67, pour piano, violon et violoncelle de Chostakovitch avec l’auteur au piano et David Oïstrakh au violon (Mercury, MG10045, 33 tours), la Sonate n° 2 pour piano et violoncelle de Bohuslav Martinu avec la pianiste Hélène Boschi (Le Chant du Monde, LDZM8150, 33 tours). Seuls quelques enregistrements ont été réédités en CD ces dernières années et nous permettent ainsi de conserver le témoignage du jeu subtil et chaleureux de ce musicien érudit, dont l’instrument magnifique (datant de 1750 et dû au luthier napolitain Gagliano, un élève de Stradivarius) et la " virtuosité ébouriffante " firent la joie des mélomanes : Brahms (Classica d’Oro), Dvorak (Nocturne –Abeille Musique) et Chostakovitch (Supraphon).

D.H.M.

Franco Corelli
Franco Corelli chante Gounod, Verdi, Rossini, Puccini, Giordano...
( CD Disky Communications Sarl, collection "Great Opera Tenors" )
Le 29 octobre 2003 à Milan est décédé le ténor italien Franco CORELLI, surnommé " l’Appolon du bel canto ", à l’âge de 82 ans. Ancien ingénieur naval venu tard à la musique, sa voix puissante et un sens musical très développé, le tout doublé d’un physique de jeune premier à la Rudolph Valentino, le rendaient irrésistible auprès de son public, même si d’aucuns lui reprochaient parfois une certaine résonance métallique dans la voix. Ses interprétations des héros de Verdi : Radamès (Aïda), Ernani, et Don Alvaro (La Force du destin) resteront attachés à son nom.

Né le 8 avril 1921 sur les bords de l’Adriatique, à Ancône (Marche) connue pour ses chantiers navals, il effectue des études d’ingénieur naval à l’Université de Bologne et à l’âge de 26 ans commence à fréquenter les Conservatoires de Pesaro et de Milan, tout en étudiant les voix des grands chanteurs, tel Caruso, à l’aide d’enregistrements sonores. Un Prix de chant obtenu à Florence en 1950 lui fait résolument opter pour la musique. Il débute au Festival de Spolète en 1952 dans Carmen (Don José), se produit sur des scènes de province et en décembre 1954 chante La Vestale de Spontini à la Scala, aux cotés de Maria Callas. Dès lors commence pour lui une prestigieuse carrière qui va le mener sur toutes les plus grandes scènes mondiales : Opéra de Vienne, Opéra de Berlin, Covent Garden de Londres (1957), Met de New York (1961), Festival de Salzbourg (1962), Chicago, San Francisco… et Opéra de Paris (1964) où il chante dans La Norma de Bellini. Il se produit aux cotés des plus grandes divas de ce siècle : La Callas, La Tebaldi, Leontyne Price, Judith Nelson, Elisabeth Schwarzkopf, entre autres. Bien que plus à l’aise dans le répertoire italien des XIXe (Verdi, Rossini, Donizetti, Puccini, Bellini, Leoncavallo) et début XXe siècles (Francesco Cilea, Umberto Giordano, Pietro Mascagni) il chante également Carmen de Bizet et Roméo et Juliette de Gounod, qu’il a d’ailleurs enregistrés respectivement en 1964, avec Léontyne Price et le Chœur et l’Orchestre Philharmonique de Vienne conduits par Karajan (RCA, LMDS 6199), et en 1969 avec Mirella Freni (Juliette) et l’Orchestre de l’Opéra de Paris dirigé par Alain Lombard (Voix de son Maître, CAN 235/37). On lui doit encore, entre autres nombreux rôles, ceux de Sextus dans Giulio Cesare d’Haendel, chanté à Rome en 1955, en compagnie de Boris Christoff (César), Fedora Barbieri (Cornelia), sous la direction de Ginandrea Gavazzeni, qui avait fait l’objet d’un enregistrement live par Historical Recording Enterprises (HRE 378-3) et le 29 décembre 1958 à la Scala de Milan de Hyllus, dans Hercules du même Haendel, enregistré par la maison de disques Giuseppe Di Steffano Recods (GDS 3001), avec Jerome Hines (Hercules), Fedora Barbieri (Dejenira), Elisabeth Schwarzkopf (Iole), le Chœur et l’Orchestre de la Scala de Milan dirigés par Lovron von Mataric. A l’aise dans tous les genres Corelli avait même abordé la chanson au début de sa carrière. C’est ainsi que dans les années soixante il enregistrait des " Chansons napolitaines ", parmi lesquelles le fameux O sole mio (disque Plaisir musical, PLM 30.536 distribué par Pathé Marconi). Franco Corelli fit ses adieux à la scène en 1976 au Festival de Torre del Lago dans La Bohème de Puccini. A 55 ans, devenu une véritable star du bel canto auprès d’un public populaire, se sentant fatigué il avait préféré se retirer en pleine gloire de peur de décevoir un jour ses admirateurs. Sa discographie est impressionnante et une bonne partie a été rééditée en CD, notamment un récital à Vienne en 1973 avec Renata Tebaldi (Mytos Records/Dante), La Norma avec Maria Callas (Emi Music France), Carmen (Mytos Records/Dante), La Tosca avec Léontyne Price (Dante) et un recueil d’enregistrements historiques d’airs de Verdi entre 1954 et 1965 (" Franco Corelli sings Giuseppe Verdi ", Gala GL 309, Dante)...

D.H.M.

Franco Bonisolli
Franco Boniselli, interprète de chansons napolitaines
( 2 volumes, chez Orfeo )
Franco BONISOLLI, le " roi des contre ut " qui fit merveille dans Guillaume Tell de Rossini, est mort le 29 octobre 2003, à l’âge de 65 ans, dans sa demeure de Monte-Carlo où il s’était retiré depuis quelques années. Célèbre ténor italien qui brillait, il y a peu de temps encore, dans les rôles des opéras de Verdi et de Puccini, il était attaché depuis 1968 au Staatsoper de Vienne, mais s’était produit sur toutes les scènes mondiales, notamment en France où il avait chanté à Bordeaux, Lyon, Toulouse, à l’Opéra de Paris en 1974 dans les Vêpres siciliennes (Arigo) de Verdi et à celui de Nice, les 17 et 24 novembre 1978, dans Aïda de Verdi (avec Liliana Molnar-Talajic et Viorica Cortez dirigés par Jean Perisson) et dans Carmen de Bizet (avec Viorica Cortez, Andrée Esposito et René Franc sous la conduite de Jean-Marc Cochereau).

Né le 25 mai 1938 à Rovereto, petite ville de la province de Trente (Italie) située aux pieds des Alpes et non loin du Tyrol, Franco Bonisolli fut quelque temps moniteur de ski et chantait le soir dans les discothèques ! Après avoir travaillé sa voix, notamment auprès du ténor Alfredo Laretta, il remportait en 1961, à l’âge de 23 ans, un prix de chant à Spolète qui lui ouvrit les portes de l’opéra avec l’année suivante, l’interprétation de La Rondine de Puccini. S’ensuivirent alors de nombreux rôles parmi lesquels ceux de Nemorino (L’Elixir d’amour, Donizetti), Alfredo (La Traviata, Verdi), Rodolphe (La Bohême, Puccini), Des Grieux (Manon, Massenet) et Cléomène (Le Siège de Corinthe, Rossini). En 1965 il était invité à l’Opéra de Dallas (La Traviata), l’année suivante à celui de San Francisco, en 1968 à la Scala de Milan et la même année était engagé par l’Opéra de Vienne, où il se produisait encore pour la dernière fois en février 2000 dans Le Trouvère. Enfin en 1971 le Met de New York l’accueillait avec Le Barbier de Séville (Almaviva). Il y retournera par la suite à une vingtaine de reprises pour y interpréter Faust, Rigoletto et La Traviata. Franco Bonisolli chantait tous les grands rôles du répertoire de l’opéra italien : Verdi, Rossini, Puccini, Donizetti, Leoncavallo, Giardano…, mais également ceux du théâtre français, notamment Nadir (Les Pêcheurs de perles, Bizet), Faust (Gounod), Werther (Massenet), Eléazar (La Juive, Halévy), Hoffmann (Les Contes d’Hoffmann, Offenbach) et quelques autres du répertoire baroque : Pylade (Iphigénie en Tauride, Gluck), Pâris (Pâris et Hélène, Gluck), Ascanio (Lo Frate’ nnamorato, Pergolèse), Liscione (La Dirindina, Scarlatti). Il a également enregistré de nombreux opéras dont une partie est toujours disponible en CD : Luisa Miller de Verdi (Diffusion Artistique & Musicale), La Donna del Lago de Rossini (Wotre Music Distribution), Djamileh de Bizet (Harmonia Mundi), Pâris et Hélène de Gluck (Harmonia Mundi), Le Siège de Corinthe de Rossini (Opera d’Oro), La Bohème de Leoncavallo (Orfeo), Rigoletto de Verdi (Gusto Italia)… En décembre 2002 VAI Distribution a eu la bonne idée de ressortir en DVD un tournage de La Traviata qui avait été réalisé en 1968 avec lui (Alfredo), Anna Moffo, Gino Bechi et Giuseppe Patané à la tête du Chœur et de l’Orchestre de l’Opéra de Rome. On doit aussi à Franco Bonisolli l’enregistrement de chansons napolitaines chez Orfeo, dont le célèbre O Sole mio d’Eduardo di Capua.

D.H.M.

Great Opera Performances : Hans Hotter
Der fligende Holländer, réédition enregistrement de décembre 1950 au Met
( Naxos 8.110189-90 )
Le 6 décembre 2003 à Munich est décédé à la veille de ses 95 ans le baryton-basse allemand, naturalisé autrichien, Hans HOTTER, admirable interprète de Wagner mais également chanteur de lied. D’aucuns le qualifieront de " Wotan du siècle " tant il brillait dans L’Anneau du Nibelung, qu’il chanta à de nombreuses reprises au Festival de Bayreuth entre 1952 et 1964. S’il dominait souvent la scène par sa taille impressionnante (1,93 mètre) et son talent, triomphant dans le répertoire d’opéras wagnérien, la souplesse de sa voix et son sens profond de la musique lui permettaient également de chanter le Lied. Ses interprétations des lieder du Voyage d’hiver (Winterreise) de Schubert ont fait date, tout comme d’ailleurs ceux de Brahms, Strauss, Schumann et Beethoven. On lui doit également de belles exécutions de Bach, notamment la Cantate Ich habe genug BWV 82, écrite pour la fête de la purification de Marie et dans laquelle la partie de basse tient le rôle principal. L’enregistrement de cette œuvre qu’il réalisa en 1950 est assurément un chef d’œuvre !

Né à Offenbach-am-Main (Allemagne) le 19 janvier 1909, Hans Hotter commence par étudier la philosophie à l’Université de Munich, ville natale de sa mère, avant de s’orienter vers la musique et plus particulièrement dans la direction d’orchestre. Enfant il avait déjà pris quelques cours de piano et chantait dans une chorale paroissiale ; il avait d’ailleurs voulu être un moment organiste et chef de chœur. Entré plus tard au Conservatoire de Munich, il suit des cours de piano, d’orgue et d’harmonie, et sur les conseils de Matthäus Römer, ancien élève de Jean de Reszké, avec lequel il prend des cours de chant, il se lance dans une carrière de chanteur. Ses débuts en 1929 dans le Messie de Haendel et dans La Flûte enchantée de Mozart sont remarqués et l’année suivante il est engagé par le Théâtre de Troppau (aujourd’hui Opava en Silésie), puis par le Théâtre allemand de Breslau. Se seront ensuite les Opéras de Hambourg (1934), Munich (1937), Berlin (1939) et Vienne (1939), mais c’est principalement à Munich et à Vienne, où il chanta durant près de 35 ans qu’il fit carrière. Il fut également invité par toutes les plus grandes scènes mondiales : Opéra de Paris (à partir de 1939), Scala de Milan (1940), Festival de Salzbourg (1942), Covent Garden de Londres (1947 à 1967), Metropolitan de New York (1950 à 1954), Opéra de Chicago, Teatro Colon de Buenos Aires… A Bayreuth Hans Hotter devient rapidement l’un des piliers de ce prestigieux festival wagnérien à partir de 1952. Ses interprétations de L’Or du Rhin et de La Walkyrie (Wotan), Les Maîtres chanteurs de Nuremberg (Hans Sachs), Le Vaisseau fantôme (Le Hollandais), Parsifal (Gurnemanz, Amfortas), Siegfried (Le Voyageur), Tristan et Isolde (Kurwenal) dans lesquelles il met tant de passion et surtout d’humanité font de lui le premier baryton héroïque (Heldenbaryton) wagnérien de son temps. Bien que ses plus grands succès furent incontestablement dans Wagner, Hans Hotter chantait également bien d’autres rôles tout aussi brillants : le Comte des Noces de Figaro (Mozart), le Commandant dans Jour de paix (Friedenstag), Oreste dans Elektra et Olivier dans Capriccio de Richard Strauss, Le Grand Inquisiteur dans Don Carlos et Amonasro dans Aida de Verdi, Boris Godounov de Moussorgski, Pizzaro dans Fidelio de Beethoven, Méphistophélès dans La Damnation de Faust de Berlioz… Il n’a pas négligé pour autant le répertoire moderne avec les opéras de Strauss cités supra, et Palestrina de Pfitzner (Borromeo), Le Monde de Carl Orff (Petrus), Assassinat dans la cathédrale d’Ildebrando Pizzetti (Thomas Beckett), La Visite de la Vieille dame de Gottfried von Einem (Lehrer), Moïse et Aaron de Schönberg (Moïse)… Il se retire officiellement de la scène en 1972 en chantant une dernière fois Wotan à Paris, mais continue cependant de monter parfois sur les scènes, notamment à San Francisco en 1989 dans le rôle de Schigolch (Lulu d’Alban Berg), qu’il chante aussi au Châtelet de Paris en 1991 alors âgé de 82 ans ! A la retraite Hans Hotter se livrait à l’enseignement, notamment à Vienne et à partir de 1983 à l’Ecole d’art lyrique de l’Opéra de Paris. La discographie de Hans Hotter est impressionnante : il a en effet enregistré largement plus d’une centaine de disques depuis ses débuts en 1929, les opéras de Wagner et de Strauss, ainsi que la plupart de ceux cités dans cette notice, mais également des lieder de Brahms, Schubert, Schumann, Beethoven et Hugo Wolf. Notons qu’ont été réédités en CD bon nombre de ses enregistrements et parmi ceux-ci les opéras la Tétralogie, Parsifal, Les Noces de Figaro, Boris Godounov, Die Schweisame Frau (La Femme silencieuse), Lulu et les lieder du Winterreise de Schubert...

D.H.M.

Bernard Michelin dans les années 1950
Bernard Michelin dans les années 1950
( photo Columbia, aimablement communiquée par Mme Claire Michelin )
Violoncelliste, professeur au Conservatoire de Paris, Bernard MICHELIN est mort à Paris le 16 décembre 2003, dans sa quatre-vingt-huitième année. Illustre représentant de l’école française de violoncelle, il était le dernier représentant de cette génération formée par Paul Bazelaire et Maurice Maréchal, de laquelle étaient notamment issus André Navarra, Paul Tortelier, Maurice Gendron, Reine Flachot, Guy Fallot, Roger Albin.

Né le 13 août 1915 à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne), il entra très tôt au Conservatoire de musique de Paris dans la classe de violoncelle de Paul Bazelaire et, à l’âge de 13 ans en 1929, obtint un 1er prix. Il poursuivit néanmoins ses études musicales dans cet établissement (harmonie, contrepoint, fugue, composition) tout en effectuant un cursus scolaire qui le mena au baccalauréat. Débutait ensuite pour lui une carrière de soliste, principalement menée dans la capitale. A cette même époque, dans les années trente, il remportait le Grand Prix International de violoncelle au Concours de Vienne mais c’est au lendemain de la seconde guerre mondiale que le succès était au rendez-vous avec une tournée internationale en Amérique du sud (Montevideo, Buenos Aires, Rio de Janeiro, Sao Paulo, Santiago du Chili, Caracas), puis en Egypte (Le Caire, Alexandrie, décembre 1946). Il aura d’ailleurs l’occasion au cours de sa longue carrière de se produire dans la plupart des grandes villes d’Europe, notamment à Vienne, Moscou, Leningrad, Bucarest, Stockholm, Oslo, Helsinki, Londres, Copenhague, Bruxelles, La Haye, Edimbourg, ainsi qu’au Moyen-Orient (Salonique, Istanbul, Jérusalem), en Asie (Tokyo, Osaka, Nagasaki, Niko, Kyoto, Sapporo, Akita, Hong-Kong, Taiwan, Singapour, Bangkok), en Australie (Sydney), en Afrique (Johannesburg, Durban, Cap Town, Casablanca, Rabat, Oran, Alger, Tunis) et au Canada (Montréal, Ottawa)… En France Bernard Michelin a joué avec les orchestres Colonne, Lamoureux, Pasdeloup, avec la Société des Concerts du Conservatoire, et avec l’Orchestre National de France, sous la conduite des plus grands chefs : Paul Paray, Charles Munch, Albert Wolf, Jean Fournet, Gaston Poulet, et à l'étranger avec Fritz Busch, Erich Kleiber, Désiré Defauw, Georges Georgesco, Kösaku Yamada, Armin Jordan...

Bernard Michelin lors d'un concert à Kiev, 18 janvier 1971
Bernard Michelin lors d'un concert à Kiev,
18 janvier 1971
( photo aimablement communiquée par Mme Claire Michelin )

Nommé professeur de violoncelle au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris en 1963, il enseignera également en Argentine (1947), à Tokyo (1958), à Santiago du Chili (1965) où il fonda un " Concours international Bernard Michelin ", à l’Académie internationale d’été de Nice (à partir de 1968), à Londres, succédant là à Pablo Casals dans son International Cello Center (1965 à 1970) et à Varsovie (1973). Il a ainsi formé à Paris (avec la collaboration de son assistant Erwan Fauré, par ailleurs professeur à la Schola Cantorum) et à l’étranger de nombreux musiciens qui exercent actuellement leur art à travers le monde entier. Parmi eux citons les français Emmanuel Gaugué (1er violoncelle solo de l’Orchestre de Paris), Carlos Dourthé (1er violoncelle solo de l’Orchestre National de France), Hervé Derrien (violoncelle solo de l’Orchestre National de France), Jean-Marie Trotereau (violoncelle solo de l’Orchestre d’Auvergne), Jean-Jacques Wiederker (violoncelle solo à l’Orchestre de la Garde Républicaine), Paul Broutin (Octuor de France), Claire Oppert (Ensemble Hélios), Anne Copery (Quatuor Ludwig), Aldo Ripoche (Duo Kemener-Ripoche), Claire Giardelli (Quatuor Elyséen, professeur au Conservatoire de Lyon) et Danielle Mérand (professeur au Conservatoire de Nantes), les chiliens Arnaldo Fuentes (violoncelle solo de l’Orchestre de Santiago du Chili), Hector Escobar Munoz, Celso Lopez Quiroz, Nelson Campos Videla, Antoine Ladrette, l’argentin Leo Viola (violoncelle solo de l’Orchestre du Colon de Buenos Aires)…

Comme interprète on doit à Bernard Michelin la création de bon nombre d’œuvres : le Concerto pour violoncelle de Marcel Landowski avec l’Orchestre National dirigé par Eugène Bigot le 25 novembre 1946 (concert retransmis à la Radio), les Variations sur une chanson naïve (1949) de son maître Paul Bazelaire qui l’avait rendu dédicataire de son œuvre, le Concerto pour violoncelle et orchestre de Marie-Brigitte Gauthier avec l’Orchestre Pasdeloup placé sous la direction de Jacques Michon le 3 mars 1956 à la Salle Pleyel, le Concerto pour violoncelle et orchestre de George Barati avec le London Philharmonic Orchestra conduit par l’auteur (enregistrement réédité en 1999, CD Composers Recordings)... On lui est aussi redevable de l’enregistrement du Concerto pour violoncelle et orchestre en si bémol majeur de Boccherini, dans les années cinquante chez Columbia (LFX 750) et surtout en 1965 de celui en ré mineur d'Edouard Lalo (avec l'Elégie en ut mineur pour violoncelle et orchestre, op. 24, de Gabriel Fauré) avec le Haarlem Symphony Orchestra sous la conduite de Tom Verheij (Concert Hall Society 1162), et chez Odéon (disque 33 tours FOC1001, Les Classiques Favoris) avec André Collard au piano, de pièces de Vivaldi, Beethoven, Mendelssohn, Fauré, Granados, de Falla, ainsi que dans cette même collection « Les Classiques Favoris », disques Haute Fidélité 33 tours Odéon XOC165, avec Tasso Janopoulo au piano, des Sonates de Schubert, Debussy et Francoeur.

Chevalier de la Légion d’honneur (1979), Bernard Michelin était marié depuis 1973 à la violoncelliste Claire Bouchet, son élève, prix du Conservatoire de Paris, qui fut pour lui durant trente années une aide précieuse pour l’élaboration de ses concerts et de ses mastersclass. Ses obsèques se sont déroulées le 19 décembre 2003 en l’église Saint-Honoré-d’Eylau (Paris XVIe).

D.H.M.

Le 31 décembre 2003 s’est éteinte dans un hôpital berlinois la contralto Sieglinde WAGNER à l’âge de 82 ans. Sa carrière internationale avait débuté en 1949 lorsque Furtwängler l’engageait au Festival de Salzburg pour chanter dans La Flûte enchantée de Mozart. Elle sera ensuite attachée durant 34 ans à l’Opéra de Berlin, où elle se produisit pour la première fois en 1952 dans Rigoletto de Verdi (Madeleine). Si elle a brillé dans le répertoire lyrique classique (Mozart, Verdi, Wagner, Strauss), elle fut également une prestigieuse interprète d’œuvres religieuses qu’elle a parfois enregistrées : Requiem de Dvorak (DG), Messe en si de Bach (Naive/Auvidis), Te Deum de Bruckner (DG) et de Kodaly (Véga), Messe du Couronnement de Mozart (Decca).

Sieglinde Wagner, photo Archiv der Deutschen Oper Berlin
Sieglinde Wagner, photo Archiv der Deutschen Oper Berlin
( avec l'aimable autorisation de l'Opéra de Berlin )

Née en 1921 sur les bords du Danube à Linz, Sieglinde Wagner étudia le chant dans sa ville natale puis à Munich. Sa carrière ne put réellement démarrer qu’après la seconde guerre mondiale et en 1947 elle était engagée par l’Opéra de Vienne. Deux années plus tard Wilhelm Furtwängler la remarquait. Commençait alors une longue collaboration avec ce chef qui l’enrôla notamment à la Scala de Milan pour L’Anneau du Nibelung (Flosshilde dans L’Or du Rhin, et Grimgerde dans La Walkyrie) et qui aboutit à son engagement, en 1952, par l’Opéra de Berlin, qu’elle ne quittera que 34 ans plus tard (1986) pour prendre sa retraite. Parallèlement à ses activités dans la capitale allemande, Sieglinde Wagner se produisait sur bon nombre de grandes scènes mondiales, notamment à Bayreuth, Edimbourg, Glyndebourne, Salzburg, Vienne, Milan et chantait sous la direction de chefs éminents : Furtwängler, Jochum, Kempe, Böhm, Ancerl, Karajan, Sawallisch, Swoboda, Markevitch…. Parmi son vaste répertoire elle fut plus particulièrement remarquée dans Carmen de Bizet, Les Maîtres chanteurs de Nuremberg de Wagner, Otello, Rigoletto et Nabucco de Verdi, Médée de Cherubini, Elektra et Le Chevalier à la Rose de Strauss, Belshazzar de Haendel. Retirée de la scène depuis près de 20 ans, cette contralto nous laisse de nombreux enregistrements réalisés principalement dans les années cinquante et soixante, dont une partie a été rééditée en CD : Requiem de Dvorak avec Maria Stader (Supraphon), L’Anneau du Nibelung (coffret de 12 CD, Codaex France, avec Furtwängler), Le Chevalier à la rose sous la direction de Clemens Krauss (Golden Melodram), Le Vaisseau Fantôme avec Dietrich Fischer-Dieskau (Berlin classics), Elektra sous la direction de Mitropoulos (Opera d’Oro), la Symphonie n° 9 de Beethoven dirigée par Furtwängler (Orfeo d’Or), Les Noces de Figaro avec Christa Ludwig (Gala)...

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D.H.M.

 


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