Prix de Rome 1920-1929

Marguerite CANAL - Jacques De LA PRESLE - Aimé STECK - Jeanne LELEU - Francis BOUSQUET - Robert BRÉARD - Robert DUSSAUT - Louis FOURESTIER - Yves de LA CASINIÈRE - René GUILLOU - Maurice FRANCK - Edmond GAUJAC - Henri TOMASI - Raymond LOUCHEUR - Elsa BARRAINE - Sylvère CAFFOT

1920

Marguerite Canal en 1931 (coll. Jacques Lunet)
Marguerite Canal en 1931
( (coll. Jacques Lunet) )
Marguerite CANAL (1890-1978)

La musique de cette femme-compositeur, tout à son image, est d’une rare sensibilité, et s’adresse à un public de connaisseurs. Elle puise son inspiration au sein même des plus belles pages de la poésie française, notamment parmi celles de Charles Baudelaire et Marceline Desbordes-Valmore, et ses mélodies sont d’un goût exquis. Sa musique de chambre est également recherchée et dénote une sûreté de métier qui ne se démentit jamais.

Née à Toulouse, la ville rose, le 29 janvier 1890, Marie-Marguerite-Denise Canal étudia la musique dans sa ville natale avant de rejoindre en 1903 le Conservatoire de Paris. Elève de Paul Vidal, la Grande Guerre l’empêcha de se présenter au Concours de Rome et ce n’est qu’à la reprise des épreuves, en 1919, qu’elle put enfin concourir. Sa cantate Le Poète et la fée lui valut un premier Second Prix. L’année suivante, elle se présentait à nouveau et remportait cette fois-ci le Grand Prix avec le poème dramatique Don Juan. Elle effectuait ensuite le séjour en Italie offert par l’Académie des Beaux-Arts à tous les premiers prix et ne revint à Paris qu’au début de l’année 1925. Elle se consacra alors à l’enseignement du solfège (chant) au Conservatoire national supérieur de musique.

Marguerite Canal à son piano, en 1951 (coll. Jacques Lunet)
Marguerite Canal à son piano, chez elle, en 1951
( (coll. Jacques Lunet) )

Cette femme discrète et chaleureuse a composé quelques œuvres pour orchestre éditées chez Jamin (Arabesque, Chanson pour Namy, La Flûte de Jade), des pages de musique de chambre, dont une Sonate pour piano et violon (Jamin, 1926), Spleen pour violoncelle solo et quintette (id.), Idylle et Lied pour violon ou violoncelle et piano (id.) et Thème et variations pour hautbois avec accompagnement de piano (Ch. Gras, 1936), des pièces pour piano : Esquisses méditerranéennes (Heugel, 1930), Pages enfantines (Heugel, 1931), 3 Pièces romantiques (Enoch) et une centaine de mélodies d’une grande finesse, parmi lesquelles on peut citer Bien loin d’ici (Lemoine, 1940), Madrigal triste (id.) et Recueillement (Lemoine, 1941), écrites sur des poèmes de Baudelaire, Amour partout (Eschig, 1948), Dormeuse (id.), Fileuse (id.) et Pour endormir l’enfant (id.), sur des poésies de Desbordes-Valmore, Sagesse (Heugel) sur un poème de Paul Verlaine, Au Jardin de l'Infante (Eschig) et Musique (Jamin) sur des poésies d'Albert Samain, Chanson de l'Aube, L'Amour marin, Le Bonheur est dans le pré, Le Regard éternel (Lemoine) composés sur des poèmes de Paul Fort, 6 Chansons écossaises (Jamin) écrites d'après Leconte de Lisle, Le Miroir et Romance (Jamin) d'après Edmond Haraucourt... N’oublions pas également de nommer sa touchante mélodie intitulée Amours tristes (Lemoine, 1939), ainsi que ses admirables 3 Chants (Enoch, 1928) extraits du Cantique des Cantiques, et ses 10 Chansons et rondes enfantines d’une rare tendresse.

Marguerite Canal est morte à Toulouse, où elle s’était retirée, le 27 janvier 1978 à la veille de ses 88 ans. Sa musique, rarement jouée, mériterait pourtant largement d’être remise à l’honneur ! Le musicologue Mario Facchinetti disait d'elle en 1956 : « Marguerite Canal est une compositrice inspirée qui garde à la mélodie française le style de Fauré, Debussy et Duparc, style qui est sobre, noble et pur. »

D.H.M.


1921

La Presle
Jacques de la Presle
( photo Walery, Paris, collection Mme Jean de La Presle )
Jacques de LA PRESLE (1888-1969)


Article et catalogue sur une page spécifique.



1922

Pas de premier prix.

Critique musicale d'Aimé Steck sur la réduction et réalisation de Joachim et Élisabeth Havard de la Montagne du motet d'André Campra Adducentur Regi Virgines, parue dans la revue Musique Sacrée - L'Organiste (1er juin 1954, n° 20, p. 32)
Aimé STECK (1892 - 1966)

Musicien aussi modeste que talentueux, cet homme de bien et de cœur, humble dans sa vie, était un véritable artiste. Bien que son œuvre musicale est restée dans l’ombre, cet " ouvrier de Dieu " a consacré sa vie durant à servir avec élégance la musique liturgique dans laquelle il excellait. Son art, s’il n’avait pas été autant marqué par le sceau de la religion, lui aurait assurément ouvert les portes de la célébrité !

Né le 24 novembre 1892 à Constantine1, c’est très tôt qu’il apprit le violon et fut admis au Conservatoire national supérieur de musique de Paris. En 1917 il obtenait un Premier prix d’harmonie. Elève répétiteur de Widor dans sa classe de composition, il remportait en 1922 un deuxième Second Grand Prix de Rome. Cette année-là d’ailleurs ne fut décerné aucun Premier Grand Prix : Francis Bousquet, futur directeur du Conservatoire de Roubaix, décrochait le premier Second Grand Prix. S’il en était besoin, cette récompense démontre la valeur de notre artiste !

Après avoir collaboré avec Marcel Samuel-Rousseau et quelque peu avec Reynaldo Hahn, Aimé Steck entrait à la Radio et était également nommé chef des chœurs de l’Opéra-Comique. Mais, c’est surtout comme pédagogue, notamment au Conservatoire de Versailles, qu’il exerça sa principale activité partagée, il est vrai, avec la composition musicale dont ses œuvres de musique sacrée. Il collabora aussi, dans les années cinquante, aux revues Musique Sacrée et Musique et Liturgie.

Son catalogue varié comporte principalement de la musique religieuse. Persuadé que la science musicale doit se mettre au service de l’Idée et qu’elle doit chercher, non pas à éblouir, mais à émouvoir noblement en mettant à sa place le beau et le vrai, Aimé Steck avait fait pour sienne cette pensée de Jean-Jacques Rousseau : " Les chants sacrés ne doivent point représenter le tumulte des passions humaines, mais, seulement, la majesté de Celui à qui ils s’adressent, et l’égalité d’âme de ceux qui les prononcent ".
Premières mesures du motet à 4 voix mixtes Oremus pro Pontifice écrit par Aimé Steck et dédié au Chanoine Merret, maître de chapelle de Notre Dame de Paris. Éditions Musique et Liturgie, 1951
( coll. D.H.M. )
C’est ainsi que sa musique écrite toute en nuances est délicate et sincère, toujours parfaitement adaptée aux circonstances qui ont motivé sa création. Citons, parmi ses nombreux cantiques, motets et autres pages un chœur de sortie à 4 voix mixtes Reçois, mon Dieu (Procure du Clergé), un chant marial à 4 voix mixtes Salut, rose merveille (id.), un chant de Noël intitulé Pour le temps de Noël, pour chœur à 4 voix mixtes et accompagnement d'orgue, quintette à cordes et harpe (ad lib.), écrit sur une poésie de Jean Desmarets de Saint-Sorlin (1595-1676), dédié "à Monsieur René Sedant, directeur des Editions Musique Sacrée" (id.), un autre chant pour 4 voix mixtes Jésus, ô Roi (id.), avec lequel le Chanoine Carol soulignait " la souveraine aisance du maître A. Steck dans l’art de conduire et de faire chanter toutes les voix d’un choral mélodiquement sans surprise. " ; un motet sur des paroles de Charles Péguy Heureux ceux qui sont morts (éd. F.-X. Le Roux)  et bien d’autres pièces du même genre, dont les motets Oremus pro Pontifice à 4 voix mixtes, Maria mater gratiae à 4 voix égales, O vos omnes et Jesu Salvator Mundi pour 4 voix d’hommes ou 4 voix mixtes, édités en 1951, les deux premiers aux éditions musicales de la Schola Cantorum et les deux autres chez F.-X. Le Roux. On lui doit également des arrangements d’œuvres anciennes, notamment le motet Hostias et Preces de L. Sabbatini, édité en 1951 à Strasbourg chez F.-X. Le Roux, des pages pour orgue dont l’une sur l’Alma redemptoris (Procure du Clergé) et un chœur profane à 4 voix mixtes : A Saint-Malo, beau port de mer (Leduc).

Aimé Steck s’est éteint, sans faire de bruit tout comme il a vécu, le 12 juin 1966 dans la maison de retraite de Nogent-sur-Oise (Oise) où il s’était retiré.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

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1) On ne sait s'il a un lien de famille avec Arthur Steck (1845-1915), qui fut notamment directeur de l'Orchestre du Théâtre de Monaco entre 1885 et 1894 ? [ Retour ]



1923

Odette Pauvert et Jeanne Leleu
Jeanne Leleu (à droite) et Odette Pauvert (1903-1966), respectivement Grand Prix de Rome de composition musicale (1923) et Grand Prix de Rome de peinture (1925), en 1925, dans les jardins de la Villa Médicis
( coll. famille de la Presle ) DR
Jeanne LELEU (1898-1979)

Si sa musique est caractérisée par " sa sensibilité, sa fraîcheur et sa grâce ", comme le souligne si justement Marc Honegger dans son Dictionnaire de la musique (Bordas, 1970) et où transparaît un talent incontestable, Jeanne Leleu, qui pratique l’écriture avec beaucoup de bonheur dans l’harmonisation et l’orchestration, n’en était pas moins pleine d’humour et de fantaisie. C’est ainsi que sur commande en 1947 de la Radiodiffusion française elle écrivait Femmes, une suite d’orchestre en 4 parties destinée à la danse qui évoque les différents types de femmes que l’on rencontre habituellement sur les scènes d’opérettes : Sémillantes et langoureuses, Tendres et sentimentales, Duègnes et ingénues, Volages ! Mais elle est également l’auteur d’un autre ouvrage chorégraphique en 3 actes, Nautéos, représenté à Monte-carlo en 1947, puis à l’Opéra de Paris en 1954, qui fut considéré à l’époque comme un des plus importants ouvrages du genre.

Née le 29 décembre 1898 à Saint-Mihiel, autrefois riche capitale du duché de Bar, d’un père chef de musique militaire et d’une mère professeur de piano, elle fut dès sa plus tendre enfance initiée à la musique. Elle était à ce point douée que ses parents décidèrent de l’envoyer au Conservatoire national supérieur de musique de Paris alors qu’elle n’avait que 9 ans. Elle resta dans cet établissement, placé sous la direction de Fauré à cette époque, durant 13 ans et inaugura même les nouveaux locaux de la rue de Madrid, après avoir connu ceux devenus trop étroits de la rue Bergère. Entre temps, elle eut le privilège, avec Germaine Durony, de créer le 20 avril 1910 à la Salle Gaveau -elle avait alors 11 ans !- Ma Mère l’Oye, pièces enfantines pour piano à 4 mains, que Ravel avait écrit deux ans plus tôt. Celui-ci la rendra un peu plus tard en 1913 dédicataire de son Prélude pour le concours de piano du Conservatoire de Paris (morceau de déchiffrage, Durand). Jeanne Leleu poursuivit ici et acheva ses études sous la direction de Marguerite Long (piano), Auguste Chapuis (harmonie), Georges Caussade (contrepoint et fugue) et Charles-Marie Widor (composition). C’est ce dernier qui l’amena au Concours de l’Institut pour lequel elle se présenta deux années de suite à partir de 1922, l’année même où elle composait un remarquable Quatuor pour piano et cordes (Heugel).
Fragments de deux pièces pour piano de Jeanne Leleu : A Napoli et Sérénade de Pulcinella extraites de En Italie, 10 pièces en un recueil
( avec l'aimable autorisation des éditions Alphonse Leduc )
La première fois, elle obtenait une mention honorable, sans qu’aucun Grand Prix ne soit décerné. L’année suivante elle recevait le Premier Grand Prix pour sa cantate Béatrix (Choudens) et s’installait ensuite en janvier 1924 à la Villa Médicis pour ne revenir à Paris qu’au tout début de l’année 1927. Ses envois de Rome révélèrent rapidement toute la science musicale de leur auteur qui savait tantôt se faire audacieux et savant, tantôt délicat et expressif. C’est ainsi que la Suite symphonique pour instruments à vent (1926, Leduc), les Esquisses italiennes (1926, Leduc), les Deux Danses (nocturne et rustique) (1927, Heugel) et Le Cyclope (1928), musique de scène pour le drame satyrique d’Euripide sont des ouvrages qui immédiatement ont assuré à Jeanne Leleu une place de choix au sein des compositeurs de sa génération. La suite symphonique Transparences (1931, Leduc), créée par Walter Staram en 1933, puis reprise par Philippe Gaubert aux Concerts du Conservatoire eut ensuite une carrière en province et à l'étranger. Cette œuvre est divisée en trois parties : L'arbre plein de chants, inspiré d'un texte d'André Gide : " Dans cet arbre, il y avait des oiseaux qui chantaient !... " ; Miroir d'eau, d'après les Fragments du Narcisse de Paul Valéry : " Te voici, mon doux corps de lune et de rosée... " ; et Etincelles d'été, tiré de La jeune Parque du même auteur : « Quel pur travail de fins éclairs consume maint diamant d'imperceptible écume... » et qui termine l'œuvre par un scherzo reflétant les milles étincelles des pierres précieuses... En 1947 elle était nommée professeur de déchiffrage au Conservatoire de Paris, et en 1952, professeur d’harmonie.

En dehors des ouvrages déjà cités, Jeanne Leleu n’a pas cessé de composer sa vie durant, toujours avec autant de bonheur. C’est ainsi qu’on lui doit encore Cortège d’Orphée, Fronton antique, Croquis de théâtre créé par Colonne le 5 octobre 1932, un Concerto pour piano et orchestre (1937), Jour d’été, ballet composé de quatre tableaux symphoniques réunis créé à l’Opéra-Comique en 1939, Virevoltes, suite pour orchestre (1957) et de nombreuses pièces pour piano éditées chez Leduc : Par les rues éclatantes, Pochades (4 pièces), En Italie (10 pièces), Un peu de tout..., des Mélodies chez Choudens, des Choeurs chez Hamelle et des Sonnets de Michel Ange chez Heugel.

Jeanne Leleu, cette grande dame de la musique méconnue du grand public, est décédée à Paris le 11 mars 1979.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

Francis BOUSQUET (1890-1942)

Francis Bousquet
( photo Lechantre )

Si les aventures picaresques de Benjamin Rathery, médecin et trousseur de jupons, défenseur des pauvres et des orphelins sous Louis XV, admirablement interprétées par Jacques Brel, Claude Jade, Rosy Varte et Bernard Blier dans le film d’Edouard Molinaro (1969), Mon oncle Benjamin , le roman de Claude Tillier a également inspiré dès 1941 Francis Bousquet, qui, sur des paroles de Georges Ricou, écrivait une comédie musicale du même nom, créée à l’Opéra-Comique le 10 mars 1942 ! René Dumesnil parlera alors d’une " partition fort adroite et pittoresque, savoureuse et gaillarde comme le texte de Tillier. "

Affiche du film Mon oncle Benjamin (E. Molinaro, 1969)

" Esprit distingué, homme affable et courtois ", comme l’écrivait le Journal de Roubaix du 21 décembre 1942, Charles-Francis Bousquet est né à Marseille le 9 septembre 1890, où il fit ses premières études musicales avant de rejoindre le Conservatoire de Paris. Premier prix d’harmonie en 1909 et de contrepoint l’année suivante, la Grande Guerre l’obligea à suspendre durant quatre années ses études entreprises auprès de Leroux, Gedalge et Widor qu’il ne put reprendre qu’en 1919. Il revint néanmoins de la guerre décoré d’une Croix de guerre avec étoile de vermeil. A trois reprises il se présenta au Concours de composition musicale de l’Institut à partir de 1921 ; la première année il obtenait un deuxième Second Grand Prix, la deuxième un premier Second Grand Prix et enfin en 1923, un deuxième Premier Grand Prix avec sa cantate Béatrix. De retour de Rome en avril 1926, il fut appelé à la direction du Conservatoire de Roubaix, poste qu’il occupa jusqu'à sa mort. Julien Koszul, grand-père maternel d’Henri Dutilleux, l’avait précédé de quelques décennies dans ce même poste où il avait eu l’occasion d’enseigner l’harmonie à Albert Roussel en 1893. Francis Bousquet fonda dans cet établissement les " concours d’honneurs " afin d’y créer une saine émulation et créa de nouvelles classes, notamment dans le domaine de l’art dramatique et la déclamation lyrique. Son action pédagogique a été des plus bénéfiques : fondation de l’Association symphonique du Conservatoire, renouvellement du matériel, électrification du grand-orgue, et dans un domaine plus vaste, création de l’Association des directeurs des conservatoires nationaux de France, dont il devint le président d’honneur.

Mais Francis Bousquet n’abandonna jamais la composition pour laquelle il se révéla toujours un musicien de grande valeur. C’est ainsi qu’on lui doit des œuvres lyriques, Zorriga, qui fut présenté aux Arènes de Béziers, Sarati le Terrible (Heugel), drame en 4 actes inspiré du roman de Jean Vignaud, créé le 9 mai 1928 à l’Opéra-Comique, Mon oncle Benjamin qui débuta une carrière à Roubaix avant d’être donné à l’Opéra-Comique, un ballet L’Esclave, une suite d’orchestre Soirs d’Afrique, un Concerto ibérique, des mélodies, une Suite symphonique et Hannibal-Symphonie, sa dernière œuvre. Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages à caractère pédagogique, ainsi que sur l’histoire de la musique.

Francis Bousquet est décédé à Roubaix, le 21 décembre 1942, au cours de la nuit de dimanche à lundi.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

Robert Bréard en 1958
Robert Bréard en 1958
( coll. famille Leconte )
Robert BRÉARD (1894-1923)

Notice détaillée et nombreuses illustrations sur cette page.



1924

Robert DUSSAUT (1896-1969)

" La musique de M. Dussaut n’a rien d’outrecuidant, d’hermétique, ni d’effarant. Elle va droit au but qu’elle se propose d’atteindre ; elle évite la laideur, l’incohérence et la fausse originalité. Elle dédaigne la mode saugrenue et lui préfère la saine logique. Elle se présente simplement, se développe normalement ". Ces lignes, dues à la plume d’Alfred Bruneau, membre de l’Institut, publiées dans Le Matin du 7 avril 1930, résument parfaitement dans ses grandes lignes l’ensemble de l’œuvre de ce compositeur sur lequel d’ailleurs les dictionnaires de musique sont peu prolixes ! Destinées en réalité à commenter la première audition des Danses serbes, tirées de La Fontaine de Pristina de Robert Dussaut, données par Gabriel Pierné aux Concerts Colonne, Alfred Bruneau ajoutait " Soutenue par une instrumentation solide, elle [sa musique] a, jusque dans ses chœurs vigoureux et attrayants, de l’éclat, du charme et de la verve. Elle mérite son succès ".

Robert Dussaut est né à Paris le 19 septembre 1896. Très tôt il entrait au Conservatoire de Paris, quelques années avant qu’Henri Rabaud ne succède à Gabriel Fauré (1920). Il se présentait plus tard au Concours de Rome et décrochait le premier Grand Prix en 1924, avec la cantate Les Amants de Vérone. Parti à Rome entre janvier 1925 et avril 1928 pour le traditionnel séjour à la Villa Médicis, il se consacrait ensuite, à partir de 1936, à l’enseignement du solfège au Conservatoire national supérieur de musique de Paris. La guerre l’empêcha cependant de prendre une classe d’écriture, comme lui avait promis le directeur de l’époque. Mais son enseignement du solfège allait bien au delà de la seule théorie, c’était une véritable classe de musique et on y déchiffrait des opéras !

Robert Dussaut au piano entouré de ses élèves, vers 1955. Au dernier rang, la deuxième en partant de la droite: sa fille la pianiste Thérèse Dussaut. 1 ( collection Thérèse Dussaut )

Discret dans sa vie, Robert Dussaut l’était également dans la diffusion de ses œuvres et peu ont été éditées. Cependant son catalogue est important et couvre plusieurs genres de musiques : théâtrale, orchestrale, de chambre et vocale. On lui doit ainsi deux drames lyriques : La Fontaine de Pristina en 4 actes et 7 tableaux, dont le livret et la partition ont été écrit par l’auteur à la Villa Médicis lorsqu’il était pensionnaire de l’Académie de France (prix Georges Bizet de l’Académie des Beaux-Arts), et Altanina en 3 actes (commande de l’Etat), d’après une pièce de Jacques Audiberti, créé au Grand-Théâtre de Bordeaux en 1969 avec Berthe Monmart dans le rôle-titre ; un opéra-comique en 3 actes écrit sur un livret de Michel Carré : Manette Lescaut ; un autre opéra en 3 actes, paroles et musique de l’auteur : La conversion de Némania ; une pièce en vers en 1 acte avec musique de scène (paroles et musique de l’auteur) : L’ultime traversée ; une Symphonie n° 1 pour instruments à cordes, et une Symphonie n° 2 pour grand orchestre, dite également Symphonie chorégraphique et formant le ballet Quod advenit (Commande de l’Etat), qui fut récompensé par le prix Tornov-Loeffler de l’Académie des Beaux-Arts ; une Rapsodie serbe pour grand orchestre, avec chœur " ad libitum " ; un Psaume slave pour chœur et orchestre ; deux récits orchestraux : Ardor et Contemplation ; un Quatuor à cordes (Grand prix Jacques Durand de l’Académie des Beaux-Arts) ; un Quintette pour piano et cordes (prix Jacques Durand de l’Académie des Beaux-Arts) ; une Suite brève pour violon et piano (Lemoine) ; des Mélodies (Lemoine), des Vocalises (Leduc, Lemoine), ainsi que 4 cantates, des chœurs et d’autres pièces diverses...

Ceux qui ont pu écouter la musique de Robert Dussaut ont été conquis par son habilité (René Dumesnil), et son sens très sûr du rythme, de la poésie et du théâtre (Alfred Bruneau.

Robert Dussaut était également un théoricien de la musique. Ses travaux d’acoustique musicale sont renommés, notamment auprès de l’Académie des Sciences en vue de fixer le la du diapason à 432 vibrations à la seconde : le 9 juin 1950 Robert Dussaut proposait en effet un son fixe : sol 3 = 384 Hertz, d’où le " diapason logique " : la 3 = 432 Hertz et do 4 = 512 (2 puissance 9). A l’unanimité les membres de l’Académie des Sciences approuvaient sa proposition et rédigeaient le 3 juillet un vœu demandant que le la 432 soit adopté... Il est aussi l’auteur d’une communication intitulée " Proposition de quelques réformes en théorie acoustico-musicale ", faite lors du Colloque international d’acoustique musicale, qui s’était tenu à Marseille du 27 au 29 mai 1958, et de 72 articles d’acoustique musicale publiés dans le Larousse de la musique (2 volumes, sous la direction de Norbert Dufourcq, 1957). Au mot " Echotechnie ", nouveau système harmonique dont il est l’inventeur, il présente son système basé sur la recherche des sons résultants (différentiels, additionnels et conjonctionnels) autour d’un accord primaire considéré comme " engendreur " des autres sons. N’oublions pas enfin un ouvrage théorique de grande valeur : Clartés sur les bases scientifiques de la musique, préfacé par plusieurs professeurs du CNSM.

Compositeur, chef d’orchestre, pédagogue, théoricien, Robert Dussaut était aussi un humaniste convaincu. Il a en effet créé une nouvelle langue pour remplacer l’Esperanto, ce langage international lancé en 1887 par un médecin polonais. Il est mort à Paris le 23 octobre 1969.

Robert Dussaut avait épousé une musicienne, Hélène Covatti. Née à Athènes le 3 janvier 1910, celle-ci avait obtenu, au cours de ses études au CNSM, un 1er prix d’harmonie, un 1er prix de fugue et le prix Alphen de composition pour sa Sonate piano-violon. Elle a ensuite longtemps été chargée de cours dans ce même établissement. De cette union est issue la pianiste Thérèse Dussaut, née à Versailles le 20 septembre 1939. Elève de Marguerite Long dans son école de piano, de Jean Doyen au CNSM, et plus tard de Wladimir Horbowski à la Musikhochschule de Stuttgart et de Louis Hiltbrand à Genève, et enfin de Pierre Sancan à Paris, Thérèse Dussaut est une concertiste de renommée internationale. Elle a parcouru plusieurs fois le monde, notamment en 1975 lors de l’année Ravel. On lui doit plusieurs enregistrements d’importance, parmi lesquels l’intégrale pour clavier de Rameau (1978, Archiv Production), pour laquelle elle réalisa la révision et la transcription, et en 1991 quatre pièces de Ravel : la Valse, Pavane pour une infante défunte, Valses nobles et sentimentales, Miroirs (CD Pierre Vérany, PV 787022). Directeur artistique du Festival en Cévennes, titulaire de la classe de perfectionnement et d’interprétation du CNR de Toulouse, elle tenait récemment, du 14 au 29 juillet 2001, une master-classe de piano à l’Académie de musique d’été de la " School of Perfomance Mastery " à Kiev (Ukraine), qui prépare les pianistes au Concours international Horowitz.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE 1

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1) Nous sommes reconnaissant à Mme Thérèse Dussaut d'avoir bien voulu mettre à notre disposition ses souvenirs et ses précieuses archives. [ Retour ]


1925

Louis FOURESTIER (1892-1976)

Louis Fourestier
Louis Fourestier (1892-1976)
chef d'orchestre,
pédagogue et compositeur,
Grand Prix de Rome 1925
( photo parue dans Le Guide du Concert,
21 novembre 1952 )
La musique française doit beaucoup à Louis Fourestier, fondateur de l’école des chefs d’orchestre française. De brillants chefs d’orchestre actuels, tels Serge Baudo, Louis Frémaux, Roger Boutry, Allain Gaussin, Yves Prin, Jean Prodomidès ont bénéficié de son enseignement. C’est en effet lui qui a imposé et défendu avec ardeur la musique du début du XX° siècle.

Né à Montpellier le 31 mai 1892, il reçut les premières leçons de musique de son père et étudiait le violoncelle au conservatoire de sa ville natale, avant de venir à Paris. Là, admis au Conservatoire dans les classes de Gedalge, Guilmant, d’Indy, Dukas et Leroux, il remportait les Premiers Prix d’harmonie en 1911 et de contrepoint l’année suivante. Prix Rossini en 1924, avec sa cantate Patria, Grand Prix de Rome l’année suivante, avec son autre cantate La Mort d’Adonis, il recevait également en 1927 le Prix Heugel avec son poème symphonique Polynice (Heugel). Inspiré de Sophocle, cette œuvre fut jouée aux Concerts Colonne en 1928. Le musicologue René Dumesnil nous dépeint admirablement bien l’atmosphère qui s’en échappe : " La deuxième partie, qui peint le combat d’Etéocle et de Polynice et la double mort des frères ennemis, est sauvage et puissante à souhait ; la douleur d’Antigone, qui forme le motif principal du final, est exprimée largement par de beaux accents. " A cette même époque Colonne donnait également une autre de ses œuvres, un poème symphonique intitulé A saint Valéry (Heugel). Inspiré du Pierre Nozière d’Anatole France, le compositeur nous " montre les nymphes venant de danser en chœur autour de la tombe du bon saint Valéry. L’atmosphère nocturne est d’une jolie couleur transparente et fine et l’auteur laisse voir ses qualités techniques et l’originalité de ses idées. " Durant cette période d’avant guerre l’activité créatrice de Louis Fourestier est importante. Il compose en effet d’autres pages pour chant et orchestre sur des textes de Rabindranath-Tagore et Paul Valéry, un ballet, ainsi qu’un opéra-comique Le Coup de Fusil. Mais c’est principalement pour ses activités de chef d’orchestre qu’il s’imposait plus particulièrement. En 1919, alors qu’il était encore militaire, il dirigeait déjà un orchestre composé d’une quarantaine de soldats et se produisait en zone d’occupation ! Après un passage à Marseille puis à Bordeaux, il était engagé en 1927 à l’Opéra-Comique et un peu plus tard, en 1938 à l’Opéra où il succédait à Philippe Gaubert, un ancien lauréat du Grand Prix de Rome, tout comme lui. Avec Ansermet et Cortot il dirigea également l’Orchestre Symphonique de Paris dès sa fondation en 1928, avant de laisser la place à Pierre Monteux. Après la guerre, il traversait les frontières afin de diriger en Espagne, Allemagne, Italie et en Suisse. A deux reprises (1946 et 1947) c’est lui qui ira assurer la direction des opéras français au Metropolitan Opera de New York.

Fac similé, affiche de concert
Fac-similé programme hommage national à Gabriel Fauré
pour le cinquantenaire de sa mort, le 4 novembre 1974
à l'église de la Madeleine, avec notamment
Gaston Litaize aux grandes orgues,
Joachim Havard de la Montagne à l'orgue de chœur,
les solistes Jocelyne Chamonin et Gérard Souzay
placés sous la direction de Louis Fourestier,
1er Grand Prix de Rome en 1925.
( Collection DHM )
Violoncelliste, chef d’orchestre, compositeur, Louis Fourestier était également un pédagogue né. De 1946 à 1963 il enseigna la direction d’orchestre au Conservatoire national supérieur de musique de Paris. Il s’appliqua ici, comme à la tête des diverses orchestres qu’il a conduit, à mieux faire connaître le répertoire des musiciens français de son époque. C’est en ce sens qu’on lui doit beaucoup.

Même si ses compositions sont totalement tombées dans l’oubli de nos jours, il n’en n’est pas moins vrai que Louis Fourestier a écrit de fort belles pages. En dehors des œuvres déjà mentionnées plus haut, signalons un excellent Quatuor à cordes daté de 1937 (Durand), ainsi que plusieurs mélodies profanes ou religieuses éditées chez Heugel : Offrande lyrique, Chant des guerriers, Adward et un admirable Ave Maria...

Bien qu’âgé de 82 ans, à peine deux ans avant de disparaître, le Comité national pour les commémorations musicales, placé sous le haut patronage du Secrétariat d’Etat à la Culture, le choisissait pour diriger un hommage national à Gabriel Fauré. Cela se passait le 4 novembre 1974 à l’église de la Madeleine, jour anniversaire de la mort de Fauré. Furent données à cette occasion plusieurs œuvres de ce compositeur : sa Messe basse, trois motets (Ave Verum, Maria mater gratiae et Tantum ergo), le fort beau Cantique de Racine et bien entendu, l’admirable et poignant Requiem op. 48. Les solistes Jocelyne Chamonin et Gérard Souzay étaient de la partie, ainsi que Gaston Litaize qui improvisa sur le nom de Gabriel Fauré aux grandes orgues et Joachim Havard de la Montagne à l’orgue de chœur. Qui mieux que lui, défenseur ardent de toute la musique française de cette période, pouvait diriger ce concert-hommage pour Fauré ?

Louis Fourestier est décédé le 30 septembre 1976 à Boulogne-Billancourt, dans la banlieue parisienne. C’était un grand chef d’orchestre qui vivait pleinement sa musique. On raconte que lors de d’une représentation de l’oratorio dramatique Jeanne au bûcher d’Arthur Honegger, en décembre 1950 à l’Opéra de Paris, le public perçut quelques tremblements dans sa baguette en dirigeant les dernières mesures tant le moment était intense !

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE


Yves de La Casinière
Yves de La Casinière
( photo R. Martin, Paris, avec l'aimable autorisation de M. et Mme J. Belge )
Yves de LA CASINIÈRE (1897-1971)

Yves Chiron de La Casinière, né le 11 février 1897 à Angers, Inspecteur principal de l'Enseignement musical de la Ville de Paris, a été notamment élève de Nadia Boulanger à l'Ecole Normale de musique, et de Max d'Ollone et Georges Caussade au Conservatoire national supérieur de musique. En 1923 il se présentait au Concours de Rome et sa cantate Béatrix lui valait un deuxième Second Prix. L’année suivante, à nouveau candidat avec la cantate Les Amants de Vérone, l’Académie des Beaux-Arts n’estimait pas devoir le récompenser. Tentant d’obtenir le Grand Prix, il concourait une dernière fois en 1925 avec La mort d’Adonis qui fut seulement primée par un premier Second Prix.

Yves de la Casinière est l'auteur, entre autres œuvres, d'une Symphonie pour piano et orchestre (chez l'auteur, 38, rue Falguière, Paris XV°), de poèmes symphoniques : Persée et Andromède, Hercule et les Centaures (id.), de pages de musique de chambre : Sonatine pour piano et violoncelle (Rouart Lerolle, 1924), Sonatine pour piano et violon (Rouart Lerolle) interprétée par Andrée Berty et Constance Maurelet, le 14 juin 1941, Salle Debussy (8, rue Daru, Paris), lors du 141e concert du "Triptyque" de Pierre d'Arquennes, 7 Petites pièces très faciles pour clarinette avec accompagnement de piano (A. Zurfluh, 1956), Berceuse pour hautbois et piano (Leduc, 1957), Thème varié pour trombone et piano (Leduc, 1958), Trio avec piano (chez l'auteur, 38, rue Falguière, Paris XV°), Quatuor avec piano (id.) Études pour piano (id.), et de mélodies : Le Cheval, Au clair de lune (Sénart). N'omettons pas également ses pièces pour orgue, parmi lesquelles figure un fort joli Concerto.

Fac-similé couverture de
La lecture musicale par
Yves de La Casinière,
éditée à Paris en 1955
aux Éditions A. Zurfluh
( Coll. DHM )
Publicité pour la Sonatine
(piano et violoncelle)
éditée par Rouart, Lerolle et Cie,
in Le Guide du Concert, 3 avril 1925

On doit également à Yves de La Casinière, qui a consacré une part importante de sa carrière à l’enseignement du solfège, de nombreux ouvrages pédagogiques parmi lesquels nous citerons : Initiation à la lecture et à la dictée de la musique (A. Zurfluh, 1958), 25 minutes de travail pianistique journalier au moyen du nouveau déliateur, de la progression et du disque (avec la collaboration de Jacques Dupont, A. Zurfluh, 1958), La technique du clavier par l’image, méthode de piano, 1ère, 2e, 3e, 4e années d’étude ( id.), et surtout son ouvrage le plus important dans ce domaine : La lecture musicale, série d’exercices progressifs ou complémentaires avec ou sans accompagnement de piano (7 recueils publiés chez A. Zurfluh en 1955, 1956 et 1958).

Yves de la Casinière est décédé à Paris en 1971, laissant deux enfants : Anne et François.

D.H.M.



1926

René GUILLOU (1903-1958)

René Guillou
René Guillou
( Coll. famille Messmer, avec son autorisation ) DR
René Guillou,rédigeant sa partition Chimères
René Guillou, rédigeant sa partition Chimères
à Sury près Léré (18) en 1934
( Coll. famille Messmer, avec son autorisation ) DR

Le 14 novembre 1931, lorsque Pasdeloup créait à Paris La Tentation de Saint Antoine, poème symphonique d’après l’œuvre de Flaubert écrit par René Guillou, frère du compositeur et chef d’orchestre à la Radio Ernest Guillou, le public présent ovationnait l’œuvre. Et pourtant, ce musicien est de nos jours totalement oublié et même ignoré des dictionnaires de musique. Seule Vefa de Bellaing, dans son Dictionnaire des compositeurs de musique en Bretagne (Ouest Editions, 1992) en fait état.

Né à Rennes le 8 octobre 1903, René-Alfred-Octave Guillou débuta ses études musicales auprès de son père employé des Postes et mélomane averti. Après quelques années passées au Conservatoire de sa ville natale, il fut admis au Conservatoire national supérieur de musique de Paris où il fréquenta les classes de Marcel Samuel-Rousseau, Charles-Marie Widor et Henri Busser. A l’âge de 16 ans il obtenait un premier prix d’harmonie et plus tard les prix de fugue, contrepoint, histoire de la musique, accompagnement et composition. En 1924 il se présentait au Concours de composition de l’Institut avec la cantate Les Amants de Vérone qui lui valait une mention honorable. A nouveau candidat l’année suivante, il n’était pas retenu pour l’épreuve finale, mais en 1926 le premier Grand Prix lui était enfin décerné avec la cantate L’Autre mère, sur un texte de M. de Forge.

Jusqu'à son départ pour Rome, tout en poursuivant ses études supérieures de musique au Conservatoire de Paris, René Guillou touchait l'orgue de l'église Notre-Dame de Versailles. Il avait été nommé à ce poste en 1920, à la suite de Jacques de La Presle, qui, tout comme lui fut lauréat du Concours de Rome. A cette époque, le grand orgue de tribune, installé dans un buffet de 1686, comptait 33 jeux répartis sur 3 claviers manuels de 54 notes et un pédalier de 27 touches. C'était la composition adoptée par le facteur Merklin lors de sa reconstruction complète en 1868. Plus tard, en 1945-48, puis en 1967-70 les Etablissements Gonzalez et Muller interviendront à leur tour pour effectuer d'importants travaux de transformation et d'agrandissement, qui aboutiront à la composition actuelle de 56 jeux. Fin 1926, René Guillou laissa les claviers de ce grand orgue à Madeleine Heurtel, une nièce de Léon Boëllmann et fille du directeur de l'Ecole Niedermeyer. Durant son séjour à Versailles, il eut maintes occasions de se produire en concerts, et à chaque fois sa prestation était remarquée. Ce fut notamment le cas le 22 avril 1923 à la chapelle du château : il tenait là l'importante partie d'orgue de l'oratorio Marie-Madeleine de Massenet. L'instrument-roi pour lequel il a toujours eu une certaine prédilection, a d'ailleurs inspiré à René Guillou quelques pièces pour grand orgue, toutes éditées chez Lemoine en 1929 : Andante symphonique, Cortège de nonnes, Loetitia Pia et Nocturne mystique.

Durant le traditionnel séjour passé à la Villa Médicis, de janvier 1927 à avril 1930, René Guillou composa notamment une Habanera pour violon et orchestre (Lemoine), exécutée chez Lamoureux en 1927, la mélodie Puisque j’ai mis ma lèvre écrite sur un poème de Victor Hugo, donnée en 1928 à l’Académie de France à Rome, et Mezzogiorno - Midi sur Rome, donné en avril 1929 au Lyceum Romano. Compositeur distingué, auteur de mélodies, concertos, symphonies, on lui doit entre autres œuvres un Adagio et Suite pour piano et violoncelle, créé en 1934 à la Société Nationale, un Hymne de la Bretagne à Paris, qui fut exécuté lors de l’Exposition Internationale de 1937, un Hymne funèbre donné en première audition chez Colonne le 19 mars 1938, une Symphonie en la mineur (Pasdeloup, 1948), une Seconde Symphonie en ut majeur créée le 9 janvier 1956 par Pierre-Michel Le Conte... et plusieurs pages de musique de chambre : Pièces pour piano (Leduc, 1927), Assise pour piano (Leduc, 1928), Diurnes pour piano (Leduc, 1929), Plein air pour piano (Leduc, 1929) , Quatre pièces pour piano (Leduc, 1929), Suite des motifs de terroir pour piano (Leduc , 1929), Trois pièces pour violon et piano (Leduc, 1931), Ballade pour basson, avec accompagnement de piano (Gras, 1936), Sonatine pour saxophone alto ou cor anglais ou cor d'harmonie et piano (Leduc, 1946), Mon nom est Rolande, légende pour cor chromatique en fa et piano (de Lacour, 1950).

René Guillou est mort le 14 décembre 1958 à Paris Xe .

D.H.M.


Maurice FRANCK (1897-1983)

Maurice Franck
Maurice Franck
( Coll. Lise Lehmann-Chanut )

Fac-similé couverture d'un livre
de solfège de Maurice Franck,
paru chez Eschig en 1951
et dédicacé à "Madame Gangloff,
ma collaboratrice dévouée
"
( Coll. DHM )

Maurice Franck, né à Paris en 1897, fut élève de Samuel-Rousseau et de Paul Vidal au C.N.S.M. En 1924 il se présentait pour la première fois au Concours de Rome (sujet : Les amants de Vérone) sans obtenir toutefois de récompense. L’année suivante, La mort d’Adonis lui valait une mention honorable, et en 1926 sa cantate L’autre Mère était primée par un 1er Second Prix. Deux nouvelles tentatives, en 1927 et 1928, avec les cantates Coriolan et Héracles à Delphes ne lui permettaient pas de décrocher le Grand Prix.

Pédagogue de grande classe, Maurice Franck a consacré une bonne partie de son temps et de son énergie à l'enseignement de la musique, et dès 1937 fut chargé d'une classe d'harmonie au Conservatoire national supérieur de musique de Paris. Il sera élu plus tard président de l'Association des anciens élèves et élèves de cet établissement et du Conservatoire national d'art dramatique. Dévoué au renouvellement de l'enseignement de la musique dans le secteur public, il enseigna également l'harmonie en cours privés collectifs aux Studios Pleyel, secondé par son épouse qui y professait le solfège et la dictée musicale, auprès des candidats du concours d'entrée au Centre national de préparation au certificat d’aptitude à l’enseignement de la musique (C.A.E.M.), ainsi qu'au Lycée la Fontaine à Paris. Il enseignait ainsi le solfège et la lecture à vue de mélodies avec paroles aux futurs professeurs des lycées et collèges. Là, se mettant volontiers au piano, ses élèves groupés en arc de cercle autour de lui, il aimait leur faire découvrir, par la lecture à vue, les œuvres injustement méconnues de la musique française dans le répertoire vocal et dans celui de l'opéra. Mais ce n'est pas tout, Maurice Franck tint aussi un rôle éminent dans la formation des élèves de l'Institut Beethoven de Paris. Cette école de musique, installée rue de Rennes, et dirigée par sa fondatrice Hélène Amiot, dépendait de l'Association Beethoven, fondée le 28 novembre 1948 " pour l'aide aux jeunes artistes instrumentistes et chanteurs et la propagation de la musique dans tous les milieux ". Des professeurs tels que Maurice Franck, Noël Gallon, Maurice Hewitt, Georges Jouatte, André-Lévy, René Maillard, René Leroy, Auguste Le Guennant et René Saorgin y enseignait le piano, du jardin musical aux classes de virtuosité et de concert, l'écriture musicale (harmonie, contrepoint, fugue, composition, orchestration) et préparaient aux concours d'entrée au CNSM et aux concours internationaux.

Marcelle Franck
Maurice Franck
Marcelle Franck et Maurice Franck
( Coll. Lise Lehmann-Chanut )

Maurice Franck fut un temps chef d’orchestre à l’Opéra de Paris où il avait été nommé en 1946, au lendemain de la deuxième guerre mondiale. A cette époque on y donnait Roméo et Juliette (Gounod), Rigoletto et Otello (Verdi), Don Juan (Mozart), Fidelio (Beethoven), Sylvia (Delibes), Samson et Dalila (Saint-Saëns) ou encore Les Santons (Tomasi) et Impressions music-hall (Pierné)...

Comme compositeur, on lui connaît des pages de musique de chambre : Trio d’anches en la pour hautbois, clarinette et basson (Selmer, 1937), Thème et variations pour alto et piano (Durand, 1957), qui fut notamment joué joué par la Société Nationale de Musique à l'Ecole Normale de Musique le 28 janvier 1959 (Robert Boulay et Henriette Puig-Roget), Fanfare, andante et allegro pour trombone et piano (Salabert, 1958), Suite pour harpe (Editions musicales transatlantiques, 1959), Deuxième Trio d’anches pour hautbois, clarinette et basson (id., 1960), Suite pour alto et piano (id., 1965), Prélude, arioso et rondo pour saxhorn en si bémol, trombone basse ou tuba et piano (id., 1969), Prière pour hautbois et piano (Billaudot, 1984), Quatuor à cordes, et des morceaux de musique vocale : Psaume XXVIII, donné en 1945 à Paris par les Concerts Colonne, Quatre mélodies, donnée en première audition dans la série de concerts " Le Tryptique " de Pierre d'Arquennes, le 15 mars 1957 à l'Ecole Normale de Musique, par l'auteur au piano et la chanteuse Suzanne Guyol, et dont la presse souligna tout le charme et la délicate inspiration, Trois mélodies pour chant et piano : La chanson des marins hâlés (P. Fort), La rose oubliée (F. Bessier) et La chanson de l’adieu (F. Bessier), Salabert, 1951, Psaume XXVI pour 4 voix mixtes a capella (Salabert, 1955), ainsi qu’un opéra bouffe Atalante et une pièce intitulée Grambrinus, créée à Mulhouse en mai 1961. Il a aussi composé quelques musiques de films, notamment celles de La merveilleuse tragédie de Lourdes de l'acteur et réalisateur Henri Fabert (1933), avec Jean-Pierre Aumont dans le rôle de Georges et Hélène Perdrière dans celui d'Odile Duprat, du court-métrage Que serais-je sans elle, produit par l'Alliance Israélite Universelle (1951) et de Dolorès et le joli cœur, un moyen-métrage de Georges Chaperot (1951).

Maurice Franck : Trio d'anches
REM 311240 XCD (DDD) )

Maurice Franck, qui a longtemps enseigné le solfège et l’harmonie, a également écrit des ouvrages pédagogiques, notamment : Vingt-huit leçons de solfège (2 vol., Max Eschig, 1951), et Quinze leçons de solfège à sept clés, chant et piano (Editions musicales transatlantiques, 1964)...

Signature de Maurice Franck
( Coll. M.B. )

La discographie des œuvres de ce compositeur est pratiquement inexistante. Cependant la maison de disques REM a sorti dernièrement un CD (REM 311240 XCD) dans lequel le Trio d’anches de Monte-Carlo (Jean-Paul Barrellon, hautbois, Daniel Favre, clarinette, et Jacques Petit, basson) interprète le Trio d’anches de Maurice Franck, ainsi que celui de Marcel Mihalovici, la Suite pour trio d’anches d’Alexandre Transmann, et la Suite pour hautbois, clarinette et basson de Daniel-Lesur.

Maurice Franck est mort à Paris XVIIe, le 21 mai 1983.

D.H.M.



1927

Edmond GAUJAC (1895-1962)

Excellent musicien, ce compositeur discret a toujours fuit la notoriété pour mieux se consacrer à sa passion : l’enseignement de la musique. Directeur des Conservatoires de Lille, puis de Toulouse durant 31 ans, il y enseignait également l’harmonie et l’écriture. A Toulouse, il a su poursuivre avec talent l’œuvre de rénovation qu’avait commencée son prédécesseur Aymé Kunc et rendre ainsi le conservatoire de cette ville l’un des plus réputés du pays. Au rigorisme parfois excessif d’Aymé Kunc, il parvint à substituer cette bonhomie méridionale qui n’empêcha pas cependant la qualité. Henri Bert, l’un de ses successeurs, rapporta vers 1985 cette anecdote : " Edmond Gaujac aimait autant la pêche que l'enseignement. Des histoires, bons mots et naïves réparties émaillent les conversations des musiciens de Toulouse et d'ailleurs. Qui ne connaît l'histoire de la statue de Marianne qu'il disposait habilement devant la fenêtre de son appartement avec un air penché et coiffée d'un béret basque, pour que l'appariteur de service affirme à tout un chacun : "Chut, ne dérangez pas M. le Directeur, il a l'inspiration". M. le Directeur était... à la pêche ! Mais un jour, M. l'Inspecteur le croisa à son retour de promenade, la canne à pêche sur le dos et la vérité se répandit jusqu'à Paris !... "

Né à Toulouse le 10 février 1895, dans une famille de condition modeste, il fut mis en apprentissage chez un luthier à l'issue de sa scolarité. Très tôt passionné par la musique, il fréquenta les cours du soir du Conservatoire de Toulouse, et obtenait à l'âge de 16 ans les prix de solfège, de cor et d'harmonie. Entré en 1911 au Conservatoire de musique et de déclamation de Paris, dans la classe d'harmonie de Xavier Leroux, il dut néanmoins suspendre durant quelques années ses études musicales à partir de 1914, au moment où il s'engagea dans l'armée. Son comportement héroïque durant la Grande Guerre lui valut la Croix de Guerre. Une fois les hostilités terminées, Edmond Gaujac reprenait ses études au CNSM et obtenaitt les prix d'excellence d'harmonie, de fugue, ainsi que de direction d'orchestre dans la classe de Vincent d'Indy. Afin de subvenir à ses besoins il décrochait à cette époque un poste de corniste à l'Orchestre des Concerts Colonne, alors dirigé par Gabriel Pierné. Il se présenta la première fois au Concours de Rome en 1924 et sa cantate Les Amants de Vérone fut couronnée par un premier Second Grand Prix. Trois ans plus tard, il parvenait à gagner le Grand Prix ; la scène lyrique Coriolon l’avait davantage inspiré ! Il partit ensuite à la Villa Médicis où il séjourna de janvier 1928 à avril 1931, et dès son retour en France il fut nommé directeur du Conservatoire de Lille. Son action musicale dans cette ville fut particulièrement intense, notamment à la tête de l'Orchestre de Radio-Lille, dont il assura la direction à partir de 1934. De cette époque datent ses premières compositions que d’aucuns qualifient de " belle facture, dans un langage où l’on reconnaît l’influence de Gabriel Fauré. " : Vocalise pour violon, alto, flûte, hautbois ou trompette en ut, avec accompagnement de piano (C. Gras, 1936), Scherzetto pour piano (C. Gras, 1937), Pastorale pour piano (C. Gras, 1938), Impulsions pour piano à deux mains (Durand, 1939)...

Gaujac : Vocalise Gaujac : Vocalise
Couverture et première page de la partition Vocalise, pouvant être exécutée par un violon, un alto, une flûte, un hautbois ou trompette en ut avec accompagnement de piano, par Edmond Gaujac. Édition Ch. Gras, Paris, Lille, 1936, "Collection Villa Médicis par les premiers grands prix de Rome de musique"
( Coll. D.H.M. )

En 1945, Edmond Gaujac quittait le nord de la France pour aller recueillir la succession Aymé Kunc à la tête du Conservatoire de Toulouse, poste qu’il occupera jusqu'à sa mort arrivée 17 années plus tard, en 1962.

Le catalogue de ses nombreuses œuvres écrites tout au long de sa vie concerne bien des genres différents. On y trouve en effet des pièces pour orchestre : Esquisses provençales, Symphonie romantique, Fantaisie..., des scènes lyriques : Vénus et Adonis..., un grand oratorio intitulé Sainte-Germaine de Pibrac, dont 6 fragments furent donnés aux Concerts Colonne le 16 décembre 1935, des mélodies, et de la musique de chambre, parmi laquelle plusieurs pages pour saxophone : Funambulie, 3 pièces pantomimiques pour saxophone alto et piano (Billaudot, 1985) et Rêves d’enfant, petite suite pour quatuor de saxophones (Billaudot, 1989). Cette dernière œuvre a été enregistrée à plusieurs reprises, notamment au cours des années 1970 par le " Quatuor Deffayet " [disque 33 tours VSM C 069-16 369, avec d’autres pièces de Boutry, Challan, Clérisse, Decruck, Françaix, Planel et Vellones], et en 1989 par le " Quatuor Emphasis " [cassette]... Le compositeur Jean-Marie Depelsenaire (1914-1986), auteur de nombreuses pages de musique de chambre et d’un petit oratorio Les Sept dernières paroles du Christ, pour baryton solo, ténor solo, basse solo, chœur à 4 voix mixtes, orgue ou orchestre (Editions musicales transatlantiques, 1961) est l’un de ses nombreux anciens élèves...

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

1 ____________

1) Nos vifs remerciements vont à Mme Nicole Jacquemin, bibliothécaire du C.N.R. de Toulouse, qui a eu l'amabilité de nous fournir certains détails nous faisant défaut. [ Retour ]

Henri TOMASI


1928

Raymond Loucheur (Cl. Lipnitzki)
Raymond Loucheur vers 1956
( photo Lipnitzki )
Raymond LOUCHEUR (1899-1979)

Raymond Loucheur vers 1955
Raymond Loucheur vers 1955
( photo X... ) DR

Article sur une page spécifique.



1929

Elsa BARRAINE (1910-1999)

Elsa BARRAINE. Détail d'après une photo de groupe dans la classe de composition de Paul Dukas en 1929, au conservatoire.
( Photo X. )

Née à Paris le 13 février 1910, fille d'Alfred, violoncelliste soliste de l'orchestre de l'Opéra et membre de la Société des Concerts du Conservatoire, Elsa Barraine a fait toutes ses études au Conservatoire national supérieur de musique de Paris avec Georges Caussade, Jean Gallon et Paul Dukas. Premier Grand Prix de Rome en 1929 avec sa cantate la Vierge guerrière (Jeanne d'Arc), triptyque saint sur un poème d'Armand Foucher, elle fut successivement chef de chant à la Radio (1936), directrice de la maison de disques Chant du Monde (1944) et professeur au CNSM (1953). En 1969 elle était nommée professeur d'analyse dans ce dernier établissement et en 1972 inspecteur à la Direction de la musique au Ministère de la Culture, chargée des théâtres lyriques nationaux. Symphoniste talentueuse, on lui doit de la musique pour orchestre (3 Symphonies, une Fantaisie pour piano et orchestre, une Suite astrologique pour petit orchestre...), de la musique pour la scène (Le Roi-bossu, Le Mur, La Chanson du mal-aimé, Les Paysans...), de la musique de chambre et instrumentale (Quintette à vent, Suite juive pour violon et piano, Musique rituelle pour orgue, gongs et xylorimba...) et de la musique chorale : Hymne à la lumière pour soprano et orchestre, Poésie ininterrompue (cantate sur des poèmes de Paul Eluard), Cantate du Vendredi saint sur un texte de Pierre Emmanuel... Ellle est morte le 20 mars 1999 à Strasbourg.

D.H.M.


Sylvère CAFFOT (1903-1993)

Sylvère Caffot, dit René Sylviano
( Coll. Gilles Caffot )
Pseudonyme : René SYLVIANO. Article spécifique.


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