Prix de Rome 1820-1829

Simon LEBORNE - Victor RIFAUT - Joseph LEBOURGEOIS - Hippolyte DE FONTMICHEL - Edouard BOILLY - Louis ERMEL - Maximilien SIMON - Théodore LABARRE - Auguste BARBEREAU - Albert GUILLON - Adolphe ADAM - Claude PARIS - Paul BIENAIMÉ - Jean-Baptiste GUIRAUD - Alphonse GILBERT - Guillaume ROSS dit DESPRÉAUX - Julien NARGEOT

1820

Simon LEBORNE (1797–1866)

Discours de Charles Poisot (Dijon, 1822 – Dijon, 1904), pianiste, compositeur, musicographe et pédagogue, directeur du Conservatoire de Dijon, prononcé le 26 mai 1866, à la 21e séance de la Société des Compositeurs de Musique (fondée à Paris en 1862).

Messieurs et chers Confrères,

Chargé par le Comité de prononcer l'éloge de notre collègue Le Borne [décédé le 2 avril 1866 à Paris], je remplirai ma tâche avec douleur, car la perte de celui qui fut mon maître me cause un vide que rien ne peut combler ; toutefois une consolation m'est donnée : c'est de tracer devant vous le portrait d'un véritable artiste, qui sut allier à l'amour du travail la noblesse et l'élévation du caractère.

De tels hommes sont rares à notre époque ; leur vie est un enseignement dont nous devons profiter. — Aimé-Ambroise-Simon Le Borne naquit à Bruxelles le 29 décembre 1797. Fils d'un artiste dramatique, ses premières années se passèrent à Versailles, où il reçut, dès l'âge de neuf ans, les premières notions de musique par les soins d'un estimable horloger, nommé Deshayes. Attaché à l'orchestre du théâtre en qualité de violoncelle, Deshayes donna des leçons de violon à l'enfant, qui devait plus tard se développer d'une manière si remarquable. En 1808, d'après les conseils de son camarade Dauverné, le jeune Le Borne se présenta chez un ancien chanteur de la chapelle du roi Louis XVI, Desprez, qui, par philanthropie, tenait chez lui, sous le patronage des autorités de Versailles, une école gratuite de musique vocale destinée aux jeunes garçons. Ce digne homme reconnut beaucoup d'intelligence dans l'enfant qui lui était présenté, et il l'admit au nombre de ses élèves d'autant plus volontiers qu'il découvrit en lui une charmante voix de soprano. — Sous cet excellent maître, Le Borne fit des progrès tellement rapides, qu'au bout de huit ou dix mois d'études, il l'emporta sur ses rivaux en obtenant le premier prix au concours. Vers la fin de 1810, son père, fixé à Paris par un engagement au théâtre de l'Odéon, rappela sa famille auprès de lui. C'est alors que le jeune Le Borne quitta Versailles, muni d'une lettre de son professeur, qui le recommandait à Sarrette, alors directeur du Conservatoire de Paris. Après avoir passé un examen devant le comité d'enseignement, composé à cette époque de Gossec, Méhul et Cherubini, il fut jugé capable d'entrer dans une classe de solfège, et en conséquence admis, le 5 janvier 1811, chez M. Thibault, répétiteur, auquel succéda M. Charles. L'année suivante, ses études de solfège étant terminées, il entra (26 octobre 1812) dans la classe d'harmonie de Berton, suppléé alors par Dourlen. Après avoir suivi le cours de cet excellent professeur, il fit partie de la classe de composition de Cherubini et reçut de ce célèbre et éminent artiste sa première leçon de contre-point le 19 octobre 1813.

Mais Sarrette, qui s'intéressait beaucoup aux élèves, s'était imaginé que Le Borne, fils d'un comédien, devait embrasser la carrière dramatique. Conséquemment, il l'avait engagé à suivre les classes de déclamation, où il étudia successivement sous la direction de Mlle Berville, puis sous l'illustre Fleury. Cependant, le goût de l'art musical l'emportant sur celui du théâtre, le jeune Le Borne profita du changement apporté dans l'administration du Conservatoire par les événements de 1814 pour abandonner les éludes dramatiques. Après la réorganisation de l'établissement, M. Perne, administrateur, le fit nommer répétiteur de solfège en 1816, puis entrer dans la classe de vocalisation de M. Henri, et dans celle de chant tenue par Garaudé. Tout en travaillant sa jolie voix de ténor, Le Borne, sur les instances de son père, débuta à l'Odéon dans l'emploi des jeunes amoureux. C'était en 1817 ; une affection de poitrine vint interrompre ses travaux, et il renonça pour toujours à la carrière théâtrale pour s'occuper exclusivement de composition.

Cherubini le jugea capable de se présenter au concours de l'Institut dès 1818. Il n'y eut pas de premier prix cette année-là ; mais l'Académie lui décerna le second sur une cantate à une voix de M. Vinaly, intitulée : Jeanne d'Arc. Le 1er janvier 1820, Le Borne fut nommé professeur titulaire d'une classe de solfège au Conservatoire, et la même année il remporta le premier grand prix de l'Institut avec une cantate de Vieillard intitulée : Sophonisbe. Élève et professeur en même temps, il partit pour Rome en vertu d'un congé que lui accorda M. de La Ferté. De retour à Paris après trois ans de voyages en Italie et en Allemagne, il reprit ses fonctions au Conservatoire et donna des leçons de chant. Eu 1827, il composa, avec Batton et Rifaut, la musique du Camp du Drap d'or, opéra en trois actes de M. Paul de Kock, qui fut représenté sur le théâtre Feydeau le 23 février 1828. Le poème nuisit au succès de l'ouvrage. On remarqua toutefois, parmi les morceaux échus en partage à Le Borne, l'introduction du premier acte, un air chanté par Mme Boulanger, et le finale du troisième acte. Cet insuccès ayant, comme toujours, inspiré peu de confiance à messieurs les poètes, Le Borne attendait vainement le résultat de promesses illusoires, lorsque M. Carafa, avec lequel il s'était lié en Italie, lui proposa d'écrire plusieurs morceaux dans la Violette, trois actes de Planard. Plein de reconnaissance pour celte marque d'amitié et glorieux de collaborer avec un artiste de cette valeur, M. Le Borne composa quatre morceaux, dont deux seulement furent conservés à la scène : ce sont le finale du premier acte et le grand finale du deuxième. Ce dernier est considéré comme un des bons morceaux de l'ouvrage. En 1828, Le Borne épousa une des filles de M. Lefebvre, auteur de la musique de plusieurs ballets, et bibliothécaire de l'Opéra. L'année suivante, il succéda à son beau-père dans cette place, qu'il occupa jusqu'à sa mort. Le 15 juin 1833, il fit représenter à l'Opéra-Comique un ouvrage en deux actes de M. Féréol, intitulé : Cinq ans d'entr'acte. Cette partition eut du succès. On y remarqua principalement l'ouverture ; au premier acte, l'introduction, un duo, un air de basse ; au deuxième, l'entr'acte, un duo, un petit air avec solo de hautbois et un grand morceau d'ensemble. En 1834, Le Borne fut nommé conservateur de la musique de la chapelle du roi, et en 1843, sous la direction de M. Auber, il reçut le titre de bibliothécaire de la musique du roi, titre qu'il perdit en 1848 ; mais il retrouva une position analogue lors de l'organisation de la chapelle impériale. A la fin de 1835, Le Borne avait fait ses adieux au théâtre par un acte intitulé : Lequel? paroles de MM. Ancelot et Paul Duport. L'ouvrage n'eut pas beaucoup de représentations, et cependant l'ouverture, l'introduction des couplets, un quintette, furent remarqués par les artistes et le public. L'année suivante, Le Borne, ayant été nommé professeur de contre-point et fugue en remplacement de Reicha, se livra entièrement aux travaux théoriques, et cette résolution fut immuable, lorsqu'en 1839 on joignit à son enseignement celui de la haute composition. L'école Le Borne a produit des élèves nombreux et distingués. Nous citerons particulièrement M. Stamaty, l'habile professeur de piano ; MM. Savard et Duprato, professeurs au Conservatoire ; Bousquet, Maillart, Léonce Cohen, Barthe, grands prix de l'Institut ; de Lajarte et Debillemont, compositeurs dramatiques; César-Auguste Franck, organiste de Sainte-Clotilde ; Hocmelle, organiste du Sénat ; Soumis, excellent accompagnateur ; Verrimst, Blaquière, Godard, etc. Sur les instances de l'éditeur Troupenas, Le Borne prépara, en 1847, une nouvelle édition du Traité de Catel avec des additions fort importantes. Cet ouvrage, adopté par le Conservatoire, a paru chez Brandus en 1848. Depuis lors, notre cher maître s'est occupé d'un travail analogue de révision sur le Traité de Cherubini. Il est mort au moment de finir sa tâche. Ce qu'il laisse entièrement achevé, c'est un grand Traité d'harmonie très développé en trois forts volumes, et le Recueil des basses, chants donnés et partimenti composés annuellement depuis 1843 à 1865 pour les concours du Conservatoire. Décoré tardivement en janvier 1853, après trente-trois années de bons et loyaux services, Le Borne vivra toujours dans le cœur de ses élèves reconnaissants. Son mérite modeste est préférable à bien des gloires tapageuses de notre époque.

CHARLES POISOT


1821

Victor Rifaut, par Court.
Victor Rifaut
d'après un tableau de Joseph Court, 1822 (DR)

Victor RIFAUT (1799-1838)

"Compositeur soigneux, exact et instruit" [Revue de Paris, 1834], ce musicien, mort prématurément, n’eut pas le temps de se faire une place au sein du monde de la musique en ce premier tiers du XIXe siècle, d’autant que Berlioz, dont on connaît l’influence par ses compositions, mais également par ses écrits, ne l’aimait guère, disant de lui que c’était "un médiocre pianiste" ! Dans ses Mémoires, l'auteur de la Symphonie fantastique livre les raisons de sa rancœur : admis en 1827 à la seconde épreuve de composition du Prix de Rome, avec la scène lyrique à grand orchestre Orphée déchirée par les Bacchantes "…le médiocre pianiste chargé d’accompagner ma partition, ou plutôt d’en représenter l’orchestre sur le piano, n’ayant pu se tirer de la Bacchanale, la section de l’Institut, composée de Cherubini, Paër, Lesueur, Berton, Boieldieu et Catel, me mit hors de concours, en déclarant mon ouvrage inexécutable." Rappelons cependant que Rifaut était à l’époque pianiste répétiteur à l’Opéra-comique, et que Berlioz, ayant déjà subi un premier échec au concours de 1826, ne pouvait admettre ce nouveau revers sans tenter d’en faire porter la responsabilité par un tiers ; ce n’est qu’à la cinquième présentation qu’il décrocha enfin le 1er Grand Prix (1830) !

Né le 11 janvier 1799 à Paris, fils de Pierre Rifaut, contrebasse à l’Orchestre de l’Opéra (à partir de 1805), et de Félicité Gillebert, Victor Rifaut reçoit ses premières leçons de musique de la part de son père. Celui-ci, habitant alors 13 rue du Cadran, est également contrebasse à la Chapelle du Roi à l'époque de Lesueur, Cherubini et Plantade, et est mis à la retraite lors de la Révolution de juillet 1830 (remplacé à l'Opéra par Durier) mais parvient à trouver un nouvel emploi dans l'orchestre du Théâtre du Gymnase dramatique du boulevard Bonne-Nouvelle où on le trouve encore en 1837. Il réside à présent 17 passage Saulnier, dans le 9e arrondissement parisien. Le 16 août 1811, Victor est admis à l’âge de 13 ans au Conservatoire de Paris. Tout d’abord élève de solfège (encouragements reçus en 1812) et de piano de Louis Adam (1758-1848, pianiste, organiste, compositeur et professeur au Conservatoire durant 45 ans), il suit ensuite les cours d’harmonie et de composition de Henri Berton (1767-1844), obtenant un 1er prix d’harmonie en 1814. En 1820, il se présente au grand concours de composition de l’Institut de France (Prix de Rome) et obtient un Second Grand Prix avec la cantate Sophinibe (paroles de Pierre Vieillard), derrière Leborne. L’année suivante, il décroche le 1er Grand Prix avec la cantate Diane et Endymion (paroles de J.A. Vinaty). Il est le seul candidat à être récompensé cette année-là et effectue le traditionnel séjour à la Villa Médicis du 20 décembre 1821 au 31 décembre 1823, entrecoupé de séjours à Naples, ainsi qu’en Allemagne (Munich, Dresde) et en Autriche (Vienne). Pensionnaire en même temps que le peintre normand Joseph Court (1797-1865), Prix de Rome 1821 pour Samson et Dalila, celui-ci réalise en 1822 à Rome un portrait en pied de Rifaut assis à sa table de travail devant une partition manuscrite. Ce tableau est conservé de nos jours au Musée des Beaux-Arts de Rouen que Court dirigea de 1853 à sa mort.

Accompagnateur à l’Opéra-comique à partir de 1820, à son retour d'Italie il reprend ces mêmes fonctions en 1824, avant d’être nommé deux années plus tard chef du chant et pianiste répétiteur, Gilbert de Pixérécourt étant directeur, Lemetheyer régisseur général, et Frédéric Kreubé chef d'orchestre. A cette époque, ce théâtre installé rue Feydeau, aux termes de l'ordonnance royale du 30 mai 1824, est placé sous l'autorité de S.E. le Ministre de la Maison du Roi, et sous la surveillance immédiate de M. le Duc d'Aumont, premier Gentilhomme de la Chambre de sa Majesté. Le 1er octobre 1833, il succède à Halévy dans sa classe d’harmonie et d’accompagnement pratique pour les femmes au Conservatoire de Paris, poste qu’il occupe jusqu’à son décès. Curieusement, Berlioz pose sa candidature pour lui succéder, mais Cherubini, alors directeur de cet établissement, refuse considérant qu’il ne sait pas jouer de pianoforte, ce qui est indispensable pour exercer convenablement l'enseignement de l'accompagnement ; c'est Emile Bienaimé (1802-1869, deuxième Second Grand Prix de Rome 1826) qui obtient le poste. Aux côtés de Cherubini, Paër, Habeneck, Berton, Kuhn, Gebauer, Ponchard, Meifred et Meyerbeer, à partir du 22 mars 1836 (succédant à Vaslin) Victor Rifaut fait partie du Comité d'enseignement, chargé des examens et des concours du Conservatoire de musique.

"Rifaut ne manquait ni de science, ni de verve mélodique ; il trouvait même des idées originales ; mais il eut le malheur de ne rencontrer que des poèmes médiocres". Sans doute faut-il chercher ici son manque de succès auprès du public et l'oubli dans lequel ses œuvres ont été rapidement rejetées. Son catalogue comporte une dizaine d'ouvrages pour le théâtre (drames lyriques ou opéra-comiques) :

- Le Duel ou une loi de Frédéric (3 actes), livret de Pélissier-Laqueyrie et Desessarts d'Ambreville, Opéra-Comique, 4 juillet 1826 (Duvernois, 1826),
- Le Roi et le Batelier (1 acte), en collaboration avec Halévy, livret de Saint-Georges, Opéra-Comique, 3 novembre 1827,
- Le Camp du drap d'or (3 actes), en collaboration avec Batton et Leborne, livret de Paul de Kock, Opéra-Comique, 23 février 1828,
- Un Jour de réception ou le Rout de province (1 acte), livret de Dupin, Opéra-Comique, 6 novembre 1828,
- Teresa, drame en 5 actes mêlé de musique dont une ballade de Rifaut chantée par Féréol, paroles d'Alexandre Dumas et Anicet Bourgeois, Opéra-Comique, 6 février 1832,
- André ou la Sentinelle perdue (1 acte), paroles de Saint-Georges, Opéra-Comique, 9 décembre 1834, avec Thénard (André) et Mme Rifaut (Lanra), Paris, Marchant, éditeur, 1834, sans doute sa meilleure production,
- Gasparo ou les derniers Lazzaroni (1 acte), livret de Vanderbuch et de Forges, Opéra-Comique, 14 janvier 1836,
- Wallace ou le Ménestrel écossais (3 actes), drame lyrique de Catel, livret de Fontanes (O.C., 1817), révision de la partition, notamment écriture du finale du 1er acte et des couplets du second c. 1836 (plus tard terminée par Ernest Boulanger pour le 3e acte), reprise en 1844 à l'Opéra-Comique, Il est aussi l'auteur de nombreux arrangements ou adaptations d'opéras alors en vogue :
- Emeline, opéra-comique en 3 actes d'Hérold, livret de Planard, morceaux détachés pour voix avec accompagnement de piano ou harpe (Janet et Cotelle, 1829),
- Les Deux nuits, opéra-comique en 3 actes de Boieldieu, livret de Bouilly et Scribe, arrangement pour voix et piano ou harpe (Janet et Cotelle, 1829),
- Jenny, opéra-comique en 3 actes de Carafa, livret de Saint-Georges, arrangement pour voix et piano (Veuve Leduc,1829),
- La Fiancée, opéra-comique en 3 actes d'Auber, livret de Scribe, arrangement pour voix et piano (Troupenas, c.1829),
- Audio lecteur Windows Media Danilowa, opéra-comique en 3 actes d'Adolphe Adam, livret de Vial et Duport, arrangement pour voix et piano (Schonenberger, 1830),

Danilowa, opéra en 3 actes d'Adolphe Adam, accompagnement de piano par V. Rifaut.Danilowa, opéra en 3 actes d'Adolphe Adam, accompagnement de piano par V. Rifaut.Danilowa, opéra en 3 actes d'Adolphe Adam, accompagnement de piano par V. Rifaut.

Danilowa, opéra en 3 actes d'Adolphe Adam, morceau détaché avec accompagnement de piano par V. Rifaut, n° 3, Ronde
( Paris, Schonenberger, 10 boulevard Poissonnière, 1830, coll. D.H.M. ) DR
Audio lecteur Windows Media Fichier audio par Max Méreaux (DR)
 
- Joséphine ou le Retour de Wagram, opéra-comique d'Adolphe Adam, livret de Gabriel et Delaboullaye, arrangement pour voix avec accompagnement de piano (Janet et Cotelle, 1830),
- Le Diable à Séville, opéra-comique en 1 acte de Gomis, livret de Cavé, ouverture réduite pour le piano avec accompagnement de violon ad libitum (Troupenas, c.1830),
- Le Nozze di Lammermoor, opéra en 2 actes de Carafa, paroles de Balocchi, réduction pour chant et piano (Perriot, 1830),
- Fra Diavolo, opéra en 3 actes d'Auber, livret de Scribe, arrangement pour voix et piano, avec ouverture pour le piano avec accompagnement de violon ad libitum (Troupenas, c.1830),
- La Bayadère amoureuse ou le Dieu et la Bayadère, opéra avec ballet et pantomime, en 2 actes d'Auber, livret de Scribe, arrangement pour voix et piano (Troupenas, 1830),
- Le Grand Prix ou le Voyage à frais commun, opéra-comique en 3 actes d'Adolphe Adam, livret de Gabriel et Masson, 8 morceaux détachés pour piano (Lemoine, 1831),
- Le Philtre, opéra en 2 actes d'Auber, livret de Scribe, arrangement pour voix et piano, avec ouverture réduite pour le piano avec accompagnement de violon ad libitum (Troupenas, 1831),
- La Langue musicale, opéra en 1 acte d'Halévy, livret de Saint-Yves, arrangement pour voix et piano avec ouverture pour pianoforte avec accompagnement de flûte ou de violon ad libitum (Schlesinger, c.1831),
- Les Deux familles, opéra en 3 actes de Théodore Labarre, livret de Planard, arrangement pour voix et piano avec ouverture pour piano avec accompagnement de violon ad libitum (Schott, c.1831),
- Le Pré aux clers, opéra-comique en 3 actes d'Hérold, livret de Planard, arrangement pour voix et piano, avec ouverture pour piano avec accompagnement de violon ad libitum (Troupenas, 1832),
- La Médecine sans médecin, opéra-comique en 1 acte d'Hérold, livret de Scribe et Bayard, arrangement pour voix et piano, avec ouverture pour piano avec accompagnement de violon ad libitum (Troupenas, c. 1832),
- Le Serment ou les Faux-monnayeurs, opéra en 3 actes d'Auber, livret de Scribe et Mazères, arrangement pour voix et piano (Troupenas, 1832),
- Fausto, opéra en 4 actes de Mlle Louise Angélique Bertin, réduction pour le clavecin (Janet et Cotelle, 1832),
- Gustave ou le Bal masqué, opéra historique en 5 actes d'Auber, livret de Scribe, arrangement pour voix et piano, avec ouverture pour le piano avec accompagnement de violon ad libitum (Troupenas, c.1833),
- Ludovic, opéra-comique en 2 actes d'Hérold et Halévy, livret de Saint-Georges, arrangement pour voix et piano, avec ouverture pour le piano avec accompagnement de violon ad libitum (Schlesinger, c.1833),
- Le Chalet, opéra-comique en 1 acte d'Adolphe Adam, livret de Scribe et Duveyrier, arrangement pour voix et piano, avec ouverture pour piano avec accompagnement de violon ad libitum (Schonenberger, 1834),
- Lestocq, opéra-comique en 3 actes d'Auber, livret de Scribe, arrangement pour voix et piano avec une ouverture réduite pour le piano avec accompagnement de violon ad libitum (Troupenas, c.1834),
-Fiorella, opéra-comique en 3 actes d'Auber, livret de Scribe, arrangement pour voix et piano, avec ouverture pour piano et violon (Pleyel & Fils aîné, c.1834)
- Actéon, opéra-comique en 1 acte d'Auber, livret de Scribe, arrangement pour voix et piano avec une ouverture pour piano avec accompagnement de violon ad libitum (Troupenas, 1835),
Mme Rifaut
Mme Rifaut, rôle de Christine de Suède
dans Les Deux Reines (1835),
gravure par Alexandre Lacauchie
( BNF, musique ) DR
- Le Cheval de bronze, opéra féerie (ballet) en 3 actes d'Auber, livret de Scribe, arrangement pour voix et piano, avec ouverture pour le piano avec accompagnement de violon ad libitum (Troupenas, c.1835),
- La Marquise, opéra-comique en 1 acte d'Adam, livret de Saint-Georges et Leuven, arrangement pour voix et piano (Schoenenberger, c. 1835),
- Les Chaperons blancs, opéra-comique en 3 actes d'Auber, livret de Scribe, ouverture réduite pour le piano avec accompagnement de violon ou flûte ad libitum (Troupenas, c.1836),
- L'Ambassadrice, opéra-comique en 3 actes d'Auber, livret de Saint-Georges et Scribe, arrangement pour voix et piano, avec une ouverture réduite pour le piano avec accompagnement de violon ou flûte ad libitum (Troupenas, c.1837).

On lui connaît également un air italien gravé à Vienne Non so dir se pena sia qui "prouve ce qu'il eût fait si les paroliers l'avaient mieux servi" et une fantaisie pour piano et harpe, Les pages, écrite en collaboration avec Auguste Panseron (Paris, Panseron, Janet et Cotelle, c.1821).

Tonon Gontier
Tonon Gontier, beau-père de Victor Rifaut
( d’après lithographie de Rulman ) DR

Domicilié 11 rue de la Boule-Rouge (Faubourg Montmartre) puis 2 rue Riboulet, Victor Rifaut est frappé en 1837 d'une "longue et douloureuse maladie" qui perdure durant plusieurs mois, l'oblige à abandonner ses activités au fil du temps et le conduit au tombeau à l'âge de 39 ans, le 2 mars 1838. Il est mort à Orléans, 10 boulevard de la Reine, où il s'était retiré avec sa femme Jeanne-Emélie Belloste, épousée le 30 août 1826 à Paris. Cantatrice à l'Opéra-Comique où elle avait débuté en septembre 1832 dans Le Maçon d'Auber, elle était connue sous le nom de "Mme Rifaut", ne manquant "ni de talent ni de grâce" et sachant surtout "se mettre avec un goût exquis" [Biographie des acteurs de Paris, 1837]. "Sa voix est d'une pureté et d'un timbre délicieux" [Journal politique… de Toulouse, 23 juin 1840]. Elle était née à Milan (Italie) en 1809, fille de Georges-Tonon Belloste et d'Elisabeth-Marie Bosquier-Gavaudan qui s'étaient épousés dans cette ville le 8 décembre 1809, appartenant alors tous deux à la troupe de théâtre de Mlle Raucourt chargée d'organiser des représentations françaises en Italie. Devenue veuve à l'âge de 30 ans Mme Rifaut se remaria à Louis-Antoine-Lucien Gasson, rentier, avec lequel elle vécut à Paris, rue de Passy. C'est là, qu'elle est décédée le 28 janvier 1881 à l'âge de 72 ans. Elle était issue par sa mère d'une importante dynastie d'artistes musiciens : les Gavaudan. Elisabeth, dite « Rosette » (c. 1784-1844) et sa sœur Aglaé (future Mme Frédéric Kreubé en 1814, ancien chef d'orchestre du Théâtre Feydeau) étaient toutes deux chanteuses à l'Opéra-Comique et au Théâtre Feydeau au début du XIXe siècle, son frère Jean-Sébastien-Fulchran Bosquier-Gavaudan (Montpellier, 1776 – Paris, 1843) fut durant longtemps l'un des principaux acteurs du Théâtre des Variétés, surnommé le « Talma de l'opéra-comique », son oncle Jean-Baptiste-Sauveur Gavaudan (Salon-de-Provence, 1771 – Paris, 1840), chanteur à l'Opéra-Comique, et ses trois tantes : Anne-Marie-Jeanne (1764-1810) « ainée », Adélaïde (1767-1805) « cadette » et Emilie également chanteuses à l'Opéra de Paris ; tous étaient respectivement petits-enfants ou enfants de Denis Gavaudan, Maître de musique et organiste du Grand Couvent de Nîmes. De cette même famille descendra plus tard le célèbre biologiste Pierre Gavaudan (1905-1985), professeur à la Faculté des sciences de Poitiers où il eut pour élève le professeur Luc Montagnier (Prix Nobel 2008). Quant au père de Mme Rifaut (Tonon-Georges Belloste, 1785-1841), originaire de Boulogne-sur-Mer, plus connu sous son nom de scène « Gontier », il fut un acteur des plus fameux de Paris, se produisant au Théâtre du Vaudeville puis à celui du Gymnase (1821). Il était un des interprètes favoris de Scribe. On raconte que la perte de la mémoire l'obligea à une retraite prématurée en avril 1832. Il était fils de Gaétan-Nicolas Belloste, avocat au Parlement de Paris, parti pour l'Amérique et d'Agnès Gontier, lui-même petit-fils du célèbre chirurgien Augustin Belloste (1654-1730).

A l'Opéra-Comique, Mme Rifaut, entre autre, participe à la création de plusieurs rôles : Teresita dans Le Portefaix, opéra-comique en 3 actes, paroles de Scribe, musique de José-Melchior Gomis (10 juin 1835), Christine de Suède dans Les Deux Reines, opéra-comique en 1 acte, paroles de MM. Frédéric Soulié et Arnould, musique de Monpou (6 août 1835) et d'Angela de l'opéra bouffon Cosimo en 2 actes, paroles de MM. Saint-Hilaire et Paul Duport, musique d'Eugène Prévost (13 octobre 1835). Puis, après avoir quitté ce théâtre en 1837, elle se produit sur des scènes de province : en 1838, à Rouen avec La Prison d'Edimbourg (opéra-comique de Scribe, Planard et Carafa), en 1840 à Toulouse, où, comme première soprano comique, elle débute le 22 juin dans Le Chalet (opéra-comique en 1 acte, de Scribe et Adolphe Adam) et le 1er acte de La Dame blanche (opéra-comique en 3 actes de Scribe et Boiledieu), en 1842 au Grand-Théâtre de Marseille (attachée à la troupe de M. Clérisseau), puis en 1843 à Montpellier dans l'emploi de première chanteuse légère, en 1844 à Perpignan avec La Part du Diable (opéra-comique de Scribe et Auber) avant d'être engage en mai 1844 par le Théâtre français de la Haye comme "première Dugazon chantante", où elle débute dans Le Domino noir (opéra-comique en 3 actes de Scribe et Auber), Les Diamants de la couronne (opéra-comique en 3 actes de Scribe et Auber) et Le Pré aux clers (opéra-comique en 3 actes de Planard et Hérold). Elle chante ensuite dans Le Maître de Chapelle, opéra-comique en 2 actes de Gay et Paer (juin), Jean de Paris (août), L'Ambassadrice, opéra-comique en 3 actes de Scribe, Saint-Georges et Auber (décembre), Actéon, opéra-comique en 1 acte de Scribe et Auber (janvier 1845) et Le Panier-fleuri, opéra-comique en 1 acte de Leuven, Brunswick et Ambroise Thomas (mars 1845).

Victor Rifaut et son épouse eurent une fille et un fils : Caroline et Edmond Rifaut. Ce dernier, officier (chef d'escadron de gendarmerie), chevalier de la Légion d'honneur (1871), né le 25 novembre 1832 à Paris, décédé le 13 mai 1917 à Antibes (Alpes-Maritimes) épousa en 1864 à Compiègne (Oise) Caroline de Klott (1842-1896), fille d'un ancien officier polonais. Elle lui donna 6 enfants qui ont laissé une descendance encore représentée de nos jours dans les familles Rifaut, Vigo, Queignec, Vacheron et Bertrand. Parmi celle-ci, citons les trois derniers garçons en descendance directe : le Père Claude Rifaut, prêtre religieux salésien de Saint Jean Bosco actuellement (en 2014) en poste au Collège Bon-Accueil de Toulon, fils de René Rifaut (1905-1962) et de Marthe Trebosc, et, en Allemagne, les deux frères Nicolas (1979) et Marc (1981) Rifaut, fils de Guy Rifaut (1929-1993) et de Karin Gottlicher (professeur de Français en Allemagne).

Denis Havard de la Montagne



1822

Joseph LEBOURGEOIS (1799-1824)

Voilà encore un jeune artiste dont le destin ne lui a pas permis de donner le meilleur de lui-même, le Roi des Aulnes l’ayant enlevé dans la fleur de l’âge, à 21 ans.

Signature de Jean-Jacques Lebourgeois
Signature du père de Joseph Lebourgeois apposée sur son acte de naissance, le 6 ventôse an 10 à Versailles
( A.D. Yvelines )

C’est le 4 ventôse de l'an X (23 février 1802)1 à Versailles, au début du Consulat, que Joseph-Auguste Lebourgeois vint au monde. Son père2 Jean-Jacques Lebourgeois, né le 25 novembre 1741 à Versailles et mort dans cette même ville le 7 septembre 1814, touchait alors les claviers de l’orgue de Notre-Dame de Versailles depuis août 1785. Il avait succédé à son maître, Nicolas Paulin, dont il avait obtenu la survivance en 1771. Il était également l’un des derniers organistes du roi dans sa Chapelle de Versailles avant sa fermeture en 1792. Il y enseignait le chant et le clavecin aux Pages et compte au nombre de ses élèves Alexandre Boëly, le futur organiste de St-Germain-l’Auxerrois. Veuf d’un premier mariage en octobre 1796, Jean-Jacques Lebourgeois convola rapidement en secondes noces avec Geneviève Le Nourichel, fille de Jacques Le Nourichel et de Marie-Catherine Bardé, qui lui donna au moins deux enfants : Joseph et Jacques.3

Le château de Versailles en 1782, à l'époque où Jean-Jacques Lebourgeois obtenait la survivance à l'orgue de Nicolas Paulin.
La chapelle royale du château de Versailles au XVIIIe siècle, oeuvre de Mansart et de Cotte. Julien Mathieu, premier professeur de Pierre Lebourgeois y sera maître de musique entre 1769 et 1792.

Joseph Lebourgeois débuta son apprentissage de la musique auprès de son père et de l’un de ses amis autrefois maître de musique à la Chapelle royale, à l’époque où lui-même tenait les orgues : Julien Mathieu.4 Anobli par le roi en février 1788, ce dernier était violoniste aux 24 Violons et au Concert de la reine. Auteur de nombreux motets, dont un Te Deum pour la naissance du dauphin en 1781, ainsi que de pièces de musique de chambre, il publia également des ouvrages pédagogiques qu’utilisa sans aucun doute son jeune élève : 6 Etudes pour la double corde et 6 Sonates faciles à l’usage des jeunes élèves. Admis par la suite au Conservatoire de Paris, Joseph Lebourgeois fréquenta la classe de piano, où il reçut un 2e prix en 1819 et un 1er prix en 1821, puis celles d’harmonie de Victor Dourlen et de composition de Jean-François Lesueur.5  Candidat en 1822 au concours de composition musicale de l’Institut, sa cantate Geneviève de Brabant lui permit d’enlever le premier Grand Prix de Rome ; elle fut exécutée au mois d’octobre de cette année lors d’une séance de l’Académie des Beaux-Arts. Devenu pensionnaire du gouvernement, il rejoignit la Villa Médicis à Rome en mars 1823, mais n’eut guère le loisir de profiter des bienfaits qu’offre la Ville éternelle aux artistes, car il fut surpris par la mort dans le courant du mois de mars 1824 ; il n’avait pas encore atteint sa vingt-deuxième année !

Malgré son jeune âge, Joseph Lebourgeois a eu le temps d’écrire quelques compositions vocales et instrumentales laissées à l’état de manuscrit.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

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1) Fétis, qui est un des rares auteurs à mentionner Lebourgeois dans sa Biographie universelle des musiciens... (Paris, Didot, 1860-1880, 10 volumes), rapporte que d'après les registres du Conservatoire il est né en mars 1799 et d'après ceux des inscriptions au concours de l'Institut, au mois d'octobre de la même année. En outre, il lui attribue par erreur les prénoms de Pierre-Auguste. Ses allégations ont été reprises depuis par d'autres auteurs, mais la découverte récente de l'acte de naissance de l'intéressé dans les Archives de l'état-civil de Versailles atteste de la véracité des éléments mentionnés dans notre texte. Les témoins présents pour la déclaration de naissance effectuée à la Mairie de Versailles (le 6 ventôse de l'an 10), sont " le citoyen Joseph Lebourgeois, rentier, demeurant rue de Labondance, n° 3, grand oncle de l'enfant" et "Dame Madeleine Germaine Durup, veuve de Jacques Martin Jollivet, demeurant à Paris, faubourg et ancienne barrière St Jacques, n° 181, grande tante de l'enfant." [ Retour ]

2) Jean-Jacques Lebourgeois était fils de Jean-Joseph "marchand papetier" à Versailles, et de Germaine Jollivet. Il avait épousé en premières noces Françoise-Pélagie Paulin, fille de son professeur, l'organiste Nicolas Paulin. [ Retour ]

3) Jacques-Martin Lebourgeois, né le 15 février 1798 à Versailles, également organiste, succéda en 1814 à son père à Notre-Dame de Versailles. Il semble avoir quitté Versailles au tout début des années 1830. [ Retour ]

4) Julien-Amable Mathieu est né à Versailles le 31 janvier 1734 et mort à Paris le 6 septembre 1811. Fils de Michel Mathieu (1689-1768), également violoniste à la Chapelle du Roi, Julien Mathieu obtenait le 21 septembre 1765 la survivance d'Antoine Blanchard comme maître de musique de la Chapelle du Roi. Ce fut, avec François Giroust, le dernier maître de musique de la Chapelle. Il fut également le professeur de Marrigues. [ Retour ]

5) Jean-François Lesueur comptera plus tard parmi ses nombreux autres élèves : Berlioz et Gounod. [ Retour ]

Hippolyte DE FONTMICHEL (1799-1874)

Curieux personnage digne d’un roman balzacien , que ce musicien pittoresque, né d’ailleurs la même année que le célèbre romancier. Compositeur, organiste, chef d’orchestre, fin latiniste, fils d’un garde de la porte du roi Louis XVI, il finit par se retirer dans sa région natale, la Provence, pour s’occuper de travaux agricoles. Son fils, Gaston, conseiller général de Grasse et maire de la commune de Saint-Vallier-deThiey (Alpes-Maritime) a même donné son nom à une avenue de Mandelieu-la-Napoule.

Né à Versailles1 (Yvelines) le 20 mai 1799, Hippolyte-Honoré-Joseph Court de Fontmichel est issu d’une vieille famille de Cabris, non loin de Grasse, où elle est attestée depuis le XVI° siècle. Son père, Joseph de Fontmichel, garde de la porte de Louis XVI, avait été autrefois le premier élève de l’Ecole normale supérieure originaire du département du Var, avant de devenir maire de Grasse sous l’Empire et la Restauration. Il avait épousé sa nièce, Marie-Françoise-Antonie Court d'Esclapon, fille unique de son frère aîné. Cette famille porte pour armes : d’or à un arbre arraché de sinople, sommé d’un pigeon d’argent, becquetant le fruit de l’arbre ; au chef de gueules chargé de trois étoiles d’or2. Passionné de musique pour laquelle il était visiblement doué, il entrait à l’Ecole royale de musique et de déclamation3 en octobre 1819, l’année même où François Benoist recueillait la succession de Nicolas Séjan dans sa classe d’orgue. Dans ce prestigieux établissement, alors dirigé par François Perne, et dépendant du ministère de la Maison du Roi, enseignaient à cette époque Dourlen et Daussoigne-Méhul (l’harmonie), Fétis (le contrepoint), Berton, Lesueur et Boieldieu (la composition). Parallèlement il prenait des leçons particulières auprès d’Hippolyte Chélard, un ancien Prix de Rome (1811) qui ira bientôt chercher la notoriété en Allemagne. En 1822 il se présentait au Concours de composition de l’Institut et était couronné par un deuxième Second Grand Prix de Rome, pour sa cantate Geneviève de Brabant. Ne pouvant bénéficier du séjour dans la Ville éternelle aux frais de l’Etat, offert seulement aux titulaires de Premier Grand Prix, de Fontmichel décida de partir pour l’Italie à ses frais. C’est ainsi qu’il fit représenter à Gênes son opéra Amadeo il Grande, et à Livourne, un autre opéra de sa composition : I due Forzati. De retour en France, il s’installa quelque temps dans sa famille et parvint à donner en 1835 à Marseille Il Gitano, mais ce nouvel opéra n’eut pas le succès escompté et l’engagea à essayer les scènes parisiennes. L’année suivante4 le 6 août, l’Opéra-Comique programmait un nouvel opéra-comique en trois actes, Le Chevalier de Canolle5, écrit sur des paroles de Sophie Gay, qui tenait un Salon renommé à Paris6. Accueilli froidement par le public parisien, Hippolyte de Fontmichel décida de se retirer définitivement à Grasse pour se consacrer à ses domaines agricoles. S’il mit son projet a exécution, il ne put cependant se résoudre à abandonner totalement la musique et c’est ainsi qu’on lui doit encore la musique des chœurs des Amalécites, de Châteaubriand7, ainsi qu’un opéra italien en cinq actes, Amleto (1860), qui ne sera d’ailleurs jamais représenté, et quelques romances qu’il s’amusait à écrire pour se délasser des travaux des champs. Président du Conseil de fabrique de la cathédrale de Grasse où il tenait très régulièrement l'orgue, ainsi d'ailleurs qu'au Couvent de la Visitation où pendant les cérémonies religieuses il lui arrivait d'improviser des airs d'opéra, il a également composé des œuvres religieuses8.

Marié à Albertine de Forton, fille du marquis de Forton, puis à Caroline de Roys de Lédignan de Saint-Michel, il a notamment eu de ce second mariage un fils : Gaston (1849-1916). Engagé volontaire en 1870, conseiller général de Grasse, maire de Saint-Vallier-de-Thiey, celui-ci est le grand-père d’Hervé de Fontmichel, né en 1936, avocat au barreau de Grasse, chargé de cours à la faculté de droit de Nice, qui a été durant de longues années vice-président du Conseil régional de Provence-Alpes-Côtes-d’Azur, vice-président du Conseil général des Alpes-Maritimes et maire de Grasse.

Mort à Paris le 19 octobre 1874, Hippolyte de Fontmichel a été inhumé à Grasse, en la chapelle familiale de Saint-Jean de Malbosc.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

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Signature de Honoré Court
Signature de Honoré Court apposée le 3 prairial de l'an VII sur l'acte de naissance de son petit-fils, enregistré à la Mairie de Versailles
( coll. A.D. des Yvelines )
1) Hippolyte de Fontmichel est bien né à Versailles, comme le mentionne Vapereau dans son Dictionnaire des contemporains (Paris, Hachette, 1870), contrairement à d'autres auteurs qui le font naître par erreur à Grasse. La découverte récente de son acte de naissance nous permet de dire qu'il est né le 20 mai 1799 (1er prairial de l'an 7), "fils du citoyen Joseph Court fontmichel, propriétaire, et de la citoyenne Marie Marthe Court". La déclaration en Mairie fut faite le surlendemain par " le citoyen Jean Antoine Jobart, officier de santé, place de la Loi, n° 6, assisté du citoyen Honoré Antoine Marie Court, propriétaire à Grasse, département du Var, ayeul de l'enfant, et de la citoyenne Marie Louise Lheritiée, épouse du citoyen Claude Bigot, marchand parfumeur, place de la Loi n° 1er, et l'enfant enregistré sous les prénoms de "Honoré Joseph". [ Retour ]

2) Gustave Chaix d'Est-Ange, Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle, Evreux, 1903-1929, 20 vol. in-8. [ Retour ]

3) Sous la deuxième Restauration le Conservatoire national supérieur de musique prit ce nom. [ Retour ]

4) Une trentaine d'années plus tard, Auber s'inspira du même sujet pour son opéra-comique Le Premier jour de bonheur, dont la première eut lieu le 15 février 1868 à l'Opéra-Comique également. [ Retour ]

5) Le 27 mai 1816 avait déjà été donnée au Théâtre de l'Odéon (Paris) une comédie en 5 actes et en prose de Joseph-François Souque, intitulée Le Chevalier de Canolle, ou épisode des guerres de la Fronde (Paris, Firmin-Didot, 1817, in-8, VIII-118 p.) L'auteur (1767-1824), qui avait publié sa pièce sous le nom de M. de Saint-George, avait été auparavant secrétaire d'ambassade en Hollande sous le Directoire, secrétaire-général du département du Loiret sous l'Empire et député à la première Chambre en 1814. Il s'occupa ensuite de littérature. On lui connaît une autre comédie : Orgueil et Vanité, jouée au Théâtre français en avril 1819. (de Feller, Biographie universelle..., 1834) [ Retour ]

6) Madame Sophie Gay organisait des soirées littéraires dans son Salon parisien. Pour la réception de Lamartine à l'Institut, elle fêta l'événement le 10 avril 1830 en invitant la Malibran à chanter. [ Retour ]

7) C'est François-Joseph Fétis, dans sa Biographie universelle des musiciens... (Paris, Didot, 1860-1881, 10 vol)., qui donne ce détail. [ Retour ]

8) Note de M. Hervé de Fontmichel, que nous remercions pour son aide précieuse. [ Retour ]


1823

Édouard BOILLY (1799-1854)

Portrait de François Boieldieu (1775-1834) par Louis Boilly. Celui-ci enseigna la composition à Edouard Boilly.
( Musée de Rouen )

Avec ce musicien, qui notamment arrangea en 1855 (Richault) pour piano à quatre mains la Sérénade en ré majeur, op.8 (1793), que Beethoven avait composé pour violon, alto et violoncelle, nous abordons ici le monde des peintres et graveurs puisqu’il était fils de Louis Boilly, auquel on doit près de cinq milles portraits. Celui-ci, né à La Bassée, dans le Nord de la France, le 5 juillet 1761, était issu lui-même d’un sculpteur sur bois, Arnould Boilly. Il s’installa à Paris en 1784 et se spécialisa dans le portrait, avant de peindre les mœurs et coutumes de son temps puis de se livrer à la lithographie. On lui doit de très nombreuses œuvres actuellement exposées dans la plupart des musées français, ainsi qu’à Copenhague, Berlin et Londres. Parmi celles-ci citons le Sacre de Napoléon, un portrait de Lucile Desmoulins, celui de L’Acteur Chenard en costume de sans-culotte et un autre de Boieldieu...1 Décédé à Paris le 4 janvier 1845, Louis Boilly avait eu d’un premier mariage2 six enfants, parmi lesquels Simon, père d’Eugène Boilly. Ce dernier, né à Toulouse, peintre d’histoire et de portraits, exposa au Salon (Paris) en 1859 et 1866. D’un second mariage avec Adélaïde Leduc (1795), Louis Boilly eut plusieurs autres enfants parmi lesquels : Julien, l’aîné, né le 30 août 1796 à Paris, mort le 14 juin 1874, élève de l’Ecole des Beaux-Arts (1814), qui exposa au Salon de 1827 à 1865 et qui est l’auteur, entre autres ouvrages, d’un portrait de son père conservé au musée de Lille ; Edouard, né en 1799, qui fait l’objet de cette notice, et Alphonse, né à Paris le 3 mai 1801. Décédé au Petit-Montrouge (Hauts-de-Seine) le 8 décembre 1867, graveur au burin sur acier, Alphonse Boilly a laissé plusieurs œuvres de qualité, dont un Jésus et la femme adultère, d’après Le Titien et une Marie-Thérèse-Antoinette, infante d’Espagne et dauphine de France, d’après Tocqué.

Né le 16 novembre 1799 à Paris, Edouard Boilly commença tout naturellement à étudier la peinture et la gravure au sein de sa famille. C’est sans doute lui " E. Boilly " que Bénézit3 signale à Paris en 1817, comme graveur au burin amateur, auteur d’un portrait du R.P. Charles de Condren, d’après Cl. Mellan ? Attiré davantage par la musique que par la gravure ou la peinture, après avoir fréquenté le collège de Versailles, il entra au Conservatoire de Paris et suivit notamment les cours de contrepoint et de fugue de Fétis (1821). Elève par la suite de Boieldieu, que son père immortalisa sur une toile, il se présenta au concours de l’Institut en 1823 et obtint le premier Grand Prix avec sa cantate Pyrame et Thisbé.4 Après le traditionnel séjour à la Villa Médicis, suivi de voyages à Naples et en Allemagne qu’il effectua de janvier 1824 à décembre 1826, il regagna Paris au début de l’année 1827 et voulut vivre de son art. Mais ses compositions n’eurent point de succès et il dut se résoudre à donner des leçons de piano, notamment au lycée Louis-le-Grand, et à s’occuper à nouveau de dessin et de gravure. Il fut également quelque temps répétiteur de Fétis dans sa classe de contrepoint au CNSM. Edouard Boilly est mort en 1854.

Auteur de plusieurs opéras-comiques perdus de nos jours, on lui connaît cependant un ouvrage en un acte, Le bal du sous-préfet, qui fut représenté, avec un certain succès à l’Opéra-Comique le 7 mai 1844.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

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1) Les lecteurs intéressés peuvent utilement se reporter au Dictionnaire des peintres, dessinateurs et graveurs de tous les temps et de tous les pays d'Emmanuel Bénézit (3 vol. 1911-1921, continué et mis à jour en 8 vol., 1948-1955). La Librairie Grund a réédité récemment ce monumental ouvrage (1999) avec une mise à jour importante. [ Retour ]

2) En 1787, avec Madeleine Deligne, morte en 1795. [ Retour ]

3) op. cit.Retour ]

4) Nouvelle orientale, le drame de Pyrame et Thisbé, a fait l'objet par la suite d'une adaptation par Ovide qui l'a rendu célèbre durant tout le Moyen-Âge. Il a également inspiré le Roméo et Juliette de Shakespeare et Théophile de Viau (1590-1626) en tira une pièce de théâtre qui fut représentée la première fois à Paris en 1617. Cette nouvelle raconte l'histoire tragique d'un couple d'amants qui s'aiment depuis leur plus tendre enfance et dont les parents s'opposent à leur union. Ils finiront par se donner la mort et leurs cendres seront réunies à tout jamais dans un urne... [ Retour ]


Louis ERMEL

Signature de François Simon
Signature de François Simon apposée sur l'acte de naissance de son fils Maximilien, enregistré à l'état-civil de la ville de Metz (section 5) le 19 ventôse de l'an V de la République
( Archives municipales de Metz )
Maximilien SIMON (1797-1861)

On sait très peu de choses sur ce musicien qui obtint un premier Second Grand Prix de Rome en 1823. D’aucuns le confondent même avec un homonyme, l’organiste des Petits-Pères (église Notre-Dame des Victoires) à Paris, un certain Prosper-Charles Simon, qui tint cette tribune de 1826 à 1866. Bordelais de naissance, celui-ci ne semble n’avoir cependant aucun lien avec notre Prix de Rome, puisque sa famille était messine.

Né à Metz, rue des Huilliers, le 18 ventôse de l'an V de la République (8 mars 1797), du mariage de François Simon " maître de langues " et de Marguerite Canot, on peut supposer que Maximilien-Charles Simon puisse être apparenté à Louis-Victor Simon, né également à Metz vers le milieu du XVIII° siècle, venu à Paris au moment de la Révolution, où il s’était fait connaître en mettant en musique la célèbre chanson Il pleut, il pleut, bergère, presse tes blancs moutons !, sur des paroles de Fabre d’Eglantine avant que celui-ci devienne député de Paris à la Convention, secrétaire et ami de Danton, ce qui le conduira à l’échafaud en 1794 ! Premier violon, puis administrateur du Théâtre Montansier en 1796, il avait, selon Fétis, fait représenter des opéras-comiques : La Boiteuse (1791, L’Apothicaire (1793) et La double récompense (1807). Un lien de famille avec le magistrat et archéologue messin Victor Simon, né au début du XIXe siècle, n’est pas également à exclure...

Reçu avec signature autographe de Maximilien Simon concernant son brevet de nomination au grade de Chevalier de l'Ordre Impérial de la Légion d'honneur, 16 septembre 1860
( LH 2522/74 )

Maximilien Simon intégra le Conservatoire de musique de Paris à une date inconnue, mais sans doute quelques années avant l’obtention de son Prix de Rome. Elève de composition de Gossec, Méhul ou Cherubini, et de Berton ou de Catel pour l’harmonie, il se présenta au Concours de composition musicale de l’Institut en 1823 avec la scène à une voix Pyrame et Thisbé, écrite sur des paroles de J. A. Vinaty. Son œuvre lui valut un premier Second Grand Prix, derrière Boilly et Ermel.

On ne sait si Maximilien Simon continua de pratiquer l'art musical une fois son Prix de Rome obtenu. Ce qui est certain c'est qu'il n'en fit pas profession et fit carrière dans l'administration comme « Inspecteur des Postes du département de la Seine ». C'est à ce titre d'ailleurs qu'il fut nommé chevalier de l'Ordre impérial de la Légion d'honneur par décret du 16 août 1860, sur proposition du Ministre des Finances, et reçu le 8 septembre de la même année par Auguste Stourm, Conseiller d'Etat, directeur général des Postes, tout comme lui messin d'origine. Un an plus tard, Maximilien Simon rendait l'âme le 20 septembre 1861 à l'âge de 64 ans.

D.H.M.

Théodore LABARRE

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Extrait de la romance La jeune aveugle (Paris, E. Troupenas, 1830) de Théodore Labarre (1805-1870), deuxième Second Grand Prix de Rome en 1823 avec sa cantate Pyrame et Thisbé. Chef d'orchestre à l'Opéra-comique et de Louis Napoléon Bonaparte, professeur de harpe au CNSM, Labarre est l'auteur d'opéras, de ballets, de nombreuses pièces pour la harpe, d'une quantité de romances à succès et d'une Méthode complète pour la harpe, éditée à Paris en 1844.
( Lithographie de Engelmann, Coll. D.H.M. )
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1824

Auguste BARBEREAU (1799 - 1879)

Notice détaillée, avec illustration et extrait audio sur cette page spécifique.


1825

Albert GUILLON (1801-1854)

Né à Meaux en 1801, Albert Guillon étudia la musique à la Maîtrise de la cathédrale de Paris, sous la direction de Pierre Desvignes, avant d'entrer au Conservatoire de musique et de déclamation de Paris, tout en étant contrebassiste à l'Opéra-Comique. Elève notamment de Fétis (contrepoint et fugue) et de Berton (composition), il se présenta au Concours de Rome en 1824 et reçut un premier second Grand Prix, derrière Auguste Barbereau, pour sa cantate Agnès Sorel. Il récidiva l'année suivante et décrocha cette fois-ci le Grand Prix avec sa cantate Ariane à Naxos, qui fut exécutée lors de la séance publique de l'Académie des Beaux-Arts en octobre 1825. Pensionnaire du gouvernement à la Villa Médicis à Rome en 1826 et 1827, il se fixa ensuite à Venise, où il écrivit notamment en 1830 un opéra Maria di Brabante, joué avec succès au Théâtre de la Fenice. Peu de temps après il abandonna la musique pour se consacrer, en Italie, à l'agriculture et à l'élevage du vers à soie et édifia, près de Trévise, une usine de dévidage des cocons fonctionnant à la vapeur. On doit également à Albert Guillon de nombreuses innovations dans la culture de la terre, qui ont fait l'objet de publications au sein de la Société impériale et centrale d'agriculture de France, la Société d'économie politique de Saint-Petersbourg et de plusieurs autres Sociétés d'agriculture italiennes. Il est mort subitement à Venise dans le courant du mois d'avril 1854.

D.H.M., décembre 2001

Adolphe Adam, d'après Maurin
( B.N.F. )
Adolphe ADAM (1803-1856)

Son cantique intitulé Noël, connu aujourd'hui sous le nom de Minuit, Chrétiens. Consultez un article biographique sur une page spécifique.



1826

Claude PARIS (1801-1866)

Voici encore un musicien totalement oublié des dictionnaires, sur lequel on sait peu de choses. Seuls Vapereau dans son Dictionnaire des contemporains (1870) qui par erreur le prénomme Jean-Claude et le fait naître le 19 septembre 1808, et Adolphe Adam dans ses Souvenirs d’un musicien (1868) le mentionnent !

Signature de François Paris
Signature autographe de François Paris apposée en 1801 sur l'acte de naissance de son fils Claude
( DR )

Né à Lyon le 15 ventôse an IX (6 mars 1801), Claude-Joseph Paris descend d'une dynastie de musiciens originaires de la capitale. Son grand-père paternel, Jean-Claude Paris, né vers 1740 est "musicien à Paris" et son père, Amand-François, né en 1767, exerce la même profession à Lyon, où il s'est installé rue Grenette, probablement dans les années 1790. Quant à la famille de sa mère, née Françoise Jacquaud en 1778, son père et son frère exercent le métier de "apprêteurs de bas"... C'est son père qui initia le jeune Claude à la musique, avant qu'il ne rejoigne plus tard le Conservatoire de Paris où il fréquenta notamment la classe de composition de Lesueur. En 1825, il se présentait au Concours de Rome et obtenait un premier Second Grand Prix avec sa cantate Ariane dans l’île de Naxos. L’année suivante, il décrochait le premier Grand Prix avec sa cantate Herminie. Durant son séjour à la Villa Médicis, il fit jouer en 1829 au Théâtre San Benedetto de Venise un opéra-bouffe en un acte L'Allogio militaire [Le Logement militaire], à propos duquel Fétis, dans sa « Revue musicale », écrivait: « On y a remarqué de la facilité, du chant et de l'habilité à manier l'orchestre ; mais on s'accorde à reprocher à M. Paris de trop fréquentes imitations du style de Rossini. L'ouvrage a eu du succès... » A son retour à Paris une messe de Requiem de sa composition fut donnée le 29 janvier 1830 à Notre-Dame-des-Victoires. De même, le 1er octobre 1831 lors de la séance publique annuelle de l'Académie royale des Beaux-Art, consacrée aux auditions de la cantate du premier prix de Rome et des œuvres des pensionnaires de l'école française à la Villa Médicis, on put entendre l'ouverture de Themira, une tragédie lyrique composée par Claude Paris. François-Joseph Fétis, très exigeant avec ses élèves de composition au Conservatoire et dont les jugements sévères sur ses contemporains sont connus, apporte cette critique dans sa « Revue musicale » du 8 octobre 1831 : « L'ouverture de Themira [...] est peu remarquable par la nature des idées ; mais on y trouve de l'habitude, du faire, en un mot, de l'école. Nous désirons que M. paris s'habitue à une manière plus élevée. Les premiers essais de ce jeune homme annonçaient de la portée ; dans ses dernières productions, il nous a semblé qu'il cherchait des voies plus vulgaires afin d'obtenir des succès faciles ; nous pensons que c'est là une erreur qui lui serait très nuisible ».

On lui connaît également plusieurs autres opéras-comiques, La Veillée, créé à la Salle Ventadour en 1831, Une Quarantaine au Brésil, donné à Dijon en 1847, Le Cousin de Denise, représenté en 1849 au Théâtre Beaumarchais... Chef d’orchestre au Théâtre du Panthéon, Claude Paris se livra aussi à l’enseignement du piano à Paris, notamment au pensionnat du Sacré-Coeur et au collège Sainte-Barbe. Résidant soit à Paris, soit à Lyon, il est mort dans cette dernière le 25 juillet 1866.

D.H.M.

Émile BIENAIMÉ (1802-1869)

On assure qu’Emile Bienaimé mit vingt ans pour rédiger les trois volumes de son Ecole de l’harmonie moderne, traité complet de la théorie et de la pratique de cette science depuis ses notions les plus élémentaires jusqu’à ses derniers développements (grand in-8°, Paris, Harand, 1863). Cet ouvrage de référence à l’époque, même s’il est devenu obsolète de nos jours, est un véritable témoignage du sérieux et de la vaste connaissance de son auteur.

Né le 6 juillet 1802 à Paris, Paul-Emile Bienaimé est fils de l'architecte Théodore Bienaimé (Amiens, 11 janvier 1765 – Paris, 14 décembre 1826) et de Marie Haumont. Ancien élève de Durant et de Thibaut à l'Académie royale d'architecture (grand prix 1793), Théodore est notamment l'auteur de la décoration intérieure du Théâtre Favart (1799), de la reconstruction au début du XIXe siècle du château de Jouy-en-Josas (Yvelines) et d'un canal de plus de 200 mètres à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), avant de devenir l'architecte officiel d'Elisa Bonaparte, princesse de Lucques et de Piombino. Egalement Inspecteur des Bâtiments civils, l'un de ses derniers ouvrages sera la restauration en 1823 de l'église Saint-Germain-des-Prés… Notre musicien serait aussi, d’après Fétis, de la même famille qu’un certain Bienaimé-Fournier, horloger mécanicien à Amiens, qui inventa en 1824 un nouveau métronome. Cet appareil n’eut cependant guère de succès en raison de son prix élevé, bien qu’il fut à l’époque approuvé par le Conservatoire de musique et fit l’objet d’une Notice du métronome perfectionné de Bienaimé, publiée en 1828 chez Ledieux-Candia, à Amiens (16 pages)...

Emile Bienaimé fréquenta enfant la Maîtrise de la cathédrale de Paris, située dans l’Hôtel de Gaillon, 8 rue Massillon. En ce temps là, les enfants étaient admis dès l’âge de 7 ou 8 ans et y demeuraient élèves jusqu’à 18 ans. Pierre Desvignes était le maître de chapelle de cette église, et François Lacodre, dit Blin tenait les orgues. Il apprit là, comme tous les autres adolescents de son âge, le calcul, l’histoire, le latin, l’écriture, le dessin et l’instruction religieuse, et bien évidemment plus la musique et le chant... Parmi les jeunes mâitrisiens figurait à cette même époque un certain Alphonse Gilbert, qu'il va bientôt retrouver au Conservatoire de Paris et qui deviendra son beau-frère par son mariage avec sa sœur Amélie Bienaimé (Paris, 29 mai 1808 – Paris, 20 mai 1867), artiste peintre, élève de Ingres et de Redouté…

Admis au Conservatoire de Paris, Emile Bienaimé y suivit notamment les classes d’harmonie de Dourlen (2ème prix d’harmonie et d’accompagnement en 1822) et de contrepoint de Fétis. Il se distingua d’ailleurs particulièrement dans cette dernière discipline en remportant en 1825 un premier prix au concours pour la composition d’une fugue à quatre parties. L’année suivante il se présentait au Concours de Rome avec la cantate Herminie qui fut couronnée par un deuxième Second Grand Prix.

Notre-Dame en hiver. Eau-forte par Charles Pinet
( Coll. D.H.M. )

Le 5 mars 1827, Bienaimé, déjà maître de musique à la Maîtrise de Notre-Dame de Paris, succédait à ancien maître Pierre Desvignes, mort le 21 janvier, au poste de maître de chapelle. Il eut alors l'opportunité de monter quelques unes de ses compositions de musique religieuse, notamment un Requiem à grand orchestre qu’il donna à la tête d’un orchestre de 120 musiciens, le 21 janvier 1830 lors du service solennel pour Louis XVI et Marie-Antoinette. Il fit également partie des tout premiers musiciens fondateurs, avec le violoniste François Habeneck, de la Société des Concerts du Conservatoire, créée le 15 février 1828 par un arrêté du ministre des Beaux-arts. Le premier concert avait eu lieu le 9 mars suivant, mais se retira de cette institution le 2 novembre 1848, après avoir participé à de nombreux concerts au sein du personnel chantant (ténor). La Révolution de 1830 ayant amené la suppression de ses postes à l’église métropolitaine, dont il fut congédié, il se consacra alors entièrement à l’enseignement au Conservatoire, où il avait été recruté dès 1825. Tout d’abord répétiteur d’une classe de solfège, avant d’être nommé professeur 4 années plus tard, il enseignait ensuite aux femmes l’harmonie et l’accompagnement pratique (1838), jusqu'à sa retraite arrivée en 1864. Le 17 janvier 1869 Emile Bienaimé s’éteignait subitement en donnant une leçon de musique dans le lycée parisien Louis-le-Grand de la rue Saint-Jacques ! Il laissait une veuve, Eugénie Giraud, âgée de 67 ans, de laquelle il avait eu un garçon : Félix Bienaimé, né en 1828, qui, tout comme son grand-père fera une carrière d'architecte à Paris.

Comme compositeur, on doit à Emile Bienaimé des mélodies et autres pièces pour les salons comme cette chanson Le Soldat Suisse (Paris, Au magasin de musique de J. Frey), un grand nombre de morceaux de musique religieuse, dont plusieurs Messes solennelles, et une Ouverture à grand orchestre, interprétée notamment le 25 décembre 1831 sous sa direction, lors de la séance annuelle de la Société libre des Beaux-arts, dont il était d’ailleurs membre. On lui doit aussi des ouvrages pédagogiques : Cinquante études d’harmonie pratique (1844, Paris, Troupenas, grand in-4°), recueil de basses chiffrées adopté à l’époque par les conservatoires de Paris, Bruxelles et Liège, et son Ecole de l’harmonie moderne, ainsi qu’une étude sur Claude Montal, facteur de pianos (aveugle), sa vie et ses travaux, écrite en collaboration avec Tahan et Pierre-Armand Dufau, avec une préface et une introduction de Michel Möring (1857, Paris, Firmin-Didot frères, fils et Cie, in-fol., oblong, VIII-102 pages) et un rapport fait à la Société libre des beaux-arts, au nom de la section musique, sur un mécanisme inventé par M. Le Père, pour accorder soi-même son piano à l’aide d’un moyen indépendant de l’oreille (Annales de la Société libre des beaux-arts, années 1838-1839) Il avait enfin entrepris la rédaction d’une magistrale Histoire du piano depuis son origine jusqu'à nos jours, qui fut interrompue par la mort subite de son auteur.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE


1827

Jean-Baptiste GUIRAUD (1804-1864)

Signature de Jean Guiraud (père)
Signature autographe de Jean Guiraud, père de Jean-Baptiste (1804) DR.

Fils de Jean Guiraud, instituteur à Bordeaux (Gironde) et de Jeanne Gossuron, Jean-Baptiste-Louis Guiraud est né dans cette ville le 18 nivôse an XII (9 janvier 1804) au domicile de ses parents, 1 rue Dieu. Doué pour la musique, il entre au Conservatoire de Paris, où il suit notamment les classes de contrepoint et fugue d'Antoine Reicha, ainsi que celle de composition de Jean-François Lesueur qui le mène au Concours de composition musicale de l'Institut. C'est ainsi, qu'en 1826, la même année que Berlioz, il se présente à cette épreuve pour la première fois. Si l'auteur de la Symphonie fantastique est éliminé dès les premières épreuves, Guiraud est quant à lui reçu et obtient ensuite le 1er Second Grand Prix avec la cantate Herminie sur un texte de J.-A. Vinaty. Le Journal des Savans de 1836 rappelle l'ensemble des épreuves de ce Grand Prix  : 1° - un contrepoint à la douzième , à deux et à quatre partie ; 2° - un contrepoint quadruple à l'octave ; 3° - une fugue à trois sujets et à quatre voix ; 4° - une cantate composée d'un récitatif obligé, d'un cantabile, d'un récitatif simple, et terminée par un air de mouvement. L'année suivante, il concourt à nouveau, toujours en compagnie de Berlioz parmi les autres candidats. Cette fois, ce dernier passe les premières épreuves éliminatoires, mais sa cantate Orphée déchirée par les Bacchantes (paroles de Berton) ne reçoit aucune récompense alors que Guiraud remporte l'épreuve et reçoit le 1er Grand Prix. Berlioz dans ses « Mémoires » écrira plus tard que ce fut de la faute du « médiocre pianiste » charger d'accompagner sa partition lors de l’exécution des cantates à l'Institut (le 6 octobre 1827) qu'il n'obtint aucun prix cette année-là. Fétis, dans sa Revue musicale (t. II, 1827) dit que si l'oeuvre de Guiraud est perfectible, on y perçoit néanmoins de l'imagination et du talent naturel, précisant : « une bonne déclamation dans le récitatif ; des chants naturels, élégants et qui prouvent qu'il a le sentiment de ce qui convient aux voix : une harmonie bien modulée, sans excès de transition ; enfin, un orchestre brillant sans bruit, voilà les qualités qui ont valu à M. Guiraud les suffrages de ses juges et les applaudissements du public », en ajoutant qu' « il y avait cependant dans le choix du sujet de la cantate, et surtout dans la manière dont le poète l'avait conçue, des difficultés assez grandes pour embarrasser, non seulement un élève, mais un maître consommé dans la pratique de son art » et concluant plus loin que « c'est sous le poids des conditions désavantageuses qu'on vient de dire, que M. Guiraud a écrit son ouvrage ; en avoir triomphé, comme il l'a fait, prouve qu'il est né pour l'art qu'il cultive, et qu'on peut tout attendre de lui. Une chaleur peu commune règne dans tout l'air final. N'ayant pu rythmer le chant de cet air, il a placé habilement le mouvement cadencé dans l'orchestre, et a dissimulé par là un défaut considérable, qui n'était pas le sien. Le désordre de la bacchanale qu'il fait entendre sur les derniers vers (Eurydice, attends-moi !...) fait aussi beaucoup d'effet. Il est un autre point sur lequel je dois le féliciter ; c'est de ne s'être point fait le copiste des formes à la mode, et d'être resté dans le sentiment qui lui est propre...»

Durant ses études au Conservatoire, Guiraud, en compagnie de Baptiste Tolbecque et d'Alphonse Gilbert, compose la musique de l'opéra-comique en un acte Charles V et Duguesclin (paroles de Vial, Carmouche et S...) dont la première a lieu le 3 octobre 1827 au Théâtre de l'Odéon. A cette époque, tous les trois sont employés au sein de l'orchestre de ce théâtre : Guiraud est violoniste, Tolbecque alto et Gilbert violoncelliste. Quelques années auparavant, il avait déjà publié deux premières ?uvres légères : des romances sur des paroles de Dumeillard (pseudonyme d'Alexandre-Adolphe Legrand) : Le Bal ! et Allons aux Champs (Paris, 1822, chez l'auteur, 53 rue Montmartre),

Théâtre français d'Orléans, ouvert en 1819
Théâtre français d'Orléans, ouvert en 1819, détruit par le feu en 1866
( © The Historic New Orleans Collection  )

En mars 1828, Jean-Baptiste Guiraud arrive à la Villa Médicis et après le séjour réglementaire de pensionnaire de l'Académie de France à Rome au cours duquel il compose, entre autres, un opéra italien intitulé Ruggero e Dradamante, il revient à Paris au début des années 1830 et tente vainement de se faire représenter au théâtre. C'est à cette époque qu'il épouse la pianiste Adèlaïde Croisilles, née le 11 novembre 1813 à Paris, ancienne élève du Conservatoire de Paris (1er prix de solfège 1825, de piano 1826, d'harmonie et accompagnement 1828) alors accompagnatrice de déclamation dans cet établissement depuis 1828 et accompagnatrice à la Société des Concerts. Sa soeur Esther Croisilles (née en 1805) est 1er prix de piano du Conservatoire de Paris en 1822, et son frère, violon solo de l'Opéra-Comique et de la Société des Concerts, Jules Croisilles (1816-1902), ancien élève de Baillot au Conservatoire de Paris (1er prix 1836) et un temps page de la Chapelle royale de Louis XVIII et Charles X, marié à Marie-Antoinette Noverre de Séricourt, est le bisaïeul de l'actuelle chanteuse et actrice Nicole Croisille, née le 9 octobre 1936 à Neuilly-sur-Seine. Mais voyant qu'il ne parvient pas à faire carrière dans la capitale, il s'expatrie avec son épouse à La Nouvelle Orléans (USA), où ils arrivent, semble-t-il, le 25 novembre 1836 à bord du bateau « Barque Salem ». Quelques années plus tard, en 1842, on trouve le couple installé dans cette ville, 64 Ursuline Street. Rapidement Jean-Baptiste Guiraud se fait une renommée d'excellent professeur de musique et parallèlement représente les pianos Erard et Pleyel. Tous deux sont également attachés à l'orchestre du Théâtre français d'Orléans, lui comme violoniste, elle comme pianiste, où le répertoire comporte bon nombre d'opéras français et italiens ; le 1er violon, un ancien élève de Baillot, Amédée Félix-Miolan (1813-av.1878, frère de la cantatrice Caroline Carvalho) en est alors le chef d'orchestre, avant de bientôt céder la baguette à Eugène Prévost, un compatriote installé peu après à La Nouvelle Orléans et également lauréat du Prix de Rome (1831). On dit que c'est sous l'impulsion de Jean-Baptiste Guiraud qu'est introduit le saxophone à La Nouvelle Orléans, dès son invention en 1840 par Adolphe Sax, qui va vite devenir l'un des principaux instruments des formations de jazz en Louisiane. Notre musicien fréquente également le salon de musique de la rue Royale de Jeanne Boyer, excellente pianiste et premier professeur de Louis Moreau Gottschalk (1829-1869) alors âgé de 10 ans, avant son départ pour Paris en 1842, après s'être produit en public, le 5 avril 1841 au Théâtre d'Orléans avec une Fantaisie pour le piano. Son époux, Gabriel Boyer (+1867 à 77 ans), venu de France en 1831, est le directeur de la très prisée « Day and boarding School for Young Gentlemen » de la rue Conti, où elle-même enseigne la musique ; leurs soirées mensuelles mondaines sont courues des notabilités néo-orléanaises. On rapporte que Guiraud ne pouvait entendre Gottschalk jouer du piano sans verser de larmes, notamment lorsqu'il accompagnait la célèbre soprano Julie Calvé quand elle se produisait dans cette ville !

Mais, le 20 mai 1848 sa jeune épouse âgée de 35 ans meurt à La Nouvelle Orléans, laissant un fils, Ernest, âgé alors de 10 ans, auquel il va donner une solide formation musicale. C'est ainsi qu'en 1849, il emmène son fils à Paris afin de lui faire découvrir le milieu artistique dans lequel baigne la capitale. Là, il découvre notamment l'Opéra-Comique où son oncle maternel est 1er violon.

De retour à la Nouvelle Orléans, Jean-Baptiste Guiraud reprend son enseignement et en avril 1853 au Théâtre d'Orléans il a la satisfaction de pouvoir assister à la première de l'opéra Le Roi David écrit par son fils Ernest Guiraud, alors âgé de 15 ans ; l'orchestre est conduit par Eugène Prévost. C'est à cette époque, qu'il l'envoie s'installer définitivement à Paris chez son oncle Croisilles afin de poursuivre ses études musicales au Conservatoire qui le mèneront à son tour à l'obtention du 1er Grand Prix de Rome en 1859.

Entre temps, Jean-Baptiste Guiraud, alors veuf, se remarie à Anaïs Delpuget, née en 1821, qui lui donne trois autres enfants nés à La Nouvelle Orléans : Jeanne-Berthe Guiraud le 12 novembre 1851, Maurice Guiraud le 21 novembre 1856 et Maxime Guiraud le 2 septembre 1860. Mais, Jean-Baptiste décède peu après dans cette même ville, le 13 août 1864 à l'âge de 60 ans. Sa veuve disparaîtra à son tour bien plus tard, le 6 décembre 1905 à la Nouvelle Orléans ; elle était âgée de 84 ans et avait dû se résoudre à vendre sa propriété le 8 mai 1872 quelques années après le décès de son mari. Aucun des enfants de ce second mariage ne semble avoir fait carrière dans la musique : Jeanne, décédée le 5 janvier 1939 à La Nouvelle Orléans à l'âge de 87 ans épouse en 1878 Stephen Decatur Pool jr. (1847-1892), originaire du comté de Pasquotank (Caroline du Nord), éditeur d'un journal à La Nouvelle Orléans et fils du Colonel de l'Armée des Confédérés durant la guerre civile Stephen Decatur Pool (1819-1901) ; Maurice, « employé » à la Nouvelle Orléans y réside encore en 1913 ; quant à Maxime, mort le 9 août 1925 dans cette même ville, marié en 1899 à Salomé Kern, il y exerce la profession de cigarettier. De nos jours, les descendants de Jeanne Pool entre autres, qui eut 6 enfants de son mariage, sont les représentants américains de leur digne aïeul bordelais au sein des familles Pool et Herbert.

Si Jean-Baptiste Guiraud a écrit peu d’œuvres, ou du moins elles n'ont pas survécu au temps, et son nom oublié de tous, faisons la grâce à ce lauréat du Prix de Rome de reconnaître qu'il a joué un rôle important dans l'enseignement et le développement de la musique en Louisiane.

Denis Havard de la Montagne

Alphonse GILBERT (1805-1870)

Lorsque le 21 septembre 1841 la Commission de réception nommée par le Ministre des Travaux publics, au sein de laquelle figuraient notamment Cherubini, Berton, Auber, Halévy, Spontini et Carafa, reçut le grand-orgue de 32 pieds construit par Cavaillé-Coll père & fils, Alphonse Gilbert prêta son concours et toucha l’instrument en même temps que la plupart des organistes renommés de la capitale.

Né le 2 février 1805 à Paris, Louis-Alphonse Gilbert débuta ses études musicales à la maîtrise de Notre-Dame, alors placée sous la direction musicale du maître de chapelle Pierre Desvignes. Sans doute y était-il entré dès l’âge de 7 ou 8 ans, pour n’en sortir qu’à 18 ans, comme le prévoyaient les statuts de juillet 1807. Cette maîtrise comprenait 12 enfants dont la vie était bien réglée : lever à 6 heures, étude de la musique le matin, puis l’après-midi jusqu'à huit heures, calcul, histoire, instruction religieuse, latin, écriture et dessin... Ils étaient logés dans l’hôtel de Gaillon, 8 rue Massillon. C'est là qu'il fit la connaissance de son futur beau-frère, Emile Bienaimé (1802-1869), lui-même jeune maîtrisien. En octobre 1822 il fut admis au Conservatoire, où, entre autres, il suivit les cours de contrepoint de Fétis et de composition de Berton. En 1827, sa cantate Orphée lui valut un deuxième second Grand Prix de Rome. Après avoir poursuivi quelque temps ses études de composition auprès de Berton, dans l’espoir de pouvoir décrocher un premier prix au Concours de Rome, ses tentatives étant restées vaines, il quittait définitivement le Conservatoire en 1831.

Par la suite, violoncelliste à l’orchestre du Théâtre de l’Odéon, il touchait également les orgues de l’église Notre-Dame de Lorette située dans le neuvième arrondissement parisien. Construite entre 1823 et 1836 par l’architecte Hippolyte Lebas, qui s’inspira de l’église Sainte-Marie-Majeure de Rome, cette église bénéficia d’un grand-orgue, construit par le facteur Aristide Cavaillé-Coll, qui fut reçu en 1838. Il comportait alors 47 jeux répartis sur 3 claviers de 54 et 37 notes et un pédalier de 21 notes. Alphonse Gilbert, l'un des quatre organistes, avec Séjan, Fessy et Lefébure-Wély qui avaient inauguré l'instrument en octobre 1838, en fut le premier titulaire jusqu'à sa mort. En ce lieu, il eut l’occasion de collaborer durant plusieurs années avec César Franck qui tint l’orgue de chœur de 1845 à 1853, avant de rejoindre l’église Sainte-Clotilde. Le mariage de ce dernier avec Félicité Saillot-Desmousseaux fut d’ailleurs célébré dans cette église le 22 février 1848.

Mort le 12 décembre 1870, en son domicile parisien de la rue Saint-Sulpice, Alphonse Gilbert était alors veuf d'Amélie Bienaimé, artiste peintre, élève de Ingres et de Redouté. Née à Paris le 29 mai 1808, décédée dans cette même ville le 20 mai 1867, elle lui avait donné au moins un fils : Edouard Gilbert, né en 1835, employé de banque à Paris en 1870. On connaît de cette artiste Une vue des environs de Rome et deux aquarelles : Bouquet de dahlias et de géranium blanc ; Bouquet de tulipe, géranium rouge, rose et pensée.

Compositeur distingué, en mars 1847 à Paris, lors d'un concours de composition, il fut notamment récompensé par un premier et second prix décernés par le jury (présidé par Auber) de la Commission des chants religieux et historiques, instituée par le Ministre de l'Instruction publique et des Cultes, pour deux de ses œuvres : O moment solennel, ce peuple prosterné (paroles de Fontanes) et J'ai révélé mon cœur au Dieu de l'innocence (paroles de l'auteur). L'année suivante, il remportait une médaille de bronze au concours de composition des chants nationaux destinés à être exécutés dans les fêtes publiques (ouvert par arrêté du même Ministre du 27 mars), pour Les Forgerons, "hommage aux travailleurs", pour chœur et solo (paroles de l'auteur). Environ 800 morceaux (paroles et musique) avaient été envoyés au Ministère! On lui doit également un Solfège à une voix (1865) et un Solfège à deux voix, sans accompagnement (3e édition, chez E. Girod, Paris, 1865).

D.H.M.


1828

Guillaume ROSS dit DESPRÉAUX (1803 - ?)

Berlioz, commentant la première représentation, le 4 octobre 1838 au Théâtre de l’Opéra-Comique, de l’ouvrage en un acte, La Dame d’honneur, de Despréaux, sur un livret MM. Edouard Monnais et Paul Duport, écrivit un jour 1 :

La musique de M. Despréaux est d'une nature beaucoup plus simple que le poème de MM. Duport et de Monnais; je l'ai donc parfaitement saisie et goûtée d'un bout à l'autre. Les morceaux sont tous écrits dans le style que comportait le ton général de la pièce; les voix et les instruments y sont employés avec goût et une sage réserve; l'harmonie est pure; la mélodie a peut-être des formes un peu écourtées; les modulations y sont rares, mais bien motivées et préparées toujours avec un sentiment fort délicat des rapports des tonalités diverses. Le meilleur morceau, ce me semble, est un trio finissant en quatuor, dans lequel Jansenne chante avec âme une phrase charmante, bien accompagnée par les violoncelles ".

Ce gentil vaudeville, qui raconte l’histoire du chevalier de Vaudreuil, amoureux d’une jeune veuve désargentée, que son oncle empêche d’épouser, était ce jour là interprété par MM. Jensenne (chevalier de Vaudreuil), Riquier (vicomte de Marbœuf), Henri (Lajolais) et Mmes Augusta (madame de Nangis) et Prévost (Marguerite). Si l’histoire, assez compliquée du reste, ne fut pas goûtée par les critiques musicaux, notamment par Berlioz qui avoue être " dans l’impossibilité de raconter d’une façon intelligible la pièce nouvelle " et pat le journal " La France musicale "2 , qui affirme que " le poème est volatile, aérien ; c’est une véritable illusion  ", la musique en est cependant appréciée par l’auteur de la Damnation de Faust. Et pourtant, Berlioz qui, on le sait, dut s’y reprendre à cinq fois pour décrocher le Premier Grand Prix de Rome (1830) !, pouvait légitimement en vouloir à Despréaux : à deux reprises, en 1827 et 1828, il lui avait ravi la place au Concours de Rome !

Malgré cela, cet artiste n’a guère fait date dans l’histoire musicale. On sait peu de choses le concernant; sans Fétis et sa " Biographie universelle des musiciens ", dans laquelle il lui consacre quelques lignes, Despréaux serait à jamais retombé dans l’oubli.

Auvergnat de naissance, Guillaume Despréaux, de son vrai nom Guillaume Ross pour l’état-civil, est né en 1803 à Clermont-Ferrand. Il entra plus tard au Conservatoire royal de musique de Paris, où il suivit notamment les cours de composition de Fétis et de Berton. En 1824, il fut engagé au Théâtre du Gymnase-Dramatique de la rue Bonne-Nouvelle, où l’on jouait principalement des vaudevilles d’Eugène Scribe. Cette salle de spectacle, dont la façade actuelle date de 1887, avait été construite en 1820 par les architectes Rougevin et Guerchy. De 1824 à la Révolution de 1830, elle porta le nom de Théâtre de Madame, en l’honneur de la Duchesse de Berry qui la patronnait. A l’époque où Despréaux jouait la comédie au Gymnase-Dramatique, la direction en était assurée par Charles Delestre-Poirson, et les acteurs, parmi lesquels figuraient Virginie Déjazet et Léontine Fay, interprétaient de charmants vaudevilles, tels Le Mariage enfantin, La Petite lampe merveilleuse, Caroline, Le Plus beau jour de la vie...

En 1827, Despréaux se présentait une première fois au Concours de Rome. Parmi les postulants se trouvait un certain Berlioz, qui, non admis l’année précédente à l’épreuve éliminatoire (fugue à 4 voix), concourait à nouveau et qui notera plus tard dans ses Mémoires3 :

" L'époque du concours de l'Institut étant revenue, je m'y présentai de nouveau. Cette fois je fus admis. On nous donna à mettre en musique une scène lyrique à grand orchestre, dont le sujet était Orphée déchiré par les Bacchantes. Je crois que mon dernier morceau n'était pas sans valeur; mais le médiocre pianiste (on verra bientôt quelle est l'incroyable organisation de ces concours) chargé d'accompagner ma partition, ou plutôt d'en représenter l'orchestre sur le piano, n'ayant pu se tirer de la Bacchanale, la section de musique de l'Institut, composée de Cherubini, Paër, Lesueur, Berton, Boïeldieu et Catel, me mit hors de concours, en déclarant mon ouvrage inexécutable. Après l'égoïsme plat et lâche des maîtres qui ont peur des commençants et les repoussent, il me restait à connaître l'absurdité tyrannique des institutions qui les étranglent. Kreutzer m'empêcha d'obtenir peut-être un succès dont les avantages pour moi eussent alors été considérables; les académiciens, en m'appliquant la lettre d'un règlement ridicule, m'enlevèrent la chance d'une distinction, sinon brillante, au moins encourageante, et m'exposèrent aux plus funestes conséquences du désespoir et d'une indignation concentrée. "

Despréaux fut récompensé par un 1er Second Grand Prix et Berlioz non primé ! L’année suivante tous deux se représentaient à nouveau. Herminie se couvrant des armes de Clorinde, épisode du Tasse versifié par le poète A. Vieillard, était le sujet imposé. Ironie du sort !, Berlioz pour la seconde fois se trouva classé derrière Despréaux qui remporta le 1er Grand Prix ! Berlioz rapportait alors dans ses mêmes Mémoires4:

" Au milieu du troisième air (car il y avait toujours trois airs dans ces cantates de l’Institut; d'abord le lever de l'aurore obligé, puis le premier récitatif suivi d'un premier air, suivi d'un deuxième récitatif suivi d'un deuxième air, suivi d'un troisième récitatif suivi d'un troisième air, le tout pour le même personnage); dans le milieu du troisième air donc, se trouvaient ces quatre vers :

Dieu des chrétiens, toi que j'ignore,
Toi que j'outrageais autrefois,
Aujourd'hui mon respect t'implore,
Daigne écouter ma faible voix.

J'eus l'insolence de penser que, malgré le titre d'air agité que portait le dernier morceau, ce quatrain devait être le sujet d'une prière, et il me parut impossible de faire implorer le Dieu des chrétiens par la tremblante reine d'Antioche avec des cris de mélodrame et un orchestre désespéré. J'en fis donc une prière, et à coup sûr s'il y eut quelque chose de passable dans ma partition, ce ne fut que cet andante. "

Guillaume Ross, dit Despréaux partit à Rome effectuer le traditionnel séjour à la Villa Médicis, où il arriva au début de janvier 1829. Parmi ses envois de Rome, un Requiem et un Dies Irae furent particulièrement remarqués. De retour à Paris, il se lança dans la composition d’ouvrages théâtrales, notamment un opéra intitulé Le Souper du mari, sur des paroles de Desnoyers et des frères Coignard, qui fut représenté le 23 janvier 1833 à l’Opéra-Comique, puis, en 1838 La Dame d’honneur.

On ignore ce qu’il advint par la suite. On sait seulement de lui qu’il avait également tâté, avec un certain succès, de la critique musicale, notamment dans la Revue musicale de Fétis.

Denis Havard de la Montagne
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1) Revue et gazette musicale de Paris, 7 octobre 1838. [ Retour ]
2) 7 octobre 1838, article signé " J. M. " [ Retour ]
3) Mémoires 1803-1865 (rédigées à partir de 1848), Paris 1870, Calmann-Lévy. Tome I, chapitre XIV. [ Retour ]
4) ibid., chapitre XXIII. [ Retour ]

Julien NARGEOT (1799–1891)

Théâtre des Variétés
Théâtre des Variétés, Paris, boulevard Montmartre, à l'époque où Julien Nargeot y était chef d'orchestre
( Aquarelle Christophe Civeton, 1829, collection BNF Richelieu )

Violoniste, chef d’orchestre, auteur d’opérettes et de chansons, Pierre Julien Nargeot est né à Paris le 7 juillet 1799, fils de Denis Nargeot, domicilié 8 quai de la Mégisserie, employé à l'Etat-Civil de Paris (mort en 1823) et de Marie-Anne Cior1. Son frère aîné, Jean-Denis Nargeot (1795-1871), élève de Royer et de Benoist, fera une carrière de graveur en taille douce, notamment comme graveur de dessins au Journal des dames et des modes (1831 à 1837), ainsi que portraitiste et illustrateur de livres. Le fils de ce dernier, Adrien Nargeot (1837-ap.1898), élève de Charles Gleyre et de Jean-Auguste Dubouloz, sera également un graveur reconnu après avoir obtenu en 1860 un 2e Grand Prix de Rome de gravure en taille douce. On lui doit, entre autres, plusieurs eaux-fortes de musiciens (Ambroise Thomas, Adelina Patti, Marie Sass).

Julien Nargeot fit ses études musicales au Conservatoire de Paris où il entra en octobre 1813 à l’âge de 14 ans dans la classe de solfège d'Hippolyte Desbuissons, puis dans celle de François Bodin. En même temps, il fréquentait la classe de violon de Simon Mialle (1814), avant d’entrer l'année suivante dans celle de Baillot et plus tard dans celle de Kreutzer. Il sera aussi élève de contrepoint et fugue de Barbereau et de Reicha, et de composition de Lesueur. En 1826, il obtenait un 1er prix de contrepoint et fugue et en 1828 un deuxième Second Grand Prix de Rome avec la scène à une voix Herminie de Vieillard. Il n’y avait pas eu de Premier Grand Prix décerné cette année, seuls deux candidats furent récompensés : Berlioz, qui se présentait pour la 3ème fois et Nargeot.

Entré à l’orchestre de l’Opéra-Comique durant ses études au Conservatoire, Julien Nargeot fit ensuite carrière à l’orchestre du Théâtre-Italien puis, à partir du 31 janvier 1826, à celui de l’Opéra. Quelque temps alto avant d’être nommé 1er violon aux cotés de Baillot, Urhan, Tilmant, Tolbèque et Barbereau, il restera dans cette institution jusqu’au 1er septembre 1839, moment où il devint chef d’orchestre du Théâtre des Variétés du boulevard Montmartre. On donnait dans cette salle de spectacles de joyeux vaudevilles et des bals qui attiraient un public parisien avide de divertissements. Alors placé sous la direction de Jouslin de la Salle, bientôt remplacé (1840) par Leroy, c’est surtout à partir de Nestor Roqueplan (1841 à 1847), avant qu’il ne fut administrateur de l’Opéra (1847), de l’Opéra-Comique (1857) et enfin du Châtelet (1869), que le Théâtre des Variétés prit un réel essor, avec l’introduction de pièces de Lockroy (Le Chevalier du Guet, 1840, On demande des professeurs, 1845, Les Trois coups de pieds, 1851), Alexandre Dumas (Halifax, 1842), Théophile Gautier (Le Tricorne enchanté, 1845), Labiche (Oscar XXVIII, 1848, Madame veuve Larifla, 1849, Un Monsieur qui prend mouche, 1852), Alfred de Musset (L’Habit vert, 1849), George Sand (La Petite Fadette, 1849) et d’opérettes d’Offenbach (La Femme à trois maris, 1853, Pépito, 1853).

C’est ainsi que Nargeot écrivit un grand nombre de chansons, airs, quadrilles, rondes, insérés dans ces pièces, notamment dans Le Tricorne enchanté de Théophile Gautier (1845) et Le Lion empaillé de Léon Gozlan (3 octobre 1848), une comédie-vaudeville dans laquelle figure la « chanson de table » Drinn, drinn, drinn, chantée par Lafon et qui eut à l'époque un grand succès populaire, de même que les airs du vaudeville en un acte L'amour qu'c'est qu'ça de Clairville, Thiboust et Delacour, joué en décembre 1876 au Théâtre-Parisien.

Drinn, drinn, qui fut l'air de marche populaire de la Garde nationale de 1848, a été certainement l'un de ses plus grand succès, c'est du moins ce que l'on comprend au travers d'une anecdote rapportée par le journal Le Ménestrel du dimanche 4 mars 1849 :

Drinn, drinn, drinn.
Drinn, Drinn, Drinn, chanson de table, 1848
(coll. Bibliothèque de la Ville de Paris)

L'autre soir,— ou plutôt l'autre jour, car il était deux heures du matin, — deux hommes sortaient d'un bal, et cheminaient ensemble.

Tout à coup, un ouvrier attardé se mit à entonner dans la rue cet éternel drinn drinn.

Cet air me porte sur les nerfs ! dit l'un des deux hommes à son compagnon de route.

Il est pourtant bien joli, répondit l'autre. L'éditeur Brûlé est en train de gagner dix mille francs avec cette bagatelle.

Je lui en fais mon compliment sincère, mais j'en rougis pour mon pays.

Pourquoi cela ? Savez-vous que l'inventeur du drinn drinn a plus de mérite à mes yeux que Meyerbeer, Halévy e tutti quanti ?

Oh comme vous y allez ! Si M. Nargeot vous entendait il saluerait jusqu'à terre, mais il rirait bien.

Il aurait tort ; moi je préfère cette mélodie simple et franche à maintes cantilènes gourmées, empesées, collet-monté, de nos grands maîtres. Au moins ce drinn drinn se grave immédiatement dans toutes les mémoires. C'est ainsi qu'un motif devient populaire.

Voilà le grand mot lâché !.. Populaire !.. Quand ils ont prononcé ce mot, ils ont tout dit, et ils ne savent pas seulement ce que ce mot, cette affreuse chose : air populaire, recèle d'ennuis et de catastrophes dans ses flancs !

Vous détestez donc les airs faciles ?

Je les abhorre ! Je les maudis !

Et vous aimeriez mieux les mélodies d'opéra bien savantes, bien compliquées ?

Oui, monsieur : au moins il faut se mettre quatre pour les retenir : vos fabricants de motifs populaires ne savent pas que de malédictions les attendent ici-bas. Qui dit populaire dit banal ; ainsi ont commencé la valse de Robin des bois, la Grâce de Dieu, l'air de la polka, l'hymne des Girondins. Tous les salons se sont emparés de ces mélodies, tous nos vaudevillistes se sont rués sur elles ; du fond des théâtres elles ont inondé nos rues, nos carrefours, pour aller ensuite mourir ignominieusement au sein des orgues de barbarie!.. Aujourd'hui c'est le tour du drinn drinn. Au spectacle, en soirée, dans nos bals public et privés, le soir, le matin, la nuit, le jour, dans la ville, dans les faubourgs, sans cesse et toujours, j'entends cet infâme drinn drinn ! J'en ai la fièvre, j'en ai des crises nerveuses ! Demain, après-demain peut-être, cet air que j'exècre, cette chose atroce, recevra l'humiliant baptême de l'orgue de Barbarie ; alors je quitte mon pays et je pars pour la Californie !...

Justice du ciel ! comme vous haïssez ce pauvre drinn drinn !

Pardi ! c'est moi qui l'ai composé...

Comment!., vous seriez?...

Je suis M. Nargeot, chef d'orchestre du théâtre des Variétés.

En 1853, Nargeot quitta les Variétés pour entrer comme alto à l’orchestre de la Chapelle impériale que Napoléon III venait de rouvrir aux Tuileries, après 23 ans de fermeture, François Auber en assurant la direction et Narcisse Girard dirigeant l’orchestre. C’est sans doute ce dernier d’ailleurs, qu’il avait connu à l’orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire où tous les deux étaient entrés dès la première année de sa création (1828), en qualité d’alto et de violon, qui le fit entrer à la Chapelle. Cependant ce n’était pas la première fois qu’il était attaché à la Chapelle : en avril 1830, il avait succédé à Jadin, mis à la retraite, comme maître des pages de la Chapelle de Charles X, mais cinq mois plus tard, après la Révolution de Juillet, Louis-Philippe supprimait la musique de la Chapelle royale alors dirigée par Lesueur et Cherubini. A la même époque (1827), Nargeot avait également fait partie de l’éphémère orchestre du Gymnase musical fondé par Jean-Louis Decourcelle, un peintre et flûtiste amateur, désireux de faire entendre des œuvres nouvelles des jeunes compositeurs. Composé d’une quarantaine de musiciens, parmi lesquels Urhan, Vogt et Gebauer, cet orchestre, dirigé par Théophile Tilmant, disparut en 1832 à la suite d’une mésentente entre ses sociétaires.

Le 21 octobre 1863, âgé de 64 ans, Nargeot démissionna de la Société des Concerts du Conservatoire dont il était membre depuis 35 ans. Il passa le reste de sa vie à composer, à essayer de faire représenter ses opérettes sur des scènes des boulevards parisiens et mourut à Paris, le 30 août 1891 à l’âge avancé de 92 ans, en son domicile de la rue de la Tour. Ses obsèques furent célébrées le surlendemain en l’église Notre-Dame-de-Grâce de Passy.


La Coupe d’or, chanson
(coll. DHM) DR.
Le Petit neveu de Jocrisse, scène comique
(coll. DHM) DR.

Si l’on trouve dans le catalogue de Julien Nargeot quelques morceaux de musique instrumentale composés dans sa jeunesse, notamment son opus 1 qui est un Air varié pour violon avec accompagnement de piano (Paris, Schoenenberger) et son opus 4 une page pour violon également : Plaisir d’Amour (Paris, en vente en 1854 au bureau de L’Univers musical), il a principalement illustré musicalement un grand nombre de pièces de théâtre, vaudevilles et autres scènes comiques avec des chansons : Le Chant, la belette et le petit lapin, paroles de E. Clément (1840), L'Audience du juge de paix, paroles de Ch. Delange, exécutée par Mlle Flore au Théâtre des Variétés (1844), Monsieur mon filleul, paroles du même (1845), Rondes des Zouaves (1855), Le Petit neveu de Jocrisse, paroles de Daniel Same (Paris, Cartereau), La Coupe d'or, paroles de Paul Perigot, C'est les bêt's qu'ont le l'plus d'esprit, paroles de Jaime fils (Paris, Choudens), L'Auvergnat au harem, paroles de Marc Constantin (Paris, Huré, 1862), et composé bon nombre d’opéras bouffes et d’opérettes qui n’eurent que peu de succès : Le Petit Messelin (Folies-Nouvelles, 1855), Trois Troubadours (Folies-Nouvelles), Un Monsieur bien servi ! (Jocrissiade de C. Delange, Folies-Nouvelles, 1856), J. Pifferari (opéra bouffe en un acte, à deux personnages, poème de A. de Jallais, Champs-Elysée, 1858), Les Ouvrières de qualité (vaudeville en 1 acte, paroles de J. Duflot, publié dans le journal Magasin des Demoiselles, n° 8 du 25 mai 1858), Le Docteur Frontin (Champs-Elysées, 1861), Les Contrebandistas (Théâtre féerique, 1861), La Volonté de mon oncle (Vaudeville, 1862), Un Vieux printemps (Théâtre du Luxembourg, 1865), En revenant de Mexico, paroles de J. A. de Sorant [pseudonyme de Joseph-André de Rostan], interdit par la censure puis autorisé sous le nouveau titre de : Les Exploits de Sylvestre (Théâtre Saint-Germain, 14 avril 1866), Dans le Pétrin (folie-opérette en un acte, paroles de M. de Sorant, Folies-Marigny, 31 août 1866), Jeanne, Jeannette et Jeanneton (paroles de E. Abraham et M. Constantin, Folies-Marigny, 1876)...

Félix Savard, dans Le Messager des Théâtres du 2 septembre 1866, rendait compte ainsi de la première de Dans le Pétrin :

Dans le pétrin, folie-opérette, 1866
(coll. Bibliothèque musicale de l'Université de Chapel Hill, Caroline du Nord, USA)
Audio lecteur Windows Media Fichier audio de l’Ouverture par Max Méreaux (DR.)

« Les Folies-Marigny exercent réellement une influence attractive sur les masses ; on y vient et l'on y revient, et là, peut-être plus encore qu'ailleurs, les soirs de « première » on tout à fait des allures de solennité.

Les voitures se glissent, par autorisation spéciale, entre les bosquets fleuris de M. Alphand ; le fanal du théâtre a des feux plus empourprés ; le gaz, des clartés plus étincelantes, et les sergents de ville mettent des gants blancs. La foule envahit le contrôle, on refuse du monde, il y a de la presse à la queue et toute la presse dans la salle : les critiques les plus influents, — y compris le somnolent Sarcey, — taillent leurs bonnes plumes de Tolède, les gandins astiquent leurs lorgnettes. On frappe les trois coups, on commence...

Tenez, voilà ce qui vient de paraître... La pâtissière a des écus, — un mari, et, avec cela, des velléités immodérées du faire « cascader, cascader sa vertu. » Pendant l'absence du terrible Mogolistan, — j'aurais autant aimé Afghanistan ou Bélouchistan, qui est allé à Cancale recueillir l'héritage d'un oncle, sa moitié, qui s'est parfaitement consolée de son départ, garde la boutique et se laisse conter fleurette par un jeune cocodès, fils d'un fabricant de faux-cols et possesseur de 813 fr. 47 cent. de rente ; lequel va passer toutes ses soirées dans ses châteaux, — le château d’Asnières et le Château-Rouge. Soudain, voilà Mogolistan qui revient comme jadis le sire de Framboisy ; il rapporte avec lui, de Cancale, quelques moules... à biscuits, et, en fait d'huîtres, une écaillère qu'il a laissée à la cantonade, et dont il compte faire une pieuvre à son usage et à celui de ces « petits Messieurs... C'est naturel, du reste, cette femme doit avoir l'expérience de cette sorte de mollusque... Bref, surpris par ce retour imprévu, Balandar, — c'est l'amoureux,— fuit dans le pétrin, pour en ressortir bientôt après travesti en pâtissier : il fait accroire à Mogolistan qu'il lui a volé la recette d'un certain gâteau qu'il a signé, et le force ainsi à le garder chez lui... Joignez à cela l'écaillère que l'on ne voit toujours pas, et vous aurez le plus joli petit ménage à quatre que l'on puisse rêver... Alors on, chante un trio et... c'est fini !

Cette saynète est lestement troussée ; le dialogue est vif, les couplets sont gentils et nombreux, mais,— oh ! il y a un mais! — cela manque un peu trop de dénouement ; pour cette folie, il fallait une fin insensée, quelque chose de plus incohérent qu'un trio ; mais je sais l'auteur homme d'esprit, il nous servira le dénouement à part, — à la prochaine occasion.

La musique de M. Nargeot n'a pas peu contribué au succès de cette pochade : elle est charmante, vous devez bien le penser, comme tout ce que fait l'auteur de tant et tant de mélodies populaires, de Drinn ! Drinn !, de l'Amour, que' qu' c'est qu' ça? etc. Il n'y a pas de prétention dans tous ces petits motifs, et pourtant ils sont tous d'une excellente facture. Le duo : « Triste exilé, loin de sa pâtissière, l'air : « Sont-elles bien fraîches, vos huîtres? », le duo : « Je serais cent fois plus féroce », avec la jolie phrase : « Répète encore » et le trio final sont des plus finement traités.

La pièce est très joyeusement enlevée par les interprètes qui se démènent en vérité avec la même conviction que si c'était arrivé... M. Maxnère débite comme un petit volcan les phrases qu'on lui met dans la bouche ; il y a du tact dans tout ce qu'il fait, et, de plus, il chante avec goût. M. Hippolyte Vernier rend bien aussi le personnage du mari malheureux chez lui et heureux ailleurs, et Mme Boisselot est une Arthémise échevelée qui ne manque ni de comique ni d'originalité, et qui me semble déjà être au diapason de la maison. »

De son mariage en 1824 avec Justine Jadin (c.1807-1892), l'une des filles du compositeur, pianiste, violoniste et pédagogue Louis-Emmanuel Jadin (1768-1853), Julien Nargeot eut au moins un fils et une fille. Mais, il eut la douleur de perdre son fils militaire. Louis-Auguste-Ernest Nargeot, né le 17 septembre 1825 à Paris, soldat de 2e classe au Régiment étranger, 3e Bataillon, 1ère Compagnie, matricule 1925, était en effet entré à l'hôpital militaire de Géryville (commune appelée de nos jours El Bayadh, chef-lieu de la wilaya d'El Bayadh, Algérie) le 9 février 1868, où il mourut le 14 du même mois « à onze heures du matin par suite de pneumonie bilieuse. » Quant à sa fille, Louise Nargeot, née le 3 avril 1846 à Paris, elle épousa le 19 juillet 1866 à Paris, Louis-Philippe Deméric, chef de bureau à la Société Générale, cousin germain de la la contralto Emilie Glossop (1830-1901), plus connue sous son nom de scène de « Emilie de Méric-Lablache »2

D'un précédent mariage, célébré en 1821 à Londres, avec Marie-Antoinette Ravier, Julien Nargeot avait eu deux autres fils : Pierre Nargeot (1820-1882), rédacteur au Ministère des Travaux publics à Paris, mort célibataire à Mont-de-Marsan, et Gustave Nargeot (1822-1850). Également militaire comme son demi-frère, ce dernier subit le même sort : incorporé au 9e Régiment de Hussards, il rendit l'âme à l'âge de 25 ans à l'hospice de Mayenne le 20 avril 1850, où il avait été admis cinq jours auparavant. C'est lui qui, avant son incorporation, avait entrepris des études musicales au Conservatoire de Paris obtenant un 1er prix de solfège en 1835 dans la classe d'Alkan aîné. Alors âge d'une quinzaine d'années, il s'était déjà produit en public le jeudi 16 mars 1837 à la Salle Saint-Jean, dans un concert organisé par son père : en compagnie de Julia Cior « pianiste habile, élève de Zimmermann », il avait exécuté au piano un morceau à quatre mains [Petit courrier des dames, journal des modes, 20 mars 1837, p. 128].

Nargeot avait été l'un des 46 signataires de l'acte de fondation de l'Association des Artistes Musiciens créée en février 1843, sur initiative du baron Taylor. Il était immatriculé sous le n° 4 dans cette Société d'assistance mutuelle qui en comptait plus de 7000 vers 1890. Active jusqu'à la fin des années trente, elle était destinée à donner des secours et des pensions aux artistes et aux amateurs, répondant ainsi à la précarité du statut social du musicien. Berlioz et Liszt, entre autres, faisaient partie du comité.

Le quotidien Le Figaro du 31 août 1891, dans l'annonce du décès de Pierre-Julien Nargeot, nous apprend en outre qu'il était « allié à la famille de M. Freycinet, ministre de la guerre3. »

Denis Havard de la Montagne
(sept. 2004, mise à jour : mars 2017)

1 Il est probable que Julia Cior, pianiste et harpiste, qui se produit au piano en 1837 avec un fils de Julien Nargeot (voir infra), appartient bien à cette famille. Sans doute est-elle une nièce de Marie-Anne Cior. De même, un certain Jean-Charles Cior, né le 30 avril 1819 à Paris, 1er prix de basson en 1851 du Conservatoire de Paris, musicien de 3e classe de la Garde Impériale en 1856, fils de Pierre-Joseph Cior, tailleur d'habits, et de Françoise Reynier, doit également faire partie de cette famille.

2 Louis-Philippe Deméric, né le 13 avril 1832 à Sedan, mort en 1897, était fils de Hector Deméric (1804-1884), natif de Toulon, Maréchal des logis au 8e Régiment de chasseurs à cheval (ex 13e) en garnison à Sedan en 1832, et de Marie-Louise Prévot. Hector, fils de Joseph Bonnaud Deméric (c.1767-1831), natif de Martinique, musicien au Régiment irlandais Berwick à Landau (Palatinat) en 1791, puis musicien au 14e Régiment d'infanterie légère en 1804 et enfin professeur de mathématiques à Strasbourg, et de Marie-Marguerite Federlen (c.1770-1845) avait quant à lui 2 frères, dont le docteur Victor de Méric (c.1811-1876), chirurgien au Royal free hospital de Londres et l'un des fondateurs de l’hôpital français de cette ville, et 2 sœurs, parmi lesquelles la cantatrice Joséphine (1801-1877), célèbre soprano à l'Opéra qui eut ses heures de gloires sous le nom de « Mlle Deméri » ou « Joséphine de Méric ». Mariée en premières noces à Joseph Glossop, garde du corps de Sa Majesté britannique, puis à Alexandre Timoléone, elle eut une fille : Emilie Glossop qui, à son tour fit une brillante carrière mondiale de cantatrice. Elle avait épousé en 1854 Nicolas Lablache, artiste, un fils du célèbre chanteur Luigi Lablache (1794-1868).

3 Charles-Louis de Saulces de Freycinet, né le 14 novembre 1828 à Foix (Ariège), décédé le 14 mai 1923 à Paris, fils de Casimir-Frédéric, directeur des impôts indirects à Montauban, et de Anne-Nancy Mallet . Polytechnicien, sénateur de la Seine en 1876, Ministre des Travaux publics (1877-1879), Président du Conseil à 4 reprises entre 1879 et 1892, Ministre de la Guerre en 1889 et 1890, membre de l'Académie française en 1890. Il avait épousé en 1858 à Bordeaux, Jeanne-Alexandrine Bosc (1837-1923), fille de Félix Bosc, riche négociant bordelais, et de Cécile Frontin , qui lui donna une fille unique : Cécile de Freycinet (1859-1942). Le lien familial entre Pierre-Julien Nargeot et le Ministre Freycinet, s'il est bien réel est néanmoins très éloigné : une petite-fille (Pauline James) de son beau-frère (Louis Jadin, artiste peintre) avait en effet épousé en 1889 un petit-fils (Albert de Freycinet, Officier de cavalerie) d'un oncle (Louis de Freycinet, Officier de marine, contre-amiral) du Ministre.


1829

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