Prix de Rome 1850-1859

Joseph CHARLOT - Napoléon MOHRANGE dit ALKAN - Aristide HIGNARD - Alfred DELÉHELLE - Léonce COHEN - Ferdinand POISE - Charles GALIBERT - Émile DURAND - Adrien BARTHE - Victor DELANNOY - Eugène VAST - Jean CONTE - Victor CHÉRI - Eugène LACHEURIÉ - Georges BIZET - Charles COLIN - FAUBERT - Samuel DAVID - Edmond CHEROUVRIER - Jules PILLEVESSE - Ernest GUIRAUD

1850

Joseph CHARLOT (1827-1871)

Accompagnateur, puis chef du chant à l’Opéra-Comique, Joseph Charlot, malgré de réelles dispositions pour la musique, n’eut guère la possibilité de les faire connaître au public. Il ne parvint jamais, au cours de sa courte vie, à trouver un littérateur ou un poète acceptant de lui livrer un livret afin de le mettre en musique. Le théâtre était son plus grand espoir, mais il ne put y accéder ! Et pourtant on ne peut mettre en doute un seul instant ses capacités, car ce musicien est certainement l’un des plus jeunes lauréats du Conservatoire de Paris : à l’âge de 11 ans il reçut un 1er prix de solfège et un accessit de piano !

Né le 21 janvier 1827 à Nancy, Joseph-Auguste Charlot montra très tôt de sérieuses prédispositions pour la musique, ce qui le fit admettre au Conservatoire de musique et de déclamation de Paris tout juste âgé de 10 ans ! Son palmarès dans cet établissement est des plus brillants : 1er prix de solfège et accessit de piano en 1838, 2ème prix de piano en 1839, 1er prix en 1841, 2ème prix d’harmonie et accompagnement en 1841, 1er prix en 1842... Elève de piano de Zimmermann, puis de composition de Carafa, Joseph Charlot se présenta la première fois au Concours de Rome en 1846 ; il n’avait pas encore atteint sa vingtième année. Cette année là seuls un premier Grand Prix et une mention furent décernés pour la composition d’une cantate intitulée Velasquez, sur des paroles de Camille Doucet. Le 8 août l’Institut, sur les six ouvrages en lisse, récompensait uniquement ceux de Léon Gastinel (Grand Prix) et de Joseph Charlot (mention). L’année suivante il recevait un deuxième Second Grand Prix avec la cantate L’Ange et Tobie, et en 1850 le premier Grand Prix lui était enfin décerné pour son ouvrage Emma et Eginhard, écrit sur un texte de M. Bignan.

Après avoir effectué le traditionnel séjour à la Villa Médicis, Joseph Charlot regagnait Paris plein d’espoir. Souhaitant ardemment écrire pour la scène, il sollicita en vain durant bon nombre d’années un auteur capable de lui écrire un texte pour le mettre en musique. Il n’y parvint jamais, et finalement se résigna à entrer à l’Opéra-Comique comme simple accompagnateur, puis chef du chant afin de gagner sa vie. Le 28 octobre 1866, il était également reçu sociétaire des Concerts du Conservatoire en tant que chef du chant, en remplacement d’Eugène Vauthrot. C’est Théodore Dubois qui le remplacera à ce poste en 1871 lors de son décès arrivé à l’âge de 44 ans, dans le courant du mois d’août 1871 à Sèvres.

Fétis, dans sa Biographie universelle des musiciens, indique que la plupart de ses œuvres sont restées à l’état de manuscrit et qu’on lui connaît que peu de compositions d’importance, seulement quelques mélodies vocales et des chœurs orphéoniques. L’éditeur Hartmann a publié après sa mort un recueil de Dix mélodies qui nous font découvrir un compositeur distingué. Celle intitulée le Géant, écrite sur des vers de Victor Hugo, est d’une " inspiration large, mâle et puissante " (Fétis dixit).

Michel Villedieu

Napoléon Alkan, vers 1870

Napoléon Alkan
Napoléon Alkan, vers 1870
( photo N. Robe, Paris, coll. BNF Richelieu )
Napoléon MOHRANGE dit ALKAN (1826–1906)

Admis au Conservatoire de Paris à l’âge de 9 ans, où il enseignera le solfège durant plus d’un demi-siècle, auteur de pièces pour le piano, officier d’Académie (1878), officier de l’Instruction publique (1889), chevalier de la Légion d’honneur (1895), Napoléon Alkan n’a cependant jamais pu atteindre à la notoriété de son frère aîné Charles Valentin, dit " Alkan aîné ", dont la renommée est encore perceptible de nos jours. Celui-ci, considéré par Liszt comme l’un des plus grands pianistes de son temps, auteur d’une œuvre pianistique abondante et fort riche, lui avait d’ailleurs dédié son opus 24 (1844) intitulé Gigue et air de ballet dans le style ancien (Billaudot).

Emma Liernut et sa fille Dora, vers 1890
Emma Liernut et sa fille Dora,
vers 1890
( BNF Richelieu )

Né le 2 février 1826 à Paris, fils d’Alkan Mohrange et de Julie Abraham, Napoléon Alexandre Mohrange avec ses frères et sœur adoptèrent pour nom de famille le prénom de leur père. Directeur d’un pensionnat pour enfants dans le quartier parisien du Marais, où la musique tenait une place importante, ce dernier encouragea vivement les dispositions révélées chez chacun de ses six enfants. Tous, musiciens dans l’âme, fréquentèrent le Conservatoire de Paris : Céleste [Mme Mayer-Marix] (1812-1897), Charles Valentin (1813-1888), Ernest (1816-1876), Maxime (1818-1891), Napoléon et Gustave (1827-1882). Napoléon entra comme élève au Conservatoire de musique et de déclamation de Paris en 1835, alors qu’il n’avait pas atteint ses 10 ans, et n’en ressortit que 61 années plus tard, après y avoir longtemps enseigné ! Second prix de solfège en 1836, 1er prix l’année suivante, il travailla ensuite le piano dans la classe de Zimmermann et remporta un nouveau 1er prix en 1843. Elève également de François Benoist pour l’orgue, et d’Adolphe Adam pour le contrepoint et la fugue (1er prix en 1849), il concourut en 1850 au Concours de Rome et obtint un Premier Second Grand Prix avec la scène à 3 voix Emma et Eginhard sur un poème d’Anne Bignan.

Dès février 1845, tout en étudiant la musique au Conservatoire, il y était nommé répétiteur de solfège. En juin 1857, devenu professeur, il enseignait dans la classe des élèves militaires, puis à partir d’avril 1866 était titularisé comme professeur agrégé de solfège. Il professa jusqu’au 1er octobre 1896, moment où il prit sa retraite à l’âge de 70 ans. Dix années plus tard, en 1906, il décédait à Paris, laissant une fille : Mme Emma Liernut.

Excellent pianiste, Napoléon Alkan aurait pu aisément mener une carrière de concertiste, mais il avait préféré vouer sa vie à l’enseignement, n’ayant ainsi que peu de loisirs pour se consacrer à la composition. On lui connaît cependant quelques œuvres pour le piano, notamment 6 Airs de danse (Paris, Richault), Marche militaire (id.), Marche Religieuse (id.), Musette (édité par son beau-frère Mayer-Marix, industriel parisien installé rue de Montmartre, fabricant sous la marque " Mayermarix " des instruments de musique mécaniques, entre autres des boites à musique et des harmoniums portables connus sous le nom d’harmoniflûte), des transcriptions de classiques (Mozart, Haydn) et une Etude fuguée sur " le Prophète " de Meyeerber (Paris, Brandus).

D.H.M.

Audio lecteur Windows Media Napoléon Alkan, Etude fuguée sur deux motifs du “Prophète” de Meyerbeer, pour piano (Milan, Ricordi) - Fichier audio par Max Méreaux (DR.)  
 

Aristide Hignard vers 1880. Photo dédicacée A mes bons amis A. et H. Lionnet, souvenir affectueux et reconnaissant.
( BNF Richelieu )
Aristide HIGNARD (1822-1898)

Aristide Hignard (Nantes, 1822 - Vernon, 1898), fils d'un armateur nantais, élève d'Halévy au CNSM de Paris, obtint un deuxième Second Grand Prix de Rome en 1850 avec sa cantate Emma et Eginhard, derrière Napoléon Mohrange dit Alkan et Joseph Charlot. Installé à Paris, il enseigna l'écriture musicale et compte parmi ses élèves Emmanuel Chabrier. On lui doit des opéras-comiques : Le Visionnaire (Nantes, 18 janvier 1851), Colin-Maillard (Paris, Théâtre Lyrique, 1853), Les Compagnons de la Marjolaine (Paris, Théâtre Lyrique, 1855), Monsieur de Chimpanzé (Paris, Théâtre des Bouffes-Parisiens, 1858) sur un livret de Jules Verne, Les Musiciens de l'orchestre écrit en collaboration avec Léo Delibes et Camille Erlanger, L'Auberge des Ardennes (1860) et Le Nouveau Pourceaugnac (1860); des pièces pour piano : Valses concertantes, Valses romantiques; et un opéra en 5 actes : Hamlet (1856), sur un livret du poète nantais Pierre de Garal. Il mit également en musique quelques textes de son ami Jules Verne, son compatriote et ami d'enfance avec lequel il fit quelques voyages dans les pays nordiques.

D.H.M. (notes provisoires)



1851

Alfred DELÉHELLE (1826-1893)

Trois œuvres seulement de ce musicien sont parvenues jusqu'à nous : une opérette en un acte sur des paroles de Dulocle, l’Ile d’Amour, (Paris, Bouffes-Parisiens, 8 juin 1859), un opéra-comique en deux actes, Monsieur Polichinelle (Paris, Athénée, 15 janvier 1873) et un autre opéra-comique en trois actes, Don Spavento sur des paroles de Léon Morand et Gustave Wattier (Théâtre-Royal de La Haye, 12 janvier 1883).

D’après Fétis, Jean-Charles-Alfred Deléhelle est né le 12 janvier 1826 à Paris et a effectué toute sa formation musicale au Conservatoire de musique et de déclamation de Paris, notamment dans les classes d’Hippolyte Colet (harmonie) et Adolphe Adam (composition). En 1851, Deléhelle se présentait au Concours de Rome avec la cantate Le Prisonnier, pour laquelle l’Institut lui décerna le Premier Grand Prix. L’année suivante il partait à la Villa Médicis pour y effectuer le traditionnel séjour, suivi d’un voyage à Naples puis de la visite des principales villes d’Allemagne.

De retour à Paris en 1856 Deléhelle se lançait dans la musique de scène, sans toutefois parvenir à se faire jouer dans les Théâtres nationaux. Ses compositions étaient pourtant de qualité; Fétis, à propos de Monsieur Polichinelle, donné à l’Athénée en 1873, écrivait que c’est un " ouvrage charmant, plein de grâce, de verve, de fraîcheur, et empreint d’un vrai sentiment scénique, dont le succès, partout ailleurs qu’en France, lui aurait immédiatement facilité l’accès à une scène plus relevée ". Sa première production théâtrale l’Ile d’Amour, créée en 1859 aux Bouffes-Parisiens au moment où ce théâtre prenait ses quartiers d’été dans la salle des Champs-Elysées, avait déjà attiré l’attention des critiques musicaux, même si elle avait été un peu éclipsée par l’opérette l’Omelette à la Follembuche de Léo Delibes, interprétée au cours de cette même soirée du 8 juin !

Le journal hebdomadaire L’Univers musical du 16 juin 1859, parlant de ces deux opérettes, notaient : " ...joyeuses folies qui ont été très applaudies et que la troupe des Bouffes enlève avec un entrain sans égal ". A. Armand, dans La France musicale du 12 juin, précisait que " L’opérette est chantée par M. Marchand (Criquet), M. Jean Paul (Perdreau), Mlle Chabert (Chloé), et Mme Marie Berger (Mme Benjoin), qui, tous, y mettent du bon vouloir et de l’entrain, et se font applaudir. Au surplus, la musique, sauf quelques imitations, est gaie et facile à retenir... ", et de résumer l’action en quelques lignes :

" Criquet, étudiant de n’importe quelle année, s’est épris de sa voisine Chloé, une ingénue quelconque, affligée d’une tante qui ferait peur à un régiment de Croates. Il n’a pas osé déclarer ce que l’on appelle sa flamme, sous prétexte que la jeune fille doit épouser Perdreau, le fils de l’épicier. Plutôt que de la disputer à son rival, il se jette à l’eau ; mais, comme il sait nager, il a soin de se repêcher, et aborde à l’Ile d’Amour. Tout ceci est précédé d’un brin d’ouverture, où se faufile une mélodie moitié pastorale, moitié barcarolle, qui finit en queue de scherzo vif et pétulant. Suit l’air dudit Criquet, air-chansonnette, comme il y en a mille. Mais voici que Perdreau, la jeune Chloé et la tante Benjoin arrivent dans un bateau, pour une partie de plaisir. Criquet se cache pour donner le temps à ces dames et à ce monsieur de chanter une charmante petite barcarolle en trio. Puis la tante prend le bras du futur et laisse Chloé seule, afin qu’elle chante à son tour un petit air. Criquet pourrait se jeter à ses pieds, mais il n’a garde de se montrer, pour ne pas lui faire marquer son air :

Aussitôt que je m’éveille, je soulève mon rideau, etc.

" Le morceau achevé, il vole dans ses bras : duo. La petite Chloé s’attendrit en voyant son amoureux transi, et comme il grelotte, elle va chercher dans le panier aux provisions, resté dans le bateau, une bouteille de vin de Madère et un gobelet, et lui verse à boire en lui disant :

Vous avez, pour l’amour de moi,
Bu beaucoup d’eau dans la rivière,
etc.

" C’est au moins juste qu’il boive un peu de vin. Ils sont au mieux quand Perdreau arrive ; Chloé se sauve, Criquet se blottit dans le bateau, pour ne pas déranger son rival qui doit, lui aussi, chanter son air, un air très piquant, mais fort peu galant :

Les femmes ne sont sur terre
Que pour nous faire enrager.

" Puis il disparaît avec la barque et, qui pis est, avec les provisions. Voilà une singulière partie de plaisir! La tante a faim, Perdreau chancelle, Chloé pâlit. Pas le moindre biscuit! Que faire? Mme Benjoin s’en va pour laisser chanter un trio à Criquet, à Perdreau et à Chloé, trio qui a pour but de sauver la vie au fils de l’épicier, au moyen d’un biscuit et d’un verre de vin, mais à la condition qu’il renonce à sa fiancée. Comme chez Ugolin, la faim l’emporte sur la douleur ; le lâche fait taire son cœur et parler son estomac! Reste la tante, dont le consentement est indispensable. Criquet lui offre un pâté tout entier, le pâté de perdreau (le calembour est de l’auteur du livret!); si bien que Criquet épouse Chloé, et le pauvre Perdreau, qui a promis à son père de se marier, épousera la tante. Que voulez-vous que nous y fassions? "

Alfred Deléhelle est mort en 1893.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE


1852

Léonce COHEN (1829-1901)

" Il faut savoir gré à un jeune artiste, que ses fortes études et ses tendances semblaient porter vers un autre ordre de travaux, de consacrer à des œuvres didactiques son savoir, son expérience et les premiers jets de son imagination. " Cet extrait du rapport très favorable de l’Institut de France, section musique, concernant l’Ecole du musicien, ou solfège théorique et pratique, avec accompagnement de piano de Léonce Cohen, publié en 1862 (grand in-folio, 3 volumes, 332 planches, Paris, chez Margueritat, éditeur de musique, 21 boulevard Bonne-Nouvelle), démontre que cet ouvrage, dédié à Ambroise Thomas, contribua à l’époque " à asseoir la réputation naissante de son jeune et laborieux auteur ", alors âgé de 33 ans. Le rapport du Comité des études du Conservatoire impérial de musique louait dans les mêmes termes cet excellent solfège. Antoine Elwart dans L’Univers musical écrivait quant à lui : " M. Léonce Cohen, tourmenté du désir bien naturel d’écrire de la mélodie, en a mis partout, et souvent l’inspiration la plus vraie, la plus poétique l’a secondé dans son dessein. Les accompagnements de piano de toutes les leçons offrent également un grand intérêt. Ils sont élégants, bien rythmés, et d’une difficulté accessible à tous les amateurs qui connaissent le clavier. " Et pourtant, ce musicien a complètement disparu de nos mémoires !

Léonce Cohen, né le 12 février 1829 à Paris, est issu par sa mère, née Merline Weil (1804-1875), d’une famille de porcelainiers originaires d’Alsace, installés à Fontainebleau puis à Paris au début du XIXème siècle1. C’est son bisaïeul, Lazare Weil, né vers 1742 à Hitterenheim, qui est le fondateur de cette dynastie de commerçants. Son père, Benoist Cohen (1798-1856), hérita en 1829, du magasin de porcelaine de la rue Bondy, à Paris, à la mort de son beau-père Baruch Weil. Président du Comité consistorial de secours et d’encouragement des israélites de Paris, il fut plus tard, en avril 1852, le premier directeur de l’hôpital Rothschild de la rue de Picpus. Né à Amsterdam, il s’était établi jeune à Paris et sa mort fut regrettée de tous par son action qu’il mena durant plusieurs décennies en faveur des pauvres. Les Weil étaient également une puissante famille très estimée au sein de la communauté israélite parisienne. Merline Weil, la mère de Léonce, était la sœur de l’écrivain Godchaux Weil (1806-1878), plus connu sous le nom de " Ben-Lévy ", une grande tante d’Henri Bergson et Marcel Proust, et une cousine par alliance d’Adolphe Crémieux. En dehors de Léonce, elle avait donné le jour en 1825 à un autre garçon prenommé Maurice. Ingénieur en chef des ponts et chaussées, celui-ci est décédé le 3 novembre 1883 à Cahors.

C’est au sein de ce monde des affaires et de la charité publique que Léonce grandit à Paris. Ses dispositions naturelles pour la musique décidèrent ses parents à le faire entrer au Conservatoire de musique et de déclamation à l’âge de 13 ans. C’est dans cet établissement qu’il fit toutes ses études musicales et dès les premiers temps décrocha un 1er prix de solfège en 1842. Il se spécialisa dans l’étude du violon, à l’époque où les classes du Conservatoire de Paris étaient tenues par d’éminents artistes : Habeneck, Massart et Alard, et entra également dans la classe d’orgue de François Benoist2. Là, il obtint un 1er accessit en 1849, derrière Edouard Silas3 (1er prix) et Camille Saint-Saëns (2ème prix) qui n’avait pas encore atteint ses 14 ans. Leborne l’accueillit aussi dans sa classe de composition, et en 1851 Léonce Cohen montait en loge pour le Concours de Rome. La cantate Le Prisonnier ne l’inspira pas outre mesure et son œuvre ne reçut qu’un deuxième Second Prix. Sans se décourager il récidiva l’année suivante. Le Retour de Virginie de Rollet lui valut l’ultime récompense décernée par l’Institut. Saint-Saëns, qui concourrait également, ne fut même pas nommé ! Déconvenu, celui-ci attendra douze ans avant de se représenter en 1864. Cette seconde et dernière tentative ne fut pas plus heureuse, en raison d’une cabale dont Berlioz lui révéla les dessous par la suite! La cantate de Cohen fut exécutée à l’Institut le 2 octobre 1852, lors de la traditionnelle séance publique annuelle.

Pour effectuer son séjour à la Villa Médicis Léonce Cohen dut abandonner quelque temps l’orchestre du Théâtre-Italien où il avait été engagé comme altiste encore étudiant au Conservatoire. C’est à ce titre d’ailleurs qu’il figure parmi la liste des souscripteurs des Vingt-quatre Préludes pour l’alto-viola de Casimir Ney4, édités vers 1849 à Paris, chez l’auteur. Parmi les envois de Rome qu’il était tenu de faire, sa Messe solennelle attira plus particulièrement l’attention d’Halévy, professeur de composition au Conservatoire et membre de l’académie des Beaux-Arts, qui, même s’il regrettait un peu que son style ne fut pas aussi élevé que le sujet le demandait, soulignait cependant son imagination et sa chaleur. Revenu à Paris en 1855, Léonce Cohen réintégra l’orchestre des Italiens et joua également au sein de celui du Théâtre du Vaudeville alors installé depuis 1840 rue Vivienne. Il fut aussi durant une dizaine d’années altiste à la Société des Concerts du Conservatoire, à partir de 1875.

En 1858, le 17 février, Léonce Cohen parvint à faire jouer aux Bouffes-Parisiens une opérette en un acte de sa composition, Mam’zelle Jeanne, et plus tard, le 11 juin 1866 aux Fantaisies-Parisiennes une autre opérette, Bettina, mais ces deux essais furent à chaque fois sans lendemain. Le succès ne fut jamais de la partie ! Auteur d’opérettes, Léonce Cohen a assurément dû écrire quelques œuvres pour son instrument de prédilection, le violon, mais celles-ci, probablement restées à l’état de manuscrits, ont à tout jamais disparu. C’est surtout dans l’enseignement, et non comme compositeur, que Cohen fut apprécié en son temps, notamment avec la parution de son ouvrage théorique de solfège, habilement divisé en trois parties  (1 - théorie complète de la musique, 2 - lecture musicale, et 3 - étude particulière de toutes les clefs à leurs différentes positions, avec des leçons à changement de clefs) susceptibles d’être achetées séparément.

Léonce Cohen, resté célibataire, est décédé le 25 février 1901 à Paris VIe, à l’âge de 72 ans.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

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1) Les personnes désireuses d'en savoir davantage sur la famille Weil peuvent utilement se reporter à l'article très complet de Frédéric Viey : Des juifs à Fontainebleau, en ligne sur le site de l'Alliance française : http://www.alliancefr.com/culture/fontaine. La plupart des renseignements d'ordre généalogique figurant dans notre étude proviennent des recherches de M. Viey que tenons à remercier ici pour sa précieuse collaboration. [ Retour ]

2) Léonce Cohen ne doit pas être confondu avec son homonyme Jules Cohen qui fréquentait également à la même époque la classe d'orgue de Benoist, et décéda la même année que lui ! Né le 2 novembre 1830 à Marseille, mort le 13 janvier 1901 à Paris, Jules Cohen, s'installait à Paris en 1846, entrait au CNSM, où il décrochait plusieurs premiers prix : solfège (1847), piano (1850), orgue 1852, contrepoint et fugue (1854). Il fut nommé professeur de la classe d'étude du pensionnat du Conservatoire, et de la classe d'ensemble vocal (1855), chef de chœur à l'Opéra (1877). Il est l'auteur de romances, chansons, de nombreuses pièces pour harmonium et de musique religieuse qui était exécutée à l'époque dans la plupart des églises parisiennes. Ami de Saint-Saëns qu'il avait connu sur les bancs du Conservatoire, celui-ci lui laissera plus tard occasionnellement les claviers de l'orgue de St-Merry, où il avait été nommé dès 1853. [ Retour ]

3) Edouard Silas (1827-1909), organiste, pédagogue et compositeur néerlandais, après ses études musicales parisiennes avec Kalbrenner, Benoist et Halévy, s'installa à Londres en 1850. Organiste de la chapelle catholique de Kingston upon Thames et professeur d'harmonie à la Guildhall School of Music, on lui doit des symphonies, concertos pour piano, quatuors à cordes, ainsi qu'un oratorio Joash (1863) et de la musique religieuse. Saint-Saëns lui dédia en 1871 sa Gavotte en ut mineur, op.23. [ Retour ]

4) Voir sur cette publication l'excellent article de Frédéric Lainé dans le site des Amis de l'alto : « Un exemple de l'alto virtuose en France au XIXe siècle : Les Vingt-quatre Préludes de Casimir-Ney » http://assoc.wanadoo.fr/amis.alto/B99/CasimirNey.htmRetour ]

Ferdinand POISE (1828-1892)

Articles, illustrations et extrait sonore sur cette page spécifique.


Charles Galibert - Buste par Perraud - © Musées de Lons-le-Saulnier
Buste de Charles Galibert, 1853, par J.-J. Perraud, plâtre, moulage, Musées de Lons-le-Saulnier, Inv. S 156 (© musées de Lons-le-Saulnier/Jean-Loup Mathieu) avec leur aimable autorisation
1853

Charles GALIBERT (1826-1858)

Si le destin en avait décidé autrement, le nom de Charles Galibert ne serait certainement pas tombé dans l’oubli : il est mort à la veille de ses 32 ans, alors que son premier opéra venait de remporter un beau succès auprès des critiques et du public ! Compositeur délicat, il n’eut qu’un seul et unique succès et l’annonce de sa mort arracha des larmes à bon nombre de ses amis.

Né le 8 août 1826 à Perpignan, comme le précise Fétis dans sa Biographie universelle des musiciens, Pierre-Christophe-Charles Galibert semble avoir vécu son enfance à Salins-les-Bains (Jura) ou du moins y avoir séjourné quelque temps. Cette jolie station thermale de renom, fondée par M. de Grimaldi en 1858, est la patrie du grammairien Pierre-Joseph d’Olivet (1682-1768) et de l’homme politique Victor Considérant (1808-1893). Fils de Pierre-Jean-Antoine Galibert (né vers 1774) qui exerçait la profession de « garde-Magasin des Subsistances militaires », et de Marie-Rose Simon (née vers 1792), originaire de la ville de Lyon, notre musicien aurait cependant effectué ses premières études musicales dans sa ville natale avant de monter à Paris. Ce qui est certain c’est qu’en mars 1845 il intégrait le Conservatoire de musique et de déclamation, où il aura plus tard pour condisciple Camille Saint-Saëns. Elève notamment de Bazin et Elwart pour l’harmonie, et d’Halévy pour la composition, il se présentait une première fois en 1851 au concours de composition musicale de l’Institut. Le sujet de la cantate, Le Prisonnier, sur un texte d'Edouard Monnais, ne lui permit pas de montrer au mieux la fraîcheur et l’expression éloquente de son imagination ; il n’obtenait qu’un Second Prix, derrière Alfred Deléhelle. A nouveau candidat l'année suivante avec la cantate Le retour de Virginie d'Auguste Rollet, il ne fut cette fois aucunement récompensé. Soulignons que Camille Saint-Saëns, lui-même candidat cette année, échoua également, le sujet n'étant guère inspirant comme il l'avouera plus tard ! En 1853 Charles Galibert pour la troisième fois montait à nouveau en loge avec pour sujet de cantate Les rochers d’Appenzell d’Edouard Monnais, ancien gestionnaire de l’Opéra avec Léon Pillet. Le jury lui décernait enfin le Premier Grand Prix, devant Emile Durand (Second Prix) et 4 autres candidats non primés : Adrien Barthe, Victor Delannoy, Ferdinand Poise et Albert Lhôte. Il reçut son prix le 9 juillet à l'Institut de France et sa cantate fut chantée pour la première fois par MM. Dufresne, Bataille et Mlle Lefebvre, de l'Opéra-Comique

La Villa Médicis l’accueillit pour le traditionnel séjour, de février 1854 à décembre 1855 et après ces deux années passées à Rome comme le voulait le règlement, il voyagea dans toute l’Italie et en Allemagne, avant de regagner Paris au début de l'année 1857. Peu après, son premier et unique ouvrage pour le théâtre, un opéra intitulé Après l’orage, écrit sur un poème d’Henri Boisseaux était représenté le 5 mars aux Bouffes-Parisiens et le succès fut immédiat ; le public et la critique applaudissaient cette oeuvre et encensaient ce jeune talent prometteur. En mai 1858, il attirait à nouveau les faveurs de la presse lors de l’inauguration de l’établissement thermal de Salins-les-Bains, où le Tout-Paris s’était précipité. Enfant du pays, c’est lui qui avait été choisi pour diriger l’orchestre ; son talent impressionna le public tant son art était subtil et noble. Mais, la mort le surprit peu après à Paris, le 4 août 1858, à la veille de l’anniversaire de ses 32 ans. Suivant Bizet, dans une lettre écrite à sa mère le 1er septembre suivant, « Ce pauvre Galibert est mort d'une maladie de coeur qui le minait depuis 10 ans. » Ainsi, l’espérance et les promesses qu’il avait suscitées par son talent et son travail s’écroulaient à tout jamais. Comble de l’ironie, son nom n’apparaît de nos jours que très rarement dans les ouvrages spécialisés !

En dehors de ses troix cantates du Prix de Rome et de son opéra, on lui connaît également une Messe solennelle pour soli, choeur et orchestre, composée à Rome en 1854, et une romance intitulée Prière d'une mère !, sur des paroles de Rollet, publiée par Heugel en 1856. En 1908 dans son ouvrage sur « Le cimetière du Père Lachaise », Jules Moiroux mentionne sa tombe à cet emplacement : 59e division, 3e ligne, AF, 13. Le Musée des Beaux-Arts de la ville de Lons-le-Saulnier (Jura) conserve un buste de Galibert, sculpté en 1853 par le jurassien Jean-Joseph Perraud (1819-1876).


Denis HAVARD DE LA MONTAGNE
(sept. 2001- juillet 2015)



THEATRE DES BOUFFES-PARISIENS
[5 mars 1857]

Après l'Orage, proverbe lyrique en un acte,
paroles de M. HENRI BOISSEAUX, musique de M. CHARLES GALIBERT.


*

Les grands prix de Rome continuent de frapper à la porte des Bouffes-Parisiens, et M. Jacques Offenbach s'empresse de leur donner l'hospitalité.

Il ne s'agit plus ici de Croquefer ni de Bataclan, où l'éclat de rire jaillit par toutes les fissures, où paroles et musique se disputent le prix de la folie : nous voici devant un simple tableau d'intérieur, un petit roman conjugal, que M. Galibert vient de réchauffer des sons de sa lyre, — comme on disait au bon vieux temps, avant l'invention du piano.

Le théâtre représente... un jeune mari et sa femme, Albert et Mathilda, mariés depuis au an, — c'est triste à dire, — font déjà mauvais ménage. Pourtant, l'un et l'autre, ils n'ont qu'un seul et même amour dans le cœur ; mais c'est l'amour de la dépense. Ils ont mené la vie à grandes guides : Albert a littéralement mangé sa fortune ; et, pour comble de, disgrâce, un banquier peu délicat a pris la route de Bruxelles, avec la dot de Mathilde. Voilà donc nos jeunes époux ruinés. Il ne leur reste pour tout abri qu'un vieux pavillon isolé, ayant servi autrefois de rendez-vous de chasse. C'est là qu'Albert vient de s'installer avec sa femme, en compagnie de deux domestiques qui les ont vus naître, Polycarpe et Perpétue, couple sexagénaire modelé sur le type de Philémon et Baucis ou M. et Mme Denis. Le temps n'est plus où l'on chantait : Les gueux, les gueux sont des gens heureux ! ils s'aiment entre eux ; nous avons changé tout cela ; aujourd'hui, l'absence de monseigneur l'Argent paraît aigrir les caractères. Albert et Mathilde se disent des mots blessants, et vont même jusqu'à une séparation. Le mari part ; mais un orage l'empêche de se mette eu route ; il demande à sa femme une hospitalité provisoire...., et amicale, qui lui est accordée. Alors on se rapproche, on s'adoucit, on se propose de vivre par le travail ; la confiance mutuelle est rétablie, et tellement rétablie qu'on ne craint pas de remettre à son mari certaine lettre qui piquait sa curiosité et excitait ses soupçons jaloux. Or, cette lettre annonce que Mathilde vient de faire un héritage ; de son côté Mathilde, en déployant un journal , apprend l'arrestation du banquier infidèle. Le retour de monseigneur l'Argent ramène le soleil, je veux dire la lune de miel, dans le ménage. Est-ce bien moral ? Je n'en sais rien.

Le couple sexagénaire, Polycarpe et Perpétue, se querellent à son tour après quarante années de tendresses conjugales, forme le pendant et la contrepartie de ce roman intime, qui ne pèche, en définitive, que par quelques plaisanteries banales et trois au quatre jeux de mots surannés.

La musique de M. Galibert est un agréable début. Ce sont des motifs légers, gracieux ; c'est une instrumentation limpide et sans recherche. Les couplets : Souvenez-vous, le duo du Travail et la chanson de Monseigneur l'Argent méritent d'être cités ; ils ont été vivement applaudis ; le public a aussi fait bon accueil aux couplets de Mlle Garnier.

MM. Ch. Petit, Caillat, Mlles Macé et Garnier, mènent rondement ce petit proverbe lyrique.

N'oublions pas l'ouverture, qui renferme un chant très suave, autour duquel viennent se grouper quelques motifs mélodieux, pleins d'entrain, mais sans prétention à l'originalité.

Dans ces derniers temps, on accusait les lauréats de l'Institut de faire étalage de science dès leur début, à propos de la moindre bluette. Ces Messieurs paraissent vouloir s'amender.

J. Lovy*
Le Ménestrel, mars 1857

[*Jules Lovy (1800-1863), fondateur en 1832 avec Heugel du journal de musique Le Ménestrel, et un temps secrétaire-général du Théâtre des Variétés, puis du Théâtre-Lyrique, est le fils du chanteur et compositeur Israel Lovy (1773-1832)]




Charles Galibert

Aldino Aldini
La France Musicale, 15 août 1858

Il n’y a pas encore trois mois, à l’inauguration de l’établissement de Salins, ce joli nid de verdure, ce charmant paysage moitié suisse, moitié italien, et français tout entier, français de par la géographie et l’horizon qui l’encadre de loin ; il n’y a pas trois mois, disons-nous, c’était fête à Salins. Tout le monde était dans les rues, aux abords de l’établissement fondé par M. de Grimaldi, ou dans les salles. On s’y était rendu de paris et de toutes les villes environnantes. L’orchestre mêlait sa voix multiple et harmonieusement solennelle à celle des chanteurs. Un chœur d’une expression délicieux éclatait en gerbes mélancoliques aux applaudissements d’un auditoire enthousiaste. On demandait le nom du musicien. C’était Charles Galibert, l’enfant de Salins, le jeune montagnard du Jura, un garçon épris de son art, noble cœur, âme croyante, imagination vive volonté ferme et persévérante, esprit droit ; la plus belle, la plus large et la plus poétique image de l’artiste.

Il aurait pu être tout ce qu’il eût voulu. Il décida d’être compositeur ; il travailla, il concourut, il réussit. L’Institut lui décerna le grand prix de Rome ; le jeune lauréat s’en alla puiser dans ce beau pays de la mélodie et de la poésie les inspirations les plus suaves et les plus virginales. Il nous revint quelques années après ; et que de fois en nous parlant des merveilles au milieu desquelles notre enfance avait été bercée, une larme vint mouiller nos yeux, nos yeux qui regardaient le nouvel arrivé et qui voyaient les collines fleurissantes de la Toscane, les majestueuses ruines romaines, les jardins ensoleillés de Naples, les crêtes abruptes de l’Apennin, échancrant un ciel de l’azur le plus pur ! Et nous lui rendions grâce de cette sympathie, peut-être sans qu’il eût compris pourquoi nous étions si émus !

Plus tard, l’artiste voulut essayer son talent dans une petite salle lyrique. Il demanda à son ami, à notre excellent confrère, M. Henri Boisseaux, un poème qu’il obtint facilement, car il méritait toute confiance comme camarade et comme artiste, comme frère et comme musicien. Et ce fut son premier succès. Son premier hélas ! son dernier, son unique succès.

On comprenait aisément que ce jeune talent nous arrivait d’Italie. C’étaient des mélodies d’une fraîcheur et d’une grâce qu’on rencontre rarement ici, de ces mélodies qu’on entend s’épanouir dans une atmosphère embaumée, pendant les nuits éloquentes, mystérieuses, brillamment étoilées, sur les bords de la Thyrrénéenne. L’orchestre les soutenait délicatement, comme s’il eût craint d’en froisser les ailes diaphanes ; il les entourait comme le feuillage entoure la fleur, comme les cils soyeux entourent la prunelle. Et tout le monde, amis et indifférents, que dis-je indifférents ! amis et captivés, d’applaudir autour de ce berceau qui promettait un monde.

Un coup de faux, et tout est renversé : espérances, promesses, avenir, volonté de fer, études consciencieuses, inspirations célestes, rêves de gloire, travail, talent, jeunesse, tout ! Une tombe s’est ouverte ; quelques amis ont accompagné le pauvre mort au cimetière ; on l’a descendu dans la fosse ; on a écrit quelques lignes trempées de larmes dans les journaux de la semaine ; puis le livre du pauvre Charles Galibert s’est fermé, et personne ne pensera plus à l’ouvrir pour en tourner les pages brusquement interrompues.

Non, pauvre et généreux ami, ne crains pas ; ceux qui t’ont connu ne t’oublieront jamais, ceux qui ont entendu tes premiers chants se souviendront de toi ; ils ont pleuré sur ta tombe, ils pleureront à la nouvelle de ta mort. Et quand ces lignes iront en Italie, que les amis que tu as laissés là-bas, à Rome, sauront que tu n’es plus, ils seront douloureusement surpris, et se demanderont, tristes et soucieux, pourquoi faut-il que l’arbrisseau couvert de fleurs tombe foudroyé, quand le sombre et mortel mancenillier brave la colère du ciel ?


 

Emile Durand en 1860
Emile Durand en 1860
( cliché E. Carjat, Paris, BNF/Gallica )
Émile DURAND (1830-1903)

Quel curieux personnage un peu déroutant que ce musicien : professeur d’harmonie au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, sa nature très scolastique et conservatrice lui fait critiquer son élève Claude Debussy pour son esprit novateur, alors que lui-même a écrit autrefois une aimable chansonnette intitulée Le Biniou, qui eut un grand succès populaire !

Premières mesures de la chanson Le Biniou d'Émile Durand
coll. DHM )

Né en Bretagne, à Saint-Brieuc, le 16 février 1830, il reçut de son père, bon musicien amateur, ses premières leçons de musique. Après un séjour à Montpellier où sa famille s’était installée, il gagna la capitale en 1845 et fut admis au Conservatoire. Elève de Napoléon Alkan pour le solfège, de François Bazin pour l’harmonie, et de Fromental Halévy pour la composition, il décrochait en 1847 un 1er prix de solfège et un 1er prix d’harmonie et accompagnement en 1851, avant de se présenter au concours de l’Institut l’année suivante. Il sera reçu premier Second Grand Prix, derrière Charles Galibert, pour sa cantate Le Rocher d’Appenzell, sur des paroles d’Edouard Monnais.

Claude Debussy (en 1884) élève d'harmonie d'Émile Durand contre lequel il se rebella, d'après le portrait de Marcel Baschet.
( paru en 1932 dans L'Illustration, BNF Richelieu )

Il se consacre ensuite entièrement à l’enseignement. Déjà nommé en 1850 professeur d’une classe de solfège au Conservatoire, alors qu’il était encore élève pour la composition, il conserve ce poste et en 1871 succède à Bazin dans sa classe d’harmonie et accompagnement. Le jeune Debussy, alors âgé d’une quinzaine d’années suivit durant trois années consécutives (1877-1880) la classe d’harmonie d’Emile Durand. Même s’il ne remporta aucune récompense dans cette discipline, malgré trois présentations successives au concours annuel, et s’il a été quelque peu critiqué par son professeur qui lui reprochait notamment son côté fantaisiste, Claude Debussy en conserva tout de même un bon souvenir puisqu’il l’a rendu dédicataire de son Trio pour piano, violon et violoncelle. On aurait pu craindre cependant que les deux musiciens se seraient définitivement brouillés, tant la rébellion du futur auteur de Pélléas et Mélisande contre l’enseignement de son professeur fut parfois violente et dura même toute sa vie. C’est ainsi qu’en 1902, il déclarait : Ce qu’on pourrait souhaiter de mieux à la musique française c’est de  voir supprimer l’étude de l’harmonie telle qu’on la pratique à l’école et qui est bien la façon la plus solennellement ridicule d’assembler des sons. Elle a, de plus, le grave défaut d’unifier l’écriture à un tel point que tous les musiciens, à quelques exceptions près, harmonisent de la même manière. Le vieux Bach, qui contient toute la musique, se moquait, croyez-le bien, des formules harmoniques. Il leur préférait le jeu libre des sonorités, dont les courbes, parallèles ou contrariées, préparaient l’épanouissement inespéré qui orne d’impérissable beauté le moindre de ses innombrables cahiers...1

En 1856, Emile Durand écrivit la chanson Le Biniou, sur des paroles d’Hippolyte Guérin. Elle obtint un immense succès qui obligea l’auteur à la transcrire pour différents instruments. Celle-ci est toujours rééditée de nos jours chez Salabert ! Sa mélodie Comme à 20 ans, sur des paroles d’Emile Barateau, écrite deux ans plus tard, obtiendra également un succès populaire et prolongé. S’il a écrit beaucoup de mélodies et de chansons, dont une bonne partie sur des paroles de son compatriote Théodore Botrel, il est également l’auteur d’un opéra-comique en un acte : L’Elexir de Cornelius (Fantaisies-Parisiennes, 3 février 1868), d’une pochade musicale en un acte : L’Astronome du Pont-neuf (Théâtre des Variétés, 18 février 1869) et d’une fantaisie pour hautbois, violon et clarinette avec accompagnement de piano : Sourires de Bretagne (1888).

On a reproché à Emile Durand de privilégier la technique aux dépens de l’art et de faire preuve de trop de sévérité envers ses élèves. Sans doute est-ce en partie exact, mais à sa décharge il faut reconnaître que ce fut un pédagogue appliqué, très soucieux de transmettre son savoir à ses jeunes élèves.

En tant que pédagogue, on lui doit un Traité d’harmonie théorique et pratique (2 volumes, Leduc, Paris, 1881), un Traité d’accompagnement pratique au piano (Leduc, 1884), un Traité de composition musicale (Leduc, 1899) et quelques autres ouvrages de la même veine : un Solfège élémentaire, un Solfège mélodique, un Traité de transposition... Tous ses ouvrages ont longtemps fait autorité dans les écoles de musique.

Emile Durand a pris sa retraite du Conservatoire en 1883 et s’est retiré dans sa maison de Neuilly-sur-Seine où il est décédé le 7 mai 1903. Le 25 juillet 1857 à Paris, il avait épousé Louise Boieldieu, petite-fille du célèbre auteur de La Dame blanche. Née le 30 janvier 1840 à Paris, fille d'Adrien Boieldieu (1815-1883), compositeur tout comme son père, et de Fanny Defourneaux, elle possédait un réel talent de pianiste "qu'elle apportait au service d'élégantes compositions dont elle était à la fois l'auteur et l'interprète", et mourut en 1924, à l'âge de 84 ans. Quatre garçons étaient nés de ce mariage : Louis-Maurice (1858- ?), marié, 3 enfants ; Amédée-Stéphane (1860-1914), marié, 2 filles ; Gaston-Louis-Emile (1864-1949), marié, 2 filles ; Francis-Albert, marié, 4 enfants.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE 2

La Bibliothèque nationale du Québec propose en ligne deux enregistrements anciens de la mélodie d'Émile Durand Comme à vingt ans : http://www4.bnquebec.ca/musique_78trs/mc119.htm

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1) Paru dans le premier numéro (octobre 1902) de la revue Musica, en réponse à une enquête de Charles Joly portant sur la possibilité de prévoir la musique de demain... [ Retour ]

2) Absent des principaux dictionnaires de musique, on trouve cependant quelques informations sur Emile Durand dans la Biographie universelle des musiciens... de Fétis et dans le Dictionnaire des compositeurs de musique en Bretagne de Véfa de Bellaing (Ouest éditions, 1992). [ Retour ]



1854

Adrien BARTHE (1828-1898)

Adrien Barthe, vers 1875
( Photo Truchelut, Paris, BNF Richelieu )
Mme Adrien Barthe-Bandelari,
vers 1860
( lithographie d'Adrien Lemoine, d'après une photographie d'Eugène Hallier, BNF Richelieu )

Grat-Norbert, dit Adrien Barthe, né à Bayonne, le 7 juin 1828, mort à Asnières, le 13 août 1898, a fait ses études musicales au Conservatoire de Paris, notamment dans la classe de composition de Leborne. Premier Grand Prix de Rome en 1854, avec sa cantate Francesca de Rimini, il a ensuite enseigné l'harmonie au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, à partir de 1878 et s'est livré à la composition. On lui doit notamment deux opéras : Don Carlos et La Fiancée d'Abydos, et un oratorio intitulé Judith.

D.H.M.


Victor DELANNOY (1825 – 1887)

Victor Delannoy
Victor Delannoy
par J. Darcourt
( aimablement communiqué par l'École nationale de musique de Roubaix )

Humble professeur de violon au conservatoire de Lille et directeur de celui de Roubaix (Nord), Victor Delannoy, lauréat du Prix de Rome de composition musicale, fait partie de cette race d'artistes qui consacrent leur vie, non pas à courir derrière les honneurs et autres titres honorifiques, mais à transmettre aux autres leur science musicale et leur passion pour cet art si difficile. Il a laissé peu de souvenirs dans la mémoire collective, mais néanmoins on conserve de lui une oeuvre qui n'est pas dénuée d'intérêt.

Né à Lille le 25 septembre 1825, Victor-Alphonse Delannoy fréquente en premier lieu le Conservatoire de sa ville natale où il est l'élève de violon de Muller. Dans cette classe, Edouard Lalo, son aîné de deux années, l'avait précédé de quelques mois. En 1849, il est engagé pour la saison comme premier violon à l'orchestre du Grand Théâtre de Lille, alors dirigé par Prilleux et peu après gagne Paris afin d'achever ses études musicales au Conservatoire. Là, il travaille la composition avec Halévy qui le mène au concours du Prix de Rome et en 1854 remporte le 1er Second Grand Prix, derrière Adrien Barthe, avec la cantate Francesca da Rimini, sur des paroles d'Emile Baunaure.

École de musique de Roubaix, début XXe siècle.
École de musique de Roubaix au début du XXe siècle.
( DR )

Après l'obtention de son prix de Rome, Victor Delannoy regagne sa région natale et se livre à l'enseignement. C'est ainsi qu'il entre au Conservatoire de Lille, devenu depuis 1826 l'une des deux succursales (avec Toulouse) de celui de Paris, pour y professer le violon. En 1858, une classe d'harmonie est ouverte et c'est à lui qu'elle est confiée. A cette époque, cet établissement comportant une quinzaine de classes recevait environ 400 élèves. En 1875, il quitte son poste lillois, le laissant à Henri Bénard par ailleurs chef d'orchestre de la Société des concerts du Cercle du Nord et de celui du Grand Théâtre de Lille, pour s'installer définitivement à Roubaix. Dans cette ville il se consacre alors pleinement à la direction de l'Ecole de musique, qu'il assure déjà depuis 1857, tout en dirigeant la "Grande Harmonie". C'est d'ailleurs à l'intention de cette formation qu'il compose ses pièces pour orchestre d'harmonie, publiées principalement chez l'éditeur parisien G. Goumas : Ouverture, Air varié, Grande Fantaisie, Grande marche triomphale, Grande ouverture, Marche aux flambeaux, Marche triomphale... A sa tête, il avait eu l'occasion de se produire devant Léopold II de Belgique, ainsi que devant l'Empereur Napoléon III lors de sa visite à Roubaix en 1863. Auparavant, lorsqu'il était à Lille, Victor Delannoy avait dirigé durant quelque temps la "Musique des Canonniers sédentaires".

Ses activités d'enseignant et artistiques lui valent les palmes d'Officier d'Académie en 1878, puis de l'Instruction publique en 1886, mais il s'éteint l'année suivante, le 26 octobre 1887, à Roubaix, quelques mois après avoir pris sa retraite de l'Ecole de musique. Parmi ses élèves, citons Clément Broutin qui, après avoir rejoint le Conservatoire de Paris, sera Grand Prix de Rome en 1878.

En dehors des pages pour orchestre d'harmonie déjà citées, Victor Delannoy a composé quelques oeuvres de musique de chambre, entre autres une Elégie pour violoncelle et piano, (S. Lévy), des mélodies : La Fauvette captive, Nid et berceau (Langlet) et surtout des pièces pour piano, parmi lesquelles : L'Entraînant, Le Retour, Le Ruisseau, Babillarde, Rêve de jeune fille... Sous le Second Empire ses compositions jouirent de quelques succès dans les salons parisiens et certains de ses thèmes furent repris par d'autres compositeurs, notamment par Pierre Adam qui, en 1852 à Paris (E. Challiot), publia Gaité champêtre, quadrille sur des motifs de Théophile Semet et Victor Delannoy pour piano, flûte, tambourin, violon.

Bien ce que patronyme Delannoy se rencontre assez couramment dans le Nord, il n'est pas impossible que notre compositeur ait certaines attaches familiales avec Louis Delannoy, né et mort à Lille (début XIX° - février 1894), qui fut violoncelliste à l'orchestre du Grand Théâtre de Lille durant un demi-siècle et professeur de solfège au Conservatoire de cette même ville.

D.H.M.

Eugène VAST (1833-1911)

L'église Saint-Germain l'Auxerrois lors de la procession de la Fête-Dieu en 1830, quelques années avant la nomination d'Eugène Vast aux grandes-orgues.

" Homme de belle prestance, grand, droit, mais sans rien de pompeux ; moustaches et cheveux blancs ; des joues bien roses, signes d’une excellente santé et des yeux d’un bleu le plus éclatant. Sa voix ressemble à celle d’un moine prononçant des paroles de réconfort..., musicien accompli, écrivain, lecteur, penseur, excellent causeur... ", ainsi s’exprimait Fannie Edgar Thomas, critique musical du journal The Musical Courier de New-York dans son article du 30 mai 1894, parlant d’Eugène Vast qu’elle avait rencontré à Paris dans sa tribune de Saint-Germain-l’Auxerrois.

Bien que son père, Jean Vast, était originaire de Lorraine (Sillemont, Meuse), Eugène-Antoine Vast était normand de naissance, puisque né à Fontaine-la-Soret (Eure) le 4 juillet 1833, où le gendre de Mme Récamier recevait les célébrités littéraires et politiques de l’époque dans son prieuré St-Eloi qu’il avait acquis, il eut sans doute l’occasion de croiser quelques notabilités dans sa tendre enfance avant de gagner la maîtrise de Notre-Dame de Paris dès l’âge de 9 ans. Il bénéficia là de l’enseignement d’Alexandre Boëly, alors professeur de piano, et de celui de Félix Danjou qui tenait la classe d’orgue. Peu de temps avant son arrivée à Notre-Dame, un chœur de 700 orphéonistes dirigés par Joseph Hubert avait chanté le 25 décembre 1842 la Messe pontificale en plain-chant à quatre parties. Cette formation de haut niveau lui permit d’intégrer facilement le Conservatoire de Paris où il obtenait notamment un 1er prix d’orgue en 1853, dans la classe de François Benoist. L’année suivante un deuxième second Grand Prix de Rome lui était décerné pour sa cantate Francesca da Rimini. Son maître Alexandre Boëly l’avait choisi, alors qu’il était âgé d’une quinzaine d’années, pour le suppléer aux claviers des grandes orgues de Saint-Germain-l’Auxerrois qu’il touchait depuis août 1840. L’instrument, était celui de la Sainte-Chapelle du Palais, acheté par la paroisse lors de sa fermeture en 1791. Construit en 1771 par François-Henry Clicquot et Pierre Dallery, il fut remonté à St-Germain-l’Auxerrois par Claude-François Clicquot et François Dallery, les successeurs respectifs des facteurs précédents. A l’époque où il était joué par Eugène Vast, après plusieurs interventions des Dallery, cet orgue comprenait alors 37 jeux répartis sur 3 claviers et un pédalier. En octobre 1851 lorsque Alexandre Boëly bien que considéré à cette époque comme l’un des plus grands organistes français, fut licencié par un curé sectaire qui l’accusait tout bonnement de jouer une " musique trop grave, trop religieuse et pas assez divertissante ", c’est Eugène Vast qui était choisi pour lui succéder. Il restera à cette tribune durant près de 60 ans, jusque 1909 !

Signature d'Eugène Vast
Signature autographe (1866) DR

Esprit curieux, Eugène Vast possédait dans son appartement une belle bibliothèque qui contenait notamment des livres de voyages dans le monde entier. Fannie Thomas, la journaliste américaine qui l’avait rencontré en 1894, ajoutait même que ce normand de Paris connaissait beaucoup plus de choses qu’elle sur l’Amérique ! Professeur de chant dans une école municipale de Paris, au sein d’une société chorale, autrement appelée orphéon, il prenait un réel plaisir à enseigner ainsi la musique aux jeunes élèves des écoles publiques. Rappelons que c’est à Bocquillon-Willhem en 1818 que l’on doit l’introduction de l’enseignement du chant dans les écoles municipales. Charles Gounod en personne fut même un temps, en 1852, directeur général de tous les orphéons de Paris , poste qui sera occupé plus tard par François Bazin (1873) et Adolphe Danhauser (1878).

Si Eugène Vast a composé, c’est surtout dans le domaine de la musique religieuse qu’il s’est exercé. Ses ouvrages n’ont pas réussi à traverser les siècles, seules quelques pièces, parmi lesquelles un Largo religioso pour harpe, violon et violoncelle, destiné aux cérémonies de mariage, nous sont parvenues. Il est mort à Paris le 21 février 1911 et avait épousé le 13 décembre 1866 à Paris Jeanne-Marie Mince, originaire d'Ambert (Puy-de-Dome). Curieusement, ses parents sont décédés à quelques heures d'intervalles dans leur appartement parisien de la rue Michodière : Jean Vast, le 21 septembre 1866 à 15h30 et Marie Lantonnet-Vast, le 22 septembre à 8h30. .

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE


1855

Jean CONTE (1830-1888)

La notoriété de ce violoniste toulousain, même s’il a été lauréat du Prix de Rome, n’a pas résisté à l’épreuve du temps ! Seules quelques lignes écrites par Pougin en 1878, dans le supplément de la Biographie universelle des musiciens de Fétis, permettent de le sauver de l’oubli définitif. Né à Toulouse le 12 mai 1830, Jean Conte fréquenta en premier lieu l’Ecole de musique de sa ville natale, à l’époque où elle venait d’être érigée en succursale du Conservatoire de Paris (1840). Piccini en assurait la direction, puis en 1844 il fut remplacé par Louis Debrucq. En ce temps là Toulouse était une véritable pépinière de musiciens et son Ecole de musique, des quatre succursales du Conservatoire de Paris, produisait sans contredit les plus brillants résultats. 170 élèves la fréquentaient, avec seulement une dizaine de professeurs qui enseignaient uniquement le solfège, le chant, le piano, l’harmonie et le violon. Le jeune Conte apprit le violon auprès de M. Guiraud et obtint dans sa classe un 1er prix en 1847, après avoir décroché en 1845 un accessit de solfège perfectionné et un prix d'encouragement de violon, puis l'année suivante un 2ème prix de solfège et transposition1. Mais ses progrès furent si rapides qu’il fut décidé de l’envoyer à Paris pour se perfectionner au Conservatoire de musique et de déclamation. Alard, un ancien élève d’Habeneck, et Massart, disciple de Kreutzer, étaient à l’époque titulaires des classes de violon. Afin de pouvoir se payer ses études, Jean Conte dirigeait l’orchestre du Théâtre des Jeunes-Acteurs que son créateur, Louis Comte, avait transféré en 1826 rue Monsigny. En 1855, au moment ou Conte se présentait au Concours de Rome, Offenbach prenait la direction de ce théâtre qu’il rebaptisait les Bouffes-Parisiens...

Cliquez pour voir la couverture en grand format !
Huit petits morceaux, de Jean Conte: Marche militaire pour violon et piano.
"Huit Petits Morceaux pour le violon, très faciles à la première position, avec accompagnement de piano" par Jean Conte "Grand Prix de Rome, Artiste de l'Académie Nationale de Musique, Membre de la Société des Concerts du Conservatoire, Professeur au Pensionnat des Frères des Écoles Chrétiennes à Passy-Paris", Philippe Maquet, éditeur, 25 rue de Londres à Paris, et premières mesures du morceau n° 6 intitulé Marche militaire
( vers 1880, coll. D.H.M. )

Carafa, son professeur de composition au Conservatoire, le mena au Grand Prix de Rome, qu’il décrocha en 1855 avec la cantate Acis et Galatée, écrite sur un texte de Camille du Locle. Durant le traditionnel séjour à la Villa Médicis, Jean Conte adressait à l’Académie des Beaux-Arts, conformément aux obligations des pensionnaires : une Messe solennelle, la première année (1856), un opéra italien Isabelle di Lara, la seconde année, et un Dies irae ainsi qu’une Symphonie, la troisième. Ces envois de Rome étaient en principe exécutés, du moins des fragments, lors des séances annuelles publiques de l’Académie qui se tenaient au mois d’octobre.

A son retour d’Italie, Jean Conte enseigna durant plusieurs années à l’école des Frères de Passy. La musique était pratiquée couramment dans ce pensionnat qui entretenait même un organiste en titre : M. Schwartz, par ailleurs membre de la Société académique de musique sacrée. Il entra également, en qualité d’alto, à l’Orchestre de l’Opéra (1867) et à celui des Concerts du Conservatoire, dont il devint sociétaire en octobre 1876.

Jean Conte, décédé à Paris le 1er avril 1888, est l’auteur d’une Méthode de violon, d’un Duo concertant pour piano et violon sur des airs italiens, en collaboration avec Adrien Barthe (Prix de Rome 1854), d’un opéra en un acte, Beppo, écrit sur un livret de Camille du Locle, qui fut joué sans succès le 30 novembre 1874 à l’Opéra-Comique, et de plusieurs pièces vocales : Où vont donc les hirondelles, le Grand Veneur, la Marchande de plaisirs...

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

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1) Précisions aimablement communiquées par Mme Nicole Jacquemin, actuelle bibliothécaire du CRR de Toulouse. [ Retour ]

Victor CHÉRI (1830-1882)

Violoniste et chef d’orchestre, c’est surtout à ce titre que Victor Chéri jouissait à l’époque d’une certaine notoriété dans le monde musical. Ses compositions (chansons, romances, ballets, opéras-comiques, féeries...), même si l’on y trouve parfois quelques airs charmants, n’ont en effet pas résisté à l’épreuve du temps ! Sa famille dans laquelle on trouve bon nombre d’artistes, et lui-même d’ailleurs, ont tous eu une destinée tragique marquée par une fin dramatique !

La mort tragique du jeune Chéri Montigny, neveu de Victor Chéri,
relatée dans la presse parisienne (L'Europe Artiste, 30 juin 1878).
( coll. D.H.M. ) DR

Victor Chéri, de son vrai nom Cizos, vint au monde le 15 mars 1830 à Auxerre. Ses parents, Jean-Baptiste Cizos, alors âgé de 27 ans, et Sophie-Juliette Garcin, connue sous le nom de scène de " Chéri Garcin ", puis " Chéri Cizos ", étaient tous deux chanteurs et acteurs de théâtre en province. Ils étaient issus eux-mêmes de familles de comédiens : Thomas Cizos, dit " Cizos père ", chanteur et " Garcin père ", musicien, avaient en effet fondé une troupe lyrique appelée " Garcin Cizos ", spécialisée dans les spectacles de province. Les deux sœurs de Victor, Rose Chéri et Anna Chéri, nées toutes deux à Etampes, près de Paris, en 1824 et 1826, furent aussi des actrices fort distinguées.

Le père de Victor ayant atteint la quarantaine se suicida brutalement ! On raconte que c’est lorsqu’il apprit le projet de mariage de sa fille aînée Rose Chéri avec l’acteur dramatique Adolphe Lemoine, dit " Montigny "1, qu’il mit fin à ses jours. Celle-ci d’ailleurs eut une fin tragique à son tour : montée sur les planches dans la troupe de son père dès l’âge de 4 ans, elle fut remarquée plus tard par Loïsa Puget lors d’une représentation à Périgueux. Grâce à elle, Rose Chéri fut engagée en 1842 dans la troupe du Théâtre du Gymnase-Dramatique du Boulevard de Bonne-Nouvelle, à Paris. Protégée par Scribe, louée par Musset qui écrivit pour elle sa pièce Bettine (1851), elle épousait en 1847 Adolphe Lemoine, directeur du Gymnase depuis 1844, qui lui donna trois enfants. Considérée par certains comme une sainte femme, tant elle se dévouait à la cause des plus malheureux, Rose Chéri, devenue " Chéri Montigny ", fut victime de son dévouement maternel. Elle succombait le 22 septembre 1861 à l’âge de 35 ans, des suites de la grave maladie contagieuse dont elle était parvenue à sauver son fils Chéri Montigny. A son tour, tout juste sorti de l’adolescence, celui-ci fut victime d’un funeste événement : quelques jours après la représentation (le 11 mai 1878) au Théâtre du Gymnase de sa première comédie en un acte Une Innocente, le jeune Chéri Montigny fut mordu par un chien enragé. Un mois plus tard, le 23 juin, il rendait l’âme " sous l’effet du terrible poison ". Ce fatal accident acheva de ruiner la santé de son père qui mourut le 6 mars 1880, dans sa maison de Passy.

Anna Chéri, la seconde sœur de Victor, actrice connue sous le nom de " Chéri Lesueur ", fit également partie de la troupe du Gymnase, où elle triompha notamment dans la comédie en 3 actes et un prologue Flaminio de George Sand (31 octobre 1854). Mariée en 1852 à l’artiste dramatique François-Louis Lesueur2, l’un des piliers du Gymnase, elle devint veuve en 1876, se retira de la scène en 1880 et mourut folle au début des années 1900.

Victor Chéri, qui très tôt découvrit la comédie avec ses sœurs et la troupe de son père, fut plutôt attiré lui par la musique, à laquelle il avait été initié par ses parents. Il rejoignait alors le Conservatoire de musique et de déclamation de Paris, et fut admis dans la classe de violon de Massart en 1845. Deuxième prix de violon en 1848, puis premier l’année suivante, il devint ensuite l’élève d’Adolphe Adam dans sa classe de composition qui l’amena au Concours de Rome. La cantate Acis et Galatée lui valut ainsi en 1855 un 1er Second Prix.

L'année suivante il concourait de nouveau pour tenter d'obtenir le 1er Grand Prix, mais le sort en décida autrement car des circonstances malheureuses, relatées ci-après dans les lignes du journal "La France musical" du 11 mai 1856, eurent pour conséquences qu'il ne fut pas même récompensé :

"Les élèves qui concourent cette année pour le grand prix de Rome, sont entrés en loge samedi dernier [3 mai 1856]. Un des élèves de M. Adam, M. Chéri, poussé par le désir irrésistible d'assister aux funérailles de son maître, a composé sa cantate en moins de quarante-huit heures. Nous l'avons vu lundi dernier [5 mai] en tête du convoi, la douleur dans l'âme et les yeux inondés de larmes. Puisse cette noble action porter bonheur au jeune candidat!"

Dès 1848, alors étudiant au Conservatoire, Victor Chéri était engagé comme violoniste dans l’orchestre de l’Opéra de Paris. Devenu rapidement premier violon, il resta à l’Opéra jusqu’en 1859. Entre temps, en 1849 la Société des Concerts du Conservatoire l’admettait comme violoniste, mais ce n’est que dix années plus tard (novembre 1859) qu’il sera élu sociétaire, avant d’en être exclu en décembre 1872 en raison d’absences trop nombreuses. Mais c’est surtout comme chef d’orchestre que Victor Chéri a fait carrière à Paris, tout d’abord au Théâtre des Variétés, puis au Châtelet et enfin au Gymnase. On interprétait à cette époque aux Variétés le genre bouffon avec notamment le répertoire d’Offenbach et le Châtelet venait d’ouvrir ses portes en 1862. C’est là d’ailleurs que fut jouée en 1872 Cendrillon ou la pantoufle merveilleuse, une féerie en 5 actes et 30 tableaux de Clairville, Albert Monnier et Ernest Blum, sur une musique de Victor Chéri, dans une interprétation burlesque du texte original qui débute avec le remariage du père de Cendrillon!... Victor Chéri a en effet beaucoup composé pour les théâtres des intermèdes musicaux, des romances et autres chansons. Il a également écrit un opéra-comique en un acte, Une aventure sous la Ligue, qui remporta un concours à Bordeaux en 1857 et fut exécuté au Grand-Théâtre de cette ville, un autre opéra-comique intitulé Gulliver (1867), et un Concerto pour violon et orchestre. Le musicographe Pougin, dans l’article qu’il lui consacre dans le supplément de la Biographie universelle des musiciens de Fétis, souligne sa " musique fort élégante et justement remarquée, d’un certain nombre de féeries dans lesquelles on distinguait surtout des airs de ballets charmants et pleins de grâce. "

Tout comme son père, ses sœurs et son neveu, Victor Chéri eut un destin tragique : le 11 novembre 1882 à Paris, à l’âge de 52 ans, il se suicidait par pendaison !

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

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1) Né en 1812 en Belgique, Adolphe Lemoine, dit Montigny, vint de bonne heure à Paris où il se fit comédien. On le vit se produire au Théâtre Français, aux Anciennes Nouveautés et à la Gaîté, avant de prendre la direction de cette dernière scène avec Henri-Horace Meyer, puis surtout celle du Gymnase en 1844 qu'il ne cessera d'animer jusqu'à sa mort arrivée en 1880. C'est grâce à lui que le Gymnase devint l'une des premières scènes littéraires de Paris où l'on pouvait applaudir des ouvrages de Balzac, George Sand, Emile Augier, Alexandre Dumas fils, Sandeau. M. Montigny est également l'auteur de vaudevilles et de drames, écrits souvent en collaboration : Le Doigt de Dieu (Amibigu-Comique, 27 mars 1834), Une chanson (Ambigu-Comique, 8 mai 1834), Un fils (Ambigu-Comique, 20 octobre 1835), Amazampo ou la Découverte du quinquina (Ambigu-Comique, 21 juin 1836), Zara ou la Sœur de l'Arabe (Folies-Dramatique, 20 mai 1837), Samuel le marchand (Ambigu-Comique, 10 mars 1838), La Famille Dulaure (la Gaîté, 1840)... Lors de son inhumation dans le caveau de famille du cimetière de Montmartre, en présence de son fils Didier Montigny, quatre discours furent prononcés par Auguste Maquet, au nom de la Société des Auteurs dramatiques, par Emile Perrin, au nom de la Comédie-Française, par M. Delval, au nom de l'Association des artistes dramatiques, et par Alexandre Dumas fils, ami du défunt et de sa famille. Adolphe Lemoine était le frère de Gustave Lemoine, né à Paris le 29 octobre 1786, auteur dramatique, marié à Loïsa Puget, et d'Edouard Lemoine, littérateur et journaliste. [ Retour ]

2) François-Louis Lesueur, né à Paris, artiste dramatique, se produisit au Théâtre Montparnasse, puis dans ceux de Saint-Marcel, du Panthéon, de la Gaîté et du Cirque, avant de passer au Gymnase-Dramatique dirigé par son beau-frère. Il devint là l'un des premiers sujets dans des rôles très divers : Diane de Lys, Le Capitaine Bitterlin, les Ganaches, Don Quichotte, les Vieux garçons, Nos bons villageois..., mais quitta cette scène pour rejoindre celle du Châtelet, où on pouvait l'applaudir dans Les voyages de Gulliver ou encore dans La poudre de Perlimpinpin (1869). [ Retour ]


1856

Pas de premier prix

Eugène LACHEURIÉ (1831-?)
Né le 7 juin 1831 à Paris, Eugène Lacheurié a fréquenté les classes d'Halévy et de Barbereau au Conservatoire de Paris. En 1856, il obtenait derrière Bizet un deuxième Second Grand Prix de Rome. Sa vie et son œuvre ne semblent pas avoir laissé de traces indélébiles dans l'histoire de la musique. Seul Pougin signale, dans le supplément à la Biographie Universelle des musiciens de Fétis, une Symphonie écrite par ce compositeur qui fut exécutée le 15 février 1867 à l'Athénée par Pasdeloup. Ami du peintre Gustave Moreau (1826-1898), ce dernier a dressé de lui, en 1852, un fort beau portrait. (Notes provisoires, D.H.M.)


1857

Georges BIZET (1838-1875)

Georges Bizet, vers 1870
( photogravure, Paris, Impr. Becquet, BNF Richelieu )
Georges Bizet, né à Paris, le 25 octobre 1838, décédé à Bougival, le 3 juin 1875, après avoir été élève de son père et de son oncle maternel, tous deux professeurs de chant, fit toutes ses études au Conservatoire de Paris, entre 1848 et 1857, notamment auprès de Marmontel et Halévy pour la composition. Il épousera d'ailleurs plus tard la fille de ce dernier. Après avoir reçu également des conseils de Gounod, il décrocha en 1857 le Premier Grand Prix de Rome avec sa cantate Clovis et Clotilde et vécut ensuite à Paris où il était connu, non seulement comme compositeur de partitions pour le théâtre, mais également comme un brillant pianiste qui suscitait l'admiration de Liszt lui-même. Si sa production musicale est abondante, il en émerge cependant deux chefs d'œuvre de l'art lyrique : L'Arlésienne, une musique de scène composée pour la pièce d'Alphonse Daudet (1er octobre 1872) et surtout Carmen, un drame lyrique en 4 actes sur un livret d'Henri Meilhac et Ludovic Halévy, d'après la nouvelle de Prosper Mérimée, créé à l'Opéra-Comique le 3 mars 1875. Violement attaquée à ses débuts pour son réalisme, cette œuvre obtiendra cependant un rapide succès mondial, toujours d'actualité de nos jours. Mais beaucoup d'autres œuvres de Bizet méritent qu'on s'y arrête, notamment l'opéra les Pêcheurs de Perles (Théâtre Lyrique, 29 septembre 1863) qui a été représenté de nombreuses fois depuis à l'Opéra-Comique, l'Ouverture Patrie (1873) et la Symphonie en ut majeur composée en 1855, alors que son auteur n'avait que 17 ans et dont le manuscrit ne fut découvert qu'en 1933! Également organiste talentueux, ayant obtenu un 1er Prix d'orgue en 1855 dans la classe de François Benoist, Bizet s'est aussi essayé avec talent à quelques pages de musique religieuse : un Te Deum pour soli, chœur et orchestre (1858) et un Ave Maria pour chœur et orchestre (1868).

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE (notes provisoires)

Partition et fichier audio du Premier Nocturne pour piano, de Bizet.
La Bibliothèque nationale du Québec propose en ligne divers enregistrements vocaux anciens : http://www4.bnquebec.ca/musique_78trs/mc40.htm


Charles COLIN ( 1832 - 1881 ) Page spécifique

Pierre FAUBERT (1828- ? )

Façade de l'église Saint-Nicolas-des-Champs (XVe siècle) photographiée dans les années quarante.

Né le 21 novembre 1828 à Toulouse, sans doute fréquenta-t-il quelques années l’Ecole de musique de sa ville natale à l’époque où elle était érigée en succursale du Conservatoire de Paris. Cela se passait le 25 mai 1840 sous la direction de Pradher et on y enseignait alors le solfège, le piano, le violon, le violoncelle, le chant et la déclamation. Quoi qu’il en soit il intègre ensuite le Conservatoire de Paris et plus spécialement la classe de composition de Carafa, nommé à ce poste en 1840 par Cherubini. Assez tardivement en 1856, il est alors âgé de 27 ans, il se présente au Concours de Rome et obtient cette année là une mention honorable avec la cantate David. Bizet décroche le premier Second Grand Prix, plus haute récompense décernée à cette cession. Sans se décourager il concoure une nouvelle fois l’année suivante et gagne cette fois-ci le premier Second Grand Prix, alors que Bizet est couronné par le premier Grand Prix. Le sujet imposé de la cantate est Clovis et Clotilde, une scène lyrique écrite par Amédée Burion et inspirée du poème héroïque de Jean Desmarets de Saint-Sorlin, qui au XVIIe siècle célébrait en onze mille cinquante-deux alexandrins la vie de Clovis Ier, roi des Francs.

Le souvenir de ce musicien, lauréat du Prix de Rome de composition musicale, comme beaucoup de ses collègues, n’a pas résisté au temps qui s’écoule et qui fait s’enfoncer son œuvre et jusqu'à son nom dans l’oubli ! On n’est même pas sûr de nos jours qu’un certain Faubert, organiste et maître de chapelle de l’église Saint-Nicolas-des-Champs dans les années 18701, soit bien notre Pierre Faubert, bien que plusieurs éléments semblent confirmer qu’il s’agit effectivement de lui. Située dans le troisième arrondissement parisien cette église date de 1420, avec des parties plus anciennes. Agrandie en 1576, on sait qu’elle possédait un orgue depuis au moins 1571, qui était alors touché par un certain Denis Charruau. A l’époque où Faubert en était titulaire, il jouait sur un instrument de 46 jeux répartis sur 5 claviers et un pédalier, que le facteur François-Henri Clicquot avait reconstruit en 1773. Combien de temps Faubert resta au service de cette paroisse, nous ne le savons précisément ? Quant à son œuvre, elle est sans doute à tout jamais égarée !

D.H.M.

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1) Coyon et Bettinger, Annuaire musical et orphéonique de France, années 1875, 1876 et 1877-78. [ Retour ]


1858

Samuel David, vers 1890
( eau-forte V. Mocquet, B.N. Paris )
Samuel DAVID (1836-1895)

En 1859 à Paris, un festival orphéonique international réunissait 6000 chanteurs. C’était l’époque ou l’Orphéon atteignait son apogée en France : on en comptait plus de 700 ; la musique était en train de devenir un véritable art social. Avec les Harmonies, les Orphéons représentaient la musique en plein air à la portée de tous. Parmi les nombreuses œuvres interprétées ce jour là par une masse de 6000 choristes, on put entendre notamment une œuvre chorale pour voix d’hommes et orchestre de grande envergure : Le Génie de la terre de Samuel David, qui fut d’ailleurs couronnée par une médaille d’or. Durant ce temps, Samuel David se trouvait à Rome, où il effectuait ses deux traditionnelles années à la Villa Médicis, comme il était de coutume pour tous les lauréats du premier prix du concours de composition musicale de l’Institut. Il avait en effet remporté cette récompense suprême l’année précédente, avec sa cantate Jehpté écrite sur un texte d’Emile Cécile, et avait rejoint Rome le 27 janvier 1859.

Né à Paris le 12 novembre 1836, Samuel David était admis jeune au Conservatoire de musique et de déclamation, où il obtenait dès l’âge de 13 ans un premier prix de solfège (1850). Devenu élève d’harmonie et accompagnement de François Bazin, il remportait un second prix en 1853 et le premier l’année suivante. Elève également de Fromental Halévy (contrepoint, fugue, composition), il décrocha enfin un premier prix de fugue en 1855, avant de remporter celui du Concours de Rome trois années plus tard. Entre temps, il devenait chef du chant en 1856 au Théâtre-Lyrique qui avait récemment ouvert ses portes rue du Temple, et à la même époque parvenait à faire jouer au Théâtre des Folies-Nouvelles une opérette en un acte de sa composition, intitulée la Peau de l’ours.

Pensionnaire de la Villa Médicis en 1859 et 1860, à son retour dans la capitale l’année suivante il fut engagé comme professeur de musique au Collège Sainte-Barbe, mais c’est lors de sa nomination de " directeur de la musique des temples consistoriaux " en 1872, que Samuel David donna sa pleine mesure. Cette fonction, toute nouvellement créée par le Consistoire israélite lors de la construction de la grande synagogue de la rue de la Victoire, était destinée à unifier les répertoires liturgiques. Léon Algazzi, dans son article consacré à " La musique religieuse israélite en France ", publié dans le numéro spécial 222, année 1953-54, de La Revue musicale, précise que " Samuel David se donna à sa tâche avec un zèle exemplaire et comme à une haute mission religieuse. " Il s’appliqua en effet à rénover les chants traditionnels en retrouvant leur forme primitive, et souvent en les harmonisant selon les exigences modales, tout en conservant, lorsque cela était nécessaire, les mélopées originelles " qui ne supportent aucune espèce d’harmonie ou s’accommodent mal de nos barres de mesure. " On lui a cependant reproché quelques initiatives malheureuses, dues sans doute à une volonté de plaire au public, avec l’adaptation de paroles hébraïques à des musiques en vogue, comme par exemple l’adagio de la Sonate pathétique de Beethoven, ou encore le larghetto de la deuxième Symphonie du même auteur. C’est Jules Franck qui lui succéda à ce poste à sa mort.

Samuel David, décédé à Paris le 3 octobre 1895, ne cessa de composer toute sa vie. S’il est l’auteur de 4 Symphonies et de nombreuses œuvres vocales (chœurs et mélodies : Si j’étais le Seigneur, Chantez encore, le Souvenir...), c’est surtout la musique de scène qui l’attirait et convenait à ses goûts. On lui doit ainsi plusieurs opérettes, opéras ou opéras-comiques, dont la plupart est restée à l’état de manuscrit sans être jamais jouée. Seul l’opéra-comique Mademoiselle Sylvia, écrit sur un livret de Narcisse Fournier fut représenté à l’Opéra-Comique, le 17 avril 1868. Malgré le bon accueil du public, il ne parvint jamais à se faire rejouer ! Parmi son importante production, citons un Caprice de Ninon destiné au Théâtre Vendatour (1874), La Gageure (opéra-comique en 3 actes), Les Chevaliers du poignard (opéra-comique en 2 actes, 1864), Maccabei (opéra italien en 4 actes), Mademoiselle Sylvia (1868), Tu l’as voulu (1869), Le bien d’autrui (1869), Une Dragonnade (opéra-comique en 1 acte), Un caprice de Ninon (1871), La Fée des bruyères (opéra-comique en 3 actes, sur un livret de Scribe, 1878), L’Education d’un prince (opéra-comique en 1 acte), Absalon (opéra-comique en 1 acte), Les Changeurs (opéra-comique en 1 acte)...

Comme pédagogue, Samuel David est l’auteur d’un ouvrage intitulé : L’Art de jouer en mesure (1862). On lui doit enfin une petite étude de 16 pages : Un cause ignorée de la pénurie des voix, publiée à Paris en 1877 par Leduc (second édition).

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

Edmond CHEROUVRIER (1831-1905)

Edmond Cherouvrier, par Frédéric Lix.
Edmond Cherouvrier en 1878
( par Frédéric Lix ) DR

18 avril 1871, à la veille du combat d’Asnières entre les insurgés et les troupes de Versailles commandées par le général Montaudon, les fédérés de la Commune de Paris arrêtent Edmond Cherouvrier, adjoint au maire du 14e arrondissement (Montrouge) et l’enferment à la Conciergerie du Palais de justice. Quelques jours auparavant c’est le curé de l’église de la Madeleine, l’abbé Deguerry, qui a été incarcéré au même endroit sur ordre de la Commune. Il tombera d’ailleurs sous les balles des fédérés le 24 mai à la Roquette ! Cherouvrier eut la chance de ne pas subir le même sort réservé aux otages. Le 28 mai, après une semaine sanglante, la Commune est écrasée par l’armée, non sans avoir incendié de nombreux édifices publics, parmi lesquels l’Hôtel de Ville, le Louvre, les Tuileries, le Palais-Royal et le Théâtre-Lyrique. Après le rétablissement du gouvernement présidé par Thiers, Edmond Cherouvrier est nommé maire du 14e arrondissement qu’il administre encore durant plusieurs années, jusqu’en 1879.

Cet élu, mêlé de près aux événements du Paris révolutionnaire de 1871, était en fait un fin musicien, auteur d’opéras, de mélodies et de bon nombre de pièces religieuses. Né à Sablé-sur-Sarthe le 7 février 1831, patrie également de Dom Guéranger, le rénovateur de l’ordre bénédictin à Solesmes, Edmond-Marie Cherouvrier était issu d'une famille de notables : son frère aîné, Emile-Alexandre Cherouvrier (né en 1829) sera Docteur en médecine et exercera au Mans (Sarthe) en 1861, son père Emile Cherouvrier, marié à Emilie Lechat, était avocat et notaire à Sablé-sur-Sarthe, son grand-père paternel Mathurin Cherouvrier, marié à Emilie Riffault (de la famille des Riffault Duplessis, dont un membre officier avait combattu lors de la guerre d'indépendance des Etats-Unis), notaire et maire de Sablé-sur-Sarthe au début des années 1830, l'un de ses grands-oncles maternels, Pierre Charpentier, percepteur et un autre grand-oncle, Charles Charpentier, maire de la commune d'Avessé (Sarthe). Il apprit très tôt le piano avant d’être placé comme pensionnaire au Collège de l’Immaculée-Conception de Vaugirard (Paris), qui, on le sait, tenait une place importante dans le monde de l’enseignement sous Louis-Philippe. Son directeur, l’abbé Georget, ne négligeait pas l’apprentissage de la musique. Elle y était d’ailleurs toujours enseignée quelques années plus tard lorsque le collège passait aux mains des Jésuites en 1852. Antoine Dechevrens, spécialisé dans l’étude du plain-chant sur lequel il a écrit plusieurs ouvrages de grande valeur, a par exemple professé la musique dans cette école au début des années 1860. C’est ainsi que le jeune Cherouvrier, à l’âge de 14 ans, composa un Ave Maria qui fut exécuté dans la chapelle dudit établissement. Après un séjour de quelques années passé auprès de sa famille au Mans et durant lequel il continuait de composer des pièces pour la Société philharmonique de cette ville, Edmond Cherouvrier regagna la capitale pour intégrer le Conservatoire de musique et de déclamation où il fut notamment l’élève de composition de Leborne. Il se présentait en 1857 au Concours de Rome, mais le sujet imposé, la cantate Clovis et Clotilde d’Amédée Burion ne l’inspira guère; l’Institut lui décerna une mention honorable. Il récidiva l’année suivante avec la cantate Jephté, sur des paroles d’Emile Cécile, qui lui valut cette fois-ci un 1er Second Prix.

Edmond Cherouvrier se lançait alors dans la composition qu’il n’abandonna jamais, mais le succès ne fut pas une seule fois au rendez-vous ! Seul son opéra en 3 actes, le Roi des Mines, semble avoir été joué à Paris, le 22 septembre 1863 au Théâtre-Lyrique, sans toutefois tenir l’affiche bien longtemps. On connaît cependant de lui plusieurs autres opéras : Quentin Metzys (opéra-comique en 2 actes), Gilles de Bretagne (opéra en 4 actes), la Fiancée de Corinthe (opéra en 2 actes), Nicolas Flamel (opéra-comique en 3actes)..., un recueil de mélodies intitulé Fleurs d’automne, et des œuvres religieuses éditées chez Choudens, parmi lesquelles on trouve une Messe solennelle pour 4 voix d’hommes, un Tantum ergo à 3 voix, un Ave Maria à voix seule, et un autre motet Tota pulchra es pour voix seule également.

Concernant plus particulièrement sa musique religieuse, le journal L'Abeille musicale, dans son édition du 1er février 1870, nous en donne un aperçu en ces termes :

Le lendemain [25 décembre 1870], à la Madeleine, c'est la messe en musique de M. Cherouvier qui a eu tous les honneurs ; elle avait été composée spécialement pour la fête de Noël, et reproduisait plusieurs de ces airs populaires dont on est toujours avide : on y remarquait des thèmes anciens parfaitement paraphrasés, et des airs nouveaux créés par l'auteur. M. Cherouvier est jeune ; cette messe lui fait le plus grand honneur. A l'inverse d'autres compositeurs, comme la baronne de Maistre, qui ont commencé par la musique religieuse, puis ont travaillé pour le théâtre, M. Cherouvier au contraire a conquis des succès au théâtre et s'adonne ensuite à la musique religieuse.

En tant que premier magistrat du quatorzième arrondissement parisien Edmond Cherouvrier s’efforçait d’être à l’écoute de ses administrés durement éprouvés par la guerre de 1870 et les communards. On lui doit par exemple une note concernant l’œuvre des amputés de guerre (12 octobre 1871), une souscription en faveur des indigents (1er décembre 1871), une autre note sur le service de l’instruction primaire dans le XIVe arrondissement (1872)... Il mettait aussi un point d’honneur, chaque année, à prononcer un discours public lors de la distribution des prix aux adultes-hommes (17 août 1873, 1874...). Comme musicien, Cherouvrier encouragea l’apprentissage et le développement de la musique dans son arrondissement, notamment en facilitant le fonctionnement de la Fanfare de l’Observatoire et du Choral de l’Observatoire. Ces deux formations obtinrent d’ailleurs des récompenses au concours de Montlhéry en 1872, et le 15 juin 1876 à Saint-Eustache le Choral de l’Observatoire, en compagnie d’autres sociétés chorales des divisions d’excellence de Paris : les Enfants de Lutèce, le Louvre, l’Odéon, le Bon-Marché, le Choral de Belleville, le Temple et la Cécilia prêtaient leurs concours, sous la direction de Ernest Delvedez, à une cérémonie organisée par l’Association des artistes musiciens et l’Institut orphéonique français, pour l’anniversaire de la mort de Rameau. On exécuta ce jour-là une Marche, un Offertoire, deux pièces d’orgue de Rameau et la deuxième Messe avec chœurs, soli et orchestre, de Léon Gastinel.

Signature d'Emile Cherouvrier
Signature d'Edmond Cherouvrier, 1885 ( DR )

En 1879, à la fin de son mandat électoral, Edmond Cherouvrier obtenait sa nomination au poste de Secrétaire général de l'Opéra, et en 1882 était élu l'un des quatre vice-présidents, avec Edmond Membrée, Alexandre Guilmant et Antonin Guillot de Sainbris, de la Société des compositeurs de musique (Victorin de Joncières, président), dont il était membre depuis 1875.

Dans les années 1880, il habitait le 6e arrondissement parisien, 12 rue de Tournon, puis 20 rue d'Assas (1885), après avoir résidé dans le 14e arrondissement, 82 rue de la Tombe Issoire. C'est à la Marie de ce dernier arrondissement, le 9 décembre 1861, qu'il avait épousé Antonine Pallard avec laquelle il eut 3 filles : Emilie, née le 20 octobre 1862 (morte à Saumur en 1948), Marie, le 8 octobre 1864 et Antonine, le 30 avril 1866. Les deux premières épousèrent en 1883 les frères Georges et Gaston Lebée, industriels, dirigeants avec leur père Eugène (1822-1900) la Manufacture de passementerie (tresses, lacets, cordons) "Eugène Lebée" de Saint-Quentin (Aisne) avec une succursale à Paris (20 rue du Sentier). La troisième se maria deux années plus tard avec Gustave Denis, un rentier parisien d'origine normande.

Edmond Cherouvrier est décédé le 22 novembre 1905.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

Une Messe de M. CHEROUVRIER (en 1869)

Il n'y a pas que la musique de théâtre qui a droit à nos hommages et qui doit occuper notre attention. Celle que l'on exécute à l'église et qui retentit dans nos temples pour la plus grande gloire du Très-Haut, mérite bien mieux encore d'être signalée à ceux qui veulent pour cet art une mission plus haute et tout à fait sublime.

C'est à ce titre que nous exprimons le plaisir que nous avons éprouvé samedi dernier, jour de Noël, à la Madeleine, en entendant la messe de M. Edmond Cherouvrier.

Nous n'avons pas besoin d'apprendre à nos lecteurs le talent de ce compositeur, un des meilleurs élèves du savant M. Leborne, qui l'avait initié à tous les secrets d'un art qui lui était si familier et qui en avaient fait un des meilleurs professeurs d'harmonie et de contre-point.

M. Cherouvrier avait déjà prouvé victorieusement au théâtre son talent de facture et ses ressources, au point de vue mélodique, qui constitue l'ensemble d'une œuvre complète et d'une portée réelle. Le genre religieux le compte également parmi ses maîtres modernes les mieux inspirés, et il vient d'en donner une nouvelle preuve dans la religieuse solennité de samedi dernier à la Madeleine.

Analyser l'œuvre entière de M. Cherouvrier nous mènerait peut-être trop loin, et les comptes rendus trop techniques et détaillés ne sont d'ailleurs pas compris de tout le monde, sans compter qu'ils ne peuvent d'ailleurs jamais suppléer à la réalité saisissante de l'exécution.

Comme te célèbre Lesueur qui a excellé aussi, comme on sait, dans le genre de musique sacrée, M. Cherouvrier a voulu pour sa messe de Noël, s'inspirer de ces chants naïfs et populaires dont Saboly a été le créateur et qui ont un sentiment et un caractère pittoresque que rien ne saurait égaler. Par la science de facture, il en a agrandi les thèmes et relevé l'expression ; il leur a donné cette élévation de style qui convient à la prière solennelle de ce jour si cher aux peuples ayant conservé la foi et les plus belles traditions religieuses. Il faut beaucoup de tact et d'habileté pour s'emparer d'un motif et le présenter sous ses meilleurs aspects, et grâce à l'encadrement de l'orchestre, le mettra ainsi en relief et lui donner le plus d'éclat possible. En pareil cas, le compositeur aurait souvent plutôt fait de faire un appel à son imagination que d'emprunter aux motifs déjà existants dont il veut utiliser le rythme et conserver la couleur. Mais il s'agit, en pareil cas, de faire de la couleur locale et de rester dans la spécialité des traditions. C'est ce qui a guidé cette fois M. Cherouvrier, qui, dans d'autres messes qu'il a écrites, ne s'est pas astreint au même genre et a écrit sa musique dans d'autres conditions.

Nous ne pouvons qu'applaudir au talent déployé dans cette messe ; elle a le grand caractère qui convient au sujet, elle a tour à tour la grâce, l'onction, et la vigueur et la force. L'orchestration en est bien entendue ; les accompagnements, qui deviennent souvent eux-mêmes des chants qui relèvent et grandissent la mélodie, révèlent un artiste exercé, habitué à mélanger avec art et une habileté réelle les deux éléments qui constituent par dessus tout l'essence, le mouvement et la vie de la musique.

A quoi bon détailler les morceaux qui nous ont le plus impressionné. Dans chacun d'eux on peut signaler des beautés de premier ordre ; toutefois, s'il nous fallait donner la palme à l'un d'eux, nous l'accorderions au Credo qui est tout un drame poétique et grandiose, où l'élément dramatique que possède M. Cherouvrier a pu s'appliquer dans une large mesure aux pages de cette scène lugubre du crucifiement, qui rappelle le drame sanglant du Golgotha.

L'Agnus Dei a aussi quelques passages d'une grâce admirable, et les timbres clairs et scintillants des harpes lui donnent quelque chose d'aérien et de céleste.

En somme, M. Cherouvrier a droit d'être satisfait d'avoir créé un ouvrage de cette importance ; et les fidèles réunis ce jour à la Madeleine peuvent se demander comment aujourd'hui des artistes de sa valeur, qui possèdent en même temps un talent vigoureux pour la scène, ne sont pas plus souvent sur l'affiche que tant de faiseurs de rigaudons et de polkas dont les théâtres nous donnent chaque jour les compositions plates et triviales, et qui n'ont rien à faire avec l'art si noble des Mozart et des Rossini.

N'oublions pas de dire que l'exécution de cette messe de M. Cherouvrier a répondu au mérite de l'œuvre, et qu'elle fait honneur à M. Dubois qui l'a dirigée en musicien consommé.

A. de Bory
La France musicale, 2 janvier 1870



Jules PILLEVESSE (1837 - 1903)

Fils de François Pillevesse et de Marguerite Bérard, né à Belleville le 11 novembre 1837, alors que cette commune n’était pas encore annexée à Paris, Jules-François Pillevesse débuta jeune des études musicales au Conservatoire de Paris où il obtint plusieurs récompenses : 2d de solfège (1852), 1er prix d'harmonie (1856, classe de Reber), 2e accessit de violoncelle (1856), 2e accessit de contrepoint et fugue (1857, classe de Carafa). En 1858 il se présentait au Concours de Rome avec la cantate Jephté et décrocha une mention honorable, derrière Samuel David et Edmond Chérouvrier.

Jules Pillevesse fit une carrière de chef d’orchestre à Paris, notamment au Théâtre du Vaudeville. Cette salle de spectacle de 1300 places, était installée depuis 1840 au numéro 27 de la rue Vivienne. Elle disparut en 1868, lors du percement de la rue du Quatre-septembre. Etienne Arago en avait été le premier directeur et c’est dans ce théâtre qu’eurent lieu en 1852 la première représentation de la Dame aux Camélias de Dumas fils et plus tard celle du Roman d’un jeune homme pauvre d’Octave Feuillet (1858). Comme compositeur, Jules Pillevesse, connu sous le nom de Pillevestre, a principalement écrit des oeuvres pour instruments et de la musique militaire. On lui connaît cependant une opérette en un acte, Robinson Crusoé, qui fut représentée en 1866 aux Fantaisies-Parisiennes. Parmi sa production, citons plus particulièrement Piccolinette, fantaisie-polka pour deux flûtes piccolo et piano, récemment rééditée en 2003 (Billaudot, révision des parties de flûtes par Jean-Louis Beaumadier), un Duo pour deux clarinettes (Evette et Schaeffer) enregistré dans les années cinquante par la Musique de la Garde Républicaine (disque 78 tours, Zonophone X86000/86002), d'autres morceaux pour vents édités principalement chez Evette et Schaeffer : L'Heure du berger (hautbois), A qui mieux mieux (2 cornets), A l'ombre (hautbois, clarinette, flûte), Anches rebelles (clarinette), ainsi que chez B. Campron : Daphnis et Chloé (hautbois et flûte) et chez Leduc : Idylle bretonne (2 hautbois). La bibliothèque de la Garde Républicaine de Paris conserve également quelques pièces de Jules Pillevestre, notamment : Mimi Pinson (flûte), Miss Alouette (flûte) et Paye des dettes (cornet). Signalons encore un arrangement pour orchestre d'harmonie de l'opérette Le Baron Tzigane (Der Zigeunerbaron) de Johan Strauss fils.

Jules Pillevesse est mort le 27 juin 1903 à Montrouge (Hauts-de-Seine). Il est probable que Suzanne Pillevesse-Chailloux (Paris, 8 mars 1835 – 1895), élève également du Conservatoire de Paris où elle obtient un 2e prix de solfège en 1850 et à laquelle on doit de nombreuses pièces pour piano et des mélodies, soit de la même famille que Jules Pillevesse. Sans doute sa sœur ?

D.H.M.


1859

Ernest GUIRAUD (1837-1892)
Ernest Guiraud (1837-1892),
Grand Prix de Rome 1859,
professeur d'harmonie
au Conservatoire de Paris,
compositeur dramatique, entré
à l'Institut de France en 1891.

( Photo X..., Musica n° 117 )

Ernest Guiraud, Traité d’instrumentationErnest Guiraud, Traité d’instrumentationErnest Guiraud, Traité d’instrumentation
Ernest Guiraud, Traité d’instrumentation, revu et augmenté par Henri Busser avec une préface de Henri Rabaud. Extrait : couverture, pages 343 et 344
(Paris, Durand & Cie, éditeurs, 1933, coll. Max Méreaux) DR.


Audio lecteur Windows Media Ernest Guiraud, Mélancolie, romance sans parole pour violoncelle avec accompagnement de piano, dédiée “A mon ami Delsart” (Paris, A. Durand & Fils, éditeurs) fichier audio par Max Méreaux (DR.)


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