Le Centre national de préparation au C.A.E.M.

Lien vers le site du Lycée La Fontaine, Paris XVIe.
Le Centre national de préparation au C.A.E.M. était hébergé
dans le Lycée Jean De La Fontaine, Place de la porte Molitor, Paris XVIe
 ( photo Michel Baron )

Même si vous n'êtes pas un(e) ancien(ne) du Centre national de préparation au C.A.E.M., consultez sans faute les
photos des anciens, avis de recherche et une tentative d'ANNUAIRE DES ANCIENS !



La formation des professeurs spécialistes en éducation musicale, dans les lycées, collèges et écoles normales en France, n'a pas toujours été décentralisée comme elle l'est aujourd'hui. Pour passer l'examen, puis le concours du certificat d'aptitude à l'enseignement musical (C.A.E.M.) assimilé à un CAPES, on pouvait bien, si on avait bonne fortune, se préparer par cours privés. Mais hors des grands centres il était difficile de trouver les ressources pour couvrir toutes les disciplines nécessaires que nous détaillerons ci-après. Une préparation officielle était disponible à Nancy, sous la direction de Marcel et Anne-Marie Dautremer, une autre propédeutique a existé à Nice, alors que l'École Normale de Musique de Paris proposait une préparation privée. Mais l'institution la plus convoitée était le Centre national de préparation au C.A.E.M., surnommé dans l'usage « Lycée La Fontaine », en raison du bâtiment qui l'hébergait. L'objectif de cette institution, créée à l'initiative de Raymond Loucheur, en 19471, était de préparer en deux ans des candidats à un examen d'état puis, après une année supplémentaire d'études, à un concours de recrutement. La réussite à ce concours était l'équivalent de l'obtention d'un poste de professeur certifié, à plein temps et permanent, dans l'enseignement public secondaire.

Le concours d'entrée au Centre national de préparation au C.A.E.M.

Chaque année un concours d'entrée était ouvert à toute la France pour recruter une promotion de trente étudiants. Là encore, la préparation était nécessairement basée sur des cours privés, éventuellement sous forme de cours de groupe, comme en organisaient Maurice Franck et son épouse aux Studios Pleyel. Même si dans la plupart des cas une année suffisait, le niveau d'entrée était assez exigeant : dictées polyphoniques, solfège en clés d'ut, harmonie classique impliquant la maîtrise des neuvièmes de dominante, connaissances générales en histoire de la musique. La réussite à ce concours d'entrée était pratiquement une garantie de réussite à l'examen puis au concours d'état du C.A.E.M., la totalité des étudiants admis « à La Fontaine » réussissant régulièrement ces épreuves sans grande difficulté. Les non élus au concours d'entrée devaient s'en remettre à poursuivre une préparation privée, moins stimulante et plus problématique.

Mlle Colomb, surveillante générale au Centre nat. de prép. au CAEM
Mlle Colomb, surveillante générale au Centre nat. de prép. au CAEM, 7 mai 1966
( coll. M-A Pech-Gougaud )

Outre le niveau d'aptitudes et de connaissances requises, il fallait à une certaine époque savoir se plier à des exigences administratives plus ou moins tracassières. Ainsi, les locaux étant situés dans ce magnifique lycée de jeunes filles du XVIe arrondissement ( la nageuse Christine Caron y suivait ses études secondaires ) certaines directions ont exigé, pour la constitution du dossier d'inscription, un certificat de moralité, pièce pourtant tout à fait inconnue dans la nomenclature administrative des établissements secondaires ! Claude Lévy nous rappelle un autre parfum de l'époque : les bulletins trimestriels des étudiants étaient envoyés à leur famille... et ceux des étudiantes mariées étaient envoyés à leur époux ! En outre, le port obligatoire de la cravate chez les étudiants mâles ( autres temps, autres mœurs : ils étaient particulièrement surveillés par Mlle Colomb ! ) a dû contribuer à un puissant effet dissuasif dans l'évolution de la mode masculine, au moins chez les professeurs de musique. Lui succéda Mme Meyer, avec qui nous pouvions prendre des respirations un peu plus profondes.

L'institution

Les locaux étaient situés dans une seule aile du 3e étage, dont le couloir était garni de bibliothèques vitrées. De longues tables accueillaient les étudiants qui voulaient apporter quelques révisions finales à leurs travaux, mais outre quelques salles de cours tout à fait normales, la description est complète. L'intérêt humain de cette institution était que chaque promotion annuelle permettait la rencontre de futurs professeurs issus de tous les coins de France. Rencontre des régions, rencontre des musiques des accents, petit choc des cultures, un peu comme au Service national mais certainement à un autre niveau. L'autre intérêt n'était pas moindre : la brochette de professeurs hautement compétents que l'inspection générale avait empruntés au CNSM de Paris pour former les futurs enseignants. On trouvera facilement, sur ce site Musica et Memoria, des notices individuelles de ces maîtres, principalement dans la section des Prix de Rome. Le coût de ces études ? Gratuites, bien entendu, mais en entrant les étudiants devaient signer un engagement à servir dans l'Éducation nationale pendant au moins une période de cinq ans après avoir passé l'examen et le concours de sortie.

  Les professeurs de disciplines musicales

Histoire de la musique et analyse : un cours de deux heures par semaine réparti, comme tous les autres, sur trois années permettait d'approfondir toutes les époques de l'histoire sous la direction de Jacques Chailley. Les œuvres analysées étaient souvent choisies en fonction de ses plus récents travaux et publications. Faisait office de répétitrice, si l'on peut dire, Paule Druilhe qui, lors d'un cours hebdomadaire d'une heure, transmettait aux étudiants son art de la synthèse. Elle était en poste également au Centre National de Télé-Enseignement.

André Vessières
André Vessières
( coll. M-A Pech-Gougaud )
Jean Giraudeau
Jean Giraudeau
( coll. M-A Pech-Gougaud )

Solfège et lecture à vue avec paroles : les futurs professeurs devaient pouvoir saisir immédiatement le caractère des textes modaux traditionnels des régions de France, mais ils devaient également pouvoir les déchiffrer directement avec les paroles. Les professeurs étaient Maurice Franck et Jeanine Rueff. Une partie des deux heures par semaine, en particulier avec Maurice Franck, était consacrée à la découverte d'œuvres méconnues du répertoire lyrique français, outre les mélodies et lieder du grand répertoire. Il ne manquait pas une occasion, non plus, de susciter des observations concernant l'harmonisation de certaines tournures musicales. L'intégration des disciplines ne date pas d'hier, mais elle n'est bénéfique à un niveau professionnel que lorsqu'elle n'est pas systématisée !

Technique vocale : ce cours fut dispensé par plusieurs sommités en ce domaine, en particulier Jean Giraudeau5, alors maître de chant à l'Opéra de Paris, Irène Joachim, qui fut la Mélisande du premier enregistrement de Pelléas, et André Vessières2. Les accompagnateurs étaient des gens tels que Catherine Brilli5, France Soudères, Jean-Claude Pennetier...

Irène Joachim en répétition
Irène Joachim dirige une répétition avec Françoise Chalençon, Catherine Saugey, Jean-Pierre Turlan, Hélène Rio et Lacrampe-Camus (novembre 1965)
( Coll. M-A Pech-Gougaud )

Chorale et direction chorale : compte tenu du haut niveau de lecture exigé même à l'entrée du Lycée La Fontaine, la chorale du Centre national de préparation au C.A.E.M. était l'un des deux ou trois chœurs en France à pouvoir exécuter - quasiment en lecture à vue - le répertoire quelque peu délicat de Debussy, Ravel, Hindemith... Elle était parfois conviée à prêter son concours lors d'enregistrements de disques. Cette classe était sous la direction de Jean Rollin, ainsi que de Roger Boutry.

Lecture à vue, harmonisation et accompagnement au piano : ce cours d'une heure par semaine était dispensé par Yvonne Desportes, auteur d'utiles publications, parmi de nombreuses autres, sur ce sujet particulier. Claude Lévy, major de la promotion 1967-1970, a pu suivre aussi ses cours d'orchestration, dans lesquels elle initiait à cette discipline un groupe d'élèves volontaires (à partir de sonates de Beethoven). Elle pratiquait cet enseignement à titre gracieux.

Harmonie : il fallait que les futurs professeurs soient à même d'écrire des arrangements instrumentaux ou vocaux dans le cadre de leurs activités auprès des élèves du secondaire. On n'était pas si loin de l'époque où l'heure de musique, dans ces établissements, s'appelait l'heure du chant ( on n'avait pas de honte à y enseigner aussi La Marseillaise ). Le Centre avait élaboré un principe d'au moins une alternance entre deux parmi trois professeurs prestigieux : Henri Challan, Marcel Bitsch et Alain Weber. Leurs pédagogies complémentaires et leurs sensibilités diverses étaient un bénéfice pour les étudiants. Chaque promotion de 30 élèves était systématiquement divisée en deux groupes de 15, mais certains cours voyaient encore ce nombre divisé en deux équipes de 7 ou 8 individus. Trois heures par semaine, pendant trois ans (après la préparation antérieure minimale d'une année), c'est ce que l'on considérait normal, à cette époque, pour donner une bonne formation d'harmonistes ( pas d'analystes ! ) à... de simples enseignants ! Il ne s'agissait pourtant pas d'un conservatoire... Dans les conceptions pédagogiques d'aujourd'hui, tous ces chiffres ont tendance à évoluer du mauvais côté, au grand bénéfice des budgets.

Dictée musicale : Cette classe était confiée à André Musson3, de la Schola Cantorum. Le suppléa plus récemment Martine Breton-Desaymard, alors jeune chargée de cours au CNSM. Sa bonne humeur, sa jovialité permettaient de surmonter toutes les difficultés pour prendre en note à quatre parties les chorals de Bach...

Mme France Strauss
Mlle Lorin
Mme France Strauss, pédagogie (à gauche) et Mlle Suzanne Lorin, littérature musicale.
( Photo X..., 1968, coll. Claudine Clairay-Bonafous )
  Les autres disciplines
Simone Cusenier, centre nat. de prép. au CAEM
M. Denys
Simone Cusenier, prof. d'histoire de l'art, avril 1967
M. Denys, prof. de littérature, vers 1967
( coll. M-A Pech-Gougaud )

La pédagogie était enseignée par au moins deux professeurs, par ailleurs en poste dans les classes de secondaire du Lycée La Fontaine: Mlle Roux et Mme Strauss (décédée en octobre 2014). C'est probablement la principale raison qui avait fait choisir un lycée pour héberger les cours du Centre de préparation : la disponibilité de classes régulières permettait aux futurs professeurs de mettre en pratique, une ou deux heures par semaine et tout au long de l'année, les principes ou projets élaborés pendant les trois heures hebdomadaires consacrées au sujet. Des cours de littérature musicale abordaient le choix des répertoires particulièrement appropriés à des présentations en classe, en fonction des programmes en vigueur.

Les autres cours dispensés consistaient en l'histoire de l'art et des civilisations avec Simone Cusenier ( deux heures par semaine ), qui savait si bien dès les cinq premières minutes démontrer notre ignorance des styles roman et gothique. C'était toutefois une manière d'appréhender l'histoire qui aurait eu intérêt à être généralisée à certains niveaux de l'enseignement public, et particulièrement au secondaire. Des cours de littérature française ( deux heures également ) abordaient des textes plus ou moins en rapport avec la musique. Paul Caubisens nous rappelle deux noms: pendant la promotion 1959-1962 André Fermigier avait la charge de ce cours de littérature. Enfin, un cours de physique du son et d'acoustique musicale (deux heures) permettait d'investiguer les principes de tous les types d'instruments, des divers tempéraments, de la réverbération, etc.  M. Georgeais était en charge de ce cours et avait fait un travail intéressant car il nous présentait les idées les plus modernes relatives à cette science ainsi que l'acoustique des instruments, ce qui ne se faisait pas beaucoup à l'époque.

Ces trois années d'études étaient ponctuées par divers concerts, en particulier en novembre le concert de la promotion finissante de troisième année, et en décembre le concert des " nouveaux ". Le Centre de préparation au C.A.E.M. avait le statut de Grande École, et ses étudiants bénéficiaient des mêmes avantages et traditions que ceux de ces institutions, comme les cérémonies du bizutage. Le Centre a disparu en 1974 avec la dispersion géographique de la préparation au professorat de musique dans divers conservatoires et universités régionales, et le remplacement du C.A.E.M. par le CAPES. Cependant, le Lycée La Fontaine est demeuré un établissement dispensant divers enseignements musicaux proposés par l'Éducation nationale.4

Michel Baron

Jean Giraudeau et sa pianiste Catherine Brilli
Jean Giraudeau et sa pianiste Catherine Brilli
( Photo X..., coll. Golgevit ) DR
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1) L'ouverture de ces classes est rapportée dans Le Guide du Concert du 10 octobre 1947 (rubrique "Echos") : « On vient d'ouvrir au lycée Jean La Fontaine une classe préparatoire aux certificats d'aptitude à l'éducation musicale. » [ Retour ]

2) André Vessières, baryton. Au cours des années 1950-1960 on lui doit l'interprétation de bon nombre de rôles, principalement du répertoire français, dont plusieurs ont fait l'objet d'enregistrements. Avec l'Orchestre national de l'Opéra, Les Chœurs de la RTF et l'Orchestre Radio-Lyrique, l'Orchestre de la Suisse-Romande, l'Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire ou encore l'Orchestre Radio-Symphonique il s'est produit dans Oedipus rex de Stravinsky, Mireille de Gounod (1954, festival d'Aix-en-Provence), Pelléas et Mélisande (rôle d'Arkel) de Debussy, Oedipe (Tirésias) d'Enesco, L'Ange de feu de Prokofiev, La Chèvre de Monsieur Seguin et Don Juan de Manara d'Henri Tomasi, Les Malheurs d'Orphée, Le Pauvre matelot et Le Retour de l'enfant prodigue de Darius Milhaud, Les Contes d'Hoffmann d'Offenbach, La Vestale de Spontini, Les Noces de Figaro (rôle d'Antonio, Festival d'Aix-en-Provence, 1956) et Don Giovanni (rôle de Masetto, id.) de Mozart... [ Retour ]

3) André Musson. Collaborateur de la revue "L'Education musicale", il est longtemps maître de chapelle ou organiste dans plusieurs églises parisiennes. On le trouve à partir de 1931 à Saint-François-d'Assise (rue de la Mouzaïa, XIXe), puis à partir de 1945 à Saint-Etienne-du-Mont, où il succède au maître de chapelle Bernard Loth, et enfin peu après et jusque dans les années soixante à Notre-Dame-des-Victoires ou il est titulaire de l'orgue du chœur. [ Retour ]

4) Le lycée La Fontaine n'est plus le seul endroit où on étudie la musique en parallèle aux études : maintenant, on peut commencer à faire du mi-temps école-conservatoire à partir du primaire (école de la Bienfaisance, 8e arr.), puis au collège à Octave Gréard (8e), Lamartine et La Fontaine, puis au lycée à Lamartine et La Fontaine (en préparation au bac musical intitulé F11). Ces établissements sont en relations avec, notamment et surtout, le CRR de Paris (celui de Boulogne également). [ Informations communiquées par Alcibiade Minel ] [ Retour ]

5) " Jean Giraudeau nous impressionnait car il pouvait déchiffrer à vue du Stravinsky avec toutes les nuances et l'interprétation voulue, et donner l'œuvre en concert le lendemain ! Quant à sa pianiste, elle réduisait à vue une partition d'orchestre en faisant ressortir les thèmes principaux tout en soutenant les solistes ! Nous étions admiratifs. " (Jean Golgevit) [ Retour ]

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