Quelques maîtres de chapelle et compositeurs nancéiens du XXe siècle

Certains font déjà l’objet d’une notice sur ce site aussi ne les évoquerons-nous pas :
Mgr Kaltnecker, Charles Magin, Gaston Stoltz
ainsi que les organistes des paroisses de Nancy.

 

Cathédrale de Nancy, 1944.
Cathédrale de Nancy, 1944 : Les 20 "aiglons" de la maîtrise de la cathédrale (alors dirigée par l'abbé Alexandre Roussel, maître de chapelle) chantant l'alléluia près de l'Aigle sculpté durant l'été 1943 par M. Michel, de Pont-à-Mousson. Parmi eux : André Valette, futur maître de chœur à l'abbaye bénédictine de Randol en Auvergne (1er rang, 1er à gauche) et Claude Hilger, futur organiste de St-Martin de Sucy-en-Brie (2ème rang, 2ème à partir de la gauche)
( photo X..., coll.DHM )

La cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation : Amédée RAFFAT DE BAILHAC (1880-1969), élève à Paris de Guilmant et de d’Indy, maître de chapelle à Paris, Monaco et Saint-Jean-de-Luz, a été quelques années maître de chapelle de la cathédrale de Nancy à partir de 1920. Fondateur de la Schola de Nancy et de celle de Charleville, et plus tard directeur de la Schola d’Avignon, on lui doit de nombreux chœurs profanes et religieux. L’Abbé Alexandre ROUSSEL (1890-1961) lui a succédé vers 1927 comme maître de chapelle de la cathédrale, dirigeant à ce titre la Maîtrise parfois renforcée par les élèves de l’Ecole presbytérale de Notre Dame (préparant au Petit Séminaire). Dans les années quarante son répertoire liturgique compte des Messes de Grüber, Albert Alain, Widor, Hassler, Bayer, Van Durme, Magin, Courtonne, des chœurs de Handel, des chants des Saluts et autres motets de Perruchot, Chérion, Bach, Courtonne, Dubois, Blin, Saint-Martin. A cette époque les maîtrisiens chantent l’ordinaire de la messe, le Kyrie, le Gloria, le Credo, le Sanctus, l’Agnus, l’Introït, l’Alleluia, la Communion. Ils sont rassemblés près de l’Aigle et chantent notamment l’alleluia a cappella dans une tessiture de do # grave à l’aigu fa # ou sol, ordinairement sans baisser et avec la seule direction chronématique d’un maîtrisien qui indique directement les ictus, longues etc... Dans les années 1960, c’est l’Abbé Jean MARY (1922-1992) qui est maître de chapelle de la cathédrale de Nancy. Il enseignait également à l'Ecole presbytérale située non loin de la cathédrale. Il dut abandonner son poste de maître de chapelle lorsqu’il fut nommé curé de Maxéville dans la banlieue de Nancy.

Concert de la Chorale Saint-Joseph dirigée par l'Abbé Pierre Timmermans
Nancy, Salle Poirel, 8 novembre 1942, concert de la Chorale Saint-Joseph dirigée par l'Abbé Pierre Timmermans
( coll. O. Geoffroy )

L’église Saint-Joseph construite autour de 1905, connaît depuis toujours une forte tradition musicale avec le Théâtre de la Passion et grâce à la volonté des prêtres affectés à la paroisse. Dès les années 1910, une maîtrise de garçon est instituée afin d’assurer le chant des offices. En 1954, cette manécanterie placée sous le patronage de sainte Jeanne d’Arc est affiliée au mouvement Pueri Cantores, fédération de Petits Chanteurs créée par Mgr Maillet peu après la Seconde Guerre mondiale. L’Abbé François GROSSET qui en assurait alors la tutelle s'efface en 1958 et cède la place à Jean BOUILLET professeur honoraire de mathématiques au Lycée Poincaré et actuel directeur. La direction de la chorale mixte paroissiale revenait à l’Abbé Pierre TIMMERMANS (1891-1975), docteur en théologie et en droit canonique. Originaire de Neer en Hollande, spiritain, il avait été appelé de Rome et détaché de sa congrégation pour succéder comme vicaire, en l’église Saint-Joseph, à l’Abbé Roger LANGLAIS , forcé de se retirer dans le Midi de la France (diocèse de Toulon-Fréjus). Egalement professeur au grand séminaire de Nancy et musicien dans l’âme, l’abbé Timmermans a composé quelques cantiques et motets en polyphonie, inédits pour la plupart et destinés à la chorale du grand séminaire de Villers-les-Nancy ainsi que la musique d’une saynète intitulée Le Jeu du chapelet : Mystères joyeux écrite par Andrée Fels, (collection " les Jeux de la Compagnie Notre-Dame ", Paris, Billaudot, 1937). Il dirigeait avec grande classe les ensembles vocaux et instrumentaux, en particulier lors des rassemblements de chorales paroissiales à la salle Poirel de Nancy dans les années 1950. Afin d’être vu de tout le monde (le nombre de chanteurs atteignait alors la centaine), il avait adapté une lampe de poche électrique au bout de sa baguette de chef !

A la Basilique du Sacré-Coeur, Louis DANJOU était maître de chapelle. Les messes en musique rassemblaient de nombreux choristes et instrumentistes. Doté d’une grande autorité, Monsieur Danjou avait été fort affecté par la mort de son fils unique à l’âge de quinze ans, dont la crise d’appendicite avait été fatale. De cette blessure, il résultait un caractère sinon violent du moins marqué par une vive impatience et une volonté de perfection musicale que tempérait une forte émotion à l’audition de certaines œuvres poignantes.

L’église Saint-Léon-IX : directeur de la Schola de cette église où il était vicaire, le chanoine Eugène CHARPENTIER (1888-1943) était un érudit. Mgr Kaltnecker (1884-1959), son condisciple au petit séminaire de Pont-à-Mousson en dressait ainsi le portrait :

" M. Charpentier était un théologien, un lettré, un musicien ; il se savait très bien doué et était sévère pour autrui. Mais avec les années, les angles s'étaient arrondis et l'indulgence présidait à ses jugements. Des divergences de vues avec Mgr Fleury l'amenèrent à se retirer ; il accepta l'aumônerie du Préventorium de Flavigny et il mourut prématurément dans sa famille en 1943, le 20 avril [25 ans plus tôt que Charles Magin, jour pour jour !].
Eugène Charpentier, élève du Petit Séminaire, s'attira une remontrance de M. Martin [le Supérieur] ; voici dans quelle circonstance. Jeune organiste de talent, E. Charpentier disait assez volontiers : " Mon orgue... mes pédales... ". L'adjectif possessif déplut à M. Martin qui rectifia, non sans ironie, en lecture de notes, le mode d'expression qui l'avait choqué ; il pria le jeune homme de dire : " Les pédales de l'orgue du Petit Séminaire du diocèse de Nancy1."

Il fut nommé curé-doyen de Conflans avant de devenir directeur de l'Enseignement et des Oeuvres.

Chanoine Maurice Gaudard
Chanoine Maurice Gaudard dans les années 1930
( cliché Pathé, coll. D.H.M. )

C'est le chanoine Maurice GAUDARD, curé, qui prit alors en main la vie musicale de la paroisse. Licencié en théologie et bon musicien, il dirigeait lui-même la Schola Saint-Léon (fondée en novembre 1919) lorsqu’elle se produisait en concert dans les différentes églises de la ville et enregistra avec elle, dans les années trente chez Pathé, 6 disques (X 93.050 à 055) contenant notamment : Roland de Lassus (Nos sui sumus in hoc mundo, chœur a cappella ; Vittoria (O Magnun musterium, Vera languores nostros, chœurs a cappella), César Franck (chœur général extrait de l’oratorio Rebecca), Palestrina (Alma redemptoris mater, O bone Jesu, chœurs a cappella), Josquin des Près (Ave vera virginitas, chœur a cappella), Aichinger (Regina coeli, Salve Regina, chœurs a cappella), Fernand de La Tombelle (Sinite parvulos venire ad me, chœur, baryton solo : chanoine Baumgartner) et J.S. Bach (choral " Roi couvert de blessures ", extrait de la Passion selon saint Mathieu, et " Noël " extrait de la Cantate de la Nativité). Au début de la seconde guerre mondiale c’est l’Abbé H. FEBVREL qui succéda au chanoine Gaudard à la tête de la Schola. En 1944 elle est composée de 20 soprani, 15 alti, 7 ténors et 8 basses. Son répertoire liturgique est vaste et comporte, entre autres œuvres, la Messe sur des Noëls et la Messe en l’honneur de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de Joseph Noyon, Les bergers à la crèche de Berlioz, la Messe de Sinberger, la Passion de Soriano (aux Rameaux), la Messe " Stella Maris " de Nowowiejski, la Cantate de l’Ascension de Bach, la Messe " Christus Resurgens " de Van Pulaert, la Messe en l’honneur des Saintes Reliques de Pierre Kunc, le Psaume 116 de Chérion, le motet O Sacrum convivium de G. Crocé, ainsi que de nombreux motets en l’honneur du Saint Sacrement et de la Sainte Vierge.

Cours Notre-Dame à Nancy, années 1950
Cours Notre-Dame à Nancy, années 1950
( coll. O. Geoffroy )

L’église Saint-Pierre dans laquelle se déroulaient les répétitions de l’Interscholae (regroupement de membres de chorales nancéiennes) avait un groupe de chanteurs placé dans les années 1950 sous la direction de Claude TAGU.

Le Cours Notre-Dame dirigé par les Chanoinesses de Saint-Augustin, congrégation régulière fondée par saint Pierre Fourier (1565-1640) et la Bienheureuse Alix Le Clerc (1576-1622) pour assurer l’éducation des jeunes filles, avait un groupe polyphonique placé sous la responsabilité de la Supérieure Mère Marie-du-Christ-Roi.

Parmi les musiciens lorrains dont l’histoire n’a pas gardé souvenir, on se doit de citer Pierre BRETAGNE. Né le 6 octobre 1881, il fut élève de Joseph-Guy Ropartz au Conservatoire de Nancy. Docteur en droit et avoué à la Cour d’appel de Nancy, il composa de nombreuses œuvres publiées à la Société Anonyme d’Edition Musicale (pièces pour piano, harmonium, mélodies sur des textes de poètes lorrains, et une pièce pour orgue intitulée Préambule, dédiée à Constant Pernin, organiste de la cathédrale de Nancy). Sa haute érudition lui valut d’être nommé membre titulaire de l’Académie de Stanislas le 16 janvier 1924. Il y fit un certain nombre de communications touchant à la poésie et à la musique. En voici quelques exemples : Un compositeur lorrain oublié : Théodore Gouvy (1952), Quelques souvenirs d’un musicien (1955), La personnalité morale de Guy Ropartz (1956), Hommage à Florent Schmitt (1959), Quelques aspects de la vérité musicale au théâtre (1960), Le dernier amour de Richard Wagner (1960), Les grandes formes de la musique (1961), Les poèmes que j’ai mis en musique (1961), Gabriel Fauré, Verlaine et quelques poètes (1962). Pierre Bretagne fut aussi une des chevilles ouvrières de l’Association Lorraine de Musique de Chambre fondée en 1947. Il mourut le 26 juillet 1962.

Olivier Geoffroy
Denis Havard de la Montagne
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1) KALTNECKER (Mgr Maurice), Le Petit Séminaire de Pont-à-Mousson, 1817-1906, Histoire et souvenirs, Nancy, G. Thomas, 1957, p. 97. [ Retour ]

 


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