Prix de Rome 1930-1939

Tony AUBIN - Marc VAUBOURGOIN - Jacques DUPONT (dit JACQUE-DUPONT) - Yvonne DESPORTES - Émile MARCELIN - Jean VUILLERMOZ - Robert PLANEL - Henriette PUIG-ROGET - Eugène BOZZA - Jean HUBEAU - René CHALLAN - Marcel STERN - Henri CHALLAN - Victor SERVENTI - Pierre LANTIER - Henri DUTILLEUX - André LAVAGNE - Gaston LITAIZE - Pierre MAILLARD-VERGER - Jean-Jacques GRUNENWALD

1930

Tony AUBIN (1907-1981)
Tony Aubin (1957)
Tony Aubin en 1957
( coll. Alain Bernaud ) DR
Page spécifique )


Marc VAUBOURGOIN (1907-1983)

Longtemps chef d’orchestre à la Radiodiffusion française et directeur du service musicologique de l’O.R.T.F., Marc Vaubourgoin est également l’auteur d’arrangements de partitions du XVIIIe siècle, et d’une œuvre musicale renfermant d’admirables pages de musiques pour orchestre ou de chambre.

Né le 19 mars 1907 à Caudéran (Bordeaux), il fut initié à la musique par son père Julien-Fernand Vaubourgoin. Celui-ci, qui avait fait ses études au Conservatoire de Bordeaux, y enseigna par la suite, sa vie durant, le solfège, le piano, l’orgue, la direction d’orchestre, l’harmonie et le contrepoint. Henri Barraud et Louis Beydts comptent parmi ses nombreux élèves1. Il toucha également longtemps les orgues de l'église Saint-Louis de Bordeaux de 1919 à 1952. Le jeune Marc ne pouvait rêver de meilleur professeur de musique pour débuter ses études ! Avec un solide bagage il entrait ensuite au Conservatoire de Bordeaux, puis montait à Paris achever sa formation auprès d’André Gedalge et Noël Gallon (contrepoint et fugue), Charles-Marie Widor et Paul Dukas (composition) au Conservatoire national supérieur de musique de la rue de Madrid. A partir de 1927 il se présentait à plusieurs reprises au Concours de Rome et obtint une mention honorable en 1928, puis un premier Second Prix en 1930, avec les cantates Héraklès à Delphes et Actéon.

Après l’obtention de son prix de Rome Marc Vaubourgoin commença par s’adonner à l’enseignement de la musique et fut notamment directeur du Conservatoire de Nantes entre 1937 et 1943. Son activité pour le développement de la musique dans cette ville, notamment à la tête de l’orchestre de la Radio Rennes-Bretagne, ne fut pas des moindres, à tel point que la Ville de Nantes donnera plus tard son nom à l’une de ses rues dans le quartier de Beaulieu. Les vieux Nantais ont sans doute longtemps gardé le souvenir de la création en juillet 1942, au Congrès de Nantes, sous la direction de l’auteur, de sa suite en 3 mouvements intitulée Impressions de Cornouaille : Saint-Michel de Braspartz, Le marais sous la lune d’avril et Confort. La roue du bonheur. Après la guerre, il menait une carrière de chef d’orchestre et entrait à la Radiodiffusion française. A la tête de l’Orchestre de l’O.R.T.F., il créa de nombreuses œuvres de musiciens contemporains, parmi lesquelles 4 opéras bouffes de Germaine Tailleferre le 28 décembre 1955 : Monsieur Petit Pois achète un château, Le bel ambitieux, La pauvre Eugénie et La Fille d’Opéra (livret de Denise Centore, Billaudot).

En 1954 Marc Vaubourgoin fut nommé responsable du service de musicologie de l’O.R.T.F. A ce titre il va alors se plonger dans l’étude des œuvres méconnues ou délaissées des compositeurs du XVIIIe siècle et bien avant la mode des baroqueux, il sort de l’ombre des pages admirables de Jean-Philippe Rameau. C’est ainsi qu’il a effectué la réalisation d’Hyppolyte et Aricie, tragédie en 5 actes et un prologue (Editions françaises de musique), ou encore l’adaptation des Boréades. Cet opéra, que Rameau était en train de répéter au moment de sa mort en 1764, ne fut entendu en fait que deux siècles plus tard en 1964 sur France-Culture, grâce aux travaux de Marc Vaubourgoin. Cette œuvre fut ensuite créée sur scène au Festival d’Aix-en-Provence le 21 juillet 1982 par John Eliot Gardiner. On a écrit que c’est l’un des meilleurs opéras de Rameau, du moins le plus original (enregistré en 1982, Erato Musifrance 2292-45572-2).

Toutes les activités professionnelles de Marc Vaubourgoin ne l’ont jamais empêché de se consacrer à la composition, domaine qu’il s’efforça de cultiver avec beaucoup de rigueur, comme son professeur de composition Paul Dukas lui avait enseigné. Il est ainsi l’auteur d’un catalogue varié, principalement axé sur la musique instrumental où une riche palette orchestrale se fait jour, même s’il a composé quelques chœurs, mélodies, Trois Chansons de Clément Marot pour chœur a capella, et un ballet inédit : Conte de Noël (paroles de René Dumesnil). On lui doit un Quintette à vent (inédit, 1932), un Trio pour hautbois, clarinette et basson (Selmer, 1936), 2 Symphonies (1938, 1955, Billaudot), un Prélude, Fanfare et Dance pour orchestre (Editions Françaises de Musique, 1945), un Divertissement sur un mode phrygien (1960?), principalement joué par l'Orchestre national sous la direction d'Eugène Bigot, un ballet intitulé Conte de Noël sur un arrangement de René Dumesnil, un Concerto pour piano (Billaudot) et une Sonate pour piano (Editions Françaises de Musique, 1967), des Suites pour orchestre (id.), un Concerto pour basson et orchestre (Editions Musicales Transatlantiques, 1968), un Concerto pour clavecin et orchestre (1968, Billaudot), un Concerto pour trompette et orchestre (Billaudot), Six Pièces pour saxophone alto et orchestre (Billaudot), une Introduction, variation et rondeau pour quatuor de bois solistes (flûte, hautbois, clarinette, basson) et orchestre (Billaudot), et Douze Canons pour 2 bassons (Billaudot, 1978)...

Mort à Paris le 1er avril 1983, Marc Vaubourgoin laissait deux fils, qui tous deux s’adonnèrent également à l’Art : l’architecte Jean-Raphaël Vaubourgoin, né en 1937, qui fit partie de la 34ème promotion de la Casa Velazquez de Madrid (1963-64), et fut reçu premier au concours d’architecte de l'Assemblée nationale en 1967 ; et le peintre Thierry Vaubourgoin, né le 8 février 1944 à Paris, élève à l’Ecole nationale des Beaux-Arts, atelier Maurice Brianchon, Second Grand Prix de Rome en 1967. Assurément, il est des familles où la création artistique est cultivée de génération en génération !

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

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1) Julien-Fernand Vaubourgoin né le 29 décembre 1880 à Bordeaux, décédé dans cette même ville le 25 novembre 1952, est l'auteur de musique de chambre, de mélodies, de 3 Symphonies pour orgue, ainsi que de la musique de chambre, des mélodies, deux opéras dont Gracioza, et deux ballets (Ninetis, Hoa-Tchy) représentés au Grand Théâtre de Bordeaux. L'organiste Christian Robert a notamment interprété dernièrement sa Cantilène vespérale, extraite de la Symphonie n° 2, lors d'un concert le 18 juillet 2001 à la cathédrale de Bordeaux. [ Retour ]


1931

Jacques DUPONT (dit JACQUE-DUPONT)


1932

Yvonne Desportes, en 1929 Yvonne Desportes vers 1950 Yvonne Desportes
Détail d'une photo de 1929 dans la classe de composition de Paul Dukas, au conservatoire.
( Photo X. )
Au début des années 1950
( Photo X... )
Au Centre nat. de prép. au CAEM, 1968, coll. Claudine Clairay-Bonafous )
( Photo X...)
Yvonne DESPORTES (1907-1993)


Yvonne DESPORTES (1907-1993), fille du chef d'orchestre et compositeur Emile Desportes (1878-1944), est née à Cobourg (Allemagne) le 18 juillet 1907 et a fait ses études au Conservatoire de Paris avec Noël et Jean Gallon, Maurice Emmanuel et Paul Dukas. Premier Grand Prix de Rome en 1932 avec la cantate Le Pardon. Elle a enseigné le solfège au Conservatoire de Paris à partir de 1943, puis le contrepoint et la fugue dès 1959. Plus de 500 oeuvres sont à son catalogue : sonates, quatuor, quintette, sextuor, octuor pour quatuor vocal et quatuor à cordes, deux symphonies (1958 et 1964), deux concertos pour percussion (1957 et 1960), des variations symphoniques, un concerto pour trompette, des mélodies, des pièces vocales diverses, des opéras (de 1936 à 1965), des ballets (de 1935 à 1961), et de très nombreux ouvrages didactiques. Elle est décédée le 19 décembre 1993 à Paris et était mariée au sculpteur et Grand Prix de Rome (1933) Ulysse GEMIGNANI (1906-1973) qu'elle avait rencontré lors de son séjour à la Villa Médicis.

D.H.M.

Audio lecteur Windows Media  La fin du Gloria d'Yvonne Desportes, par les Choeurs de Paris.




Mlle Yvonne DESPORTES
et le Grand Prix de Rome 1932
par Arthur Mangeot

Le féminisme remporte une nouvelle victoire à l'Académie des Beaux-Arts, en la personne de Mlle Yvonne Desportes, qui vient de battre ses camarades du sexe fort, au Concours pour le prix de Rome.

Déjà, Lili Boulanger en 1913, Marguerite Canal en 1920, Jeanne Leleu en 1923, et Elsa Barraine en 1929 avaient pris le chemin de la Villa Médicis, jusque là fermée aux femmes.

La nouvelle « Romaine » est née à Cobourg (Saxe), en juillet 1907, au cours d'un voyage de ses parents en Allemagne. Elle fut ramenée en France dans un panier, un mois après sa naissance et passa sa jeunesse à Pont-l'Evêque, en Normandie, dans la propriété de ses parents. Son père, Emile Desportes, lui donna ses premières leçons de musique et la fit admettre dans une classe de solfège au Conservatoire en 1918. En même temps, elle montrait des dons exceptionnels pour la peinture et, en 1920, Paul Poiret réunissait à la galerie Barbazanges, 120 aquarelles et une quinzaine de toiles, d'une enfant qui n'avait pas treize ans et dont les compositions se signalaient par un don humoristique et une fantaisie surprenante. Mais la musique la possédait également et de 1922 à 1925, elle fut à l'Ecole Normale, élève de Mlle Yvonne Lefébure pour le piano, de Mme Coedès pour le solfège et de M. Georges Dandelot pour l'harmonie. En même temps elle prend part au concours de costumes pour la reprise de Chantecler et elle y obtient le second prix.

En 1925, elle reprend ses études au Conservatoire, où elle obtient successivement un 1er prix d'harmonie en 1925 (classe Jean Gallon), un 2e prix d'accompagnement en 1928 (classe Estyle), un 1er prix de fugue en 1930 (classe Noël Gallon) ; enfin un 2e Second grand prix [de Rome] en 1930, un 1er Second grand prix en 1931, et le 1er Grand prix en 1932, comme élève de M. Paul Dukas.

Elle avait en outre, en 1931, obtenu le 1er prix de composition pour une série d'œuvres comprenant un Quintette pour instruments à vent, sur un thème grégorien, un Sextuor pour quintette à vent et piano, Christine, poème pour chant et orchestre et 3 mélodies : Vilanelle, Double amour, le Passé qui file (Heugel, éditeur). Cette année même, elle écrivait pour les Concours du Conservatoire, une Fantaisie en si bémol pour trombone et Sicilienne et Allegro pour cor.

En Yvonne Desportes, c'est la Musique et la Peinture que la Villa Médicis va accueillir. Puisse-t-elle favoriser l'épanouissement d'une jeune fille aussi douée !

(juillet 1932)
Yvonne Desportes, vers 1932 (coll. DHM/Musica et Memoria) DR.

Yvonne Desportes, vers 1932
(coll. DHM / Musica et Memoria) DR.


Émile MARCELIN (1906-1954)

Émile Marcelin
( Photo J. Van Renteroren, Tourcoing, 1946, aimablement communiquée par Mme Marie-Louise Marcelin )
Émile Marcelin, fils du ténor de l'Opéra Émile Marcelin. Grand Prix de Rome en 1932, avec sa cantate Le Pardon, il a dirigé le Conservatoire de Saint-Quentin (1935) puis celui de Tourcoing à partir de 1942. Musicien délicat, on lui doit de la musique de chambre, des mélodies avec piano ou orchestre, un poème symphonique, une Suite brève pour orchestre (1943), ainsi que la musique du film d'André Sauvage (1934) "La Croisière jaune" écrite en collaboration avec Claude Delvincourt.

D.H.M.

Un article détaillé est en ligne sur ce site.


Jean VUILLERMOZ (1906-1940)

Il est des fatalités tragiques qui transforment l’homme en héros et le font se rapprocher des destinées des divinités antiques. La guerre est une de ces circonstances qui le dévoile dans toute sa réalité et le met à nu, seul face à lui-même : on y croise aussi bien le fourbe que le demi-dieu ... Parmi ces êtres au destin magnifique, tel Jehan Alain ou Jean-Claude Touche en ce qui concerne le monde des musiciens, se tient également Jean Vuillermoz : en 1940, à quelques heures à peine de la signature de l’armistice franco-allemande, il est tué alors qu’il effectue une patrouille dans les rues de Lobsann, une petite bourgade alsacienne peuplée de quelques âmes seulement ; il n’avait pas encore atteint sa trente-troisième année. Sa courte vie ne lui a pas laissé le temps de marquer de son sceau l’histoire de la musique, même s’il est certain qu’un brillant avenir se faisait jour au fil des années.

Son père Louis-Edouard Vuillermoz est né le 13 février 1869 à Quingey, non loin de Besançon (Doubs). Doué pour la musique, il entra bientôt au Conservatoire de musique et de déclamation de Paris, où il suivit la classe de cor de Jean Mohr et obtint un 1er Prix en 1889. Sociétaire des Concerts du Conservatoire à partir de juin 1894, il fera une carrière de corniste solo aux Concerts du Châtelet et à l’Orchestre de l’Opéra, et enseignera au CNSM. Mort en 1939, il s’était installé en 1904 pour plusieurs années avec sa famille à Monte Carlo. A cette époque Raoul Gunsbourg assurait la direction du Casino, et l’orchestre était conduit par Léon Jehin. C’est là que naît le 29 décembre 1906 Jean Vuillermoz. Le lendemain Léon Jehin donne en première audition Après l’Eté pour cordes de Florent Schmitt et la Fête Napolitaine d’Alexandre Pomé. Revenu à Paris en 1925, Jean Vuillermoz ne tarde pas à intégrer le CNSM où l’avait précédé son père quarante ans auparavant ! Elève de composition d’Henri Busser, et d’Henri Rabaud, qui assure également la direction de cet établissement depuis 1920, il se présente pour la première fois au Concours de Rome en 1930, mais échoue. Deux années plus tard, il tente à nouveau cette épreuve ; le sujet imposé de la cantate Le Pardon lui permet d’être récompensé par un deuxième Second Prix. Il essaye bien une dernière fois en 1933 de décrocher le Grand Prix, mais cette tentative s’avère vaine...

Sa passion pour le chant le fait nommer second chef des Fêtes du Peuple organisées en 1935. C’est lui qui fonde en 1938 la Chorale Universitaire, mais il doit vite en abandonner la direction l’année suivante pour assurer la défense de son pays en guerre. Il meurt au champ d’honneur le 21 juin 1940, tué par l’ennemi, laissant une veuve, Madeleine Corbin, qui enseignera plus tard le solfège (chant) au CNSM (1947).

Jean Vuillermoz n’a guère eu le temps de produire une œuvre marquante, cependant les quelques compositions qu’il a laissées démontrent une écriture habile et une imagination fertile : un Triptyque pour orchestre, donné à Paris en mai 1932, un Concerto pour cor et orchestre, créé également à Paris le 11 mars 1934, un ballet intitulé Veglione (1937), un autre Concerto pour violoncelle, des Trio avec piano ou à cordes, une Promenade zoologique pour orchestre de chambre...

Frère de Louis Vuillermoz, corniste à l’Opéra-Comique, Jean Vuillermoz semble n’avoir aucun lien de parenté avec Emile Vuillermoz, le célèbre musicographe, compositeur et conférencier. Celui-ci, né à Lyon le 23 mai 1878, mort à Paris le 2 mars 1960, est en effet le fils d’un banquier de Lons-le-Saulnier (Jura).

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE


1933

Lien vers un article détaillé
Robert Planel
( collection Jacqueline Planel )
Robert PLANEL (1908-1994)

Quatuor Jean Ledieu
Vient de paraître (avril 2002):
Saxophones, par le Quatuor Jean Ledieu (fondé en 1987)
Fabrice Moretti (soprano), Denis Bardot (alto)
Yann Lemarié (ténor), Jean Ledieu ( baryton)

Roger Boutry, Etincelles
Claude Pascal, Transcription de six fugues de l'Art de la fugue de J.S. Bach, Quatuor de saxophones (1961) et Scherzetto, écrit pour quatuor de flûtes de bambou, transcrit pour quatuor de saxophones par l'auteur.
Jeanine Rueff, Concert en quatuor (1955)
Robert Planel, Burlesque (1939)

( CDpac/Polymnie, POL 490 115
49 bis route de Maisons Blanches, 10800 Buchères
tél. 03 25 41 84 90, fax. 03 25 41 88 04
enregistré à l'UT de Troyes en février 2002 )

Article détaillé (biographie, oeuvre, enregistrements) par Jacqueline Planel.

Affiche d'une série de concerts en mai 1973 à l'église des Billettes, Paris
( coll. D.H.M. )
Henriette PUIG-ROGET (1910-1992)

Henriette Puig-Roget
à la console de l'orgue de Saint-Etienne de Caen, vers 1955
( photo Pierda )

Née le 9 janvier 1910 à Bastia (Corse), fille du général Henry Roget, Henriette Roget a fait toutes ses études musicales au CNSM de Paris où elle est entrée à l’âge de 9 ans. Elle obtenait en un temps record 6 premiers prix entre 1926 et 1930 dans les classes d’Isidore Philipp, Jean et Noël Gallon, Estyle, Maurice Emmanuel et Marcel Dupré : piano, harmonie, histoire de la musique, accompagnement au piano, contrepoint, fugue, orgue. Elle est également l’élève de Charles Tournemire qu’elle supplée parfois à l’orgue de l’église Sainte-Clotilde. Premier Second Grand Prix de Rome en 1933, elle est nommée l’année suivante organiste de l’Oratoire du Louvre et de la Grande Synagogue de Paris. Elle restera dans ses tribunes respectivement jusqu’en 1979 et 1952. Engagée également en qualité de chef de chant à l’Opéra de Paris, elle mène parallèlement une brillante carrière de pianiste à la Radio dès 1935, où elle restera jusqu’en 1975.

Organiste, chef de chant, pianiste, Henriette Roget, devenue Madame Ramon Puig-Vinals, était en plus une pédagogue renommée qui enseigna l’accompagnement au Conservatoire de Paris à partir de 1957. Elle a même formé plusieurs générations de pianistes au Japon où elle était partie enseigner en 1979.

En tant que soliste, Henriette Puig-Roget est réclamée par les plus grandes formations, notamment les Concerts de la Société du Conservatoire, les Concerts Straram, les Concerts Colonne, les Concerts Poulet, les Concerts Siohan, l’Orchestre national de l’ORTF et les Concerts de Lisbonne... Dès les années cinquante elle enregistrait sur disques, chez Pathé ou Columbia, à l’orgue avec Louis Martini et André Cluytens, des œuvres de Marc-Antoine Charpentier (Messe à 6 voix, la symphonie Assumpta est Maria et le de Profundis), Nicolas Bernier (Contitebor tibi, domine), Michel-Richard Delalande (De Profundis), Jean-Baptiste Lully (Dies irae), Camille Saint-Saëns (Symphonie n°3, en ut mineur, op.78) et au piano, avec Georges Tzipine : la Première Suite Cubaine, pour huit instruments à vent et piano, de Alejandro Garcia Caturla, et Ritmica n°1, pour quintette à vent et piano, d’Amadeo Roldan.

Son œuvre est variée  et recouvre des pièces pour piano, pour orchestre, de la musique de chambre, vocale et religieuse. Bien entendu l’orgue est largement représentée avec notamment un Cortège funèbre (Durand, 1939), des Deploracion para la semana santa, une Toccata severa et un Triathlon qui servit de morceau de concours pour le CNSM en 1977.

Défendant d’Indy, Vierne, Pierné ou Messiaen, dont elle créa les Préludes en 1930, elle était une ambassadrice de la musique française et sa mort arrivée le 24 novembre 1992 à Paris VIIe laisse à tous ceux qui l’ont connue le souvenir d’une grande dame de l’orgue dévouée à ses élèves.

Denis HAVARD de la MONTAGNE
(notice provisoire)



1934

Eugène BOZZA (1905-1991)

Eugène Bozza
( photo X... )

Eugène Bozza est né à Nice le 4 avril 1905 d'une mère française et d'un père italien. On retrouve ses origines latines dans un bon nombre de ses œuvres : Rhapsodie niçoise pour violon et piano ou encore la Cantate du centenaire pour le rattachement de Nice à la France, 5 chansons niçoises, quelques Fantaisies italiennes"... Pourtant c'est aussi un homme du Nord avec son Chant de la mine en hommage aux "gueules noires" et au pays minier. L’œuvre que nous laisse Bozza est considérable et le premier catalogue qui est présenté ici n'a pour ambition de prétendre à l'exhaustivité, car j'ai repris des œuvres éditées et celles non éditées que sa femme a bien voulu mettre à disposition. On retrouve donc ici l'ensemble de sa carrière de 1923 à 1991. En 1923 on trouve éditée chez Senart, une œuvre au titre très romantique, Nocturne sur le lac du Bourget, pour violon et piano. Eugène Bozza a alors 19 ans et vient de commencer une carrière de violoniste concertiste international (il a obtenu son premier pris au Conservatoire de Paris en 1923 et il vient d’être engagé comme violon solo de l'orchestre Pasdeloup). C'est donc pour le violon que le jeune "Eugenio" écrit à l'époque. Sur les programmes des spectacles on découvre souvent, non sans un étonnement amusé, une œuvre de lui côtoyant Saint-Saëns, Beethoven, ou Pousseur. Le jeune homme sait ce qu'il veut et il étonne tout le monde quand, en 1930 à 25 ans, il décide d'abandonner sa carrière de violoniste. («En fait,» nous confie sa femme, «il était hanté par le trac.») En fait ce qui l'intéresse c'est d'écrire et de diriger. Il retourne au conservatoire où il obtient en 1931 son prix de direction suivi de celui de composition en 1934. La même année il obtient le premier grand prix de Rome avec sa cantate La légende de Roukmani, il part pour Rome pendant 5 ans, c'est la deuxième phase de sa carrière. A Rome, à la Villa Médicis, haut lieu de la culture et du rayonnement artistique, Bozza donne libre cours à son imagination. Il a le temps d'écrire et il apprend son métier en s'entourant d'artistes. Durant cette période, il aborde des œuvres importantes et l'on sent que l'artiste a muri ; on retrouve Inroduzione et toccata pour piano et orchestre (Eschig 1938) et surtout les Psaumes , toujours non édités, suite pour chœurs, orchestre, orgue et fanfare (1938). De retour en France, il est nommé en 1939 à l'Opéra-comique comme chef d'orchestre. La frénésie culturelle de la capitale, qui vit une période trouble, laisse peu de temps au compositeur mais occupe entièrement le chef d'orchestre. En 1950 il est nommé, provisoirement au départ, à Valenciennes avec une mission de réorganisation du Conservatoire. Il va trouver en cette ville une ambiance agréable, un orchestre de bon niveau, il va y rester jusqu'à sa mort en 1991. Cette troisième phase illustre la multiplicité des œuvres. Il compose entre 1950 et 1991 la majeure partie de son oeuvre : symphonie, oratorio, musique de chambre. Il a su mettre en avant les instruments à vent en écrivant de nombreuses œuvres. Aucun instrument n'est oublié. Aujourd'hui, qui n'a pas eu au moins une fois, au concours de fin d'année, une œuvre de lui! Ce souci pédagogique se traduit encore par les succès de ses études, les fameuses Etudes sur des modes karnatiques ou encore les Graphismes préparation à la lecture des graphismes contemporains. Bozza écrit encore pour ses professeurs ; Leduc édite en 1968 un morceau de trompette et piano, Frigariana, titre qui ne peut se savourer que lorsque l'on sait qu'il est dédié à Henri Frigard, professeur de trompette au conservatoire de Valenciennes...! Il prend sa retraite en 1975, il continue à écrire, cet aiguillon que seul l'artiste ressent et qui le piquera jusqu'à sa mort. Miné par une longue maladie, Bozza s'éteint le 28 septembre 1991 vers minuit ; au même moment la RTBF diffuse un enregistrement de son Scherzo pour quatuor à vent à la demande d'un amateur éclairé. Eugène Bozza le savait : il pouvait reposer en paix, sa musique l'accompagnait ; et pour reprendre un passage de l'apocalypse (un livre sacré qu'il gardait jalousement sur lui) : «Heureux les morts qui meurent désormais dans le seigneur. Oui, dit l'esprit, afin qu'ils se reposent de leurs travaux ; car leurs œuvres les suivent.» (Brahms, Ein Deutsches Requiem, 7, Selig die Toten).

Hervé Lussiez
Remerciement à M. Poinsignon.

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Une autre notice est également disponible dans la rubrique Obituaires.

Jean HUBEAU

Notice provisoire dans la section des obituaires.


1935

René CHALLAN (1910-1978)

René Challan
René Challan
( coll. Annie Challan )

Frère jumeau d’Henri Challan, lauréat du Prix de Rome en 1933, puis en 1936, René Challan sera également récompensé par cette même distinction comme nous allons le voir. Né le 12 décembre 1910 à Asnières (Hauts-de-Seine), dans la banlieue parisienne, René Challan perdit son père à l'âge de 3 ans : Emile Challan, né le 25 avril 1886 à Paris XVIe, alors 2ème classe au 309e Régiment d'Infanterie, périt en effet aux combats dès le début des hostilités, le 24 août 1914 à Wisembach (Vosges)... Après la guerre, René Challan effectua ses études musicales au CNSM de Paris, notamment auprès de Henri Busser, Jean et Noël Gallon. En 1934, il se présentait une première fois au Concours de Rome et remportait cette année un deuxième Second Grand Prix. A nouveau candidat l’année suivante avec la cantate Le château endormi, il décrochait cette fois-ci le Premier Grand Prix et partait au début de 1936 rejoindre la Villa Médicis afin d’y effectuer le traditionnel séjour. En mai 1939 René Challan réintégrait Paris, quelque mois à peine avant la déclaration de la guerre de 1939-1945.

René Challan
René Challan
( coll. Annie Challan )

L’essentiel de la carrière de René Challan a été consacré au disque, notamment comme directeur artistique de la section classique de la maison Pathé-Marconi entre 1949 et 1975. L’une de ses plus belles productions, projet auquel il tenait à cœur, fut l’enregistrement au début des années soixante-dix de l’intégrale de l’œuvre de Villa-Lobos par l’Orchestre national de la RTF, dirigé par le compositeur lui-même (10 disques 33 tours VSM C 153-14.090/99). Il n’a pas négligé pour autant la composition musicale et c’est ainsi qu’on lui est redevable d’un opéra-bouffe : Jorgen de Danemark, créé à Metz en 1960, trois Symphonies (1937, 1956 et 1961), dont la deuxième en fa majeur, op. 45 (Editions Transatlantiques), fut donnée au Châtelet de Paris en première audition le 1er février 1959 par les Concerts Colonne, sous la direction de Georges Tzipine, et à propos de laquelle la critique soulignait qu’écrite pour un orchestre volontairement réduit et construite dans la forme traditionnelle, cette symphonie est " dans l’esprit de l’auteur, accessible à la plupart des auditeurs ", six concertos : un Concerto pastoral pour piano et orchestre, op. 20 (1943), enregistré en janvier 1954 par Columbia (FCX 229) avec Samson François et Georges Tzipine, un Concerto pour saxophone (Paris, Leduc, 1944), un Concerto pour violon (Paris, Choudens, 1945), un Concerto grosso pour trois trompettes et timbales (1945) créé par Fernand Oubradous, un autre Concerto pour piano (Paris, Pathé-Marconi, 1954) donné en première audition par la Société des Concerts, le 3 mars 1957 au Théâtre des Champs-Elysées (Samson François, Georges Tzipine,) et un Concerto pour harpe (1956), une page pour quatuor de saxophones intitulée Jacasserie (Paris, Eschig), des Blasons du corps féminin et des mélodies parmi lesquelles : Dedans Paris, deux mélodies pour chant et piano, sur des paroles de Clément Marot (Paris, Eschig, 1938).

On doit également à René Challan quelques beaux enregistrements, notamment des Noëls variés de divers auteurs (PLM AST 1.002 - 25.134) avec l’Orchestre Colonne qu’il dirige et le baryton Michel Dens, ou encore en 1958 des " Chants patriotiques et cocardiers " (PLM 30.305), cette fois-ci à la tête de l’Orchestre du Conservatoire et à nouveau avec Michel Dens, et cette même année un autre disque (PAT CPTMT 130.517) avec l’Orchestre Colonne et les Chœurs Duclos sur le thème " Envoi de fleurs ", contenant des pièces charmantes de Goublier, Delmet ou Codini...

En 1937, René Challan épousait la fille aînée d'Armand Ziwès (1887-1962), alors Sous-Préfet de Bernay (Eure), avant d'être nommé Secrétaire général de la Gironde jusqu'en 1940, époque où il entra dans la Résistance. A la libération, il fut nommé Préfet du Gers (1945), Secrétaire général de la Préfecture de Police de Paris (1946), Préfet de Police (mars à mai 1947) et enfin Préfet de la Seine-et-Oise à Versailles (mai 1947 à mars 1950). Il avait débuté sa carrière dans l'enseignement, comme instituteur avant la guerre, puis professeur d'allemand et de musique (1918 à 1924), avant de bifurquer dans l'Administration. A sa retraite du corps préfectoral, il fut un temps Maire-adjoint du XVIIIe arrondissement de Paris (1950), directeur de cabinet du ministre André Le Troquer (1954) et président-directeur général de la Sofirad. Tout comme son confrère, le Préfet Louis Amade, il s'adonnait à la composition et à la littérature. On lui doit ainsi des recueils de chansons, des pièces pour piano, des romans historiques et policiers, des contes pour enfants, et un ouvrage intitulé Le jargon de Me François Villon, en collaboration avec Anne de Bercy (Paris, M. Puget, 1954, 2 vol. in-16) qui fut couronné par l'Académie Française.

Annie Challan. Cliquez pour voir la photo en plein format.
Annie Challan
( copyright Annie Challan, avec son aimable autorisation )

René Challan, père de la harpiste Annie Challan, s’est éteint à Nevers, le 4 août 1978. Née le 5 novembre 1940 à Toulouse, celle-ci a été l’élève de Lily Laskine et a obtenu à l’âge de 15 ans un 1er Prix de harpe au CNSM. L’année suivante, bien que toute jeune elle devenait harpe solo des Concerts Colonne et deux ans plus tard entrait à l’Orchestre de l’Opéra de Paris. C’est elle, en compagnie de Suzanne Cotelle, qui a formé le premier duo de harpes féminines. Avec celle-ci, elle a notamment enregistré chez Pathé-Marconi un Rondino de son père, et également des pièces originales de Daniel-Lesur (Elégie), Gabriel Pierné (Marche des petits soldats de plomb) ou encore de Francis Poulenc (Suite française). On lui doit plus tard la création d’un duo flûte et harpe avec Roger Bourdin. Pédagogue, elle a été nommée en 1971 professeur au CNR de Versailles et en 1976, directrice du Conservatoire municipal de Marly-le-Roi. Elle vient d'être récemment admise (2002) dans l'Ordre national du mérite, au grade de chevalier.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE



1936

Concours d'essai du Prix de Rome 1936, arrivée des candidats.
Château de Fontainebleau, 1936, concours d'essai au Prix de Rome, arrivée des candidats (30 avril) : de gauche à droite : Mlle Lucienne Pauly (future Mme Flipo), Victor Serventi, Abed (non candidat, 1er prix d'harmonie, élève de Busser, à la veille de partir fonder une École française à Constantinople), Henri Dutilleux (2e plan), Henri Challan, Gaston Litaize accompagné de sa femme (2e plan), Georges Friboulet, Marcel Stern (2e plan), Pierre Lantier (3e plan), Marcel Rémy, Mlle Paule Maurice
( Photo Agence Fulgur, Le Guide Musical, avril 1936, coll. D.H.M. )

Marcel STERN (1909-1989)

Le 22 mars 1939 à Paris, la Société Nationale donnait en première audition le Divestissement pour orchestre de Marcel Stern, en même temps d’ailleurs que le Prélude et Invention pour piano et petit orchestre d’Eugène Bozza, un autre tout jeune lauréat du Prix de Rome. Ce concert marquait les débuts d’une carrière de compositeur que Marcel Stern entreprit dès son retour de la Villa Médicis, tout en poursuivant également une brillante carrière de violoniste.

Marcel Stern vers 1929
Marcel Stern, vers 1929
( photo Walery, in la revue Les artistes d'aujourd'hui, 1929, coll. D.H.M. )

Né à Paris le 4 octobre 1909, Marcel Stern est entré très tôt au Conservatoire de musique et de déclamation de Paris (CNSMP), à l’époque où il était dirigé par Henri Rabaud. En 1935, il se présentait au concours de composition de l’Institut, autrement appelé Prix de Rome, mais le sujet imposé de la cantate : Le Château endormi ne l’inspira guère ! Il décrocha néanmoins un deuxième Second Grand Prix. Il se représentait l’année suivante et cette fois-ci la cantate Gisèle lui valut le Premier Grand Prix. De janvier 1937 à octobre 1938, il effectua le traditionnel séjour à la Villa Médicis comme pensionnaire du gouvernement, puis réintégra Paris. Quelques mois plus tard son Divertissement était joué en public, mais la guerre interrompit pour un certain temps l’essor d’une carrière qui s’annonçait de bonne augure. Les dramatiques événements de cette période lui inspirèrent une Symphonie " la Libération ", en mi (Choudens), qui fut créée à la Radio le 25 juin 1945, puis en public par les Concerts Colonne au Théâtre du Châtelet, le dimanche 14 mars 1948 à 17h.45. Lors de cette seconde audition l’orchestre était dirigé par Paul Paray et l’on pouvait également entendre trois autres œuvres majeures : le Concerto pour piano et orchestre de Prokofiev (piano : Lucette Descaves), La Valse de Maurice Ravel et L’Apprenti sorcier de Paul Dukas. Cette symphonie en mi, commencée dans la clandestinité et achevée peu après la Libération est de forme classique : ses trois mouvements sont : 1) - Maestoso, Moderato, Maestoso, où les deux thèmes sont exposés, le premier au rythme affirmé, et le second plus mélodique, 2) - Largo molto esprissivo, en si bémol mineur, conçu dans la forme A-B-A : les deux thèmes pleins de désespoir sont traversés par un troisième motif qui laisse apparaître une lueur d’espoir, 3) - Scherzo, dans la forme rondo de sonate, avec deux thèmes, en si. Elle était par la presse musicale qui soulignait plus particulièrement " l’émouvant Lento "...

Marcel Stern poursuivra ensuite une importante double carrière de compositeur et de violoniste. Parmi ses compositions, notons encore deux pièces pour flûte seule : Bucolique, Iberica (Durand, 1964) et surtout un admirable Concerto pour piano et orchestre (Choudens, 1968). Décédé le 2 août 1989 en Suisse, il a été inhumé au cimetière de Mougins (Alpes-Maritimes).

Si son œuvre est injustement oubliée, on peut néanmoins entendre de nos jours certaines de ses transcriptions, comme notamment celle pour violon et piano de la Rhapsodie roumaine n°1, op. 11, de Georges Enesco,. Elle sera d’ailleurs prochainement donnée le 22 janvier 2002 au Weill Recital Hall, dans la série " Musique de chambre ", par Mihai Craioveanu (violon) et Mansoon Han (piano), en même temps que la Sonate pour violon et piano de Ravel, celle en la majeur de Franck, et les variations sur " La dernière rose de l’été "  d’Ernst...

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

Henri CHALLAN (1910-1977)

Henri Challan
Henri Challan
Photo plus grande
(Coll. Mme Jacqueline Challan)

Henri CHALLAN (1910-1977) : élève de Jean Gallon et de Henri Busser au Conservatoire de Paris. 1er Second Grand Prix de Rome en 1936. Professeur d'harmonie au Conservatoire de Paris en 1936. Professeur d'harmonie au Centre National de Préparation au C.A.E.M. (Paris). Oeuvres : mélodies, Sonate pour violon et piano (éd. Leduc, 1936), Suite pour basson et piano (éd. Selmer, 1937), un quatuor à cordes, un quintette pour cordes et basson, une symphonie (éd. Durand, 1942), un concerto pour violon et diverses autres pièces pour orchestre. Très nombreux ouvrages didactiques. Henri Challan a fortement marqué tous ceux qui l'ont connu, et ses élèves conservent un souvenir impérissable de sa personne et de sa pédagogie.

M.B. (notice provisoire)



1937

Victor Serventi en 1973
Victor Serventi en 1973
( photo X..., coll. Mme Dominique Serventi ) DR
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Victor SERVENTI (1907-2000)

Le nom de Victor Serventi est attaché de nos jours à son Largo et scherzando, op. 44, pour contrebasse et piano. Cette œuvre, écrite en 1944 (Leduc), assurément la plus connue, est régulièrement donnée en concert de par le monde, et fait l’objet actuellement de deux enregistrements disponibles sur les marchés américain et anglais : CD Bluebell ABCD 018, Entcho Radoukanov, contrebasse, Ingrid Lindgren, piano (1993) et allemand : CD RCLCDS 104, Gerd Reinke, contrebasse, Noriko Shimizu, piano.

Né le 23 juin 1907 à Alger, Victor Serventi entre au Conservatoire de musique de Paris en novembre 1921, dans la classe de piano préparatoire de M. Morpain. Deux années plus tard, après avoir obtenu une 1ère médaille de solfège et une 1ère médaille de piano, il rejoint la classe de piano supérieure de Lazare Lévy, d’où il ressort en 1928 avec un 1er prix. Il entre alors cette même année dans la classe d’harmonie de Jean Gallon (1er prix en 1933), puis dans celle de composition de Busser et de contrepoint et fugue de Noël Gallon ( 2ème accessit de fugue en 1935, 2ème prix de composition en 1937)1. Parallèlement, à partir de 1934 il se présente à plusieurs reprises au Concours de Rome et en 1937, sa cantate La Belle et la Bête lui vaut le Premier Grand Prix. Il part alors à la Villa Médicis pour y effectuer le traditionnel séjour, mais celui-ci est interrompu par la guerre.

A partir du 1er octobre 1943 Victor Serventi est nommé professeur de rôles au Conservatoire National Supérieur de Musique, poste qu’il occupe durant plus de trente ans jusqu’à sa retraite arrivée le 30 septembre 1977. Simultanément, et durant la même période, il est chef de chant à l’Opéra de Paris.

Retiré dans le Val-d'Oise, où il habitait depuis longtemps, il y est mort le 16 mars 2000 à Margency. Il était marié à la cantatrice Suzanne Juyol, née le 1er janvier 1920 à Paris, décédée le 20 juillet 1994 à Margency également. Considérée comme l'une des plus grandes mezzo-sopranos de sa génération, elle avait fait ses études musicales au Conservatoire de Paris, avant de débuter le 14 mars 1942 à l'Opéra dans le rôle de Margared du Roi d'Ys de Lalo. On la verra plus tard se produire avec succès dans Faust, La Flûte enchantée, La Walkyrie, Siegfried, Carmen, La Tosca, Werther... Sa voix large lui permettait de chanter des rôles réclamant une tessiture plus élevée de soprano lyrique comme Marguerite dans Faust. A l'âge de 40 ans, après s'être produite avec succès au Palais Garnier, à la Salle Favart, à Monte-Carlo, Berlin, ainsi qu'en Belgique, Suisse, Espagne et dans la plupart des grands théâtres de province, elle se retire en pleine gloire. Son enregistrement historique en 1948 de Werther (Charlotte), avec Georges Noré (Werther), les Chœurs et Orchestre Radio-Lyrique sous la direction de Jules Gressier a été réédité en 2000 par Malibran.

Victor Serventi est l’auteur de plusieurs compositions, mais en dehors de son opus 44, on connaît seulement de lui des Variations sur une complainte corse pour piano (1938, Eschig), une Suite pour piano (1942, Eschig) et des Variations pour clarinette et piano (1956, Leduc).

D.H.M.

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1) Nous sommes redevable à Mlle Sophie Toutee, de la bibliothèque du CNSM de Paris, des détails concernant les études de Victor Serventi dans ce vénérable établissement. Nous lui en sommes reconnaissant. [ Retour ]


Prix de Rome 1936, concours d'essai au château de Fontainebleau.
Château de Fontainebleau, 1936, concours d'essai au Prix de Rome, premier repas en commun (30 avril) : assis autour de la table, de gauche à droite : Abed (non candidat, 1er prix d'harmonie, élève de Busser, à la veille de partir fonder une École française à Constantinople), Pierre Maillard-Verger, Marcel Stern, Mlle Paule Maurice, Pierre Lantier, Henri Dutilleux, Gaston Litaize et sa femme qui l'accompagne, Jean-Jacques Grunenwald, Henri Challan, Victor Serventi (de dos), Michel Boulnois (de dos) et Marcel Rémy (de dos).
( Photo Agence Fulgur, Le Guide Musical, avril 1936, coll. D.H.M. )


LE METIER DE L'OMBRE

Quel spectateur d'une représentation d'opéra a consciemment adressé une part de ses applaudissements au chef de chant?

Chef de chant, c'est un terme assez vague, compris de bien peu de personnes ; même ceux qui en font métier ne se sont peut-être pas toujours posé la question de savoir ce qu'il recouvrait. Un terme tellement vague qu'il m'est arrivé de trouver sur ma feuille d'impôts la mention " chef de chantier ". Et finalement, une partition, c'est aussi un chantier — à rebours ; il faut faire le chemin inverse de celui qu'a suivi le compositeur dans la construction, l'élaboration de l'œuvre.

La responsabilité du chef de chant déborde largement la préparation directe et immédiate de l'ouvrage qui va être monté. Son travail intéresse la pièce toute entière. Un chanteur ne peut aborder un rôle sans avoir approfondi le texte, littéraire et musical, sur tous les plans. Il n'est pas toujours facile de faire dépasser aux chanteurs la barrière de la note, du signe conventionnel, de lui faire comprendre qu'une croche pointée plus une double croche peuvent avoir des significations fort différentes selon la situation, le personnage, l'esprit, humoristique, dramatique, poétique. Autrement, on reste dans le solfège ; et nombreux sont les chanteurs, car ils viennent souvent tard à la musique, qui ont du mal à aller au-delà.

La tâche du chef de chant est délicate ; elle demande surtout du temps, ce temps qui n'est pratiquement jamais accordé. D'abord le temps suffisant pour approfondir soi-même la partition, surtout lorsqu'il s'agit d'une œuvre nouvelle, pour percevoir les rythmes, les grandes courbes, dont vit toute musique, avec son départ, son épanouissement, son aboutissement. Là, l'autorité du chef de chant doit se manifester : l'autorité morale, la conviction, la persuasion, particulièrement avec les chanteurs les plus célèbres, trop souvent sûrs de détenir la vérité, et qui ne prennent plus le temps de retrouver le chemin du texte. Au fond, nous préparons les artistes à pouvoir faire ce que leur demandera le chef d'orchestre, le metteur en scène. Et c'est là le point crucial. Le chef de chant apparaît comme la cheville ouvrière du spectacle ; il devrait être intimement associé au chef d'orchestre. Malheureusement, cela reste, aujourd'hui encore, en France, un idéal très rarement atteint. Trop souvent, le chef de chant travaille entièrement seul, face à ses responsabilités, qu'il prend ou non. Et lorsque le chef d'orchestre arrive, à la fin, il détruit et annihile fréquemment ce travail préliminaire qui recherchait une certaine vérité.

Le vrai chef de chant n'existe plus en France ; c'est un métier parfaitement dévalué. Trop souvent, on lui demande de faire des travaux qui ne le concernent pas vraiment : rideaux, éclairages... Nous devrions prendre exemple sur certains pays étrangers où il est véritablement l'assistant du chef d'orchestre. Je me souviens du chef de chant qui travaillait avec Knappertsbusch : il se tenait dans la salle pendant les répétitions d'orchestre pour évaluer le " dosage " sonore, prenant la baguette lorsque Knappertsbusch voulait se rendre compte par lui-même. Le chef de chant devrait aussi pouvoir intervenir quant au choix des chanteurs. Il doit savoir ce qu'il est possible de leur demander tout de suite ou plus tard. Un conseiller, un guide en quelque sorte.

Comment devient-on chef de chant? Par hasard, par une rencontre, un avis de concours, après des études musicales solides (j'ai d'abord eu mon Prix de Rome). D'ailleurs, il n'existe aucune préparation spéciale pour ce métier, trop souvent confondu avec celui d'accompagnateur. Il ne s'apprend bien que " sur le tas ", dans un théâtre ; et il faut une dizaine d'années pour devenir un véritable professionnel. Les qualités requises? D'abord le sens de l'orchestre (il faut pouvoir restituer, au piano, l'esprit de l'orchestration), et puis un répertoire le plus vaste possible. Mais surtout, posséder l'instinct du chant, connaître les chanteurs et les aimer.

Notre travail est souvent abstrait, mais il fait toujours appel à la sensibilité, aux rapports humains, à la compréhension du texte musical et des interprètes. Nous devons réussir à faire faire à d'autres le travail personnel que nous avons réalisé au préalable. Finalement, le rôle du chef de chant, s'il est très important dans la pratique, exige aussi un grand esprit d'abnégation et beaucoup d'effacement et le tempérament nécessaire pour supporter tout cela. Nous mettons, chaque jour, dans notre travail tout ce que nous sommes, sans aucun espoir de recevoir jamais l'équivalent en retour. C'est un métier qu'il est impossible de faire si on ne l'aime pas. Finalement, après trente-deux ans de carrière, j'ai oublié les souvenirs douloureux : les désillusions, les impatiences, les découragements passagers s'estompent pour ne laisser la place qu'aux moments merveilleux : ceux où j'ai participé à la préparation de Pénélope, d'Ariane et Barbe-Bleue et aussi de Wozzeck, avec Boulez, un des très grands moments de l'Opéra de Paris.

Victor Serventi
(in Panorama de la musique,
n° 11, janvier-février 1976, p. 46)



Paule Maurice
Paule Maurice (1910-1967)
( Photo Anthony's, Paris, collection Bernard Lantier )
Pierre Lantier
Pierre Lantier
( photo Harcourt, Paris, collection Bernard Lantier )
Pierre LANTIER (1910-1998)

Au début du mois d'avril 1998 nous avons appris le décès de Pierre LANTIER, l'un des derniers représentants de cette race de musiciens en voie de disparition, à ce point si discret qu'il ne figure dans aucun dictionnaire de musique ! Il faut dire que nul n'est prophète dans son pays, même si l'on est Prix de Rome (1937) et excellent compositeur. Car Pierre Lantier était en effet un grand monsieur de la musique. Né le 30 avril 1910 à Marseille, après avoir fréquenté le CNSM, où il eut pour maître Henri Busser, André Bloch, Georges Caussade et Philippe Gaubert, sans cesser d'écrire de la musique, il s'était spécialisé dans l'enseignement (harmonie) et était rapidement devenu un excellent pédagogue aussi bien au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris qu'à l'Ecole normale de musique. Il est à l'origine de la fondation du Concours international d'interprétation Pierre-Lantier. Membre de la SACEM et de la Fondation de France, c'est à Ollioules (Var), à l'âge de 88 ans qu'il s'en est allé le 4 avril 1998, laissant derrière lui une œuvre fort riche à découvrir, tels son admirable Requiem composé en 1969 et sa musique de chambre. Il a ainsi rejoint sa femme, Paule MAURICE, elle-même remarquable professeur d'harmonie, avec laquelle il avait écrit un excellent traité d'harmonie adopté par la plupart des Ecoles et Conservatoires de musique. Elève de Busser, concurrente malchanceuse au Prix de Rome durant les années trente, Paule Maurice est également l'auteur de pages de musique de chambre, dont une suite pour saxophone et piano, Tableaux de Provence, devenue un classique du genre, et une Symphonie qui lui valut un prix de composition en 1939 accompagné des plus vives félicitations du jury.

D.H.M.



1938

Langlais, Dutilleux, Messiaen, Litaize (1982) - © Claude Hilger, avec son aimable autorisation
Henri Dutilleux en conversation avec Jean Langlais (à gauche) et Gaston Litaize (à droite). En arrière plan : Olivier Messiaen. 1982, cérémonie remise de la Légion d'honneur au grade de commandeur
( © Claude Hilger, avec son aimable autorisation )
Henri DUTILLEUX (1916-2013)

Originaire de Douai (Nord), au cours de la guerre de 14/18 et durant trois années la famille Dutilleux se réfugie à Angers (Maine-et-Loire) est c'est là que naît Henri le 22 janvier 1916 pendant que son père est en train de se battre à Verdun. Celui-ci, Paul Dutilleux (1881-1965), est imprimeur ; sa mère, née Thérèse Koszul (1881-1948) est la fille de Julien Koszul (1844-1927), d'origine polonaise. Ancien élève de l'Ecole Niedermeyer à Paris (1861-1864), il est organiste à Roubaix (Notre-Dame, puis Saint-Martin) et directeur du Conservatoire de cette ville (1889-1921). Lié d'amitié avec Fauré et Saint-Saëns, il compte notamment parmi ses élèves Albert Roussel et est l'auteur de plusieurs compositions. Paul Dutilleux et Thérèse Koszul sont eux-mêmes de bons musiciens amateurs et interprétent chaque semaine des sonates pour violon et piano de Debussy, Pierné et Franck, en jouant également en formation de quatuor avec des amis. Bien que son père souhaite qu'Henri apprenne le violon, celui-ci se tourne plutôt vers le piano, tout en s'intéressant à la peinture : son bisaïeul paternel Constant Dutilleux (1807-1865), peintre et imprimeur-lithographe établi à Arras, ami de Corot, avait été choisi par Delacroix pour exécuteur testamentaire. C'est pour cette raison, comme va le déclarer plus tard notre compositeur (in Le Figaro, 9.XII.1991) qu'il a tout de suite perçu la parenté entre musique contemporaine et art abstrait.

Revenu en 1919 à Douai après la guerre, Henri Dutilleux fréquente les Institutions Sainte-Clotilde puis Saint-Jean et le Lycée de garçons, tout en entamant à partir de 1924 des études musicales au Conservatoire de cette ville sous la direction de Victor Gallois, qui comptera également pour élèves Georges Prêtre (chef d'orchestre), Claudine Collart (soprano), Michel Warlop (violoniste de jazz) et Pierre Codée (violoncelliste). Après avoir « apprécié l'exceptionnelle qualité d'enseignement de Victor Gallois » qui lui a fait travailler l'harmonie et le contrepoint, en 1933 à l'âge de 17 ans, il est admis au Conservatoire de Paris. Dans cet établissement alors dirigé par Henri Rabaud, il fréquente tout d'abord les classes d'harmonie de Jean Gallon et de fugue de Noël Gallon où il obtient respectivement en 1935 et en 1936 un 1er Prix, puis celles d'Histoire de la musique de Maurice Emmanuel, de direction d'orchestre de Philippe Gaubert et de composition de Henri Busser qui le mène au Concours du Prix de Rome. Sa première tentative en 1936, lui vaut un 2ème second Grand Prix avec la cantate Gisèle de Mlle Marie Maindron, mais l'année suivante bien qu'admis au concours définitif, il n'est pas primé (cantate La Belle et la Bête de Mme Claude Orly). En 1938, l'année d'obtention d'un 2e Prix de composition dans la classe de Busser, sa troisième tentative au Prix de Rome est couronnée de succès : 1er Grand Prix avec la cantate L'Anneau du Roi de Mme Elise Vollène. Le journal musical Le Ménestrel écrit à propos de l'audition de cette œuvre le 2 juillet de cette même année à l'Académie des Beaux-Arts :

Le Premier Grand-Prix fut donc décerné à M. Henri Dutilleux, né à Angers le 24 janvier 1916, Deuxième Second Grand Prix en 1936, élève de M. Henri Busser. Sa composition, exécutée par Mlles Germaine Hoerner, Irène Joachim et M. Charles Panzéra, avec, au piano, Mlles Valérie Hamilton et Jacqueline Pangnier, témoigne de qualités réelles, d'abord par l'équilibre heureux, normal, des voix des trois personnages (soprano lyrique, soprano léger, baryton) qu'adoptèrent également ses camarades, sauf M. Lavagne et Mlle Pradelle, qui confièrent le rôle de Salomon à un ténor. L'œuvre commence fort bien : prélude fluide, voluptueux, coloré avec l'aide d'une adroite vocalise, caractères des personnages bien posés, diction simple et juste, avec un sens mélodique certain, commentaire symphonique bien conçu pour l'orchestre et non en fonction du piano, duo intervenant très opportunément au moment pathétique où la Reine cherche à obtenir l'anneau.

En 1936, lors de l'audition de sa cantate Gisèle, ce même journal écrivait :

M. Henri Dutilleux, né à Angers le 24 janvier 1916, élève de M. Henri Busser, qui concourait pour la première fois et était le benjamin de l'épreuve, a obtenu le Deuxième Second Grand-Prix. Sa cantate, (interprétée par Mlle Drouot, MM. Charles Paul et Prigent, avec au piano, Mlles Valérie Hamilton et Pangnier), se distingua par un ensemble de détails d'une séduction extrême : le début vaporeux, enveloppé d'arpèges irisés, la distinction des thèmes, la délicatesse et l'ingéniosité des successions harmoniques qui prolongent le second duo, l'attendrissement discret, mais pénétrant, qui se dégage çà et là, font pressentir une jolie nature de musicien, qui n'a pas absolument répondu cette fois à l'objet du concours.

Le 25 janvier 1939, Henri Dutilleux arrive à la Villa Médicis afin d'y effectuer le traditionnel séjour de trois années réservé aux Premiers Grands Prix de Rome, mais quelques mois plus tard en août, à la déclaration de la guerre, il est mobilisé comme brancardier dans une base aérienne près de Paris, où il peut encore assister aux manifestations musicales qui continuent dans la capitale. Démobilisé en 1940, l'année suivante il peut terminer son séjour à l'Académie de France, non pas à la la Villa Médicis que Mussolini a confisqué, mais à la Villa Il Paradisio de Nice, où elle avait choisi de se réfugier durant les années de guerre. Située dans le quartier de Cimiez et construite à la fin du XIXe siècle par l'architecte Constantin Scala pour la baronne Hélène de Zuylen de Nyevelt de Haar (née de Rotschild), elle accueillera plus tard (1949) le Conservatoire de musique de Nice jusqu'en 2006 et de nos jours est occupée par la Direction centrale de l'Education de la Ville de Nice. C'est ainsi que de Dutilleux termine à Nice le séjour réservé des Grands Prix de Rome, aux côtés notamment de Pierre Maillard-Verger, qu'il quitte le 30 avril 1942. De retour à Paris, cette même année il est nommé directeur de chant à l'Opéra de Paris, puis entre à la Radiodiffusion française (1943-1944) avant d'y devenir directeur des illustrations musicales (1945-1963). C'est grâce à cette fonction qui lui donne la possibilité de commander des œuvres à des compositeurs contemporains d'esthétiques les plus variées, qu'il va garder sa vie durant une large ouverture d'esprit refusant d'appartenir à une quelconque chapelle. C'est ainsi qu'il put connaître et apprécier Berg et le dodécaphonisme, sans en adopter l'écriture, et qu'il était un grand admirateur de Charles Trenet, Jacques Brel, Georges Brassens... ainsi que Higelin, Souchon et Gainsbourg et pour le jazz, Sarah Vaughan, Billie Holliday et Ella Fitzgerald ! Entre temps, il épouse en 1946 la pianiste Geneviève Joy (1919-1979) qu'il avait connue lors de ses études au Conservatoire de Paris.

Sa première œuvre jouée à Paris en 1941 par l'Orchestre Pasdeloup dirigé par Delvincourt, est une Sarabande pour grand orchestre, puis ce sera la création par Charles Panzéra à la Société des Concerts du Conservatoire de ses Quatre mélodies pour chant et piano (décembre 1943) et l'année suivante la composition de La Geôle pour chant et orchestre, sur un sonnet de Jean Cassou. Mais c'est en 1948, avec sa Sonate pour piano composée pour sa femme qui la crée à la Société Nationale de Musique, qu'il trouve son véritable langage caractérisé par une musique « organique, en filigrane » avec une « clarté poétique » comme il la définit lui-même. A son propos, Bernard Gavoty, alias Clarendon, écrit dans Le Figaro : « Il semble que Dutilleux à la tête solide et française, la facture précise et poétique de l'auteur de Daphnis [Ravel]. Je le crois parti pour aller loin. » En 1951, c'est une 1ère Symphonie qui voit le jour, créée par Roger Désormière à la tête de l'Orchestre National, suivie d'un ballet Le Loup en 1953 pour la Compagnie Roland Petit. Sa 2ème Symphonie dite « Le Double » (1959), commandée par la Fondation Koussevitski, sera jouée en première audition mondiale (11 décembre) par Charles Münch à Boston (USA) et en France, en septembre 1960 au Festival de Besançon. Lors de cette dernière, on pourra lire dans la presse que « on pénètre dans l'oeuvre de Dutilleux comme dans un univers enchanté, par la porte du rêve » (Clarendon). Rapidement imposé comme l'un des compositeurs les plus marquants de sa génération, il conquiert une renommée internationale, malgré une tendance à la timidité et la discrétion ; il enseigne la composition à l'Ecole Normale Supérieure de Musique de Paris de 1961 à 1973 et durant une année au Conservatoire (1970-1971). Mais c'est dans la composition que Dutilleux s'épanouit et recueille l'unanimité sur son nom, se refusant à appartenir à aucune école. Son œuvre, assez peu abondante, montre beaucoup de rigueur tout en évoluant au fil des années. C'est ainsi qu'on lui doit, entre autres et encore une page pour orchestre Les Métaboles, composée de cinq pièces : Incantatoire, Linéaire, Obsessionnel, Torpide, Flamboyant, commandée par l’Orchestre de Cleveland et créée par Georges Szell le 14 janvier 1965, puis un Concerto pour violoncelle et orchestre intitulé Tout un monde lointain que lui demande Mstislav Rostropovitch (création le 25 juillet 1970 au Festival d'Aix-en-Provence avec l'Orchestre de Paris, sous la direction de Serge Baudot) :

Dès les premières mesures, on aborde un continent enchanté, féerique, dont le charme insaisissable naît d'une intuition de poète, et non plus d'un calcul par ordinateur. A-t-on raison de dire que l'œuvre s'inspire de Baudelaire ? Mieux vaut croire que Dutilleux, amoureux des « Fleurs du mal » et des « Poèmes en prose », en a traduit, grâce à une alchimie qui lui est naturelle, la sensualité triste, la résonance d'au-delà. Comment cela ? C'est son secret, sachons-lui gré de ne pas nous donner sa recette, comme tant de ses naïfs contemporains, et suivons les méandres de son rêve, pilotés par Rostropovitch qui épouse les songes capricieux de l'auteur au point de nous faire croire que ce sont les siens propres.(Le Figaro, 21 octobre 1974)

Vont suivre, toujours pour orchestre, Timbres, Espace, Mouvement ou «  La Nuit étoilée » (commande du National Symphony Orchestra de Washington et de son chef Mstislav Rostropovitch qui créent cette oeuvre le 7 novembre1978) et un Concerto pour violon « L'Arbre des songes » (1983) dédié à Isaac Stern (commande de Radio-France, 1ére audition le 5 novembre 1985 au Théâtre des Champs-Elysées avec l'Orchestre National de France dirigé par Lorin Maazel.) Au cours des années 1970, Henri Dutilleux se tourne vers la musique de chambre ou du moins plus précisément revient à ses premières amours, puisqu'au début de sa carrière de compositeur il avait écrit plusieurs œuvres pour ce genre de formation, notamment Sarabande et cortège (basson et piano, 1942), Sonatine pour flûte et piano (1943), Sonate pour hautbois et piano (1947), Choral, cadence et fugato pour trombone et piano (1950). C'est ainsi qu'on lui doit principalement un quatuor à cordes « Ainsi la nuit » terminé en 1977 (commande de la Fondation Koussevitzki) et créé à Paris par le Quatuor Parrenin le 6 janvier 1977, Trois Strophes sur le nom de Sacher pour violoncelle (commande de Mstislav Rostropovitch pour le 70e anniversaire en 1976 du chef d'orchestre suisse Paul Sacher) et une partition intitulée For Aldeburgh 85 pour clavecin, hautbois, contrebasse et percussions (1985) écrite pour le Festival d'Aldeburgh, suivie par un second volet From Jannequin to Jehan Alain pour la même formation, qui portent également pour nom Les Citations 1 et Citations 2. Ainsi que le souligne Adélaïde de Place (1989), « l'oeuvre de Dutilleux est celle d'un perfectionniste » et Gavoty (1951) « comme Duruflé, comme Gallois-Montbrun, Dutilleux est un musicien qui produit assez peu, mais qui ne parle jamais pour ne rien dire », sans doute est-ce pour ces raisons qu'il ne laisse qu'une quinzaine d'oeuvres qu'il juge lui-même importantes, citées dans ces lignes et qui lui ont valu dès 1967 le Grand Prix National de la Musique délivré par le Ministère des Affaires culturelles, avec, pour ces dernières années, Mystères de l'instant pour 24 cordes, cymbalum et percussions (créé en 1989 à Zurich, commande de Paul de Sacher), The Shadows of time, pour orchestre et voix d'enfants (création en 1997 par Seiji Ozawa), Sur un même accord, nocturne pour violon et orchestre (2001, à la demande d'Anne-Sophie Mutter), Correspondances pour soprano et orchestre (2003), pour la soprano Dawn Upshaw qui en assure la création à Berlin, sous la direction de Simon Rattle, et 1ère en France le 16 septembre 2004 au Théâtre des Champs-Elysées avec la soprano canadienne Barbara Hannigan et l'Orchestre National sous la direction de Kurt Masur et sa dernière œuvre Le Temps l'horloge, cycle vocal dédié à Renée Fleming et Seiji Ozawa, créé le 6 septembre 2007 au Japon par Ozawa et à Paris le 7 mai 2009.

Ajoutons enfin qu'il a composé également des pièces pour piano (Au gré des ondes, Blackbird, Figures de Résonnances, Jardin d'enfant, 3 Préludes....), de la musique pour le théâtre : Les Hauts de Hurlevents (1945), La Princesse d'Elide de Molière (1946), Monsieur de Pourceaugnac de Molière (1948), Hernani de Victor Hugo (1952) ; pour la radio : Le Général Dourakine, Le Roman de Renart, Numance, Petite lumière et l'ours ; pour le cinéma et la télévision : La Fille du Diable d'Henri Decoin (1945), Le Café du Cadran de Jean Gehret (1946), Six heures à perdre d'Alex Joffé et Jean Levitte (1946), Le Crime des Justes de Jean Gehret (1948), L'Amour d'une femme de Jean Grémillon (1953) et Les Forces du stade (court-métrage documentaire) de Marcel Martin (1942).

Henri Dutilleux est décédé à Paris le 22 mai 2013, la cérémonie religieuse de ses obsèques a eu lieu le lundi 27 mai à 10h30 en l'église Saint-Louis-en-l'Ile de Paris. Le 29 janvier 2005, il avait reçu le prestigieux Prix Ernst von Siemens et était Grand-Croix de la Légion d'honneur (2004) . Avec cette disparition, nous perdons-là une figure marquante de la musique du XXe siècle, digne héritier d'un Debussy et d'un Ravel.

Denis Havard de la Montagne

André LAVAGNE (1913-2014)

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André Lavagne
( 1993, collection André Lavagne )  Cliquez pour consulter les grands formats

Doyen des lauréats du Prix de Rome de composition musicale, André Lavagne est un musicien bien représentatif de la tradition fauréenne à laquelle il se rattache par ses compositions : équilibre du discours, recherche de la nuance, raffinement et même parfois pudeur. Son Concerto romantique pour violoncelle et orchestre (P. Noël/Billaudot, 1942), créé et enregistré par Paul Tortelier, sous la direction d’Eugène Bigot à la tête de l’Orchestre Lamoureux, illustre bien cette tendance.

Né à Paris le 12 juillet 1913, André Lavagne reçoit ses premières leçons de musique de la part de son père, Edmond Lavagne. Né en 1880, compositeur, pianiste et professeur de musique dans les écoles de la ville de Paris, on doit notamment à ce dernier, en collaboration avec Georges van Parys et Philippe Parès, l’illustration musicale du film muet de Jacques Baroncelli, La Femme et le Pantin (1928), d’après le roman de Pierre Louÿs1. Sa mère, Renée Gavioli, également musicienne, enseignait le violon. Tous deux organisaient des concerts de musique de chambre, principalement des quatuors avec piano . Pour l'alto et le violoncelle, ils faisaient appel à des professionnels, parmi lesquels figurait l'altiste Eugène Bigot, qui deviendra plus tard le grand chef d'orchestre que l'on connaît. Toute la petite enfance d'André Lavagne fut ainsi bercé par le 1er Quatuor de Fauré !

Après des études générales (latin, grec) effectuées au Lycée Charlemagne, André Lavagne entre au Conservatoire de Paris dans la classe de piano d'Isidore Philipp. Il sera d'ailleurs son dernier 1er prix avant la retraite. Il fréquente également les classes de fugue de Noël Gallon, et de composition de Roger-Ducasse. C’est ce dernier, élève et disciple de Fauré, auteur d’une œuvre de longue haleine et auquel son maître lui confia un jour la réduction pour le piano de son Requiem, qui influence André Lavagne dans sa philosophie musicale : clarté dans l’écriture, liberté dans l’expression, style volontairement dépouillé. Premier prix de piano (1933), puis de fugue et enfin de composition, André Lavagne remporte le premier Second Grand Prix de Rome en 1938 pour sa cantate L’Anneau du roi, écrite sur un texte d’Elise Vollène.

Professeur dès 1935, puis Inspecteur (1941) de l’enseignement musical dans les écoles de la Ville de Paris durant de longues années, secrétaire général de la S.A.C.E.M. (octobre 1942), directeur général de la musique dans les Maisons d’éducation de la Légion d’honneur depuis 1964, où il organisait tous les ans un grand concert avec chœurs, soli et orchestre auquel assista notamment à 14 reprises François Mitterand, vice-président des " Amis du musée de la légion d’honneur ", chroniqueur musical au " Figaro " (1956), et au journal " Rhône-Alpes " (1976), André Lavagne n’a cependant jamais cessé de s’adonner à la composition. Ses premières œuvres datent d’ailleurs de 1928, alors qu’il était âgé de 15 ans !, et peuvent être classées en quatre genres principaux : musique de scène, musique pour orchestre, pièces pour piano, mélodies et chœurs.

Dans le premier genre on relève les opéras Comme ils s’aiment, opéra-comique en 2 actes2 inspiré par " Les petites misères de la vie conjugale " de Balzac, sur un livret de Marcel Belvianes (Heugel, 1939), représenté à l’Opéra-Comique en 1941 sous la direction d'Eugène Bigot, et Corinne (non édité), représenté à Enghien-les-Bains en 1956 ; les ballets Le pauvre jongleur, créé à Paris en 1940 (non édité), et Kermesse, sur un livret de Constantin Tcherkas (P. Noël/Billaudot, 1943), créé à l’Opéra-Comique en 1943, sous la direction d'Eugène Bigot.

Sa musique pour orchestre comporte quelques pièces de grande envergure faisant parfois appel aux voix : Concert dans un parc pour piano et orchestre (P. Noël/Billaudot, 1938), d’après le tableau de Wateau, interprété notamment par Nikita Magaloff, Reine Gianoli, Jean Hubeau, Lucette Descaves et Aline van Barentzen, Endymion (poème symphonique, Josette France), Nox, poème symphonique pour voix et orchestre, sur un poème de Leconte de Lisle, donné en première audition le 5 mars 1938 par l'Association des Concerts Lamoureux, à la Salle Gaveau, par Ariane Herbin et Eugène Bigot (P. Noël, 1942), et enregistré en février 1943 par les mêmes Orchestre Lamoureux et Eugène Bigot, avec Jeanine Micheau, Spectacle rassurant pour voix et orchestre, Poème d’Adonis (Billaudot), Psaume 41 pour soprano, chœur mixte et orchestre (Billaudot, 1962), commandé par les Pères de l'Oratoire à l'occasion du tricentenaire de la mort de Pascal, donné en première audition, sous la direction du R.P. Emile Martin en l'église Saint-Eustache de Paris, en présence des membres de l'ordre de Malte, de l'ordre du Saint-Sépulcre, et de l'Académie Française, Vision de la 4e églogue, pour 19 cordes (Billaudot)... Il faut mentionner ici sa douzaine de partitions de films, écrites entre 1943 et 1960 pour illustrer des documentaires et quelques longs-métrages : Au pays où fleurit l'oranger de Jean Mineur (1943), Féries nocturnes de Paul de Roubaix (1943), Les tous petits de la ferme de Marc de Gastyne (1947), Un chien et Madame de Marcel Martin (1949), Au fil de la Charente de Marc Magnien (1950), L'amour maternel chez les animaux de Jean Mineur (1950), Dakar, escale atlantique de Jean-Jacques Méhu (1951), Un amour de parapluie de Jean Laviron, avec Louis de Funès (1951), Dernières fumées d'Albert Guyot (1956), La guêpe maçonne d'André Stenner (1958), Aventure à Alger de Jacques Chabanne (1960).

Les nombreuses pages pour le piano composées par André Lavagne sont toutes charmantes : on y trouve notamment une Etude baroque : grande étude de concert pour piano (Chapell, 1971), donnée en première audition par Aldo Ciccolini à la télévision, une Valse Caprice composée à la demande de Jeanne-Marie Darré (P. Noël, 1947), Trois préludes (Rouart), et toute une série de morceaux aux noms évocateurs, édités en 1947 chez P. Noël (Billaudot) sous le titre de Boîte de couleurs, où l’auteur s’est efforcé de traduire en musique les couleurs qui portent d’ailleurs déjà en elles une certaine poésie, une certaine expression, une certaine évocation : Arc-en-ciel, Blanc d’azur, Cadmium orangé, Carmin, Indigo, Laque violette, Mauve, Ocre jaune, Pervenche, Pourpre violette, Terre de Sienne, Vert émeraude....

On retrouve dans la production de musique vocale d’André Lavagne ce style volontairement dépouillé, sobre mais profondément équilibré et nuancé, dans la plus pure tradition française. Parmi ses mélodies pour chant et piano, et ses chœurs mentionnons les quelques pages suivantes : Le Jour (3 voix, Salabert), La nuit blanche (chant et piano, Billaudot), Trois mélodies sur des poèmes de Ronsard (id.), Aveu (chant et piano, paroles de Chaumont, Salabert), Sincérité (id.), Jeunesse (id.), Nullina (chant et piano, paroles de Lodovici, traduction de Bernard, Salabert)...

N’oublions pas également de citer ici son Concerto pour la Veillée Pascale, écrit pour orgue avec quintette de cuivres, timbales et chœurs (1967, commande des Pères de l'Oratoire), crée par Jean Guillou à Saint-Eustache sous la direction du R.P. Emile Martin. Ce concerto en 3 mouvements suit la liturgie : 1er mouvement : bénédiction du feu, 2e mouvement : bénédiction de l'eau, 3e mouvement : intervention des chœurs qui chantent le « Lumen Christi ». On doit également à André Lavagne une monographie sur Chopin (Paris, Hachette, 1969, Classiques Hachette de la musique, 96 p.) et un excellent recueil de ses articles du Figaro publiés entre 1958 et 1968, intitulé La semaine du mélomane, des idées remises en cause (Paris, Genève, La Palatine, 1969, 253 p.)

Commandeur de la Légion d’honneur, retraité depuis bien des années dans son appartement parisien, André Lavagne ne reste pas moins très actif à la veille de ses 100 ans. Son âge vénérable ne l’empêche nullement de s’occuper avec zèle, encore récemment, de la musique dans les Maisons d’éducation de la Légion d’honneur, dont, rappelons-le, il assure la charge de directeur général de la musique depuis 1964. Bel exemple d’une verte et juvénile vieillesse, d’un éternel enthousiasme, à l’instar d’un Henri Busser mort centenaire, qui à plus de 95 ans composait encore, notamment un Magnificat pour soli, chœur et orgue, op. 125 ! André Lavagne pourrait faire sienne la devise adoptée par ce dernier : " Musica me juvat, me delectat " [La musique me réjouit et me charme] !

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE (mai 2003 – juin 2013) 3

Audio lecteur Windows Media - Poème d'Adonis, poème symphonique pour voix et orchestre (1942), fragment, Orchestre Phiharmonique de l'ORTF, années 1970, coll. Jean-Pierre Bigot (DR.)
Audio lecteur Windows Media - Nox, fragment, Janine Micheau (soprano) et l'Orchestre des Concerts Lamoureux sous la direction d'Eugène Bigot, février 1943, Pathé-Marconi, disque 78 tours AFAA #14, coll. Jean-Pierre Bigot (DR.)
Audio lecteur Windows Media - Vision de la 4e églogue, pour 19 cordes, fragment, Orchestre de l'ORTF, coll. Jean-Pierre Bigot (DR.)

Note : Après avoir fêté son centenaire le 12 juillet 2013, André Lavagne s'en est allé dans sa cent-unième année le vendredi 21 mars 2014 en son domicile parisien du square de La Tour-Maubourg. Ses obsèques ont été célébrées le jeudi 27 mars à 14h30 en l'église Saint-Pierre-du-Gros-Caillou (Paris 7e).

____________

1) Le réalisateur, qui avait sous titré son film " un roman espagnol ", souhaitait une musique évocatrice, créatrice d’atmosphère. En 1994, la cinémathèque de Toulouse, en collaboration avec l’Orchestre national du Capitole, a présenté une version restaurée de La Femme et le Pantin, avec un nouvel accompagnement musical pour petit ensemble composé par Marco Dalpane qui s’inspira de la musique originale. C’est cette même version que présentait Le Parvis de Tarbes le 1er décembre 2001. [ Retour ]

2) Comme ils s'aiment, dont le rôle principal est écrit pour Jeanine Micheau, soprano colorature au contre-mi exceptionnel, fut reçu à l'Opéra-Comique en 1937 par un comité de lecture présidé par l'administrateur des théâtres lyriques, Jacques Roché. Ce comité comprenait 40 membres, dont 2 machinistes. Le Front Populaire exigeait en effet que toutes les corporations de l'opéra puissent donner leur avis sur le choix des œuvres ! Quant aux 38 autres membres, tous musiciens, l'éventail allait de Gustave Charpentier à Darius Milhaud, en passant par Albert Roussel, Henri Rabaud, Florent Schmitt, Arthur Honegger, Max d'Ollone... L'ouvrage fut reçu à l'unanimité à la grande surprise de son auteur ! Lors de sa première représentation Jacques Rouché eut l'idée de réunir 3 compositeurs joués pour la première fois à l'Opéra-Comique : Claude Delvincourt (Le bal vénitien), Paul Pierné (un ballet) et André Lavagne. [ Retour ]

3) Nous remercions vivement M. André Lavagne d'avoir bien voulu nous livrer quelques souvenirs. [ Retour ]

Gaston LITAIZE (1909-1991)

Gaston Litaize
Gaston LITAIZE
à l'orgue de l'Institut National des Jeunes Aveugles de Paris
( coll. Simone Litaize )
page spécifique )



1939

Pierre MAILLARD-VERGER (1906-1968)

Pierre MAILLARD-VERGER. Détail d'après une photo de groupe dans la classe de composition de Paul Dukas en 1929, au conservatoire.
( Photo X. )



   Article sur cette page spécifique.

Jean-Jacques GRUNENWALD

Jean-Jacques Grunenwald aux claviers du grand orgue de l'église St-Sulpice (Paris).
( Photo A. Seeberger )
Notice détaillée disponible sur ce site.



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